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Full text of "Revue des études juives 1912"

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ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



o^ 55 REVUE 





/Il 

DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME SOIXANTE-QUATRIÈME 






PARIS 

A LA LIBRAIRIE DURLACHER 

142, RUE DU FAUBOURG-SAINT-DENIS 



-2- 



1912 V^^^r 



loi 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SÉANCE DU 3 MARS 1912. 
Présidence de M. Salomon Reinach, président. 
M. le Président prononce l'allocution suivante : 

Mesdames, Messieurs, 

Pour la seconde fois, à quinze ans d'intervalle, la Société des 
Etudes juives a bien voulu m'appeler à la présidence. Je suis d'au- 
tant plus touché de cet honneur que je sais avoir trop peu fait pour 
le mériter. Mon meilleur titre, à mes propres yeux, c'est d'être un 
des survivants parmi les amis des études historiques que James de 
Rothschild, Zadoc Kahn et Isidore Loeb groupèrent autour d'eux en 
1879 pour donner un organe français aux recherches d'érudition 
sur l'histoire des Juifs. On tient compte de leur bonne volonté aux 
ouvriers de la première heure ; on leur pardonne de n'avoir pas été 
des ouvriers très actifs 

Cette histoire dont nous colligeons les matériaux se poursuit sous 
nos yeux, trop souvent avec les mêmes caractères qu'au cours des 
quinze derniers siècles, à peine modifiés et adoucis par les progrès 
de la civilisation et des mœurs. Mais peut-on vraiment parler 
d'un progrès continu, alors qu'on constate tant de retours en arrière? 
Lors de la fondation de la Société des Etudes juives, il semblait à la 
plupart d'entre nous que l'ère des persécutions fût à la veille de 
finir ; même en Russie et en Roumanie, il y avait une accalmie de 
l'esprit sectaire ; en France, l'antisémitisme naissait à peine et 
cherchait encore sa voie. Quelle amère désillusion, Messieurs, a 
trompé les espérances que les hommes de ma génération ont entre- 
tenues! A l'heure où je parle, pour ne citer qu'un seul fait, une accu- 
sation de meurtre rituel s'instruit à Kief. Cette accusation, quelle 

ACT. ET GONP. A 



ÎI ACTES ET CONFÉRENCES 

qu'en doive être l'issue, vient s'ajouter à un chapitre de notre his- 
toire, au plus sombre et au plus sinistre de tous. Un enfant chrétien 
de Kief est trouvé mort ; la rumeur publique désigne les coupables. 
Mais ceux-ci se hâtent d'incriminer les Juifs, sachant qu'ils ren- 
contreront des oreilles complaisantes dans la bureaucratie et la 
populace, i'une excitant l'autre. A tout prix, on veut découvrir un 
Juif assassin ; on met la main sur un Juif innocent, dont l'inno- 
cence est établie sans réplique au moment même où on l'accuse . 
Qu'importe ! Il restera en prison pendant des mois, tout le temps 
nécessaire pour faire surgir de faux témoins, pour recueillir d'ab- 
surdes commérages. Il y a pourtant des juges en Russie, Messieurs, 
et ce grand pays, qui a donné tant d'hommes de génie au monde 
moderne, sait réagir contre l'ignorance et l'iniquité, même quand 
un Juif est en cause. Des centaines à' intellectuels russes, et parmi 
eux des écrivains illustres, ont déjà fait entendre leurs protesta- 
tions indignées. Les plus savants hébraïsants de la Russie, le pro- 
fesseur Chwolson et le baron David de Gunzbourg, ne sont plus là, 
hélas ! pour prêter leur concours à l'esprit critique, à la bonDe foi 
et au bon sens ; mais il y a longtemps que tous les savants, tous les 
penseurs sont d'accord pour souscrire à ces paroles de Mgr Duchesne 
dans sa récente Histoire de l'Eglise : « La sottise humaine, qui 
entretient les calomnies d'inspiration religieuse, est inexpugnable. 
Ne voyons-nous pas renaître à chaque instant et se dresser contre 
les Juifs la stupide accusation du meurtre rituel ? » 

Il y a vingt ans, lors de la publication du livre du professeur 
Strack, théologien protestant, sur les superstitions relatives au sang 
chez tous les peuples, ouvrage excellent qui a été traduit en fran- 
çais, j'ai publié dans notre Revue un article d'ensemble intitulé : 
L'accusation de meurtre rituel. Ce travail, qu'on a bien voulu juger 
avec indulgence, avait le défaut d'être un peu court, de supposer 
connue une partie du moins des faits que le professeur Strack, après 
beaucoup d'autres, avait relatés et discutés. Tout récemment, en 
1911, avant que n'éclatât l'affaire de Kief, un lecteur de la Revue 
du Clergé français écrivit à ce journal, citant la phrase de 
Mgr Duchesne que je viens de rappeler et demandant à être éclairé 
plus complètement : « Le meutre rituel existe -t-il de nos jours? 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 3 MARS 1912 III 

A-t-il existé autrefois? Si oui, a-t-il été assez général, ou seule- 
ment le fait de quelques Juifs exaltés? » 

La réponse à^ces questions ne s'est pas fait attendre; elle rem- 
plit deux longs articles que la Revue du Clergé a insérés au mois 
d'août 1911 et qui ont été réimprimés, depuis, dans un volume 
à' Etudes de critique, par leur éminent auteur, l'abbé Vacandard. Non 
seulement l'abbé Vacandard confirme le jugement de Mgr Duchesne, 
mais il le précise et le fortifie ; il l'asseoit sur une imposante collec- 
tion d'exemples, passés au crible d'une exacte érudition. Désor- 
mais, grâce à un savant catholique français, aumônier du lycée 
Corneille à Rouen, les hommes de bonne volonté qu'effraient des lec- 
tures trop arides ont entre les mains un arsenal de réponses pro- 
bantes à la plus inepte, à la plus obstinée des calomnies Voici la 
conclusion de l'auteur : « Il serait temps d'en finir, comme disait 
Mgr Duchesne, avec cette stupide accusation de meurtre rituel. 
C'est là un héritage de siècles sans critique, que les générations se 
sont transmis aveuglément, à la faveur des haines de races. Ayons 
le courage d*y renoncer une bonne fois. A défaut de la charité 
chrétienne, la simple équité naturelle nous en fait un impérieux 
devoir. » 

Il sera certainement question du mémoire de l'abbé Vacandard 
dans la copieuse bibliographie périodique qui fait tant d'honneur à 
notre Revue auprès des savants ; mais j'ai voulu en parler à l'avance 
et ici même, en présence d'hommes instruits — qui ne lisent pas 
tous la Revue des Etudes juives — et signaler avec respect un 
ouvrage qui vaudra à son auteur l'estime et la reconnaissance des 
honnêtes gens. L'abbé Vacandard était sans doute loin de croire, 
quand il l'écrivait, que son témoignage de savant et de chrétien 
devait sitôt être invoqué devant la justice ; mais ce doit être pour 
lui une satisfaction de cœur, dépassant celles où l'éruditon peut 
prétendre, de savoir aujourd'hui qu'en servant la cause de la vérité 
historique, il sert aussi, à l'autre extrémité de l'Europe la cause 
de Finnocence opprimée. 

Il n'est pas mauvais que le public, étranger aux méthodes sévères 
de la science, en reconnaisse parfois l'utilité même dans le domaine 
pratique, comme on le vit il y a quelques années en France, lorsque 



IV ACTES ET CONFERENCES 

des critiques de profession, des historiens qui avaient pâli sur les 
vieux textes, furent aux premiers rangs de ceux qui réclamèrent et 
obtinrent la revision d'une fameuse erreur. Notre Revue, depuis 
trente ans, s'inspire fidèlement des méthodes sévères ; elle ne 
cherche pas à plaire, mais à renseigner avec précision, à démêler la 
vérité dans les témoignages contradictoires, à mettre en lumière 
des faits précis pour servir à une synthèse qui viendra un jour. On 
voudrait qu'elle trouvât, sinon plus de lecteurs — les travaux d'éru- 
tion juive ne peuvent être lus comme des romans — du moins des 
souscripteurs plus nombreux, pour remplir les places laissées vides 
parles amis que nous prend la mort. Nous en avons perdu, cette 
année encore, et des meilleurs, auxquels je veux rendre ici un der- 
nier hommage. Le baron Gustave de Rothschild, oncle du fondateur 
de la Société, n'était pas seulement un amateur d'art universelle- 
ment estimé et un infatigable philanthrope; il a toujours réservé 
une partie de sa belle intelligence aux choses du judaïsme, en par- 
ticulier à ses institutions d'enseignement. Le D r Manuel Leven, 
ancien médecin en chef de l'hôpital Rothschild, s'était mêlé active- 
ment à nos travaux ; on n'a pas oublié la conférence qu'il fit dans 
cette salle sur les lois alimentaires du judaïsme. Le grand-rabbin 
Moïse Schuhl était un savant, auteur de plusieurs ouvrages sur la 
littérature juive postbiblique, entre autres sur les Sentences et les 
Proverbes du Talmud. A l'étranger, le vénérable D r Hermann 
Ad 1er, Chief-Rabbi à Londres, a terminé une longue carrière aussi 
utile à la science juive qu'au judaïsme; la situation morale qu'il 
occupait dans son pays était comparable à celle deZadocKahn dans 
le nôtre. A ces pertes s'ajoute encore celle du D r Vogelstein, rabbin 
de Stettin, bien connu par son 'intéressant travail sur la. légende 
d'Alexandre dans le Talmud . 

Les serviteurs et les amis de la science disparaissent; la science 
demeure et s'accroît, fécondée par le labeur des uns et par le concours 
généreux des autres. Non seulement elle n'est jamais achevée, 
mais chaque pas en avant lui ouvre des horizons nouveaux et plus 
larges. Il y a quelques temps, comme on s'apprêtait à transformer, 
c'est-à-dire à supprimer la chaire de langue et de littérature 
hébraïques au Collège de France, un grand journal fit observer que 



ASSEMBLEE GENERALE DU 3 MARS 1912 



ce domaine avait été exploré dans tous les sens et que le moment était 
venu d'en défricher d'autres. Singulières illusions de la demi-science! 
Les magnifiques trouvailles faites à Eléphantine et à Samarie, d'une 
si haute importance pour l'histoire biblique, bientôt après la décou- 
verte des prétendues Odes de Salomon, que nous a rendues un 
manuscrit syriaque, les textes judaïques exhumés de la Geniza du 
Caire et d'autres encore, sont venus nous rappeler, s'il en était 
besoin, quels trésors le sous-sol et les bibliothèques de l'Orient 
tiennent en réserve pour notre curiosité. Qui sait ce que nous 
rendra un jour la Cité Sainte elle-même, lorsque les préjugés des 
uns et les mesquines jalousies des autres permettront de porter la 
pioche jusqu'au cœur de la colline de Sion? 

La France prend une moindre part que d'autres pays aux explo- 
rations qui se poursuivent dans l'ancien royaume des Hébreux; 
félicitons-nous d'autant plus qu'elle publie la Revue Biblique, 
œuvre des Dominicains français de Jérusalem, et la Revue des Etudes 
juives, notre œuvre, deux recueils dont les autres nations n'ont pas 
l'équivalent et qui nous consolent d'une infériorité temporaire sur le 
terrain des fouiiles par une supériorité, déjà ancienne et incontes- 
table, dans la diffusion du savoir. 

M. Edouard de Goldschmidt, trésorier, rend compte ainsi qu'il 
suit de la situation financière : 

L'état financier de notre société est sensiblement meilleur que l'an 
passé. Grâce à un don de 4.000 francs de M me la baronne James de 
Rothschild, nous clôturons l'exercice avec un excédent de 
2.793 fr. 95 c. 

La situation s'établit comme suit : 

Actif. 

En caisse au 1 er janvier 1911 52 fr. 50 c. 

Cotisations 1 . 054 40 

Don de M me la baronne James de Rothschild. . . . 4.000 » 

Vente par les libraires 1 .191 7() 

Coupons et intérêts 2.582 20 

Total 15.480 fr. 80 c. 



VI ACTES ET CONFÉRENCES 



Passif. 

Frais d'encaissement 268 fr. 25 c. 

Secrétaires de la rédaction 2.400 » 

Conférences et assemblée générale 240 20 

Frais d'envoi, timbres, mandats, etc 107 55 

Frais d'impression de la Revue 5.399 05 

Honoraires des auteurs 4.271 80 

Solde 2.793 95 

Total 15.480 fr. 80 c. 

Balance. 
Doit : 

Frais généraux 3.016 fr. » 

Publications 9.670 85 c. 

Chez MM. de Rothschild frères 4 . 633 » 

Total 17.319 fr. 85c. 

Avoir : 

En caisse 52 fr. 50 c. 

Cotisations et ventes 8 . 846 1 

Don de M me la baronne James de Rothschild. . . . 4.000 » 

Coupons et intérêts 2.582 20 

Dû à notre banquier 1 . 839 05 

Total 17.319 fr. 85 c. 



Le Président met aux voix les conclusions du rapport financier, 
qui sont adoptées. 

Il est procédé ensuite a l'élection pour le renouvellement du 
tiers des membres du Conseil. Sont élus : MM. Maurice Bloch, 
J.-H. Dreyfuss, Israël Lévi, Gaston Mayer, D r Arnold Netter, 
D r Henri de Rothschild, Maurice Vernes, Julien Weill, 
membres sortants. 

M. Isidore Lévy est élu président de la Société pour l'année 1912. 

M. Julien Weill fait une conférence sur Pèretz, un conteur 
moderne judéo-allemand. 



PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU 27 AVRIL 1910. 
Présidence de M. Eugène Sée, président. 

Le Conseil examine les moyens de réduire les dépenses. 

Il est décidé que les Tables du Calendrier d'Isidore Loeb, et la 
Gallia Judaica, de Gross, seront cédées, pendant l'année 1910, 
avec un rabais de 50 0/0. 

Sur la proposition de M. Schwab, le chiffre du tirage de la Revue 
sera réduit. 

•SÉANCE DU 2 NOVEMBRE 1910. 
Présidence de M. Eugène Sée, président. 

Le trésorier propose de vendre des valeurs appartenant à la 
Société pour combler le déficit de 4.000 francs produit par la publi- 
cation de l'Index. 

11 est décidé qu'avant de recourir à cette ressource, des démarches 
seront tentées auprès des amis de la Société pour assainir l'état 
financier. 

M. Mayer Lambert fait une communication sur l'application du 
« droit d'aînesse » à la littérature. 

M. Israël Lévi entretient le Conseil d'une secte sadducéenne 
inconnue. 



SEANCE DU 2 MAI 1911. 

Présidence de. M. Alfred Lévy. 

On propose de modifier les statuts de manière que la durée de Ja 
présidence puisse être de trois années. 

M. Israël Lévi annonce que, sur sa demande, M me la baronne 



VIII ACTES ET CONFÉRENCES 

James de Rothschild, a bien voulu accorder à la Société la 
somme de 4.000 fr. pour combler le déficit. 

Des remerciements seront envoyés, au nom du Conseil, à la géné- 
reuse donatrice. 

M. Lambert propose de charger un jeune savant de faire l'index 
des nouveaux volumes de la Revue au fur et à mesure de leur 
apparition. 

Sont reçus membres de la Société : 

MM. Emile Wertheimer, professeur à la Faculté de Médecine, 
à Lille, présenté par MM. Albert Cahen et Isidore Lévy; le baron 
Wladimir de Gunzbourg, présenté par MM. Alfred Lévy et 
Israël Lévi. 

M. Israël Lévi fait une communication sur les rites de Souccot. 



SEANCE DU 23 NOVEMBRE 1911. 
Présidence de M. Salomon Reinach, président. 

M. Israël Lévi entretient ses collègues de l'idée de fonder des 
cours et leçons publics d'enseignement supérieur pour tenir les 
adultes au courant de la science juive. 

M. Vernes voudrait un enseignement qui suppléât à la dispari- 
tion de la chaire d'hébreu au Collège de France. 

Après un échange de vues, une commission, composée de 
MM. "Vernes, Israël Lévi et Isidore Lévy, est nommée pour 
étudier la question. 

Sont reçus membres de la Société : 

MM. Rudolf Leszynsky, Ludwig Lévy, rabbin, et Hermann 

Vogelstein, rabbin, présentés par MM. Israël Lévi, Isidore Lévy 

et Mayer Lambert. 

Le Secrétaire, Julien Weill. 



Le gérant : Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59. RUE DUPLE6S1S. 



LAMHD ET LAMBDA 



\u momenl où les origines mêmes de l'alphabet grec sont 
remises en question, il D'est peut-être pas inutile de s'attacher aux 
noms des lettres de cet alphabet, je veux dire à la forme sous 
laquelle ces noms, in contes table menl sémitiques à notre sens, ont 
pu passer en grec. Ces études ne sont pas nouvelles. On nous a 
«i.-puis longtemps montré comment zaïn, entraîné par la série rpai, 
07,72, a donné Çr\x<z et pourquoi fâ se présente en grec sans Vs finale 
de l'hébreu 2 . Des travaux spéciaux sur les noms des lettres, tant 
jue sémitiques, ont été faits. Ils sont au nombre de trois 
principaux : le premier en date est celui de K. E. A. Schmidt, Die 
Benennungen der griechischen Buchstaben, dans la Zeitschrift 
fur Gymnasialwesen, Berlin, 1851, p. 417-440 3 ; puis, après un 
long intervalle, vient Noldeke, Die semitischen Buchstabennamen, 
p. 124-136, des Beitrâge de 1904, cités ci-dessus (voir n. 2); enfin 

1. La présente étude constitue moins un mémoire indépendant, qu'un extrait déve- 
loppé d'une Grammaire historique du f/rec moderne, eo deux ou trois volumes, .1 
laquelle l'auteur travaille depuis quelque temps déjà. — Ces quelques pages, abrégées, 
ont été lues à V Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, dans ses séances du 

l 'in 15 mars 1912. 

2. Clermont-Ganneau, TOXYÛ, dans les Mélanges Graux, 1884, 1». \\:> s ; voir 
p. 419; cf. Haussoullier, art. sur le précédent, Revue archéologique, III, 3, 1884, 

\ l'appui, "n peut citer, en syriaque, lamech d'après samech, dans Noldeke, 
itr, z. semit. Sprachw., 1904, 128, l; p. 130, gàmal, syr., lui parait influencé par 

•''''': p. 134, sans citer ou sans Be rappeler Ganneau, l. c, il attribue ÇijTa à la 
susdite : il ajoute ; .àr:a. 

ioir« 1 été repris el développé d ins l'excellenl livre de Schmidt, intitulé : 
Geschïchte der Grammatik des Griechischen und des Lateinischen, 
Halle, in-8°, 608 p., p. 18 s. Hais nous citons d'après la Zeitschrift, parce que 

livre ne se trouve pas dans toutes les bibliothèques publiques. Il faut noter a l'actif 
de Karl Ernst August Schmidt que, non seulement dans le mémoire en question p 
le la Zeitschrift), il cite souvenl du grec moderne, mais qu'ei 
- ' - Beitrâge, il lui consacre spécialement p. 99 1. , d'assez longs développements. 
T. LX1V, n" 127. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nous avons Mark Lidzbarski, Die Namen der Alphabetbuchstaben, 
p. 125-139 de son Ephemeris f. sem. Epigr., II (1903-1907), Gies- 
sen, 1908. 

Ces travaux sont excellents, chacun dans son genre. Mais il faut 
dire que les auteurs ne s'écartent guère de leur terrain, tantôt 
presque exclusivement grec, tantôt presque exclusivement sémi- 
tique. Les frontières, de part et d'autre, sont trop respectées. 
Schmidt déclare lui-même honnêtement, dès le début, qu'il écarte 
le point de vue sémitique, lequel, ajoule-t-il, lui est étranger 
(p. 420). À peine en effet, en cours de route, fait-il quelques rares 
allusions aux noms hébraïques. Nôldeke le lui reproche (p. 124, 
n. 1). Si le brave D r Schmidt, professeur de gymnase à Stettin, de 
son vivant, pouvait répliquer au grand orientaliste, il lui dirait 
sans doute que le grec des Beitrâge ne dépasse guère, en quantité 
et en qualité, malgré des curiosités louables, l'hébreu des Benen- 
nungen. Nôldeke, d'ailleurs, avec sa haute probité scientifique, 
nous fait savoir (p. 124, n. 1) qu'il doit à son collègue Bruno Keil 
d'avoir appris l'existence du travail de Schmidt et même de la 
Grammaire des inscriptions attiques de Meisterhans. Les rensei- 
gnements que nous trouvons, p. 125, sur les lettres grecques et qui 
traînent aujourd'hui un peu partout, les seize lignes consacrées, 
p. 134, au traitement grec des noms hébreux ne sauraient vraiment 
passer pour une incursion sérieuse dans le domaine hellénique, 
encore moins pour une prise de possession de ce domaine. 

Quant à Lidzbarski, un des maîtres de l'orientalisme contempo- 
rain, particulièrement versé dans la question alphabétique, il est 
notoire que, dans son travail, il cherche seulement à déterminer le 
sens des noms de ces lettres en hébreu {op. cit., p. 127). 

Dans ces conditions et chacun de ces savants se tenant clos 
strictement dans son point de vue, on se demande comment une 
étude sur la forme primitive de ces noms de lettres peut aboutir à 
des résultats satisfaisants. On s'aperçoit alors à quel point ces 
recherches sont neuves. Elles le sont d'autant plus qu'aucun des 
éminents spécialistes que nous venons de nommer ne s'est posé la 
seule question, à notre avis, qu'il y eût à se poser dans l'espèce, la 
question phonétique. Nôldeke nous dit bien (p. 124) que le but de 
son mémoire est d'établir la forme phonétique primitive de ces 
lettres — « die uraprùngliche Lantform jener Namen ». Mais il 
semble difficile de concevoir comment il peut être possible d'établir 
la forme sémitique primitive, sans user des ressources que la pho- 
nétique grecque peut mettre à notre disposition. Précisons par un 
exemple : on a vite fait assurément d'identifier àXcpa et alef. Cette 



LA M Et) ET LAMBDA 3 

identification rapide ne nous apprend rien, toutefois, sur la forme 
primitive, qui, seule entre en ligne de comple, du moment qu'il 
s'agit des origines. Ainsi les différents points à élucider, en ce qui 
touche cette première lettre de l'alphahet, porteraient d'une part, 
sur l'hébreu, de l'autre, sur le grec. Du coté hébreu, il faudrait 
savoir sur quelle vocalisation primitive ont opéré les Grecs : alef, 
qui est la vocalisation traditionnelle (cf. Noldeke, 128), alaf, qui est 
la vocalisation syriaque (Noldeke, 130, 1,cf. 129, 2) 1 , ou alf, à 
laquelle Noldeke (p. 134) s'arrête par conjecture (cf. p. 133), comme 
lui paraissante plus ancienne. Ici le grec pourrait dire, d'ailleurs, 
en faveur de alf, un mot qui serait peut-être le mot décisif. Il doit 
se prononcer surtout sur l'a final, où les explications qu'on trouve 
chez les hellénistes comme chez les sémitisants, peuvent sans exa- 
gération aucune, être qualifiées d'inexistantes. 

Pour le nom de la lettre àXcpa, nous avons, relativement, la partie 
belle, puisque le nom grec ne se présente que sous cette forme. La 
situation est toute différente pour le lambda, comme on l'appelle 
communément, et c'est pourquoi nous avons choisi cette lettre 
parmi les autres. Sa forme primitive ne nous est pas connue même 
en grec, où l'on flotte entre XàjxêSa et Xà63a. Nous espérons arriver 
à déterminer ici la forme primitive grecque et, du même coup la 
forme primitive sémitique. On nous trouvera sans doute trop minu- 
tieux dans cet examen qui porte sur une seule lettre. Peut-être 
cette minutie, si elle s'exerce dans le droit sens, nous mènera- 
t-elle à quelques précisions générales. 

La première chose dont il y ait lieu de se préoccuper dans ces 
recherches, c'est la date où, pour la première fois, apparaissent les 
noms hébraïques de nos lettres. Ici nous sommes mal servis. Les 
Hébreux ne discouraient pas comme les Grecs de omni re scibili. 
Hérodote, Aristophane, Xénophon, Théophraste, sans parler de 
Platon, n'ont rien de plus pressé que de disserter sur les lettres de 
l'alphabet 2 : si ces lettres ont des noms, c'est de toute évidence, 
à leurs yeux, pour leur donner l'occasion d'y exercer la subtilité 
de leur esprit. Ces noms sont mentionnés même épigraphique- 
ment 3 . Dans l'Ancien Testament, au contraire, pas une seule des 
lettres de l'alphabet n'est nommée par son nom. Il y a bien le 



1. Les vocalisations éthiopienne (cf. Noldeke, p. 132; îiA'P alefe 1. 1, et, n. 1 
ïtôif* elefe) et arabe <-*-" ( au 0» ne sauraient naturellement ici être prises en 
considération 

2. Schmidt, op. C, passim ; groupement des passages dans Noldeke, 124, n. 1. 

3. Cf. Noldeke, 124, 1, les renvois à Meisherlians, où il faut corriger 51 en 5 (proba- 
blement un f (= folgende), qu'on a dû prendre pour un 1). 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Psaume 119 qui est, en la matière, le locus classions : mais les 
lettres y figurent à la suite les unes des autres, sans leurs noms. 
De même, dans les Proverbes, 31, 10-31, et dans les Lamentations, 
1 4. Chose singulière : c'est dans la traduction grecque des Sep- 
tante que se trouvent pour la première fois, à notre connais- 
sauce, les noms hébraïques des lettres de l'alphabet; seulement, 
ces noms sont transcrits en caractères grecs : àXecp, p-/j6, yé^eX (cf. 
Lament., i, 1-3), etc , Xà^sB (ib., 12). Il y a de ces rencontres : ce 
fait a, pour ainsi dire, son pendant, beaucoup plus tard, dans la 
traduction en grec vulgaire du Pentateuque, publiée en caractères 
hébraïques carrés, à Constantinople en 1547, et qui se trouve 
être, autant que je sache, le premier texte grec imprimé en pays 
grec ' . 

Les leçons des Lament. sont celles du Sinaïticiis ou a (FA, 
c'est-à-dire Friderico-Augnstanus dans Tischendorf), du iv e siècle 2 
de notre ère. Ce n'est pas bieu ancien. Mais Nôldeke, op. L, p. 129, 
nous apprend que les vocalisations des noms de lettres hébraïques, 
attestées conjointement par des sources syriaques, tant orientales 
qu'occidentales, concordent absolument entre elles, si Ton fait 
abstraction des changements connus de la prononciation des à et 
des 0. Cet accord nous fait remonter au v e siècle avant J.-Chr., 
c'est-à-dire avant la séparation de ces deux branches 3 . Les noms 
syriaques, ajoute Nôldeke, font bien l'effet de venir de l'hébreu, 
ibid.y et rien, d'autre part, ne plaide en faveur d'une origine ara- 
méenne de ces noms (/. c, 135) 4 . 

Mentionnons enfin, pour mémoire, que le nom de notre lettre 

1. Description dans Legrand, Bibliogr. hellén., II, 159 s. Voir Hesseling, Les cinq 
livres de la Loi, Leyde, 1897. 

2. Cf. Tischendorf, V. T. grvce, éd. VII, 1887, p. 61 s., p. 26 ; Swete, An Introd. 
to the 0. T. in gr., 1902, p. 124. On ne le cite plus guère sous les lettres FA, 
comme fait Nôldeke, p. 126, 3. 

3. Dans le même sens, Dillmann, Aeth. Gramm., éd. II, 1899, 14, 16 s. 

4. Voir également K. Marti, Kurzg. Gramm. d. bibl.-ar. Spr., P. L. 0., 1896, 
p. 5, n. \ Au cours de la lecture qui a été faite du présent travail à VAcadémie 
des Inscriptions et Belles-Lettres, M. Théodore Reinach, dans la terminaison -a 
que nous attribuons au neutre (v. plus loin), voit l'indice d'une origine araméenne. 
Pour rester sur le terrain phonétique, il faudrait, nous semble— t-il, d'abord établir : 
1° qu'à l'époque de l'emprunt, la vocalisation araméenne présentait ici un second a, 
alaf; 2° que ce second a a dû, conformément à une phonétique grecque demeurée 
jusqu'ici inconnue, passer de la seconde syllabe à la finale, et de alaf donner alfa; 
3° que Va médial, si on veut opérer sur une forme alafa, a pu régulièrement dispa- 
raître en grec; 4° qu'en grec un mot étranger peut pénétrer sans y prendre une dési- 
nence générique et que, par conséquent, dans un substantif grec de quelque époque 
qu'il soit, une désinence peut être chose indifférente. Ces preuves nous paraissent aussi 
impraticables que toutes autres. 



LAMED ET LAMBDA 5 

se trouve dans le Talmiid (v. J. Levy, Neuhebr. u. Chald. Wôr- 
terb. y II, 1879, s. v. ittb). 

Il ne convient pas de s'alarmer de cette insulïisance de docu- 
ments sémitiques. Noldeke lui môme observe (p. 124) que les 
témoignages fournis par les noms grecs de ces lettres viennent 
corroborer pleinement les témoignages que ces noms, quoique si 
postérieurement attestés, nous livrent du côté sémitique. Cela est 
peut-être plus vrai que l'éminent orientaliste ne le suppose. Tour- 
nons-nous donc hardiment du côté grec. 

Pour ce qui est de notre lambda, les avis sont partagés sur la 
forme primitive : les uns tiennent pour XàêSa, les autres pour 

AajJLboa. 

Les philologues sont plutôt pour la forme Xàêoa, retenue par 
Gobet, L. Dindorf, Kiihner-Blass \ Martin Schanz, d'après les 
mss. les plus dignes de foi, dans son édition du Cratyle (Leipzig, 
1887, 403 A, etc.). On invoque à l'appui le Lexique de Photius 2 , où 
le mot À-y.uooa, orthographié de la sorte avec un jx, figure en tète, 
avant Xaêacç, par conséquent, doit être corrigé, suivant l'ordre 
alphabétique, en XàêBa, comme aurait dit Eupolis, cité à ce 
passage. 

La remarque d'un scoliasle à un vers d'Aristophane (EccL, 
920), où les meilleurs manuscrits portent également XàêSa, serait 
peut-être plus significative. De même, prétend-il, que xiiêSa vient 
de xutttu), xpùêSa de xpu7TTa>, de même XàêBa dérive de Xa^Tco 3 . Donc, 
le scoliaste ne connaît que Xà68a sans \l. Mais n'oublions pas qu'il 
s'agit ici d'un scoliaste d'Aristophane et qu'il n'y point à espérer 
en pareille matière de précision chronologique. Ajoutons enfin 
que, plus tard, on trouve un Xâ6oa tout moderne, avec deux spi- 
rantes, sans aucun rapport avec le Xàê8a à deux explosives qu'on 
veut rétablir en grec ancien 4 . Ce Xàêoa peut avoir été celui de notre 
scoliaste. 

Schmidt, chez lequel sont rapportés et souvent discutés ces dif- 
férents testimonia, est très sceptique à l'égard de la tradition 
paléographique (v. notamment, p. 423). On ne voit pas bien où 
Crônert a pris que Schmidt tenait ferme pour le XàêSa :i . Schmidt 

1. Dans la Ausf. qr. Gramme, 1, 1890, p. 40, n. 2, où je trouve, sans renvois, les 
Jeux noms qui précèdent. 

■2. Photii Lexicon, rec. Naber, Leyde, I, 1864, p. 368. 

3. Ap. Blaydes, Av. EccL, Halle, 1881, p. 82 et p. 186. 

4. V. plus loin, p. 25. 

5. Crônert, Mem. Herculanensis, 1903, 72 ; voir aussi plus loin. Cf. Schmidt : 
« Ueber die Benennuug von X wird ma» scliwerlich zu einem ganz befriediegenden 
Ergebnisse konimen. » 



6 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

semble plutôt incliner à croire que la forme XafxSSa s'accommode 
beaucoup mieux de la dérivation sémitique (ièid.) et, pour con- 
clure, p 437, il met les deux formes avec ou sans fx, à peu près 
sur le même pied. 

C'est pour le Xà(j.68a que se décident, d'autre part, les orienta- 
listes, les linguistes et les épigraphistes. C'est, on le sait, la forme 
que nous avons apprise au collège et qui est consacrée dans 
l'Europe entière, nous verrons, tout à l'heure, depuis quand. Nôl- 
deke (p. 12o, 134) se prononce pour elle, du point de vue sémi- 
tique et, du point de vue linguistique grec, G. Meyer, dans sa 
Griechische Grammatik*, 1896, nous dit, en propres termes, p. 383, 
§ 295 : « XàêSa frtiher bezeugt. . . als das nach Ausweis des semi- 
tischen lâmed ursprungliche Xà|xS8a ». Et il ajoute en note que 
Schulze, lequel adopte définitivement XàêBa*, est d'une opinion 
contraire — à celle de G. Meyer — sans aucune preuve à l'appui : 
« Entgegengesetzter Ansicbt ist, ohne sie zu beweisen, Schulze », 
etc. Ici de nouveau on renonce à comprendre comment Crônert, 
/. c, range G. Meyer parmi les partisans résolus du XàêBa, en ren- 
voyant au passage où G. Meyer dit formellement le contraire. Et ce 
qu'il y a de plus piquant, c'est que Crônert lui-même (73, 1) semble 
un moment tenir pour le lambda : « a voce Xà^sS nasalem ascitam 
esse suspicarer ». 

Meisterhans 2 penche pour XàjxSSa. Enfin, Evans, le grand révolu- 
tionnaire en l'espèce, le partisan de l'origine égéenne, comme 
M. René Dussaud, de l'alphabet phénicien et non plus de l'ori- 
gine phénicienne de l'alphabet grec, M. Evans ne connaît que 
lambda 3 . 

Cette forme est, en effet, très séduisante à tous égards. Cep inter- 
calaire nous est présenté, dans des conditions presque identiques, 
par des mots d'origine purement grecque aussi bien que par des 
mots grecs empruntés aux Sémites. 

Àinsi ; *[xpoxoç, mortel, avec l'a privatif, donne àfxêpoToç, au lieu 
de à(xpoxoç ; l'exemple est classique. On peut également comparer 
yoqxêpoç à ya^éw, d'où aurait dû résulter, en réalité, 'ya^poç (Bradke, 
lndog. Forsch., IV (1894), 89-90) ; }t.s<rr\\&çh\ présente un 6 que n'a pas 

1. Cf. K. Z., XXXIII (1893), 370. 

2. Meisherhans, Gramrn. d. ait. Inschr. 3 , 1900, écrit, p. 4, lambda et Xà({x)ëSa, 
p. 5. 

3. Evans, Scripta minora, I, 1909, 82. Voir, d'autre part, P». Dussaud, Les civilis. 
prélœllén., 1910, p. 290 s., mais surtout : L'origine égéenne des alphabets sémi- 
tiques, dansle J. A., 1905, 357, où la question est posée et résolue d'une façon plus 
nette et plus ferme que chez M. Evans même. 



LAMED ET LAMBDA 7 

|i.6c»i|*(e)p{vi; ®i5|xêpà, Thymbra, est rapproché de 6u|xôç, thym, sans 
6 (cf. G. Meyer, Gr. Gramm. 3 , p. 373, § 286). Ce développement 
hystérogène de 6. d'un 6 explosif, se laisse constater à toutes les 
époques du grec: aujourd'hui, par exemple, /ap^Xoç, en Thessalie, 
ayant perdu son i interconsonantique atone, devient /oqj.X6ç, puis, 
tout naturellement /a^Xoç, c'est-à-dire /a^Xoç comme j'ai pu le 
recueillir de mes propres oreilles sur le Pélion. Pour les mêmes 
raisons physiologiques, on entend un cl dans àvSpdç, etc., au lieu 
de *avpôç, etc. (G. Meyer, op. laud., I. c. ; voir les formes homé- 
riques àvépoç, oivépi, etc., daus Kuhner-Blass, 1, 1890, 428. Comparez 
gendre en français, etc., etc.). 

Dans les noms propres sémitiques qui passent en grec, ce phé- 
nomène se laisse constater maintes fois. Nôldeke, dans ses études 
sur les Semitische Personennamen [Beitr., op. laud., 73-100), rap- 
porte d'après Lehas-Waddington (voirNôld , p. 103), 'AfiêpiXioç qui, 
en hébreu, ne présente pas de b : btritta ; je relève, de mon côté, 
dans les Inscriptions sémitiques de M. de Vogué, Paris, 1869, 
N°36a, p. 40-41, [1. 2], sur l'inscription palmyrénienne transcrite 
par le savant éditeur en caractères hébreux carrés, le nom de 
Jamblique, 'Ih/olv/oq en grec, sans 3 : isbar D'ailleurs, 'I-itjAiyoç 
sans ê, figurant la première étape de l'emprunt, nous est attesté 
par Lebas-Waddington, III, 1 1870, N° 2614, du mois d'avril, de 
l'an 83 de notre ère. Observons, au surplus, à ce sujet, que Boeckh 
y avait déjà reconnu 'IàfxêXt^oç, C. I G. (III), 4o04. 

Quelque tentants que soient ces divers témoignages, ces divers 
rapprochements, le grec moderne s'oppose d'une façon troublante 
à ce que le nom primitif grec ait été Xa^ê&a dans l'antiquité. Nous 
entendons ici, pour préciser, le grec le plus moderne, le plus 
vulgaire, si l'on veut, celui qui se parle, à cette heure même, par 
les simples gens, dans la plaine et sur la montagne — ce grec 
moderne qui s'écrit aussi quelquefois, ce que certains savants 
considèrent comme un événement heureux, puisque les formes 
vivantes se trouvent ainsi fixées par l'écriture et peuvent donc 
servir à des tins scientifiques. Nous n'avons pas besoin et ce n'est 
pas nécessaire, surtout ici, de nous étendre sur les services que 
le grec moderne, ainsi défini, peut rendre aujourd'hui, non point 
seulement à l'exégèse philologique de la Bible, mais encore à toute 
étude de grec ancien, étude dont il est un adjuvant indispensable. 
Loin d'insister sur des faits aussi connus dans une enceinte comme 
celle de l'Institut de France, nous nous réjouissons, au contraire, 
de constater que ce principe est aujourd'hui reconnu, consacré, 
en Angleterre, en Allemagne, en Italie et même, à ce que nous 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

apprend une correspondance récente, à Tiflis, dans le Caucase 1 . 

Quel que soit l'appoint qui, dans la question de l'alphabet, nous 
est fourni par le grec moderne, nous n'avons pas le droit de le 
négliger, d'autant moins que par le grec moderne nous allons 
essayer de remonter à la forme primitive grecque, ce qui nous 
permettra, espérons-le, d'établir la forme primitive hébraïque. 

Nous pensons, en effet, avoir prouvé, il y a près de vingt-cinq 
ans, dans le TaçïSi 2 et, simultanément, dans la Revue Critique 3 , 
que dans le grec vulgaire, le seul qui repose sur une tradition 
orale ininterrompue, le ji ancien, c'est-à-dire b, devenu spirante ou 
v, partout ailleurs, gardait le son de l'explosive b, dans un cas 
seulement, celui où p se trouve précédé d'une nasale, dans l'es- 
pèce, d'un [x. Voici les exemples, où nous marquons le b par \ltz '*), 
puisque l'alphabet moderne n'a pas de signe spécialement consa- 
cré à ce son, ce qui est d'une incommodité extrême, attendu que 
cette combinaison pr se lit tantôt b ([X7caivw ou ejjncaiva), tantôt mb 
(o^Tifoç, etc.) et que pour d, rendu par vt, la situation est encore 
pire, vt pouvant se lire de trois façons différentes : cl (vt^ott/), 

tvTixra, etc.), nd (l'vTsxa, xivtuvcç, etc.), OU ïlt (xovteç, ttouvtoc, (xsi'vts, 

xàvxe, etc.). Dans ce qui va suivre, p.7c ou vt auront la valeur de 
l'explosive simple, b ou cl, sauf indication spéciale. 

Nous avons donc j/.7taiva> de êjxêatvw, yafXTrpbç (— yambrôs), avec 
presque tous les sens [gendre, beau- fils, mari de la sœur, frère de 
la femme, fiancé) du grec ancien ya^poç, "Ijjwrpo (Imbro) = "Ijxêpoç, 
xoÀupuo (kolimbo) = xoXujxêw (et les dérivés), x6fj.7ioç (kombos) 
= xojxêoç, xoujj/Tù [koumbi, de xofxêtov), etc. Un pendant attendu 
nous est offert par le o et le yy dans les mêmes conditions : 

evrexa(nû?), VTÛvw(<i), xtvTuvoç(n^) , etc.; àyyuÇoo (eyyù;)(ft<7), eyyovt 
(syyovoç^ft^), etc., etc. 

A cette place, nous devons mentionner un fait. En dépit de ce 
que nous venons de dire, il arrivera souvent à l'observateur de 
recueillir en Grèce les prononciations [/.S, vo, avec la spirante après 
le (x ou le v, soit dans des mots tels que <7up.6iêa<7[jt.6ç, <ru[/.6aivei, èvou- 

1. Il est question, nous dit notre correspondant, d'y fonder un enseignement du 
grec moderne, d'un caractère, non point pratique, comme on pourrait s'y attendre, 
mais spécialement scientifique. 

2. Voir éd. II, Paris, 1903, p. 161 s. ; il y est aussi question de 'Ià[ji6Xtxoc, p. 163. 

3. Rev. cr., 1887, 267, passé de là chez Blass, Die Aussprache des Grieckischen, 
éd. 111, 1888, 107. 

4. Dans mon Essai de gr. hist. (Mém. Or. de VEc. d. L. O., 1905, 293), des carac- 
tères spéciaux ont été fondus par l'Imprimerie Nationale, pour distinguer l'explosive 
sonore (b, d ou g) de l'explosive sourde (p, t ou k), à l'aide d'un tilde, d'un n tilde, 
ou plutôt d'un iz surmonté d'une petite ligue tremblée — destinée à ligurer la vibration 
des cordes vocales. 



LA MED ET LAMBDA 9 

[i.off(a, etc., soit dans les mots mêmes cités ci-dessus, xoXufjiê<5, 
ya[i.6pdç, xivBuvoç, IvSexa, etc., c'est-à-dire simvivazmos , kolimvo, 
kinàinos, enleka, etc. 

Dans les deux cas, ce sont des prononciations d'après la lettre, 
par conséquent, des prononciations artificielles ; c'est pourquoi 
elles ne se maintiennent pas. En effet, le grec moderne ne tolère 
plus de m ou de n devant les spirantes, en d'autres termes devant 

P?i 8Ô > Th £ ff > X ' P- 
Il en allait de même en grec ancien devant Ça, X, p, parce que 

ces sons, alors aussi, étaient des spirantes ; le v ou le [x, au 

contraire, se combinaient fort bien avec pcp, 30, y/, parce que les 

sons ffy, ôô, y/ n'étaient pas alors des spirantes, mais des explosives 

au même titre que htx, sons devant lesquels, en grec ancien 

aussi bien qu'en grec moderne, il y a place pour la nasale, figurée 

tantôt parv (vr), tantôt par [x (jxtt), tantôt par y (y* ou yy). 

Mais la langue savante, sans se rendre compte de cette évolution 
qui des explosives anciennes [3<p, 30, y/, a fait des spirantes, tandis 
qu'elle respecte les explosives tc t x, continue d'opérer comme si 
les temps n'avaient point changé et, considérant la lettre seule, 
favorise la présence du p. ou du v devant (3cp, 86, y*, croyant même 
que ce sont ces combinaisons qui sont anciennes. 

Il en résulte que dans les mots savants elle prononce mv (ji6) ou 
n8 (vo) et que, dans les mots reposant sur une tradition orale, 
ininterrompue, c'est-à-dire dans les mots qualifiés de vulgaires, 
elle altère la prononciation traditionnelle et, au lieu de koumbi, 
kindinos, par exemple, qui représentent la prononciation ancienne 
la plus pure, elle dit koumvi, kinlinos, etc., etc , en d'autres 
termes, elle ramène les spirantes. 

Or, celles-ci ne pouvant plus être précédées d'une nasale, la loi 
physiologique ne cesse d'agir et c'est ainsi que nous voyons appa- 
raître les formes hybrides kioinos, kolivo, etc., etc. 

Donc, pour nous résumer, trois prononciations de ces groupes 
sont aujourd'hui possibles : 

1° La prononciation mb, nd> qui est la prononciation historique 
et normale ; 

2° La prononciation p ou 8, sans le [x ou le v, qui est la pronon- 
ciation savante, corrigée suivant la norme moderne; 

3° La prononciation mv, no, qui est la prononciation savante 
ou anormale, transitoire. 

Nous n'avons pas à examiner ici la question du grec. Nous 
jugeons la langue puriste à un point de vue uniquement scienti- 
fique et, à ce point de vue, nous constatons que le grec puriste 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est un mauvais guide pour la connaissance du grec ancien, qu'il 
introduit le trouble dans la science et dans l'histoire, puisqu'il crée 
des types anormaux, tels que koumvi ou kinUnos, en regard des 
types réguliers et vraiment anciens kindinos, koumbi, etc. '. 

La persistance du p explosif après jj., est même d'une telle fixité, 
que l'on peut, grâce au traitement moderne — nous entendons 
toujours populaire ou inconscient — de mots anciens non attestés 
par l'écriture, faire quelques addenda lexicis grœcis. Ainsi [A7càX- 
Xw[xa ne peut guère reposer que sur un ancien £(i.êàXXoj(j.a, absent 
des dictionnaires. Le sens de ravaudage ne doit pas nous arrêter; 
on peut rapprocher Xén., Ven., 6, 25, eîç xàç àpxuç âfxêàX-yj (rbv 
Xayco ; voir l'éd. de Pierleoni, Xen. Cyneg., 1902), mettre dans 
les filets, et plus tard, mettre l'aiguille dans. Ce n'est pas tout : le 
grec moderne [XTraXXwvw nous apprendrait aussi l'existence d'un 
contracte ancien en — d<o, È[xêaXX6co, dans la formation analogique 
duquel le futur (foXô, l'infinitif aor. paXsïv, contractes l'un et l'autre, 
ont pu jouer un rôle. D'autre part, si [i/rcàÇco, j'introduis, nous 
ramène à è[/.6i6àÇ<o 2 , praaiot, entrée, nous pousserait à rétablir un 
e[x6têa(7ia, inconnu jusqu'ici. Il est vrai que nous pouvons avoir là 
une formation indépendante à l'aide du suffixe — ta. 

Toujours est il qu'en ce qui touche le nom de la lettre Xà^oSa, le 
témoignage du grec moderne est sérieux : du moment que nous 
n'avons pas aujourd'hui d'explosive dans Xà^SBa, c'est-à-dire un b 
— nous étudierons tout à l'heure les formes modernes — Xà^êoa 
avec le ;x ne saurait avoir été ancien. En d'autres termes, le p, s'il 
avait été précédé du jx, aurait persisté comme explosive. Force nous 
est donc d'établir comme forme primitive grecque, XàSBa, dont nous 
expliquerons la formation par rapport à lamed, dans un instant. 

Prévenons d'abord une objection ; XàjxêSa, nous dira-t-on, est un 
mot savant et, par là même, échappe aux règles de la création 
populaire. 

A quoi il conviendrait de répondre, d'une façon générale, qu'il 
paraît plus juste d'abandonner les termes de création populaire 
autant que de création savante et de les remplacer par ceux de 

1. Voir des exemples d'autres déformations savantes dans 'Poôoc xoù MfjXa, t. II, 
1903, p. 19 suiv. En réalité, ce n'est pas d'un état de diglossie, mais de triglossie 
dont souffre aujourd'hui la Grèce, du fait de la langue savante, puisque nous venons 
de voir trois formes pour un seul mot : la forme traditionnelle et nationale, la forme 
savante irrégulière et la forme savante régularisée, formant doublet avec la forme 
héritée de l'antiquité directement. 

2. Sur i interconsonantique atone qui disparait, v. Essais de gr. hist. ng., II, 
1889, lvi-lvii. - - Pour les Addenda lexicis, grâce au grec moderne et à ses dialectes, 
voir aussi Thumb, Die gr. Spr. im Zei/alter des HelL, 1901, 17 s. 



LA M Kl) liT LAMBDA 11 

création instinctive ou inconsciente, ou même, si l'on veut, spon- 
tanée du langage. Eu fait de langage, tout le monde est peuple. 
Savants et ignorants créent, c'est-à-dire modifient, aillant les uns 
que les autres, le langage transmis, par des mouvements « à la lois 
imperceptibles et constants » '. 

Dans l'espèce, puisqu'il est question du nom d'une lettre de l'al- 
phabet, rien n'est plus sujet à modifications, puisque ce nom passe 
par des milliers de bouches. 

Enfin, pour notre lambda môme, nous verrons plus loin que, 
sous ses formes nouvelles, il a subi des altérations provenant de 
l'instinct même des masses. 

Il reste donc à nous demander comment l'hébreu lamed peut 
aboutir, en grec ancien, non point à XàfxêSa, mais à XàêSa. 

De la façon la plus simple. 

En grec ancien, la combinaison d'un \k suivi d'une explosive 
dentale, soit o aussi bien que x ou Ô 2 , est une combinaison sans 
aucun exemple. 

Donc [/.S ne pouvait pas subsister. 

Et l'on a choisi la plus proche labiale, c'est à savoir p, la combi- 
naison 68 étant familière aux Grecs. D'où XâêSa. 

Ici arrêtons-nous un moment. 

On a contesté, avec un talent d'ailleurs incontestable, l'origine 
phénicienne de l'alphabet grec. C'est, à notre sens, par M. René 
Dussaud, que cette opinion a été présentée et soutenue de la façon 
la plus nette et la plus convaincante 3 . Il a réfuté, avec hardiesse 
et netteté, l'argument tiré du nom sémitique de ces lettres. Il 
nous a dit, en propres termes : « Nous ne croyons pas que l'ori- 
gine phénicienne du nom des lettres grecques soit démontrée ''. Le 
fait que delta, par exemple, n'ait pas de sens en grec, tandis que 
dalet signifie « porte » ne prouve rien, bien au contraire. Ainsi 
delta n'a pas de sens; mais la lettre en passant en slave a pris 
le nom de dobro qui signifie « chêne » 5 . 

Soit. Plaçons-nous sur le terrain le plus favorable aux partisans 

1. Voir La prononciation du grec, dans Autour dé la Grèce, 1897, 192 s. 

2. Ci". Schmidt, op. c, 429, 2. 

3. R. Dussaud, L'origine ége'enne, etc., op. c, p. 357, surtout dans Les Arabes en 
Syrie avant l'Islam, Paris, 1907, 84-85. 

4. Note 1 de Dussaud, ibicl. : « La tentative la plus complète se trouve dans Noldeke, 
Die Sem. Buchst. », etc. 

5. Pour le dire en passant, j'avoue que ce sens m'est inconnu : je ue sais guère que 
,\\v>-h pour dire chêne. Quant au nom du d dans l'alphabet slave, nulle part ce sens 
oe lui est attribué : voir Miklosich, Lex. Palaeoslov.-gr.-la/ ., 1862-65, s. v. ; Sres- 
ni'wsky, Materiali, 1, 1893, s. v. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de cette théorie. Abandonnons le sens. Tenons-nous à la forme. 

Voici donc XàëBa, bien établi, lui, sur le terrain grec, d'une 
part, et, de l'autre, lamed, qui, nous pouvons maintenant l'af- 
firmer, ne peut être que sémitique. 

En effet, le groupe md ne peut subsister en grec ; mais en sémi- 
tique, il n'a rien que de fort commun, cf. Kônig, Lehrgebàude der 
hebr. Spr., II, 1, 1895, 467, p, etc. 

En sémitique, le groupe bd est tout aussi commun — dans les 
noms propres, par exemple, ce qui indique toujours une haute anti- 
quité, cf. i, Gbron., 7, 3: r-rns'y ('Oêoià, dans la Septante), etc., etc. 

Donc, le changement md en bd ne pouvait avoir lieu dans le 
passage du grec à l'hébreu, tandis que ce changement en grec était 
forcé. 

Par conséquent, le nom de cette lettre est inéluctablement sémi- 
tique, précisons : hébreu. 

Allons plus loin. Nous parlons de groupe md en hébreu, alors 
que la tradition, tant grecque qu'hébraïque, pour le nom de celte 
lettre, nous présente un e entre le m et le d. En hébreu, la forme 
traditionnelle est lamed, nwb avec un segôl ou ê; en grec, dans les 
Lamentations (voir ci-dessus), le nom est orthographié Xàp.£8, 
par un e. 

Mais tout ici se tient et s'enchaîne. 

Pour que le groupe md hébraïque ait été changé par les Grecs 
en groupe bd, il fallait de toute nécessité que les Grecs se trouvas- 
sent devant un groupe proprement dit, c'est-à-dire deux consonnes 
sans interstice vocalique. 

S'il y avait eu là un interstice vocalique, les Grecs l'auraient 
senti. Pour tout dire en un mot, les Grecs rendent volontiers le 
shewa tantôt par une voyelle, tantôt par l'autre : ainsi font-ils 
dans la traduction des Septante, par exemple d*ba = BaXaàjx, etc. *. 

Du moment donc que dans le Xàêoa nous n'avons rien de tel, une 
seule chose est possible, c'est que le shewa, le fameux shewa, cet 
e réduit dont nous avons des exemples dans bien d'autres langues, 
entre autres, en grec médiéval et moderne 2 , c'est que le shewa, qui 
existait au temps de la Septante, n'existait pas encore à l'époque 
de l'emprunt du lambda. 

Ainsi, dans le XàfxeS des Lamentations (iv, 12), non seulement 
l'e n'a pas de valeur primitive, mais cet £ ne représente même pas 

1. Voir Fratikel, Vorstudien zu der Septuaginta, Leipzig, 1841, 121 ; Essai sur le 
grec de la Septante, p. 173, n. 1. 

2. Essais de gramm. hist. ng., II, 1888, lxvii, suiv. 



LAMED ET LAMBDA 13 

de shewa primitif. Nous pouvons, grâce au grec ancien, auquel nous 
a menés le grec moderne, aller jusqu'à cette conséquence qui, au 
surplus, trouverait sur le terrain hébraïque, de sérieux points d'ap- 
pui, le shewa n'étant pas dans les langues sémitiques un élément 
nécessaire et primordial '. 

On ne trouve, il est vrai, nulle part Xauo, mais, dans les Lamen- 
tations, l. c, on rencontre les leçons précieuses, aXcp, y^À, ôVaO, 
SsXt 2 . 

Nôldeke (p. 134, cf. 132-133) arrive aussi à cette forme lamd 
pour l'hébreu, forme que le grec corrobore incontestablement. 

Nous sommes à présent plus à Taise pour examiner la prove- 
nance du second a. 

Ici tout le monde est d'accord, sémitisants et hellénistes. Pour 
Ewald et Kônig (op. cit., 26), l'a est surajouté, afin de ne pas 
blesser l'oreille grecque, qui n'aime pas les mots terminés par une 
consonne. Ainsi pense Schmidt (op. laud., 438) ; ainsi le veut 
Nôldeke (op. land., 134, 135). Je ne vois exprimée nulle part une 
autre opinion. 

Il nous semble difficile d'être davantage à côté d'une question 
et de moins s'en apercevoir. 

D'abord, le principe invoqué, celui d'une désinence vocalique 
îécessaire en grec, nous semble, dans l'espèce mal compris. 

Ce n'est pas la première fois que le grec s'est trouvé dans cette 
situation. 

Prenons l'exemple classique. Nous avons en grec ancien deux 
mots pour dire orge, xpï et xp'OY), lequel n'est point une forme apo- 
copée de xpï, comme cela se dit quelquefois ou plutôt se disait 
jadis. 

Kpï et jcptôï) sont des doublets, reposant l'un et l'autre sur une 
forme xptO, qui est, à proprement parler, ce qu'on appelle une 
racine. Ne craignons pas, à ce propos, d'observer que les Grecs, 
les Grecs après leur séparation des autres familles du groupe, par- 
laient aussi par racines, puisque xpiô ne se décline pas, n'a pas 
d'article et que, d'autre part, xpi6 est indispensable pour expliquer 
à la fois xpr et xpCOi}. Donc, il faut de toute nécessité qu'ils aient dit 
xp'.O à un certain moment et rien que xp-.ô. 

On voit que la présence de la consonne finale dans un mot 

1. Voir, entre autres, Kônig-, op. cit., 466, a, sur stâjim, etc. — L'arabe n'a point 
de shewa; pour le syriaque, v. Brockelmann, Syr. gramm., 1905 (P. L. 0.), 7, b\ 
pour le samaritain, Petermann, Brevis lïnguae samar. gr., 1873 (P. L. 0.), p. 5, § 7. 

2. Voir les justifications dans Nôldeke, op. laud., 126; Xaêô, ibul., n'a pas un 
intérêt spécial dans la question du ),afxo. Cf. aussi aXaouvaXç, Nôld., J35. 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

entraîne un double traitement : ou elle disparaît comme dans xpt, 
ou elle s'enrichit d'une désinence de genre, comme dans *piÔ7). 

De même, ocoa bifurque en Sô|xa, commun, et en 8w, homérique. 
Admirons ici à quel point le grec ancien, mieux encore le grec 
préhistorique et le grec moderne sont une seule et même langue. 
Ainsi, voici un jx final qui tombe dans 3<o. 

Nous avons donc Btô pour Bw^, préhistoriquement. Descendons 
plus bas. Dans le N. T., nous avons Mapi'a pour Mapiàjj. (ainsi encore 
chez la Septante, Ex., 15, 20; Num., 12, 1, et dans le N. T., voir 
la Concordance de Bruder, etc.), — û-to (voir sur ce nom The 
Amer. Journ. of sem. lang. a. Liter., XX, 152). Et il n'y a pas 
plus de sept mois (10 janvier 1912), un brave instituteur grec de 
Constantinople nous disait, dans la conversation [yev^xave ytç] MaSià, 
pour Maotàjx, par conséquent, sans \l final (cf. Actes, 7, 29, cf. 
Gen., 25, 3, etc., etc. — v. Hatch a. Redpath — c'est à-dire "pn»), 
expression proverbiale en grec moderne. 

Si donc, il n'y avait en jeu que le principe de la terminaison 
grecque vocalique, le grec ancien, devant des noms de lettres 
sémitiques à désinence consonanlique, telles que, par exemple, 
ma, p7j6 (Lament., I. c), mn, tjÔ [ib.), ma, 6t,t (ib.), "m twG (ib.), 
etc., etc., aurait pu d'autant plus facilement laisser tomber la 
consonne finale que ce traitement chez lui, comme nous venons de 
le démontrer, n'est pas seulement préhistorique, mais se continue 
jusqu'en grec moderne. 

Le grec aurait donc pu aboutir à p-7j, r\, 8tj, tô, etc., éventualité 
sur laquelle nous nous permettons d'attirer l'attention de l'Aca- 
démie; car, du côté égèen (v. R. Dussaud, Les civilis. prêhellén., 
op. laud., p. 298), on semble attendre des noms tels que bi, gi, etc., 
ce qui ruinerait à tout jamais, nous dit-on, la théorie de l'emprunt 
de ces lettres fait par les Grecs aux Hébreux. 

Eh bien ! nous disons ici que, dût-on jamais constater épigra- 
phiquement des noms tels que ffi, 0f[, etc., ce n'en serait pas 
moins des emprunts de la part des Hellènes. Nous sommes per- 
suadé, sans entrer et sans pouvoir entrer ici dans l'examen du 
détail, que la plupart des difficultés, celles, par exemple, relatives 
au xi et au sigma (v. Dussaud, op. cit., 299) ', seront levées par 

1. A propos de ce nom, Schmidt {op. laud., 427) faisait déjà la très judicieuse 
observation que cïyfjia n'a nullement besoin de venir de samek et que le nom est pure- 
ment grec. Les Grecs auraient pris ici la lettre sans le nom. Pour ce qui est de la 
question du % et du samek, c'est là une question extrêmement compliquée et qui se 
refuse à être traitée eu passant. 11 faudrait au préalable étudier la bibliographie citée 
dans Muss Arnold (voir plus loin, p. 17, n. 2). 



LA MED ET LAMBDA 15 

l'examen de la phonétique interne du grec, ce qui ne semble pas 
avoir été suffisamment pratiqué jusqu'ici. 

Dans l'espèce, le grec a préféré la désinence vocalique greffée 
sur le nom étranger qu'il traitait donc, nous venons de le voir, 
absolument comme un nom indigène. 

Il a ditXa^oa, comme il avait dit pTyra, T,xa, 6v,xa, tôra, de môme, 

àXcpa, yâu.|i.a, etc. 

Cet a est tellement transparent qu'on s'étonne qu'il ait pu arrêter 
jusqu'ici ou être interprété comme nous l'avons rapporté plus 
haut. 

C'est tout simplement l'a du neutre et ce neutre est entraîné par 
le neutre axot^eîov (v. Schmidt, op. laud., 428) et surtout yo-i^a, 
lettre. Ces noms de lettres sont, en effet, du neutre, comme en 
témoignent encore les désignations que nous répétons tous les 
jours de î <^X6v, <o aéya, etc. (voir Scbmidt, 430) 1 . 

Quel sens, autrement, cela aurait-il que les Grecs, pour éviter la 
finale consonan tique, aient ajouté un a? C'est l'explication par 
l'inexpliqué. Les Grecs avaient sept voyelles, douze, si on compte 
les brèves et les longues, et douze diphthongues. On ne voit pas 
pourquoi ils auraient été choisir un a au milieu de toutes ces 
richesses. 

A la suite, cependant, de la lecture qui a été faite de ce mémoire 
à Y Académie des Inscriptions, l'attribution de l'a linal au neutre a 
soulevé quelques objections intéressantes. 

M. Glermont-Ganneau, d'abord, nous a demandé, puisque nous 
voulions voir un neutre dans la désinence de ces noms, si ces 
noms se déclinaient, la logique voulant, ajoutait-il, que l'on dise 

0/jXaxoç, etc. 

Il y aurait lieu, croyons-nous, de distinguer ici. Ces noms pour- 
raient être du neutre et ne pas se décliner tout de même comme 
tant d'autres, /osto, yp£o'>v, aXcpt, xpï, 8<S, êpi, etc., etc. 2 . 

Puis il y a la logique, dont parlait M. Clermont-Ganneau. En fait 
de logique, du moins quand il s'agit de déclinaison, on ne saurait 
jamais prendre les Grecs en défaut. C'est ainsi que, pour être 
complets, c'est-à-dire toujours logiques, ils déclinent au pluriel 
Nécrropeç, Negxôocov 3 , Né^xopci 4 ! Bien mieux : ils ont trouvé le duel xw 

1. Plus tard, ces noms se présentent aussi au féminin, v. E. Miller, Lexiques grecs, 
Tr)v ïwxa, p. 229, v. 60, Ann. des Et. gr., 1874. Ce fém. est entraîné par la désinence 
-a coïncidant avec l'a de \j.o\)oa, etc. 

2. Kulmer-Blass, I, 1, 1890, 521 s. 

3. Gramm. gr., I (1889), Theod.Can., 24, 18. 

1. Ib. et llerod. tecfin. rel., Lentz, II, 2 (1870\ 736, 10-17. 



16 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Néaxops, toïv NsffTÔooiv, même le voc. duel w Néaxops * et ce qui est 
encore plus joli le voc. duel de Cos, w Kw 2 . 

Dans l'espèce, nous avons un exemple célèbre dans Xénophon, 
HelL, IV, 4, 10, passage où il est dit que les Sixuomoi ou Sicyo- 
niens portaient un S sur leurs boucliers : xà eriy^aTa kn\ tôv tuncl- 
8(ov. Naturellement, on corrige en xà aiy^a xà k-nl xwv àcTi. 3 , sans 
aucune raison, si ce n'est, je suppose, qu'un certain Helladius, 
grammairien parfaitement obscur et postérieur 4 , décréta que les 
noms des lettres sont indéclinables, ce dont il donne cette raison 
baroque, que le vu et le pu ne le sont pas, car son raisonnement 

ne Va pas plus loin : ô'xi w(77r£p xà vu tp.jjt.kv xai xà jjlu ttXyiÔuvxixwç 
IxcpcovsTv eGeXovxeç xà axot^eta, ouxeo xaï xà a t'y fia osT XÉy£iv, àXX'oûyî xà 
ciy^axa* xai yàp àxXtxa xcov gxoi^sudv xà ovôfxaxa. oCo xaï xb Trapà xco 
Esvocpwvxi èv xoTç sXXvivtxoTç £ipT|[xevov ouy ucp' ev xà ffiy(/.axa xwv à<77rtocov 
àvayvto(7X£Ov, àXXà BiauXXàêioç [aev xà <ny[xa, xaï cac'àXXTjç àpy/jç, xà xcov 
àffTTiSwv, xaxà Stàaxaciv 5 . 

Il ne faut tenir aucun compte de cette réflexion qui n'a pas le 
moindre fondement historique. Schmidt observe, au contraire, avec 
raison, que le crcy^a est la lettre la plus fléchie en grec. On en arrive 
à faire violence au texte sur la seule foi d'Helladius. Ainsi Matthiâ 
corrige en xwv ciy^a xàW et xà c'y^a auXX£^avx£ç des leçons aussi 
claires que celles du scoliaste d'Euripide, au vers polysigmatique 
de la Médée G , où il y a d'après le ms. ex xwv «riy^àxtov Eûptm'Bou et, 

plus loin : xà aiyjxax' àXXÉçavxsç 7 . 

Mais on trouve bien mieux encore que ccy^axa. Schmidt 8 signale 
ce curieux passage des Scholies des Ghoiroboscos à la grammaire 

de DenVS de Thrace I 7tapà ATjjxoxpnrop 8s xXivovxat, Xéy£i yàp oÉXxaxoç 
xaï ÔVjxaxoç 9 . 

Les faits rapportés établissent uniquement que les noms des 
lettres se déclinent. Helladius lui-même nous le prouve en quelque 

1. Theod. Can., I. c. 

2. Theod. Can., op. cit., 32, 8. Cf. Et. de philoloq. ng., 1892, lxix. 

3. Ainsi dans le Xén. Hist.gr., de Keller, éd. mai. 1890, ad l. 

4. V. M. Haupt, Opuscula, Il (1876), 422. R. Nicolai, Gr. Liter. g., II, 1876, 378. 

5. Apud Schmidt, op. laud., 439. 

6. Schmidt, l. c. 

7. Med. 476, v. Sch. gr. in Eur. trag., éd. G. Dindorf, IV (1863), 37, 20. 

8. V. Schmidt, l. c. Dindorf ne daigne même pas relever la variante à ce passage. 
Dans le même sens, Kiihner-Blass, I, 1, 1890, 522, e, à la suite de Porson. 

9. L. c. Il faut citer aujourd'hui d'après l'éd. des Gramm. gr., III, Sch. in. Dion. 
Thr. art. gr., 1901, 184, 18; l'attribution à Ghoiroboscos n'est pas sûre; v. p. 183. On 
est un peu surpris de ne pas voir figurer à Ylndex les noms de ces lettres. Le com- 
mentateur dit aussi que ces noms sont àx).ixa. Voir également y^u-axa, postérieur, 
dans le Du Cange grec, s. v. yàp.|xa. 



LAMED ET LAMDDA 17 

sorte, puisqu'il nous montre que la question est discutée. Il n'y a 
aucun lieu de s'étonner de voir fléchir des substantifs dans une 
langue d'une sensibilité aussi délicate que le grec, en matière de 
flexions. Aujourd'hui encore nous ne connaissons pas d'indécli- 
nables en grec moderne. Celui-ci n'a donc l'ait que développer la 
tendance que l'ancien accusait déjà si fortement. 

Mais les flexions neutralcs du ffly^a, du ô^toc et du SéXra, môme le 
fait que, à l'époque classique, les noms des lettres sont du neutre 1 , 
ne répondent pas à l'objection présentée, au cours de la lecture 
du présent mémoire à l'Académie, par M. Théodore Reinach, qui 
veut voir dans le second a du Aàêoa et dans l'a final des autres 
lettres, un a de provenance araméenne. En effet, un a araméen 
peut s'être introduit en grec et y avoir pris couleur de neutre, ce 
qui aurait déterminé le genre, une fois pour toutes, des noms des 
lettres. 

Nous avons déjà dit plus haut, dans une note (p. 4, 4), quels sont 
les faits phonétiques indispensables à prouver, avant qu'il puisse 
être parlé d'une origine araméenne de l'a final de nos lettres. Il 
faut établir qu'il y avait bien un second a dans alef, et que la 
phonétique grecque, contrairement à ses habitudes, en a fait sans 
raison àXcpa, au lieu de garderie second a à sa place, soit àXacp, sauf 
alors à y ajouter la désinence qui lui plairait, soit àXacpa, avec l'a 
final. Mais cette preuve ne saurait jamais être produite. Le second 
a de la vocalisation araméenne de alef est une pure hypothèse ; 
elle n'a pas plus de fondement que le shewa dont nous pensons 
avoir établi l'inanité dans le passage du lamed ou lamd à AàSoa. 

En regard de cette explication par une pure hypothèse, nous 
appuyons, au contraire notre interprétation, au moins sur deux 
faits incontestés. 

Il suffit de parcourir dans Muss Arnold la liste des emprunts 
préhistoriques ou historiques, faits parles Grecs aux Hébreux dans 
le vocabulaire 2 , pour se rendre compte immédiatement, qu'aucun 
mot sémitique — et cela peut se dire de tous les mots étrangers — 
n'entre en grec sans y prendre aussitôt une désinence générique 
quelconque, parmi celles que le grec emploie pour ses substantifs, 
quelle que soit d'ailleurs la désinence étrangère, ou vocalique ou 
consonantique. 

Ce fait est encore de nos jours de toute vérité ; le turc pacha U,L>, 

1. Voir tous les dictionnaires. 

2. Muss Arnold, Semitic words. in Gr. a Latin, dans les Trans. of the amer, 
philol. assoc, XXIII (1892), 35 s. V. Y Index, p. 151-155. 

T. LX1V, no 127. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

devient Traaà-ç, sitôt qu'il passe en grec; M. H. Pernot n'est connu 
parmi les Grecs que sous la désinence 6 rispvoç. J'ai dit ailleurs 
comment un de mes élèves de l'École des Langues orientales 
vivantes, nommé Barrabé, recommandé par moi à quelques amis 
de la société athénienne, s'entendait aussitôt désigner sous la 

forme 6 M-rcappapréç. 

Le second fait est que, en grec ancien comme en grec moderne, 
une désinence n'est jamais indifférente, et présente, sauf dans cer- 
tains substantifs de la troisième déclinaison (cf. Ttax^p, y^x"^. etc.), 
un caractère générique. Ainsi un substantif finissant par un oj au 
nominatif singulier, ne saurait être ni masculin ni neutre : il est 
inévitablement féminin. 

Le troisième fait, enfin, c'est que, dans le cas qui nous occupe, 
les noms hébraïques, dans leur passage en grec, revêtent préci- 
sément cette désinence -a du neutre de la troisième déclinaison. 

Tels : xb fxàwa Nu., 11,6, qui ne repose nullement sur la forme 
araméenne nse, mais bien sur le 1*3 hébreu, puisque nous trou- 
vons |/.àv d'abord dans l'Ex. 16, 35. Ce substantif a donc suivi le 
même chemin que trn?p = Maptàfx = Mapia ; nia/a. = nos, vàêXa 
= bas, etc., sans compter les noms de villes : Sooojxa = nnp, 

Nous espérons donc avoir établi d'une façon indubitable le carac- 
tère de neutre de l'a de nos noms des lettres, qui s'appuyait de plus 
sur le neutre ypà^a. 

11 faudrait bien se garder, à ce propos, de croire que ces neutres 
en -a sont de création postérieure, puisqu'ils sont indo-européens 2 . 
Quant à supposer que les Grecs ont appris à lire sans savoir que 
les signes appris s'appelaient des Ypàjxfxaxa ou qu'ils ont été des 
années avant de tirer ypo^a de ypacpw, c'est méconnaître la rapidité 

1. Voir à ce sujet Thackeray, Gramm. of the 0. T. in G/*., 1909, 167, 10. Voici 
quelques autres exemples qui me sont communiqués par M. J. Rouffiac, auteur d'une 
excellente étude intitulée Recherches sur les caractères du grec dans le N. T. d'après 
les Inscriptions de Priène, Paris, 1911, ancien élève de M. A. Deissmann, actuel- 
lement mon élève à l'École des Hautes-Études et dont je suis heureux de citer ici le 
nom : « xô atxepa, 1D"»l3, Lev., 10, 9; Esaie, 24, 9; Luc, 1, lo, boisson fermentée ; 
àXXrjXouïa [du neutre, III Macc, 7, 13] = ïr^bbn ; M. Rouffiac mentionne également 

T : _ 

les toponymcs xà Top-oppa = n"*ib^, Gen., 19, 24 et N. T., où on trouve aussi la 
forme féminine [entraînée par la désinence, voir ci-dessus p. 15, n. 1] ; xô -ivà = 
■VPD, Josèphc dit xà Sivatov; Fa^pà = in, II Rois, 5, 2o ; Kouvà — ^"p [où ai 
transcrivant le yod se montre bien encore comme diphtongue], Juges, 4, 8 (B) ; Maavà 
= D^n^, Josué, 13, 30; autres noms de ville en à, indéclinables, dans Nombres, 
33, 12, 29, 34, etc. » 

2. Voir K. Brugmann, Gr. Gramm. 3 , 1900, p. 189, § 189, 6. 



LAMED ET LAMBDA 19 

de leur esprit, facile à créer des mots, jadis comme aujourd'hui. 

Que si mai menant, de l'accumulation de tous ces détails, nous 
tâchons de nous élever à quelques considérations générales, dont 
ce serait ici le lieu, nous pouvons, je crois, envisager d'un nou- 
veau biais les théories ou plutôt les idées présentées récemment 
par divers savants au sujet des origines de l'alphabet grec. 

Pour M. Evans et M. Salomon Reinach, dont M. R. Dussaud a 
résumé comme suit l'opinion \ les caractères alphabétiques tirés 
de l'écriture Cretoise — demeurés d'ailleurs indéchiflVés — furent 
apportés par les Philistins en Palestine, d'où les Phéniciens 
auraient lire l'alphabet connu. 

Voici, d'autre part, ce que nous dit M. R. Dussaud, lui-même, 
dans Les Arabes en Syrie avant l'Islam, 1007, p. 84 : « Il n'est 
plus certain a priori que l'alphabet phénicien soit antérieur aux 
alphabets grecs. Il y a lieu tout au moins de l'établir. » M. Dussaud 
continue à énumérer les arguments en faveur des origines phéni- 
ciennes; puis, il détruit ces quatre arguments l'un après l'autre 
(p. 84 suiv.), avec une netteté, devons-nous dire, qui fait réflé- 
chir. On n'a pas trop, pour y répondre, des arguments les mieux 
trempés. 

M. Salomon Reinach écrit, d'autre part : « Non seulement la 
Grèce mycénienne, continentale et insulaire a possédé un système 
propre d'écriture, mais elle en a fait, du moins en Crète, un usage 
fréquent et elle l'a propagé sur les deux continents voisins avec 
lesquels elle entretenait des relations 2 . » 

Les hypothèses assurément sont un des privilèges, sont même 
une des nécessités de la science. Mais nous avouons humblement 
ne pas saisir la question présentée en ces termes. 

Dans cette question de l'alphabet, il entre, en réalité, deux ques- 
tions qu'il y a, pensons-nous, un intérêt de premier ordre à distin- 
guer, clairement et nettement, l'une de l'autre. 

Il y a la question des origines de l'alphabet grec, tel que nous 
le connaissons, celui de l'archontat d'Euclide, de l'an 403 av. J.-C. 

Et il y a la question des origines de l'alphabet phénicien. 

Pour la question des origines de l'alphabet grec, il ne semble 
pas qu'il puisse exister le moindre doute. Pour nous en tenir au 
point particulier traité dans notre travail, nous croirons à l'origine 

i. II. Dussaud. op. laud . 297. Voir Salomon Reinach, Anthropologie, V, 1894, 
407-415 ; XI, 1900, 497-502; Chroniques d'Orient, II, 1896, p. 464. 

•2. Anthropologie. XI. 1900, p. 498. — Voir dans les Scripta minoa, op. laud. 
(et déjà dans les Chr. d'Or., Il, 464), les spécimens de l'alphabet crétois rapprochés 
des autres alphabets (Chypr., phén., etc.), 57, 66, 71, 76, 84, 89, etc. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

grecque de l'alphabet sémitique, quand on nous aura démontré 
que c'est lamed qui vient de Xàfx^oa ou Xàêoa, et non point Xàêoa qui 
vient de lamed, ce qui établit ou plutôt confirme les origines phé- 
niciennes de l'alphabet grec. Les Grecs n'ont pas appris les noms 
sans prendre les choses. Et l'on peut ajouter : Ab uno disce omnes. 

L'argument, séduisant au premier abord, d'après lequel la chose 
n'aurait pas été empruntée avec le mot, ne nous paraît pas irréfu- 
table. BaiTuXta, nous dit-on ', est d'origine sémitique; il est cepen- 
dant certain que les Grecs vénéraient des bétyles avant d'avoir 
emprunté le mot. « Tous les jours nous observons qu'une vieille 
coutume reçoit chez nous un nom étranger et reprend sous lui une 
vogue nouvelle. » Mais il ne s'agit pas ici d'un mot. 11 s'agit d'une 
série de mots. La différence est capitale. On ne connaît pas jus- 
qu'ici d'emprunt fait par un peuple à l'autre, qui se bornerait aux 
noms des lettres, en excluant les lettres elles-mêmes. Le processus 
que, dans l'espèce, il faut supposer, ne se laisse guère réaliser, je 
veux dire transposer dans la réalité. Les Grecs prêtent leurs lettres 
aux Phéniciens, qui leur en apprennent les noms. Cet échange de 
bons procédés paraît peu probable sur le terrain alphabétique. Pour 
ce qui est du sens des lettres, nous le répétons, peu nous importe 
de savoir si lamed signifie à l'origine aiguillon de bœuf ou tout 
autre chose 2 . Nous nous en tenons à la forme, et l'étude de celle-ci 
établit l'origine hébraïque surabondamment. 

Il y a maintenant la question des origines de l'alphabet phéni- 
cien, qui, au surplus, n'est point nouvelle. Ces origines, jusqu'ici, 
passaient pour égyptiennes. Que l'on penche aujourd'hui pour des 
origines ^mycéniennes, Cretoises, égéennes ou mésopotamiennes 3 , 
hittites, si l'on veut, c'est là une question tout à fait à part et, si 
j'ose dire, indifférente à la question des origines de l'alphabet grec 
lui-même. 

Car il ne suffit pas de concéder, comme fait Evans, que « aux 
Phéniciens appartient l'honneur d'avoir perfectionné ce système 
et de l'avoir rendu purement alphabétique... C'est ainsi que les 
Grecs ont reçu leur alphabet d'une source et sous une apparence 
sémitiques 4 ». 



1. Dussaud, Les Arabes, etc., p. 87. 

2. R. Dussaud, ibid. 

3. V. Lidzbarski, Handb. der nordsem. Epigr., op. cit., 174, 3; voir aussi Praeto- 
rius, Z. D. M. G., LV1 (1902), 676 (à propos des <ï> X *F) ; Friedrich Delitzsch, Die 
Entstehung des àltesten Schriflsystems oder der Ursprung der Keilschriftzeichen, 
Leipzig, 1897, p. 9 suiv. 

4. Apud S. Reiuach, Chron. d'Or., II, 466, sub « P. 367 ». 



LAMED ET LAMBDA 21 

Cette apparence est une grosse réalité. Quand nous empruntons 
auxAnglaisle mot budget ,\<i réalité estque nousleuremprunlonsun 
mot anglais. L'étymologiste seul peut se préoccuper delà question 
de savoir si budget repose sur notre ancien mot bougette. Si les 
Grecs empruntent leur alphabet aux Phéniciens, la réalité est qu'ils 
ne l'empruntent pas aux Cretois. Il serait peut-être sage, si Ton 
veut, pour un moment, s'arracher à la griserie égéenne,de ne point 
mêlera ces débats la gloire de la Grèce. Il semble qu'il y ait comme 
un désir de l'exalter, dans l'affirmation d'un alphabet crétois anté- 
rieur à l'alphabet phénicien *. A quoi bon ? C'est faire la partie trop 
belle aux contradicteurs. Car la Grèce n'aurait rien à gagner au 
fait d'avoir laissé inutilisés les trésors de son sol propre, pour aller 
s'instruire, ensuite, chez les Sémites, sans compter que les Cre- 
tois le sont peut-être eux-mêmes 2 . Ici comme toujours nous pen- 
sons qu'il y a lieu de séparer les questions purement scientifiques 
de toute question de nationalisme hellénique. 

Nous avons jusqu'ici essayé d'établir, toujours grâce au grec 
moderne, les formes primitives du nom de notre lettre — lamd, en 
hébreu, XàêSa, en grec; nous avons écarté, en tant que forme pri- 
mitive, le Xà[jt.êoa, avec jj. devant 6 ; mais nous n'avons pas encore 
expliqué d'où venait ce \x du Xafxêoa, qui, dans l'usage courant, du 
moins dans l'écriture, a fini par l'emporter sur son ancêtre XàSSa, 
sans [l. 

Nous allons étudier ce fait en quelques mots. 

Ce \k du Xàjxêoa doit être conçu comme un développement posté- 
rieur de la forme première, et ce nom ajouté, ainsi que cela fut fait 
quelquefois (Schulze, Mayser, Crônert, v. ci-dessous), mais sans 
l'appui de nos preuves, aux exemples d'un phénomène fréquent 
en grec, dont, toutefois, on n'a pu encore déterminer exactement 
ni la date, ni la zone, ni la nature : il s'agit du développement 
parasite d'une nasale entre voyelle et consonne, comme dans àvri- 
ypafjicpov, XVj^effôe, etc., etc. 

Voici d'abord la bibliographie que nous en pouvons dresser et 
qui remonte au commencement du xix e siècle, avec : 

Sturz, De dial. maced. et alex., 1808, p. 130 s. Puis, après un 
intervalle assez grand, Z. Frankel, Vorstudien zu der Scptuaginta, 
Leipzig, 1841, 108 — où on nous signale jxê comme rendant sou- 

i. Evans, Scr. ?n., p. 18. 

2. Evans l'accorde, apud S. Reinach, Chr. d'Or., II, 466, sub « P. 334 », et 467, 
sub « P. 371 ». 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES • 

vent le a simple (Nojxêa = irPi, etc.) ; p. 192, G in fine (où on lit 
Ecpovôojjupavi^) . Enfin, après un nouvel intervalle assez considé- 
rable, viennent : K. Foy, Lautsystém der gr. Vulgàrspr., 1879, 
68 s.; Baunack, lnschr. v. Gortyn, 1885, p. 56 s.; Becbtel. Zu ion. 
Inschr., 1887, p. 100; Jkl Ph., Suppl., XVI, 1888, p. 824; Brug- 
mann, Ind. F., I (1892), 174; Kiihner-Blass, Aasf. Gramm. d. gr. 
Spr., II, 1892, 472; S. Krauss, Zur gr. n. lot. Lexikogr., etc., B. Z., 
II (1893), p. 526; W. Schulze, Samstag, K. Z., XXXIII (1893), 
366-386 [c'est le travail principal) ; Baunack, Ind. F., IV (1894), 188; 
Brugmann, Ind. F., III (1894), 263; G. Meyer, Ind. F., IV (1894), 
330 s.; Schultze, Orthographica, Marbourg, 1894, p. iii-xxxvi ; 
Smyth, The sounds a. inflect. of the gr. dial., lonic, 1894, 135; 
Winer-Scbmiedel, Gramm. d. neustest. Spr. id., éd. VIII, 1, 1894, 
p. 64, § 30, n. 70 ; G. Meyer, Gr. Gramm*, 1896, 85, 385; K. Die- 
terich, Untersuchungen zur Gesch. d. gr. Spr., 1898, 92 s. ; 
Scliweizer, Gramm. d. pergam. Inschr., 1898, p. 189 s. ; Meiste- 
rhans, Gramm. d. att. Inschr.' 6 , 1900, 183 s. ; A.Thumb., B. Z , IX 
(1900), 407; Reinbold, De graecitate Patrum, etc., dans Diss.philol. 
liai., XIV (1901), 46-48; A. Thumb, Die gr. Sprache im Zeitalter 
des ttellen., 1901, 135 s. ; Grônert, Memoria grœca herculanensis , 
1903, 65 ; Nacbmanson, haute u. Formen d. magnet. Inschr., 1903, 
168, G; Kretschmer, Der heut. Lesb. Dial., 1905, 170 s. ; Mayser, 
Gramm. der gr. Papy ri aus der Ptolemàerzeit, 1906, 194 s.; 
R. Helbing, Gramm. d. Septuaginta, Gôltingen, 1907, 22, d.; 
H. Pernot, Phonétique des parlers de Chio, 1907, 534; K. Diete- 
ricb, Spr. u. Volksûberl. d. Sûdl. Sporaden, 1908, 84; Lidzbarski, 
Ephem. z. sem. Epigr., II, 1908, 137 (Sajxêaôoaoç en regard de '•naip: 
p. 137, 7 vàfxêXa;; intéressante dissertation sur coc^uxy], où on a 
oublié de citera, de phil. néogr., 1892, lxxx-lxxxi) ; Thackeray, 
Gramm. of the O. T. in Greek, Cambridge, 1909, p. 108, § 22 s.; 

Cf. p. 121, § 43 ; 1 ; A.-Cll. BoutOliraS, 'Avaxoivwcy.; 7ce.pl tou 7capa<yiTixou 

ippivou (annonce d'un travail spécial sur la matière), Xapauy-q, 
15 janvier 1912, 1-2 (aussi tirage à part). 

Sans entrer ici dans l'examen approfondi d'une question que l'on 
ne saurait traiter en passant, nous exprimerons simplement la sur- 
prise que l'on n'ait pas rattacbé le phénomène ci-dessus à un phé- 
nomène moderne qui présente avec le nôtre des ressemblances 
frappantes. 

Hatzidakis, sans même songer au développement de la nasale 
dans un cas tel que na^cpXayôvojv (Schulze, Op. laud., 309), signale 4 

1. 'AOyjvS, XVII (1905), 223. 



LAMED ET LAMBDA 23 

le développement d'une nasale dans 'Avôtqvoc ('AO/jva = 'Aô^vat), 
Mavôoç (Matthieu) et Sa|x<pà) (sur Sa<pw, pas sur E<wr<pc6, comme le 
croit l'auteur, mais que ne dit pins personne). 

Voilà un développement de nasale devant spirante — et cp — 
contraire à toute phonétique moderne, où le v tombe devant 8, <p 
et spirante en général. A y regarder de près, les choses s'expli- 
quent facilement. De ce dernier phénomène il faut rapprocher, en 
effet 1 , cet autre fait, souvent relevé par nous, que, alors que le v 
disparaît aujourd'hui sans exception de pays grec 2 , devant le 6, 
cependant, dans certaines régions grecques, dans les îles ioniennes, 
entre antres, on dit £av86ç, àv6pa>7uoç, àvOoç, alors qu'il n'est pas pos- 
sible, comme le veut Hatzidakis (/. c), d'y voir la moindre influence 
savante. "AvOoç serait tout aussi savant à Corfou qu'à Chio, peut- 
être même moins à Corfou qu'à Chio, où la forme dominante pour 
fleur est XouXouSi. Et pourtant à Corfou, il garde son v, comme j'ai pu 
le constater par moi-même, tandis qu'à Chio on dit couramment 
ocOoç, àOta, àôôvepo (àô66vepo, dans les patois à redoublement, tel que 
celui de Pyrgui; v. aujourd'hui Pernot, Phonétique des parlers de 
Chio, Paris, 1907, 430). 

Cela tient simplement à ce que les conditions phonétiques ne 
sont pas les mêmes dans àvOoç et 7r£v6ep6ç, connu partout sans v, 
7cs9epoç. C'est que dans celui-ci, le v est précédé d'un e, tandis que 
dans àôoç, il est précédé d'un a. 

Or Va moderne se présente à nous avec une physiologie toute 
spéciale. Cet a contraste avec l'ancien, sur la nature duquel il peut 
nous instruire par comparaison. En grec ancien, Va demandait 
certainement une bien moins grande ouverture de la bouche, 
puisque des élisions telles que celles de a devant i, dans 7rapi<mr)fju, 
par exemple, y sont possibles, alors que de nos jours, en cas de 
rencontre, a l'emporte sur toute autre voyelle. Physiologiquement, 
ce n'est explicable que parce que nous venons de dire : une ouver- 
ture de la bouche plus forte que partout ailleurs 3 . 

1. Voir à ce sujet notre "Peau,. 9e., 1901, 73 s. 

2. Thumb, Handb., 1910, p. 21, § 33, 1, cite àvôo?, àvÔptoTroç « in Norden », mais 
sans s'expliquer encore sur l'étendue du phénomène et sans constater la présence 
de la. 

3. En latin, l'a devait ressembler à celui des Grecs, ce qui expliquerait des phé- 
nomènes tels que Acn'gentum, conftcio, etc. Exemples dans Kùhner-Holzweissig, I, 
1912, 101, £. — Pour en revenir au grec moderne, la tendance actuelle va plutôt à 
l'amuissement total du v dans toutes les positions devant spirantes, c'est- à-dire dans 
à0pu>7ro; aussi bien que dans ueôspo;. La preuve en est, d'une part, que àôpcoTto; 
domine dans des régions entières (Constantinople, Chio, Crète, etc.), et que, d'autre 
part, dans le àv6pw7ro; de Corfou, le v n'est jamais un v franc, mais au contraire, touche 



24 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Mais si la bouche reste très ouverte, l'air, à l'inspiration, rentre 
dans la cavité buccale par masses plus grandes, fait pression et se 
répercute ainsi sur les fosses nasales, circonstance éminemment 
favorable au développement de la nasale. 

Il se trouve précisément que la plupart des mots munis de celte 
nasale parasite, se présentent à nous, tel àvreypa^ov (Meyser, /. c), 
avec un a devant cette nasale 1 . Toujours est-il que c'est le cas 
pour notre Xa|xSoa. Il appartient bien à cette catégorie de phéno- 
mènes. C'est le même m que nous avons, d'ailleurs, dans le français 
samedi de sambatum et qui s'est développé en latin, hâtons-nous 
de le dire, indépendamment du grec <jà{i.6aTov, où il ne saurait y 
avoir qu'une spirante, car, autrement, comme nous l'avons marqué 
ci-dessus, le b aurait persisté en tant qu'explosive, tandis que la 
seule forme aàêaxo est connue aujourd'hui. Pour des raisons ana- 
logues, dans AatxSoa, le ^ n'a pu se développer que devant 6 spi- 
rante. D'après ce que nous disons plus haut, s'il s'était développé 
devant b explosive, le b serait demeuré tel sous l'influence de ce 
il, tandis qu'il n'y a pas aujourd'hui d'explosive dans Xà|x6oa. 

C'est même parce que le p dans ce nom de lettre, est resté spi- 
rante, un certain temps, que nous avons à constater, dans le grec 
postérieur, deux aboutissements nouveaux de ce Xà^êoa, Xàêoa, 
d'une part, où 6 et o sont spirantes et n'ont, par conséquent, rien 
à voir avec le Xà£oa primitif, et XàjxSa, qui nous représente la pro- 
nonciation moderne généralement répandue. 

Commençons par ce Xàjxoa, qui repose directement sur Xàfxêoa. 
Observons du même coup que la combinaison \xo est aujourd'hui 
possible, uniquement parce que B est aujourd'hui spirante, puisque 
ce groupe ne peut reposer sur la tradition et puisque le S ne peut 
représenter une explosive ancienne, attendu que ce groupe fxo, 
avec ô explosive, est inconnu à la langue ancienne (voir ci-dessus, 

P . h). 

Cette prononciation Xàtxoa est aujourd'hui en Grèce la pronon- 
ciation courante. Ce qui est assez piquant, c'est qu'on fait de la 
phonétique sans le savoir, puisque tous, maîtres d'écoles, profes- 
seurs, puristes, sont persuadés qu'ils prononcent Xàfxêoa 2 , par un 
p interconsonantique, alors que tous ils disent bravement Xàjxoa. 

de moins en moins le haut du palais, en d'autres termes, occupe des positions de 
moins en moins nasales — ou voisines des fosses du môme nom — et s'apprête par cela 
seul à disparaître. Voir e Pu>. Bé., op. cil., 71 s. ; 'Pôôa xai Mr>, II, 1903, 17 s. 

1. Il y a certainement à distinguer dans ces phénomènes, comme le veut Thumb 
[Hellenismus, l. c); ainsi X^|x^e<76at est sûrement analogique, v. Thackeray, l. c. 

2. Essais, II, cm, Schulze, op. laud., 370. 



LAMED ET LAMBDA 25 

Cela tient à ce que cette prononciation, Xà^êSa, est simplement 
impossible, parce que le grec moderne, pas plus que le grec 
ancien, ne tolère trois consonnes consécutives, quand l'une d'elles 
n'est pas une liquide 4 . Le grec ancien supportait même comme 
troisième élément un [x, dont le grec moderne ne s'accommode 
plus. C'est pourquoi Xà^êBa aboutit à Xàp.3a, car, c'est la consonne 
médiane qui est sacrifiée en cas pareil. Ainsi, à côté de exroç, au 
lieu de *IWoç (rappr. ë£ et sextas ; voir G. Meyer, Gr. Gramme, 
353), nous avons 7iÉ[i.tctoç, où la consonne médiane subsistait 
anciennement Elle a disparu de bonne heure. Aux exemples de 
Cronert {op. laud., 68, n. \) j'ajoute un exemple daté qui lui a 
échappé : nEMTON dans Le Blant, hiscr. chr. de la Gaule, II, 
1865, p. 77, N. 415, [1. 9], du 7 février 441 de notre ère. 

M. Le Blant corrige en ué^tov. Il n'y a aucun lieu de le faire 2 . 
Le grec moderne garantit la leçon. Il suffit aujourd'hui d'entendre 
parler les puristes eux-mêmes, pour se convaincre que, d'ail- 
leurs, sans s'en douter, ils disent invariablement ttéjatoç, de même 
(7u{j.Tw[xa, GupLTcociç, etc. Le gosier, c'est-à-dire la nature, parle 
moderne. 

Prévenons, à cette place, une objection que l'on pourra nous 
faire. 

Nous avons soutenu, nous dira-t-on, que, si la forme ancienne 
avait été Xàjxêoa, par un B, ce B se retrouverait aujourd'hui. Et 
voici qu'à présent nous nous appuyons sur une règle d'après 
laquelle la consonne médiane disparaît. Donc, Xà^êSa ancien aurait 
pu tout aussi bien devenir Xàaoa et ce Xàjxoa, nous venons, à l'ins- 
tant, d'en établir l'existence. 

Il y a une distinction importante à faire. Dans le premier cas 
envisagé, le cas supposé d'un XàixêSa ancien, 6 serait une explosive, 
dans le second, dans le Xà^oa devenant Xàpioa, p représente une 
prononciation artificielle d'après la lettre et, par conséquent, est 
une spiiante. L'explosive sonore en aucun cas ne disparaît à notre 
connaissance en grec moderne. Le groupe mb est, au contraire, 
un groupe soudé si intimement que, dans plusieurs dialectes, à 
Syra, par exemple, à Lesbos, à Chypre, etc. — par conséquent 
dans des zones phonétiques différentes — ce groupe mb se réduit 



1. V. 'Pôôaxoù MrjXa, IV, 1907, 218 s., l'article intitulé Grec ancien et grec moderne : 
le même phénomène que dans *£x<tto; = exto; (voir ci-dessous) , s'observe dans 
le traitement grec («rai-é;, du turc *^^ qui nous offre les trois consonnes ^ gktck- 
d'affilée. — Voir A. Thumb, Handb. ci ngr. Voliesspr.*, 1910, 24, § 37 ; Nouu,àç; N. 367, 
22 novembre, 1909, 1-2. 

2. 11 corrige également, ibid. [1. 2-3], T£<7<7epàxovTa, qui est bon. Cf. xecyoepa, etc., etc. 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à un simple b ; c'est déjà ce qui arrive dans la langue commune à 
l'initiale : (jtjcopô), etc., etc. 

Les exemples de la disparition d'une nasale devant consonne, 
recueillis par G. Meyer (Gr. Gramm. 2 , 381, § 294), tels que vu^éwv 
(ajouter 'AcpiTptriri, 'Açiàpvjoç, à<p»' d'après P. Kretschmer, /f. Z., 
XXIX (1887), 435 s.), me paraissent précisément devoir être repris 
au point de vue du grec moderne (v. £xbv "I<xxio xoù TrXaxavou, 1911, 
38, n. 1). Ainsi, entre autres, les graphies neSexaffSexa (= «evc.), 
lÈ-àyoSi (= vr), ysvoBat (= vxj de l'inscr. de Sillyon, en Pamphylie 
(Collitz, 1267, t. 1), ne peuvent, suivant toute évidence, présenter 
autre chose qu'une prononciation d, réduction du groupe nd, qui 
se retrouve à notre époque dans les mêmes conditions que celles du 
groupe mb, relevé dans le texte ci-dessus. On sait que t après v se 
prononce aujourd'hui comme un d et qu'il y a de cela des exemples 
anciens, cf. Orelli, Bel. Inscr., 2160, 8ia 7ravotov, àvobç = Ivxoç, Sitz. 
b. d. k. k. Ak. d. W. z. Berl, XXXV, 1888, p. 885 (Héraclée du 
Pont; l'inscription paraît ancienne, v. ibid.), où nous voyons pré- 
cisément le o servant au même usage à peu près que dans les ins- 
criptions ci-dessus. Cf. J. P., Mém. de la Soc. de Ling., VI (1885), 
41,1. On connaît, d'autre part, la jolie explication de P. Kretschmer 
établissant qu'en lycien — où le sens des mots nous échappe — 
nous pouvons constater néanmoins d'une façon sûre le change- 
ment de nt en nd*. Il n'y a rien d'extraordinaire à ce que le fait se 
soit identiquement produit en Pamphylie dès l'antiquité. 

En d'autres termes, il est impossible, à notre sens, de tirer au 
clair, sans le secours du grec moderne, les exemples accumulés par 
G. Meyer, dans l'endroit que nous avons cité de sa grammaire. Il 
y aurait, en dernière analyse, à diviser ces faits en deux grandes 
catégories : 1° vucpéwv, NucpéBiopoç, 'OcpàXio;, àGpw7roç (chypr.), Kôauêoç, 
Ktocrrimoç, etc., EaXuêpia, Sjxiôioç, viicpai, 'AcpcàpEwç, 'AcpixpiTTi : dispa- 
rition de nasale devant spirantes ; 2° 'OXu7rtoç, etc., IIoTctç, 'Axtô/ou, 

£7r6Xi (= eu. ttoXt)), SaXinroiavoç, NéaBpoç, NixaBpoç, à<7xuvou.oiïxoç, ypà<j/axaç 
(égyptien), 'AXÉçaxpoç (item), 'AxaXàxY], 'Aopou.a/7}, Ttu.àBpa, Tuxàpewç, 
A'iaxoç, 7txep6£xa,'OXu7u6oa)po;, Aa7ia)v, 'ExéXaoo; (tous ceux-ci attiques); 
xaXàxwv, àxt, smôxa, tcxxoc, ioxa, àopt^àxav, 7t£7rau.£pcov. txù^a, xb^tooov, 
xôoxaaiyvTjXOJv, xàîcxôXiv (tOUS exemples Chypriotes), àxpOTCoiac, 7ieo£xat- 
Sexa, à8pt/o)va, xaxejPép^oBu, èçàyoSi, yÉvoSai (pamphyliens; : réduction 
de nt à nd et de nd à d, pareillement de mp à mb, puis à b et 
notation, tantôt phonétique par o, tantôt, embarrassée, par x 

OU 71. 

1. P. Kretschmer, Einl. in die Gesch. d. gr. Spr., 1896, p. 293 suiv., 296 s. 



LA MED ET LAMRDA 27 

On aurait donc eu, dans l'espèce, aujourd'hui, en partant du 
lambda, plutôt XaôSa, peut-être même, par attraction, \ibch.. Cette 
forme n'existant pas, nous pouvons maintenir notre assertion, que 
le grec moderne nous force de remonter à une forme ancienne et 
primitive Xà68a, non Xà[i.ê8a. 

Des objections nous ont été faites cependant par un excellent 
linguiste, M. Hubert Pernot, à qui nous parlions de notre travail et 
des résultats auxquels nous aboutissions. Pour lui, qui ne nie pas, 
d'ailleurs, le bien fondé de la forme XàêBa, le /; médial, explosive 
ou spirante, aurait disparu, môme en admettant Xàu6oa (lambda) 
comme forme primitive et nous aboutissions aujourd'hui à Xàjxoa. 
Pour nous, en admettant même ce point de vue, nous dirions 
encore que le grec moderne, par une autre voie, nous aide à déter- 
miner la forme primitive ancienne et que le Xàixoa actuel est tout 
aussi concluant en faveur d'un XàêSa primitif que l'absence d'un 
lambda, avec l'explosive. En effet, nous avons établi tout à l'heure 
que la forme Xàjxoa constituait un phénomène des plus récents 
(ci-dessus, p. 2o). Il ne peut donc pas reposer sur un Xàfxêoa avec 
p explosive, il repose sur un Xafxêoa avec p spirante (voir ci-des- 
sous). Et ce groupe fxo, à son tour, est possible aujourd'hui, préci- 
sément, comme nous l'avons remarqué (ci-dessus, p. 24), parce 
que o est spirante. Si donc, quand il était explosif, il ne subsistait 
pas après [x, cela nous ramène, logiquement, au groupe primitif 
Xa6oa sur le {xo de l'hébreu. 

Nous sommes maintenant en mesure de nous rendre compte de 
la forme XaêSa, laquelle est moderne et ne doit pas être confondue 
avec le XaSoa primitif, à explosives. Dans ce XàSoa, provenant de 
XàjxêBa, prononcé d'après la lettre avec des spirantes, nous avons 
l'aboutissement d'une des deux manières dont sont traités les mots 
de cette sorte, quand ils sont de provenance savante : ainsi XajjiêBa 
devient, soit Xàaoa, par chute de la consonne interconsonantique, 
comme nous venons de le voir, soit XàSBa, par chute de la nasale 
[x devant spirante. Nous avons un pendant de ce traitement dans 
7C6(iirT7j, donnant, d'une part, izi^i-^ (ci-dessus, p. 25\ de l'autre : 
*7T£jxcpTYi, *«pT7] (voir aussi Thumb, Neugr. Volksspr , 1910, § 33, 3 
et penser aux phénomènes tels que <7uêouXoç, auêoûXto, sugouXsuw, 
ffuêatvst, fréquents dans le parler de tous les jours. Voir aussi 'Pôoa 
xal M-Vaoc, H, 1903, 19 s.). 

Ce phénomène de la chute du jx, est relativement ancien, c'est- 
à-dire qu'il remonte au temps où, précisément, 6 avait cessé d'être 
explosive, b. Ainsi lisons-nous dans les Papyrus Erzherzog Rai- 
ner, II, 1887, 83 (ce papyrus est du commencement du iv° siècle, 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

voir ib.) : e^lze^, pour Iv6,, c'est-à-dire pour êfx.6. Il ne faut donc 
pas oublier que, dès cette époque, dans les mss., a pu se glisser 
un Xàêoa, qui n'aurait rien d'ancien. La tradition paléographique 
sur ce terrain est peu sûre ; il faudrait distinguer, parmi les Xàêoa, 
ceux qui sont du fait des auteurs anciens eux-mêmes et ceux qui 
proviennent des scribes — distinction qui nous paraît impossible 
à établir '. 

Un exemple sûrement moderne de cette graphie, le plus ancien 
à notre connaissance, est celui qui nous est fourni par Léon ou 
Léonce Pilate, le professeur de grec de Pétrarque, car, un détail 
curieux à noter, c'est que le grand poète avait appris le nom de 
cette lettre sous cette forme de Xàêoa, comme nous le voyons chez 
M. P. de Nolhac [Revue de philologie, XI (1887), 105, rappr. 
102, 104; J. P., Essais, II, 1889, GUI; P. de Nolhac, Pétrarque 
et l'Humanisme 2 , 1907, t. II, 170). Tout au rebours, Constantin 
Lascaris, l'érudit, était moins près de la vérité que ce pauvre 
ignorant de Pilate. Dans son Grammaticœ compendium, 1557 
(p. 389), il écrit Xàjxêoa, qu'il croyait évidemment plus classique. 
A lui revient selon toute évidence la fausse graphie du ê, qui a 
prévalu en Occident. 

Un point nous reste encore à mettre en lumière. On a souvent 
cru que lamed étant en grec un mot étranger, y avait subi un 
traitement particulier, d'où l'hésitation entre Xàp.68a et XâêBa. Mais 
à considérer les choses scientifiquement, il n'y a ni étrangers ni, 
comme disaient les Grecs, de métèques en matière de langage. Les 
mots importés sont mis tout de suite sur le même pied que les mots 
héréditaires et deviennent, comme eux, bien national. Nous avons 
précisément établi que le lamd sémitique avait été traité comme 
une forme indigène. Pour en achever la longue histoire, notons 
qu'en Grèce même, aujourd'hui, suivant les récentes méthodes 
d'enseignement, on ne dit plus que Xà 2 , et, suivant des méthodes 
d'épel plus récentes encore, un simple son X — dernier témoin, 
dernier survivant du sémitisme originaire, car, que l'on nous per- 
mette encore une fois, d'y insister, en terminant, nous pensons 
bien avoir établi l'origine phénicienne de l'alphabet grec — 
puisque c'est aujourd'hui une nouveauté que de l'établir. Nous 

i. Exemples dans Crônert, op. laud., 73, 1, où aussi un exemple de Macrobe. Mais 
Cronert n'a pas l'air d'avoir su qu'il y avait deux Xaêôa, un ancien avec explosives, un 
moderne avec spirantes. 

2. Pour les noms des lettres latines, où il n'y a plus rien de sémitique, voir 
W. Schulze, Die lateiniscken Buchstabennamen, S. B. d. k. k. pr. Ak. d. W., XXHI- 
XXIV, 28 avril 1904 760 s. ; Kùhner-Holzweissig, I, 1912, 1 s. 



LAMED ET LAMBDA 29 

sommes arrivé à ce résultat surtout par le, grec moderne et c'est 
ce que nous voulions faire ici ressortir. Le grec moderne, l'his- 
toire du grec moderne est, en elle-même et par elle-même, une 
discipline digne d'intérêt. Mais nous avons montré au cours de ce 
mémoire qu'il doit être interrogé toutes les fois qu'on se trouve 
en présence des formes du grec le plus classique. Il ne s'agit pas ici 
de la question du grec. Il s'agit du grec moderne en tant qu'instru- 
ment scientifique. Voici donc que, dans une question importante, 
celle des origines de l'alphabet grec, dans l'établissement, par 
contre-coup, de la forme sémitique primitive, il a eu son mot à 
dire. Il a été — l'image est à sa place — notre fil d'Ariane dans ce 
labyrinthe nouveau où s'est engagé l'alphabet grec de nos jours. 

Jean Psichari. 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LA BIBLE 



Spinoza est peut-être le philosophe moderne sur qui on a le 
plus écrit. La nature de sa doctrine et davantage encore la forme 
sous laquelle elle se présente devaient attirer commentateurs et 
interprètes. Quelle jouissance intellectuelle délicate, en vérité, que 
de s'appliquer à reconstruire un système qui laisse une si grande 
liberté à notre sagacité inventive! Aussi eût-il été possible de pré- 
voir qu'on ne s'entendrait que difficilement sur le sens exact de 
toute la pensée du philosophe — et aujourd'hui encore son inter- 
prétation offre des problèmes essentiels dont la solution divise les 
historiens de la philosophie. 

Cependant, il est à remarquer que les efforts de ces derniers ont 
surtout porté sur Y Ethique et sur les petits écrits de Spinoza qui 
s'y rattachent directement. Le Traité théologico-politique, qui nous 
intéresse principalement ici, a été beaucoup moins favorisé par 
eux. Certes, il ne pouvait être question de l'égaler en importance à 
Y Ethique, dont la valeur doctrinale est décisive. Et puis, nous ne 
l'oublions pas, tout le Traité n'appartient pas aux philosophes : les 
historiens de l'exégèse et de la critique biblique y revendiquent 
légitimement leur part, qui est respectable. Néanmoins, à considérer 
cette incertitude qui plane sur certains points, et non des moindres, 
du spinozisme, on ne peut manquer de trouver, à tout le moins, 
imprudent, qu'on ne se soit pas arrêté davantage à une œuvre qui, 
impuissante, peut-être — nous verrons que ce n'est pas l'avis de 
tous les historiens — à trancher certains débats, pourrait au moins 
les éclairer ou, au contraire, les compliquer. 

Les historiens de la philosophie lisent d'ordinaire le Traité, l'es- 
prit préparé par les doctrines de Y Ethique ; ils pressentent dans la 
première œuvre le germe de la seconde, et c'est avec juste raison, 
et nous verrons qu'on y en peut même retrouver les lignes essen- 
tielles déjà pleinement formées. Mais où leur recherche nous paraît 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LA MULE 31 

incomplète et leurs conclusions précipitées, sinon peut-être inexactes 
dans leur ensemble, c'est quand ils n'y voient que cela, alors qu'il 
s'y trouve encore autre chose qui pourrait bien en être la négation. 
A les en croire, tout s'harmoniserait entre les deux ouvrages ainsi 
qu'au sein du Traité thèologico-politique ; on ne soupçonne même 
pas, aies lire, que ce dernier écrit renferme des thèses qui, par 
leur inspiration biblique, débordent — en apparence ou en réalité, 
ceci précisément est à débattre — le cadre de Y Ethique '. Et pour- 
tant, comme nous le montrerons, l'existence de ces thèses est 
indubitable ; à telles enseignes même qu'un pénétrant historien de 
la philosophie qui, lui, s'en était avisé, s'en est autorisé, il n'y a 
guère longtemps, pour proposer des conceptions fondamentales de 
Y Ethique une interprétation singulièrement hardie, dont les conclu- 
sions, couvertes de l'autorité de Victor Brochard, et qui sont autre 
chose qu'un simple écho de certains paradoxes désuets, doivent 
donner à réfléchir : « Le Dieu de Spinoza, soutient M. Brochard, est 
beaucoup moins différent qu'on ne l'a cru quelquefois de la tradi- 
tion judéo-chrétienne... C'est une pensée juive qui est l'âme de son 
système 2 . » On peut penser, comme nous le montrerons plus loin, 
que l'opinion de l'éminent historien est plus brillante que solide. 
Elle ne nous en confirme pas moins l'importance et l'intérêt du 
problème qui s'était posé à nous avec une insistance croissante 
au cours de la lecture du Traité et dont nous avons vainement 
cherché une solution satisfaisante dans les travaux courants sur 
Spinoza 3 . 

Qu'il nous soit donc permis d'attirer ici sur ce sujet l'attention 
des lecteurs qu'intéressent la pensée de Spinoza et ses rapports avec 
la doctrine de la Bible. Nous nous proposons de montrer briève- 
ment que, s'il faut tout d'abord convenir que, dans le Traité, Spinoza 
professe des croyances religieuses d'origine biblique qui ne se 

1. Citons, à titre d'exemples, les meilleurs ouvrages que nous ayons en France sur 
Spinoza, ceux de V. Delbos, Lé problème moral dans la philosophie de Spinoza, 
Paris, 1893 ; de Léon Brunschwicg, Spinoza, Paris, 1894, et de P.-L. Gouchoud, 
lienoit de Spinoza, dans la collection « Les grands philosophes », Paris, Alcan, 1902. 
Cf. Kuno Fischer, Geschichte der neueren Philosophie, I, 2 3 , p. 145-158, et 295-316. 

2. Voir dans les Études de philosophie ancienne et de philosophie moderne par 
Victor Brochard (recueillies par V. Delbos), Paris, Alcan, 1912, la substantielle disser- 
tation intitulée Le Dieu de Spinoza, p 322-370. 

3. Joël, Spinoza's Theologisch-Polilischer Traklat, Breslau, 1870, p. 3, 6-8, 29,71, 
se borne à émettre sur- ce sujet quelques réflexions sommaires, superficielles et vrai- 
ment tendancieuses. M. J. Freudeuthal, Spinoza, sein Leben und seine Lehre, Stutt- 
gart, 1905, p. 171-179, suit Joël et le complète, mais ses remarques, plus biographiques 
d'ailleurs que critiques, restent insuffisantes ; les difficultés sont plus complexes 
qu'elles ne les font voir. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

peuvent ramener et subordonner à la doctrine contenue princi- 
palement dans Y Ethique et telle que dans ses grands traits on 
s'accorde communément à l'entendre, on ne saurait s'en autoriser 
pour infléchir, dans le sens qu'elles indiquent, l'interprétation de 
cette doctrine. Elles n'ont, en effet, aucune racine profonde dans 
l'esprit de Spinoza, ne doivent pas être considérées comme l'expres- 
sion de sa pensée dogmatique, mais sont dues à des raisons d'ordre 
plus contingent, que nous exposerons. Que si Spinoza, comme cela 
n'est point douteux, attribue en toute sincérité à la Bible un cer- 
tain caractère divin et lui reconnaît une autorité quasi-sacrée, ce 
n'est point dans le sens que certains passages du Traité pourraient 
et sont même destinés à le faire supposer,. mais dans un sens que 
n'exclut pas nécessairement l'esprit général du spinozisme. 

Du rapide examen auquel nous soumettrons certains points du 
Traité ' théologico-po litique il se dégagera peut être une notion plus 
exacte de la signification et de la portée de cet important ouvrage. 
En même temps, nous espérons que notre travail pourra contribuer 
à fixer avec plus de précision les limites ainsi que la qualité des 
ressources que les interprètes de la pensée philosophique de 
Spinoza se doivent permettre de tirer du Traité. 

A la faveur de l'objet que nous poursuivons, nous prions le 
lecteur de nous pardonner le détail théologique où nous serons 
parfois obligé d'entrer. 



I 



Ecartons délibérément du débat les passages équivoques, nom- 
breux dans le traité, et au sujet desquels il est prudent de se deman- 
der si Spinoza y parle en son propre nom ou s'il n'y fait que citer 
et exposer les conceptions de 1' « Écriture ». Ne retenons ici que 
les textes purs de toute ambiguïté 1 , et desquels on ne pourrait 
prétendre que Spinoza entend s'y placer ouvertement mais provi- 
soirement au point de vue de la Bible pour en développer les 
doctrines, à simple titre d'exemples. Que nous enseignent -ils 
touchant les notions de Dieu, de la Révélation, et de 1' « Écriture » 
en particulier? 

1. Rappelons toutefois que, si nous ne tirons ici parti que des passages les plus 
typiques et dont la clarté fait la force démonstrative, on pourrait aisément montrer que 
l'esprit qui s'y révèle commande plus obscurément un grand nombre d'autres pages du 
Traité, qu'il serait, à la vérité, inutile de citer textuellement et trop long de com- 
menter autant qu'ils le demanderaient. 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LA BIBLE 33 

Au chapitre m, se proposant de démontrer que le don proplié- 
tique n'a pas été propre aux Hébreux, Spinoza invoque l'idée d'un 
Dieu sensible, bon et miséricordieux qui, ainsi 'que l'atteste la 
Raison, est également propice à tous les hommes 1 . Il reste cepen- 
dant que la bienveillance de Dieu et l'intérêt qu'il porte au genre 
humain se manifestent surtout dans l'histoire des Hébreux. Il voulait 
leur bonheur, plus matériel, il est vrai, que spirituel, et il s'est 
révélé à eux, non pas pour leur faire connaître les attributs éternels 
de son essence, mais pour les porter à l'obéissance et à la foi, à la 
pratique de la justice et de la charité. C'était là le but du merveil- 
leux spectacle qui se déroula sur le Sinaï 2 . La Révélation se pré- 
sente comme un événement historique bien déterminé dans le 
temps. Avant qu'il se lut produit, les hommes vivaient à l'état de 
nature, ne connaissant que le droit naturel, qui est le droit de la 
force et de l'appétit. La Révélation a institué Y « état de religion », 
que régit le droit divin. « Il faut donc admettre d'une façon absolue 
que le droit divin a commencé au moment où les hommes s'enga- 
gèrent par un pacte exprès à obéir à Dieu en toutes choses 3 . » 

Cette obéissance a été entretenue au cours des siècles par les 
prophètes, à qui Dieu s'est révélé spécialement. La prophétie est la 
connaissance certaine d'une chose révélée aux hommes par Dieu •*. 
Une en son essence et en tant qu'elle est l'expression de la pensée 
divine, elle comporte cependant plusieurs degrés variant selon les 
facultés intellectuelles et la valeur morale des hommes auxquels 
elle se communique 5 . La plupart des prophètes n'eurent que des 
visions. Ils perçurent la nature de Dieu à l'aide de l'imagination et 
des sens. La parole divine dut se réfracter, en quelque sorte, à travers 
les contingences de leur âme G . Il arrive que Dieu leur notifie des 
signes qu'ils doivent prédire aux hommes, qui sont véridiques et 
qui se réalisent, mais dont ils ignorent eux-mêmes la cause 7 . Moïse 



1. Benedicti de Spinoza Opéra, éd. Van Vloten et Land, 1882, t. I, p. 412. Deus,... 
et ipsa Ratione ostendimus, omnibus aeque propitius est. 

2. Ibid., ch. xiv, p. 542-543 et passim. 

3. Quare absolute concedendum, jus divinum ab eo tempore incepisse, a quo 
bomines expresso pacto Deo promiserunt in omnibus obedire, ch. xvi, p. 561-562, cf. 
ch. xvin, p. 585. 

4. « Prophetia. . . est rei alicujus certacognitio a Deo hominibus revelata », ch. i, 
p. 317. 

5. Il serait inutile à l'objet de ces pages de marquer ici, après Joël, les emprunts 
faits par Spinoza aux théologiens juifs du moyen âge. Spinoza était homme à repenser 
ce qu'il empruntait aux autres. 

6. Ch. i et il. 

7. Ch. ii, p. 399; cf. ch. xn, p. 526. 

T. LXIV, n- 127. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

se place à un échelon plus élevé : l'Esprit divin l'inspira dans toutes 
ses paroles et toutes ses actions ; il connut la voix authentique de 
Dieu 1 . Mais nul prophète n'a égalé la perfection de Jésus-Christ 
qui s'entretenait avec Dieu « d'âme à âme » et à qui furent révélés 
sans visions ni paroles les décrets de Dieu qui conduisent au salut 2 . 
Quoi qu'il en soit de ces distinctions, retenons seulement que 
d'après les déclarations fort nettes de Spinoza, rien n'empêche que 
Dieu ne communique aux hommes par d'autres moyens ce que 
nous pouvons connaître par la lumière naturelle 3 . 

De toutes ces révélations, la Bible est le témoignage et le fruit. 
Elle est sainte, divine, doit être appelée « parole de Dieu » parce 
que Dieu en est véritablement l'auteur 4 . L'âme qui a trouvé dans 
l'inspiration de l'Écriture paix et joie doit son bonheur à Dieu. 
C'est Dieu qui des pages du livre lui a parlé et l'a instruite 5 . 
Émanée de Dieu et malgré les difficultés d'interprétation qu'elle 
offre, l'Écriture nous est une source sûre de béatitude et de salut 6 . 
Et une source nécessaire, car Spinoza va jusqu'à dire que l'homme 
qui ne connaîtrait pas l'Écriture (sans être éclairé davantage sur ces 
sujets de la lumière naturelle) serait, non pas un impie ou un 
esprit rebelle, mais ne mériterait même pas le nom d'homme, serait 
presque une brute, un être abandonné de Dieu 7 . 

Dans ces textes, où s'affirment les principes dont les consé- 
quences sont développées à travers tout l'ouvrage, le Dieu du Traité 
nous apparaît comme un Dieu sensible. Les hommes sont ses créa- 
tures et il est leur père. Son cœur n'ignore point les secrètes préfé- 
rences. Que la supériorité des Hébreux se soit affirmée dans l'ordre 
temporel plutôt que dans le spirituel, comme s'efforce de le prouver 
Spinoza, il tombe d'accord qu'elle leur fut un don spécial de Dieu. 

1. Ch. i, p. 383; ch. xx, p. 613. 

2. Cf. ch. i, p. 383 ; iv, p. 427 et passim. Il est clair que Spinoza a vu en Jésus un 
philosophe à sa propre image, qui aurait eu de Dieu une connaissance faite d idées 
adéquates et de vérités éternelles. 11 sernhle donc nécessaire de faire abstraction de ce 
que Spinoza dit de Jésus (qu'il a d'ailleurs distingué soigneusement du christianisme 
et des Églises, cf. ch. i, p. 383, Ép., lxxiii, t. II, p. 240), quand on veut dégager ses 
idées à l'égard de la Révélation. 

3. Nihil enim impedit, quominus Deus ea ipsa, quae nos lumine naturae cognosci- 
mus, aliis modis hominibus communicet. Ch. i, p. 378 ; cf. ib., p. 383, et ch. iv, 
I». 426. 

4. Ch. xii, p. 526. 

5. Ch. v, p. 443. 

6. Ch. vu, p. 474. 

7. ...eum, qui lias historias Scripturae ignorât, nec lumine naturali aliquid uovit, 
si non impium sive coutumacem, inhumanum tamen esse et paene brutum, nec ullum 
Dei donam habere. ch. v, p. 441. 



SPINOZA ET L'AUTOHITÉ UE LÀ BIBLE 35 

Dieu est donc capable de libre choix; il agit par des volontés parti- 
culières. De plus, la Nature n'épuise pas tout l'Être. Il y a du sur- 
naturel '. La Révélation participe de ce caractère; elle excède la 
mesure de notre entendement et les limites de la connaissance 
naturelle 2 . Elle est un message venu d'ailleurs. Par elle Dieu a 
interrompu sur un point précis la trame de la durée ; par elle il a 
manifesté plus que son action, son essence dans le monde du temps. 
Il a même fait plus en faveur des hommes, en faveur des Hébreux 
tout d'abord. Il a revêtu ses attributs de formes qui fussent acces- 
sibles à leur intelligence fruste. Il s'est proportionné à leurs facultés, 
abaissé à leur niveau, ainsi que Spinoza le répète d'innombrables 
fois ;{ . Il s'est révélé aux Hébreux dans les fonctions de prince, 
juge et législateur. Tel il apparaît dans la Bible, laquelle traduit, 
plutôt qu'elle n'exprime, son essence. Là Dieu est partout présent 
et partout masqué quant à ses attributs métaphysiques. Derrière 
chaque commandement de la Bible se peut discerner la volonté de 
Dieu, voilée par le langage dont elle a dû user pour s'imposer au 
peuple. 

Dès lors, la Bible, produit d'une Révélation qu'une si généreuse 
abnégation, pour ainsi dire, guide si heureusement vers son but, le 
« salut » des hommes, ne dépose-t-elle pas doublement en faveur 
de la bonté paternelle de Dieu à l'égard des hommes et, tranchons 
le mot, de sa providence spéciale? 

Volonté, liberté, providence, personnalité en un mot, attributs 
essentiellement bibliques d'un Dieu vivant qui diffère étrangement 
du Dieu impassible que Spinoza proclame ailleurs, Etre unique, 
infini, être qui est tout l'être et hors duquel il n'existe aucun être 4 ; 
Substance se développant nécessairementpar une infinité d'attributs 
infiniment modifiés :; ; éternellement immuable, son existence et son 
essence étant une seule et même chose, et étant l'une et l'autre une 
vérité éternelle 6 ; douée d'une pensée en qui l'entendement et la 
volonté ne font qu'un ou plutôt qui est étrangère par essence à ces 

1. . . .Prophetas cognitionem supra naturalem babere, ch. xi, p. 516 dernière ligne ; 

cf. cii. i, ;j7!). 

2. ...Quae limites naturdis cognitionis exceduut... rébus limites nostri intellectus 
eteedentibus, ch. i, 378-379. Cf. encore, sur le « surnaturel », ch. iv, p. 125; Anno 
tationes in Tract, theoloy. polit., xxxi (ad p. 551), p 625, et xxxiv (ad p. 561), 
p. 626-627, etc., etc. 

3. 11 u'y a presque pas de page, dans la première partie du Traité surtout, qui ne 
serait à citer ici. 

4. De Intellectus Emendatione, t. 1, p. 26; Elh., Part. 1, Prop. xv, ib., p. 49. 

5. Etk., Part. I, Prop. xvi, p. 53. 

6. Ibid., Part. I, Prop., xx, Cor. i et n, p. 57. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

facultés purement modales et anthropomorpbiques 1 . Gomment dès 
lors concilier ceci avec cela? Gomment Spinoza a-t-il pu profes- 
sera la fois ces deux doctrines, que sépare, en quelque sorte, toute 
la distance qui s'étend de la Bible à YEthigue? Par quel fil 
secret ces deux théories de la Divinité — et du monde — se rat- 
tachent-elles toutes deux au même esprit qui les enseigne l'une et 
1 autre? Bref, comment Spinoza a-t-il pu accepter les principes et 
s'incliner devant l'autorité de la Bible 1 



II 



Il importe de commencer par exclure la solution à laquelle on 
serait tenté de songer tout d'abord 2 . Elle consisterait à regarder la 
dualité de pensée que nous avons indiquée comme irréductible, 
quitte à l'attribuer à une évolution d'idées qui se serait produite dans 
l'esprit de Spinoza. Le Traité théologico-politique marquerait alors 
la première étape de ses méditations, pas encore entièrement éman- 
cipées de la forte éducation de la Synagogue et en laissant voir la 
profonde empreinte; Y Ethique, au contraire, contiendrait la pensée 
spinoziste arrivée à maturité et maîtresse d'elle-même. Cette hypo- 
thèse est inacceptable, parce que la différence des dates auxquelles 
ces deux grands ouvrages virent le jour n'est pas ici de grande 
conséquence. En effet, non seulement les six ou sept ans qui s'écou- 
lent entre l'achèvement de ces deux ouvrages 3 ne suffiraient pas, 
si remplis de féconde méditation qu'on les suppose, à combler 
l'écart qui les sépare, mais il y a autre chose et plus. Déjà les deux 
Dialogues qu'on lit dans le Court Traité k et qui sont fort probable- 
ment les premières œuvres de Spinoza, puis le Court Traité lui- 
même, composé bien antérieurement au Traité théologico-politique, 
sont bien plus près de YElhique que les passages que nous avons 
cités de ce dernier écrit. De même, le De Intellectus Emenda- 
tione' 6 , dont nous avons relevé plus haut une assertion décisive, 
fait plus qu'annoncer YEthique. En outre, plusieurs années avant 

1. Part. I, Prop. xvn, Schol., p. 54. 

2. Cf. Freudenthal, op. cit., p. 169. 

3. Le Traité est de 1670 et ['Éthique paraît en 1677, quelques mois après la mort 
de Spinoza; mais elle était prête pour l'impression dès 1675, sous une forme, il est 
vrai, que l'auteur devait encore modifier. Cf. Epist. lxviii, t. II, p. 231-232. 

4. V. Je Court Traité, traduit sous le titre de Dieu, Vhomme et la Béatitude, par 
Paul Janet, Paris, 1878, p. 19-28. 

5. Qui était achevé en 1661; v. Epist. vi, t. II, p. 27. 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LA BIBLE 37 

la publication du Traite, Spinoza communique dans ses Lettres 
à certains de ses amis des propositions entières de l'Ethique*. 
Enfin, notre Traité lui-même témoigne clairement qu'au moment 
où il y travaillait, son auteur avait déjà élaboré les parties capitales 
de YEthique. Nombreuses, en effet, y sont les pages que, non seu- 
lement anime, d'une façon générale, l'inspiration créatrice de la phi- 
losophie proprement spinoziste, mais desquelles il faut même dire 
qu'elles sont comme le délayage, accommodé au parler vulgaire, de 
telles propositons essentielles de YEthique et qu'élaguées et con- 
densées more geometrico, elles pourraient de nouveau se convertir 
en brefs théorèmes s'appelant et s'engendrant les uns les autres. 
Et c'est précisément l'aspect qui nous paraît être le plus obscur et 
ïe plus curieux clans le problème qui nous occupe que cette juxta- 
position ou, çà et là, cette intime et presque indiscernable combi- 
naison, au sein d'une même œuvre, de deux attitudes, de deux 
philosophies aussi opposées l'une à l'autre. 

La réponse à la question que nous examinons ici n'est donc pas 
à chercher dans une évolution des idées de Spinoza. Il y a bien 
simultanéité de doctrines contraires ou même contradictoires, et 
non point succession. 



III 



Nous avons signalé plus haut l'étude de M. Brochard où ces diffi- 
cultés se trouvent abordées. Mais, outre que M. Brochard parle du 
Traité comme d'un ensemble entièrement cohérent, où rien ne 
troublerait la parfaite unité de la pensée, et le compare en bloc aux 
doctrines de YEthique, ce qui n'est pas sans fausser la position du 
problème, on ne saurait, en stricte méthode historique, accepter la 
solution radicale qu'il propose de ce même problème. M. Bro- 
chard prend ici simplement le contre-pied des autres historiens. 
Tandis que ceux-ci, en effet, ont lu, en quelque sorte, le Traité 
à travers Y Ethique, et subordonné de confiance, pour ainsi dire, 
le sens du premier écrit à celui du second, M. Brochard interprète 
YEthique par le Traité et s'efforce de retrouver là les doctrines qu'il 
rencontre ici. La méthode est renversée; elle n'est pas différente. 

Pour M. Brochard, l'attitude que Spinoza prend dans le Traité à 
l'égard de la Bible ne doit pas finalement nous surprendre. Spinoza 

1. V. entre autres, Epist. i, n, m, t. 11, p. 3-9, qui nous reportent à l'année 1661. 
Cf. Ep. vi, p. 27; vin et ix, d'où il résulte que l'essentiel de ce qui constitue le pre- 
mier livre de l'Éthique était terminé dès 1663. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a pu croire sincèrement à la réalité de la Révélation comme fait 
historique et telle que l'enseigne la Bible. Rien dans ses écrits ne 
va à rencontre d'une telle notion. Et si de YEthique, par exemple, 
ne se dégage pas formellement ridée d'un Dieu personnel et tel 
qu'il est posé avec tous ses attributs moraux par le fait de la Révé- 
lation, rien non plus dans cet ouvrage ne tend à nier directement 
la possibilité d'une telle idée. N'est-ce pas assez pour la justifier? 

Nous ne pouvons ici entrer dans la longueur d'une discussion de 
détail pour montrer combien est fragile, en vérité, le fondement 
historique d'une telle thèse. Contentons-nous ici de quelques indi- 
cations. 

Cette thèse * revient d'abord à reconnaître à la Substance une, 
immuable et universelle, une personnalité non moins réelle que 
celle des individus humains, alors que du moins l'infinité de ses 
attributs infinis, si elle permet de parler — d'une façon purement 
tautologique d'ailleurs — d'une infinité de déterminations infinies, 
d'une personnalité infinie, n'en exclut pas moins, comme une 
contradiction, toute détermination et limitation réelles, conditions 
nécessaires de la personnalité, définie, comme il importe ici qu'elle 
le soit, au sens humain du mot. De même encore, M. Brochard 
attribue au Dieu de Spinoza la liberté, sous le bénéfice de cette 
restriction, à la vérité, que la volonté libre dont parle Spinoza est 
une volonté déterminée par l'intelligence et ne faisant qu'une avec 
elle 2 . Or, il est clair que cette restriction est la négation pure et 
simple de ce qu'elle ne devait que limiter. Car, enfin, c'est jouer 
sur les mots que de considérer comme libre, au sens courant de ce 
terme, la « Substance qui se développe nécessairement 3 », unique- 
ment parce que Spinoza a cru devoir définir la liberté proprement 
par la nécessité, de parler d'une libre nécessité, notion où l'on met- 
trait en vain l'accent sur « libre » et qui, dans une transposition 
des termes en langage ordinaire, n'équivaut pas à autre chose qu'à 
cette idée contradictoire d'une liberté nécessaire, d'une liberté 
fatale, c'est-à-dire, en somme, d'une liberté vide de sens, d'une 
liberté qui n'existe pas. Et puis comment concilier la notion 
biblique d'un Dieu personnel, d'un Dieu, qui, en somme, et encore 
que via eminentiœ, est doué de facultés de qualité humaine, avec 
les passages connus de Spinoza où il déclare si formellement 
que « ni l'intelligence ni la volonté n'appartiennent à la nature de 
Dieu » et que, si l'on veut affirmer ces attributs de l'essence éter- 

1. V. Éludes, p. 332, 340. 

2. Ibid., p. 355. 

3. Eth., Part. I, Prop. xvn, Schol., I, p. 55. 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LÀ BIBLE 39 

nelle, il faut alors entendre par là tout autre chose que ce qu'on 
entend d'ordinaire et admettre « qu'ils différent de tout point de 
notre intelligence et de notre volonté et ne peuvent leur ressem- 
bler qua d'une façon toute nominale, absolument comme se res- 
semblent entre eux le chien signe céleste et le chien animal 
aboyant 1 ». Et suffira-t-il, pour lever cette incompatibilité fon- 
cière, de noter que selon Spinoza Dieu a, de quelque façon, cons- 
cience de lui-môme 2 ? Rappelons, enfin, que, si Spinoza éprouve 
si souvent le besoin de marquer que, pour lui, Dieu est cause 
immanente du monde et non point transcendante, c'est qu'appa- 
remment cette distinction correspondait pour lui à quelque chose 
de réel, de trop réel, en vérité, pour que par des considérations 
plus ou moins ingénieuses on se permette de l'effacer. Et, de fait, 
les points de vue de YEthique d'une part, et des passages du 
Traité, comme ceux que nous avons relevés d'autre part, sont si 
loin l'un de l'autre que pour comprendre comment M. Brochard a 
vu plutôt ce qui les unit que ce qui les sépare, il faut dire qu'il 
s'est laissé guider avant tout par son désir de découvrir à tout prix 
« l'unité de la pensée de Spinoza et sa fidélité à lui-môme 3 ». Il a 
voulu chercher une conception de la divinité assez large et assez 
compréhensive pour convenir à la fois au Dieu de YEthique et à 
celui du Traité, et il se trouve que celle qu'il propose n'est autre, 
au fond, que celle même du Traité. Et si elle lui a semblé pouvoir 
embrasser le Dieu de YEthique, c'est évidemment parce qu'il avait 
au préalable vidé cet ouvrage de son sens original, en l'entendant 
conformément à l'esprit du Traité. 

La conciliation des termes opposés à laquelle arrive M. Brochard 
n'est donc qu'apparente. L'harmonie de pensée qui en résulte 
ainsi s'obtient par voie d'élimination, et non de synthèse. Et, 
chose grave, c'est précisément le terme le plus original de l'op- 
position qui se trouve sacrifié. Il nous reste donc à voir si des 
deux attitudes opposées qu'a prises l'esprit de Spinoza, ce n'est 
pas, comme nous le croyons, celle qui nous est connue surtout 
par YEthique qui demeure partout l'attitude fondamentale, nous 
voulons dire celle où, au fond, il reste toujours immuablement fixé, 
même quand, selon toute apparence, il s'en écarte — et dès lors à 
nous expliquer la raison d'être, le sens et la portée de l'attitude 
contraire. 



1. Eth., p. 55. 

2. V. Éludes, p. 350. 

3. Ibid., p. 258. ' 



40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



IV 



Pour se convaincre du bien-fondé de notre thèse, il n'y a tout 
d'abord, pensons-nous, qu'à lire attentivement le Traité lui-même. 
Que l'esprit général qui a inspiré Y Ethique se fasse, là aussi, net- 
tement sentir, que les idées maîtresses de cette dernière s'y trou- 
vent même exposées avec une clarté à laquelle Spinoza ne devait 
plus guère ajouter par la suite 1 , que, par conséquent, on doive 
opposer, non pas seulement un ouvrage à l'autre, mais convenir 
encore du caractère passablement hétérogène du Traité lui-même, 
tout cela rend assurément le problème dont nous traitons plus 
aigu et peut même faire pressentir de quel côté se doit trouver la 
solution, mais ne peut encore nous fournir d'argument décisif à 
l'appui de notre opinion. Il faudrait, en effet, ici encore s'en tenir 
à la comparaison des deux doctrines dans leur généralité, ce qui 
nous ramènerait à un point déjà indiqué plus haut. En revanche, 
quelques indications précises échappées à Spinoza lui-même et 
portant sur les questions particulières qui nous occupent, en nous 
avertissant combien peu l'acception où l'on prend couramment, et 
où évidemment il a pris le plus souvent lui-même quelques-uns 
des termes théologiques qu'il a employés, répondait à son véri- 
table sentiment, peuvent nous éclairer davantage sur la véritable 
pensée de Spinoza. 

Après avoir admis l'authenticité des révélations prophétiques et 
affirmé leur caractère « surnaturel », Spinoza se demande tout à 
coup par quelle loi de la nature ces révélations se sont produites. 
Et il répond : j'avoue que je l'ignore. Car dire que c'est par la 
volonté de Dieu, serait parler pour ne rien dire. La puissance de 
Dieu se confondant avec la puissance de la nature, il serait absurde 
d'invoquer la puissance de Dieu quand nous ignorons la cause 
naturelle d'une chose, c'est-à-dire la puissance de Dieu elle-même 2 . 
Comment concevoir le caractère « surnaturel » des prophéties 
après un aveu d'ignorance ainsi motivé et dont il est aisé, d'ail- 
leurs, à une lecture attentive du contexte, de saisir les significatifs 
sous-entendus? Allons plus loin : cette expression n'est-elle pas 
positivement vide de sens sous la même plume qui, dans un autre 
endroit du même ouvrage, trace cet aphorisme: « Ce qui est contre 

1. V. le début du ch. iv sur la Loi divine, tout le ch. vi, sur les miracles, etc., etc. 

2. Trait, théol. polit., ch. i, p. 390-391. 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LA BIBLE 41 

la nature est contre la raison, et ce qui est contre la raison, étant 
absurde, doit être rejeté 1 ? » Et si Spinoza l'emploie quand même, 
ne doit-on pas chercher à cela des motifs d'un ordre spécial? 

Un cas plus remarquable encore nous est fourni par l'usage que 
fait Spinoza du concept théologique d'Esprit de Dieu ou d'Esprit 
Saint. Dans toute la première partie du Traité, l'auteur se sert 
sans cesse de cette expression. Le sens où il l'y prend, s'il nous 
étonne, ne peut cependant donner lieu à aucun doute ; les spécu- 
lations toutes bibliques où le concept intervient montrent suffi- 
samment que Spinoza n'entend pas lui donner une autre significa- 
tion que la théologie traditionnelle. C'est d'ailleurs à condition 
d'être ainsi compris qu'il peut servir l'argumentation du Traité. Or, 
voici que, tout à la fin seulement de cette première partie, la plus 
importante pour nous, Spinoza écrit ces mots : « L'Esprit Saint 
ri est autre chose que la quiétude de l'âme qui naît en nous à la 
suite des bonnes œuvres 2 . » Eh bien ! nous osons dire qu'ici Spi- 
noza, emporté par l'ardeur de la polémique qu'il vient de diriger 
contre les théologiens, « s'est oublié ». Dans un mouvement 
d'humeur, et oublieux de toute précaution — ce dernier terme sera 
justifié plus loin — il a émis, en nous livrant le fond même de sa 
pensée, une assertion qui jette une brusque lueur sur les pages 
qui l'ont précédée et en change singulièrement l'aspect. Nous sau- 
rons maintenant que quand, pour le besoin de ses démonstrations, 
il parle de l'Esprit de Dieu ou saint se communiquant aux hommes, 
le problème n'est pas de savoir comment de tels discours s'accor- 
dent avec sa doctrine philosophique. Au fond, il n'y a jamais eu 
désaccord. 

Il n'en va pas autrement de la notion de la Révélation en 
général. Si, d'un côté, il se défend de nier que Dieu n'ait parlé 
qu'aux Hébreux, que ces derniers n'aient été les seuls témoins 
des merveilles divines que rapporte la Bible 3 , et donne au mot 
révélation un sens précis et étroit, de telle sorte qu'il évoque 
parfaitement les idées et images bibliques impliquées dans l'argu- 
mentation du Traité', certaines de ses allégations, d'autre part, 
ne laissent pas d'avertir çà et là et fort clairement qu'à aucun 
moment il n'a songé à adhérer en toute sincérité à cette notion 

1. Ch. vi, p. 454; cf. ch. xv, p. 547-348. 

2. Ch. xv, p. 551 : « ...et ipso (scil. spiritus sanctus) nihil aliud est praeter animi 
acquiescentiam, quae ex bonis actionibns in mente oritur. » 

3. Ch. m, p. 408 : « ...nolumus tamen negare... quod tantum iis (scil. Hehraeis) 
locutus fuerit (scil. Deus) nec denique Hebraei tôt miranda viderint, qualia nulli alii 
nationi contigerunt. » 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ainsi entendue. Et, à ce point de vue, rien n'est plus instructif 
que l'effort qu'il fait, tout en restant, selon toutes les apparences, 
dans les idées traditionnelles, pour démontrer le caractère uni- 
versel et en quelque sorte banal du fait de la révélation. La Bible 
môme prouverait que cette dernière, passant les frontières du 
judaïsme et du christianisme, s'étendit à bien des nations aux 
croyances diverses, que par elle tout le genre humain même 
eut part à la Loi divine 1 . Les païens ont certainement eu leurs 
livres saints à l'instar des Juifs; l'opinion d'Ibn Ezra soutenant 
que Job est une traduction — « et je serais bien aise, ajoute Spi- 
noza, qu'il en fût ainsi » — confirme cette supposition déjà plau- 
sible 2 . Ils ont eu, en tout cas, leurs prophètes et non moins divine- 
ment inspirés que ceux de la Bible 3 . Fait universel, la révélation 
est aussi perpétuelle et rien n'empêche qu'elle ne se produise 
encore aujourd'hui 4 . — Mais alors Spinoza entend-il encore par 
ce mot la même chose que ses contemporains, à qui il s'adressait 
et avec qui il paraissait et se disait même d'accord là-dessus? Si 
l'on conservait encore sur ce point le moindre doute, nous prie- 
rions le lecteur de se reporter à la fin du chapitre xxiv du Court 
Traité, où, traitant ce point particulier, Spinoza, qui, là, n'avait 
aucune raison de ne pas le faire, exprime très franchement toute 
sa pensée' 1 . Point de paroles ni de signes extérieurs possibles de 
Dieu à l'homme. Il n'y a révélation que de l'essence de Dieu à 
l'entendement humain et par des voies intérieures à notre esprit. 
Qu'on lise tout ce passage, trop long pour être reproduit ici, que 
l'on complète et précise par ce qu'il dit ici les indications déjà suf- 
fisamment significatives du Traité lui-même et l'on ne pourra pas 
ne pas se convaincre, pensons-nous, combien peu la théorie sur 
la prophétie, par exemple, qu'il expose dans le Traité théologico- 
politique traduit son véritable sentiment sur la question 6 . 

Si donc les pages du Traité les plus « bibliques » sont elles- 
mêmes sous-tendues, en quelque sorte, d'un courant de pensée 
d'une inspiration contraire et qui, plus ou moins visible à la sur- 
face, se fait toujours sentir à une certaine profondeur, nous révé- 



1. Ch. in, p. 413-415. 

2. Ch. x, p. 507-508. 

3. Ch. m, p. 418-420. 

4. Ch. xvi, p. 562. 

5. Dieu, l'Homme, p. 117-119. 

6. Cf. encore Tract, theol.-pol., ch. v, 431-432, 441-443; ch. xn, p. 522 et ss. , 
etc., etc. Nous reculons devant rénumération de tous les textes qui pourraient encore 
être invoqués ici. 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LA BIBLE 43 

lant ainsi que l'esprit de Spinoza, où seul il a sa source authen- 
tique, n'a jamais cessé d'être, au fond, d'accord avec lui-môme et 
qu'il ne se reflète avec fidélité que là où nous pouvons reconnaître 
la continuation des doctrines qu'il a réunies en système ailleurs; 
il ne faut pas chercher, tâche décevante, à concilier ces pages avec 
le spinozisme proprement dit, qu'on risque ainsi de défigurer; il 
faut bien plutôt examiner si elles ne s'expliquent pas, d'un côté, par 
les circonstances historiques où elles furent écrites et, de l'autre, 
par la conception qu'avait Spinoza de la religion en général, de 
son ohjet et de ses moyens. De tels motifs, douteux quand la 
découverte en est due uniquement à notre ingéniosité plus ou 
moins autorisée par les faits, acquièrent ici un haut degré de 
vraisemblance, pour ne pas dire davantage, attendu que c'est le 
plus souvent Spinoza lui-même qui nous en fournira la confir- 
mation. 



Et tout d'abord quelle est l'idée-mère du Traité théologico-poli- 
tiqite? à quels motifs Spinoza obéit-il en l'écrivant? Certains his- 
toriens \ en rappelant, d'une part, l'état politique et religieux de la 
Hollande d'alors : le pays en proie aux passions religieuses ; les 
luttes que s'y livrent les diverses sectes multipliées à l'infini ; la con- 
fusion des pouvoirs spirituel et moral, les Églises entreprenant sur 
les affaires de l'État, et l'État forcé d'intervenir en matière de culte; 
l'Église dominante prétendant lier le sort de l'État au sien propre, 
luttant contre la liberté de croyance et suscitant des persécutions 
contre les sectes indépendantes ; les pasteurs attaquant du haut 
de la chaire les autorités civiles et excitant les fidèles contre les 
dirigeants de la République et particulièrement contre le grand 
pensionnaire Jean de Witt ; et en tenant compte, d'autre part, des 
relations d'amitié qui liaient ce dernier à Spinoza, comme à cer- 
tains autres écrivains qui mirent leur plume à son service, certains 
historiens, disons-nous, ont supposé que c'est pour répondre au 
désir que lui en aurait exprimé J. de Witt que Spinoza composa 
cet ouvrage où les droits de l'Église se trouvent restreints au profit 
de ceux de l'État. Il est possible. Mais ce qu'il importe de considérer 
avant tout, c'est la place que tient le Traité dans les préoccupations 
personnelles de son auteur, la signification de l'objet qu'il y pour- 

1. Cf. J. Freudenthal, op. cit., p. 152 et ss. ; Couchoud, op. cit., p. 90 et ss. 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

suit par rapport à lui-même, à ses intérêts propres, à ceux de sa 
pensée. Or, quand on suit le développement de la pensée de Spinoza 
depuis ses premiers écrits et à travers ses Lettres jusqu'au Traité, 
on ne peut manquer d'être frappé de deux choses : la première, 
c'est sa continuité, l'unité et la fermeté de son but. L'on sent qu'elle 
s'emploie tout entière à réaliser son objet, l'objet de toute la vie de 
Spinoza : trouver le souverain Bien. — L'Ethique est l'œuvre de 
toute une vie ; Spinoza n'avait pas trente ans quand il en a conçu 
la première idée. — Et la seconde, c'est que de cette œuvre, à laquelle 
il paraissait bien décidé à consacrer tous les efforts de sa médita- 
tion, il se détourne pour longtemps, pour s'adonner à la rédaction 
du Traité, dont la préparation, selon toutes les apparences, a dû 
lui coûter de longues années de travail. Que Spinoza ait consenti à 
différer si longtemps l'achèvement de l'œuvre pour laquelle il 
vivait et à quoi il devait vouer l'application fiévreuse que l'on sait, 
rien ne pourrait l'expliquer suffisamment, pensons-nous, si ce 
n'est le souci de cette œuvre même. C'est ici qu'il faut avoir présent 
à l'esprit le milieu politique et religieux où vit Spinoza : il apparaî- 
tra alors que Spinoza ne perd pas de vue YEthique alors même 
qu'il semble y penser le moins. Il écrit le Traité parce qu'il ne cesse 
de songer à YEthique. Le Traité est destiné à préparer les voies à 
V Ethique K . 

Avant de souligner l'importance que peut avoir pour notre étude 
présente ce caractère du Traité, montrons qu'il nous est attesté par 
Spinoza lui-même. 

Dans le fragment 2 qui nous a été conservé d'une de ses lettres 
à Oldenburg, écrite en 1665, cinq ans, par conséquent, avant la 
publication du Traité, Spinoza informe son ami qu'il a abordé la 
composition de cet ouvrage. Il se plaint d'abord de l'époque et du 
milieu où il vit. Les gens, dit-il, prêtent à rire ou, selon les goûts 
et les points de vue, à pleurer. Quant à lui, il n'en fera rien. Après 
tout, la nature humaine ne fait-elle pas partie de la nature en géné- 
ral ? Il faut donc la considérer d'un œil impassible, la prendre pour 
un objet d'étude, pour une matière à philosopher. Mais lui sera-t-il 

1. Cf. ces lignes écrites par Spinoza à Oldenburg à propos de la publication des 
Principes de la Philosophie de Descartes, Ep. xm, t. II, p. 47 : « . . .rationem eut- 
ego bunc Tractatum in lucem prodire sino, reddere possurn. Hac nempe occasione 
forte aliqui, qui in mea patria primas partes tenent, reperientur, qui caetera quae 
scripsi, atque pro meis agnosco, desiderabunt videre ; adeoque curabunt, ut ea extra 
omne incommodi periculum communis juris facere possim : boc vero si contigat, non 
dubito, quin statim quaedam in publicum edam ; sin minus, silebo potius, quam 
meas opiniones hominibus invita patria obtrudam, eosque mihi insensos reddam. » 

2. Ep. xxx, t. II, p. 124. 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LA BIBLE 45 

permis de travailler en paix à la recherche du vrai? Et là-dessus, 
continuant sa lettre, il expose à son correspondant les motifs qui 
Font déterminé à entreprendre son « Traité sur l'Ecriture ». Ils sont 
au nombre de trois : combattre les préjugés des théologiens si 
funestes aux études philosophiques; démentir l'opinion qu'a de lui 
le peuple, qui ne cesse de l'accuser d'athéisme; enfin, s'employer, 
par tous les moyens possibles, à défendre la cause de la liberté de 
penser et d'écrire, de celte liberté tant opprimée par l'autorité abu- 
sive des théologiens. — Getle dernière intention est du reste accen- 
tuée tout le long du Traité lui-même, et se trouve déjà exprimée 
dans le sous-titre que porte cet écrit. 

Ainsi, encore que retiré du monde — il est alors à Voorburg — 
et tout à ses méditations, les bruits du dehors, les dispositions à 
son égard et les idées des gens qui l'entourent, l'état politique et 
religieux de la société où il vit, ne peuvent le laisser indifférent 
pour plus d'une raison. Et comment, d'abord, en serait-il autrement 
alors que c'est précisément au milieu de cette société, sur un nom- 
bre d'hommes, il est vrai, plus ou moins limité, que sa philosophie 
est destinée à agir? Comment s'adonnera-t-il lui-même à la réali- 
sation du plus cher objet de ses préoccupations, si la réputation 
qu'on lui a faite et l'intolérance des pasteurs menacent sa sécurité 
et peuvent à tout instant lui attirer les pires maux? La première 
condition de son activité n'était-ce pas la liberté de penser? Et ne 
fallait-il pas, comme il le dit lui-même dans la lettre que nous 
venons de citer, 1' « obtenir à tout prix »? — C'est cette dernière 
nécessité qu'il sentait vitale pour lui, et c'est le désir, qui lui était 
un besoin, de se laver du reproche d'athéisme et de frayer le chemin 
à l'action de sa doctrine qui, en premier lieu, nous expliquent que 
Spinoza ait parlé le langage biblique que nous avons vu et fait de 
si notables concessions aux idées de ses contemporains. Ceci encore 
n'est pas qu'une simple inférence. Comment, en effet, va-t-il prouver 
la légitimité de la« liberté de philosopher »? En séparant nettement 
le domaine de la religion de celui de la spéculation. Les théologiens 
sont habitués à confondre ces deux domaines. Leur foi est ration- 
nelle, leur raison est soumise à leur foi, et foi et raison se trouvent 
pour eux à un égal degré dans l'Écriture. De là vient tout le mal. 
L'Écriture étant pour eux source de toute vérité, même philosophi- 
que, et étant pour tout le monde sacrée et infaillible, toute doctrine 
même spéculative qui s'écarte des principes de l'Écriture, se trouve 
par là-même condamnée. De plus, comme le sens de l'Écriture n'est 
pas si clair qu'il n'y en ait qu'un seul pour tous, et que les théolo- 
giens en sont, par conséquent, les interprètes et les maîtres, il se 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trouve que ce sont eux, leurs idées, leur volonté ou leur caprice, 
qui. au fond, sont la mesure de la vérité ou de la fausseté des doc- 
trines. Ils sont les ennemis de la liberté, prononcent des condam- 
nations, décrètent des persécutions, et le tout en s'appuyant sur 
l'Écriture. Là est leur force. Le remède conçu par Spinoza devait 
couper le mal à sa racine. En démontrant ' que la foi et la raison 
n'ont aucun rapport entre elles; que religion et philosophie sont 
deux puissances également légitimes, mais deux puissances abso- 
lument indépendantes et que ne relie aucune affinité de méthode 
— et qui ne demeurent elles-mêmes qu'à condition précisément de 
ne pas se rencontrer et se mêler; et en assignant à la religion le 
domaine de la piété et de l'obéissance, et à la philosophie celui de 
la science et de la vérité, Spinoza a voulu persuader aux théologiens 
qu'ils n'avaient pas le droit de restreindre la liberté de penser au 
nom de la religion ou de rÉcriture. Nous disons bien persuader aux 
théologiens, car c'est surtout à eux que s'adressait Spinoza. Or, de 
quels moyens de persuasion se servira-il? Si, en général, dans les 
discussions théologiques, l'argument rationnel n'acquiert pour les 
théologiens toute sa force qu'une fois confirmé par l'Écriture, que 
sera-ce ici où il ne devait s'agir de rien moins que de déterminer 
la signification, la portée et comme la fonction de l'Écriture elle- 
même, et où la démarche que Spinoza devait faire auprès des théo- 
logiens équivalait pour eux à une véritable tentative de déposses- 
sion, puisqu'il se proposait de les amener à renoncer à tout contrôle 
sur les productions de l'esprit et à convenir ainsi de la vanité de 
leur science théologique, fondée pour eux sur l'Écriture ? Spinoza 
s'en rendit compte et qu'il devait se servir de procédés de démons- 
tration basés sur la seule autorité admise par les Églises : celle de 
la Bible. Je me suis donc efforcé, avoue Spinoza, de tout confirmer 
par VEcritiire -. Il combattra les théologiens par leurs propres 
armes, cherchera à leur imposer ses idées en appuyant dûment ces 
dernières de textes abondants, limitera, en un mot, la souveraineté 
de l'Écriture par la puissance même et l'autorité de l'Écriture — 
entendue d'une certaine façon. 
Mais, cela seul n'aurait pas suffi. Nul, en général, ne pouvait 



1. C'est là, à proprement parler, le sujet des seize premiers chapitres qui forment 
la première partie, la plus importante pour nous, comme nous l'avons déjà dit, et, 
sans conteste, la plus originale, dans la variété de son contenu, du Traité théologico- 
politique. 

2. Cli. vi, p. 432 : « Verum quia ratio tametsi solidissinia apud communes theo- 
logos non multum valet, lubet hic haec, quae modo ostendimus, Scripturae etiam 
autoritate confirmare. » Cf. p. 436 et passim. 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LA BIBLE 47 

être reçu à disputer do l'interprétation et du rôle do la Bible en 
on invoquant même l'autorité propre, s'il n'en mettait au préa- 
lable hors de doute le caractère sacre et révélé, Spinoza encore 
moins que tout autre. D'autant moins môme qu'il entendait s'auto- 
riser de l'Écriture pour la diminuer et en restreindre la portée, et 
tirer d'elle-même les éléments de la définition qu'il se proposait 
d'en donner et qu'il savait devoir être humiliante aux yeux de 
la plupart de ses contemporains. Un procédé si hardi, si révo- 
lutionnaire même, ne pouvait avoir quelque chance d'être pris 
en considération que s'il émanait de quelqu'un pour qui l'authenti- 
cité de la Bible était indubitable. Spinoza sentit encore cette néces- 
sité et il s'y sacrifia. Parlant théologie à des théologiens, il parla 
aussi, pour se l'aire entendre et pour convaincre, en théologien. 

Et, certes, nous ne disconvenons pas que de tels artifices ont de 
quoi surprendre ceux qui savent combien la pensée de Spinoza est 
d'ordinaire dédaigneuse des chemins détournés et qu'elle va droit 
au but, ignorante des biais qui ménagent l'adversaire. Cette sur- 
prise ne pourrait môme s'atténuer que médiocrement du fait que, 
comme nous le notions plus haut, Spinoza n'a pas su ou voulu se 
plier docilement à ce parti-pris de dissimulation; que sans cesse du 
milieu des pages qui sont des concessions, sa vraie pensée et son 
génie propre se lèvent et s'imposent à l'attention du lecteur; que 
môme plus d'une fois il laisse transparaître qu'il parle un langage 
d'emprunt — ce qui donne au Traité je ne sais quel aspect équivo- 
que et fait qu'on ressent à la lecture de cet ouvrage un perpétuel 
malaise. Mais, qu'on lui en trouve des excuses — elles ne manquent 
pas en vérité, — ou non, les faits nous semblent patents. Et il n'est 
que déconsidérer quelques-uns de ses singuliers et violents efforts 
tendant à mettre à tout prix sous le couvert de la Bible des thèses 
qu'il savait, à n'en pas douter, qui lui étaient parfaitement contradic- 
toires ou adverses ou, tout au moins, étrangères, pour prendre déjà 
en défiance le beau zèle avec lequel il en appelle toujours à l'auto- 
rité de la Bible et pour se mettre en disposition d'accorder qu'il 
voyait surtout en cette dernière une puissance avec laquelle il fallait 
compter et qu'il était bon d'avoir avec soi si l'on voulait avoir rai- 
son. Quelques exemples. Ce ne serait pas aller contre l'Ecriture que 
de nier le libre arbitre 1 . Quand l'Écriture parle de la Providence 
divine, elle n'entend pas par là autre chose que l'ordre immuable de 
la nature, et en disant qu'une chose est l'œuvre de Dieu, qu'elle a 
été créée par sa volonté, elle veut dire que cette chose s'est faite 

1. Ch. u, p. 405-406. 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

suivant les lois et l'ordre de la nature 4 . Il démontre encore que la 
Bible, loin de penser autrement que lui sur le chapitre des mira- 
cles, confirme, au contraire, là-dessus, et point par point, toute la 
doctrine 2 — ce qui ressemble bien à la plus étonnante gageure et 
nous certifie l'énorme importance qu'en devait présenter l'enjeu 
aux yeux de Spinoza. Enfin et d'une façon générale, non seulement 
l'Écriture n'offrirait rien de contraire à la lumière naturelle, mais 
elle en reconnaîtrait expressément la valeur en tant que source d'où 
découlent pour nous science, vertu et connaissance de Dieu 3 . Quant 
aux textes scripturaires qui trop manifestement faisaient obstacle 
à ses desseins, Spinoza avait plus d'un moyen de les tourner ou de 
s'en accommoder. Pour ce qui est de ceux qui renferment des prin- 
cipes ou enseignements théoriques, il déclare que leur caractère 
s'explique par leur destination, et que, révélés par Dieu au peuple 
aux facultés de qui Dieu s'y est « proportionné », ils ne doivent donc 
pas faire autorité. Pour les difficultés que lui opposent les récits de la 
Bible, il les surmonte en ayant recours à cet instrument éprouvé du 
rationalisme : l'ailégorisme. Les philosophes, dit-il, ne doivent pas 
prendre l'Écriture à la lettre, ils doivent pénétrer au delà du sens 
extérieur. Les récits surtout doivent être expliqués suivant un sys- 
tème d'interprétation déterminé *, ce qui lui permet de prouver, par 
exemple, par l'histoire d'Adam ses théories sur la lumière naturelle 
et la « vraie loi divine s ». Est-il besoin d'insister longuement sur 
la valeur réelle qu'avait pour Spinoza cette herméneutique, imitée 
en quelque sorte à froid de la Scolas tique juive du moyen âge, 
de montrer qu'elle n'en avait proprement aucune, alors que l'on 
connaît les railleries dont il a accablé la méthode exégétique de 
ceux qui torturent les paroles de l'Écriture pour lui faire dire ce 
qu'elle ne dit pas, et qui « extorquent aux livres saints la confirma- 
tion de leurs rêveries et de leurs systèmes afin de les couvrir de 
l'autorité de Dieu 6 »? Il sait, lui, que le texte de la Bible n'a 
qu'un sens, qui est le vrai, et sur la façon de le déterminer il a 
écrit des pages fortes et lumineuses qui nous apparaissent aujour- 
d'hui comme le programme que la science moderne devait réali- 
ser. Et si, malgré tout, il se sert de la méthode allégorique quand 
cela lui convient, n'est-ce pas parce qu'il veut avant tout, lui aussi, 

1. Ch. vi, p. 451-452. 

2. Ch. vi, p. 443 et ss. 

3. Ch. iv, p. 428-431 ; cf. ch. VI, p. 454-455. 

4. Ch. vi, p. 452 ; cf. Ep. xxi, t. II, p. 97, et lxxv, p. 243. 

5. Ch. iv, p. 428-429; cf. Eth., Part. IV, Propos, lxviii, Schol., p. 238. 

6. Ch. vu, p. 4G0 et ss. 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LA MULE 49 

el cartes pour d'autres motifs que ceux qu'il a raillés, « se mettre 
sous l'abri de l'autorité de Dieu » ? C'est encore pour la même 
raison qu'il écartera certains textes gênants en avouant humble- 
ment qu'il ne les entend pas, qu'ils dépassent l'entendement 
humain ' — lui de qui la confiance en la puissance de l'esprit 
humain est l'une des plus absolues et des plus exclusives que 
connaisse l'histoire de la philosophie — ou en admettant que ce 
sont des interpolations et des additions apportées à l'Écriture Sainte 
par une « main sacrilège 2 ». 

Si Spinoza a dit 3 et prouvé ' qu'il savait être au-dessus de la peur, 
même devant le danger suprême, il n'était pourtant pas homme à le 
rechercher. Il ne va point au-devant du sacrifice; son âme n'est pas 
d'un martyr. Celte grandeur lui a manqué, ou la grandeur de son 
caractère est d'un autre ordre. Il a la vertu pacifique. On sait que son 
anneau à cacheter portait la devise « cante ». Longtemps il s'efforce 
de tenir secrète sa vraie doctrine, ne la communique qu'à quelques 
disciples ou amis, qu'il exhorte sans cesse à la discrétion 3 . Et quand 
il croit enfin le temps venu de publier l'Ethique, cinq ans après 
l'apparition du Traité thêologico-politique — lequel, il est vrai, 
avait produit un effet contraire à celui que l'auteur avait escompté 
— la rumeur que plusieurs théologiens se sont mis en campagne 
contre lui le décide à retirer le manuscrit près d'être mis sous 
presse . Le Traité lui-même paraît sans nom d'auteur et se donne 
comme ayant été imprimé à l'étranger. Spinoza pensait pourtant 
avoir pris ses précautions ! Mais sa prudence se méfiait quand 
même 7 . 

Convenons donc que, comme Descartes, comme Leibniz et tant 
d'autres, moins qu'eux au demeurant, Spinoza paya tribut aux exi- 
gences de son temps. En même temps, il est vrai, que de son 
honorable incapacité de réaliser jusqu'au bout un tel dessein, le 
Traité témoigne du parti qu'il prit d'y satisfaire — et c'est la pre- 



1. Ch. i, p. 383 ; cf. Ep. xxi, p. 91 : « plane et sine ambagibus proflteor, me S. 
Scripturam non intelligere, licet aliquot aunos in ea insumpserim. . . » ; et passim. 

2. Ch. vi, p 454. 

3. Cf. ch. xx, p. 608. 

4. V. J. Freudenthal, Die Lebensgeschichte Splnoza's, Leipzig, 1899, p. 63, 219. 

5. V. Dieu, l'Homme, etc., p. 125 ; Ep. ix, p. 33. 
(i. V. Ep. lxviii, p. 231-232. 

7. De cette extrême prudence de Spinoza on pourrait multiplier les preuves. Joël 
déjà t'ait remarquer (op. cit., p. 6) que Spinoza s'est abstenu, pour les raisons que 
l'on devine, de soumettre le N. T. à la même critique qu'il a appliquée a l'A. T. — 
Cf. Ep. xliii, p. 174 (« Animus non est eum, quisquis tandem sit, irritare, et labore 
nieo inihi inimicos parare... »), et Ep. xxi, p. 97. 

T. LX1V, n» 127. 4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mière raison d'être des pages d'inspiration « biblique » qu'on lit 
dans cet ouvrage '. 



VI 



Il y en faut joindre une aulre, croyons-nous, plus profonde, 
venue du fonds dogmatique de la pensée de Spinoza et qui, allant 
dans le même sens que la première, a pu se combiner avec elle et 
faire passer condamnation à Spinoza, si besoin en avait été, sur ce 
que la première avait de fâcheusement opportuniste : nous voulons 
parler de la conception qu'avait Spinoza de l'essence, de l'objet et 
du rôle de la Religion. 

On peut affirmer, d'une part, que Spinoza est, parmi les philoso- 
phes classiques, l'un des plus systématiquement aristocrates. L'on 
ne saurait, en vérité, trop élargir la distance qu'il sentait qui le 
séparait des Églises qui se partageaient alors la Hollande — et de 
toutes les Églises. Rarement penseur marqua plus fortement l'oppo- 
sition entre le « vulgaire » et la petite troupe des doctes. Mais, 
d'autre part, nulle doctrine, parla fin dernière à laquelle elle tend, 
n'est moins « intellectualiste » que celle de Spinoza. L'idéal que 
ce dernier se proposa fut, en somme, tout pratique. Sa pensée 
devait être un principe de vie; sa philosophie est une éthique. 
Seules valaient pour lui les sciences qui pouvaient conduire au 
souverain Bien : le reste, il le jugeait inutile et bon à rejeter 2 . Or, 
il sentait qu'il ne pourrait réaliser pleinement un tel idéal qu'au 
milieu des hommes et avec eux 3 . Quelques-unes parmi ses premières 
réflexions nous disent son rêve généreux d'entraîner dans cette 
ascension vers la perfection suprême et le suprême bonheur, à quoi 
il méditait d'employer sa pensée et sa vie, le plus grand nombre 
de ses semblables. « Il importe à ma félicité, écrivait-il alors, que 
beaucoup d'autres s'élèvent aux mêmes pensées que moi, afin que 
leur entendement et leurs désirs soient en accord avec monentende- 

1. Le procès et la condamnation cTAdriaan Koerbagh, disciple et ami de Spinoza, 
les souffrances que sa détention lui infligea et auxquelles il succomba rapidement, 
sans avoir exercé d'influence sur la conception même du Traité ef sur l'essentiel de 
la méthode dont Spinoza s'y sert, puisque la condamnation de A. Koerbayh ne vient 
qu'en 1668, ont pu cependant contribuer à accroître encore la circonspection de Spi- 
noza et son souci d'adoucir l'expression de sa pensée. V. sur ce procès K.-0. Meinsma, 
Spinoza und sein Kreis, Berlin, 1909 (traduit du hollandais), p. 367-398. Cf. Freu- 
dentbal, Spinoza, etc., p. 336. 

2. Cf. De Intelleclus EinencL, t. 1, p. 6-7. 

3. V. Eth., Part. IV, Prop. xvm, Schol., p. 202, et Prop. xxxv, Goroll. I et II, et 
Schol., p. 212. 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LA BIBLE 51 

menl et mon désir '. » Il pourra en penser autrement, parla suite, 
et réserver la plus sincère de sa doctrine à un petit cercle d'ini- 
tiés 2 , mais de par l'essence de cette môme doctrine, destinée 
pourtant à une élite, le sentiment profond de la solidarité humaine 
ne le quittera jamais. II se préoccupera du « saint » de tous les 
hommes, ne fût-ce qu'en tant que la béatitude du sage y est liée. 
Son mépris pour le vulgaire sera un manque d'égards, non d'alten- 
(ion. Il le sait incapable de penser, mais il le veut capable de vivre 
et de bien vivre, selon la justice et la charité. — De là ses idées sur 
la religion; et de là aussi par contre-coup, comme nous Talions 
voir, son manque de scrupule à proclamer l'authenticité et l'auto- 
rité sacrée de la Bible. 

Donc les hommes se divisent, selon Spinoza, en deux groupes 
d'importance inégale. D'un côté, le petit nombre de ceux dont 
L'âme a pris conscience qu'elle contient en soi « objectivement » la 
nature de Dieu et en participe. La raison est leur unique guide ; 
elle leur est une lumière et une loi à la fois naturelle et divine ; en 
des notions claires et distinctes, elle leur enseigne la nature des 
choses et les règles de conduite, des principes de savoir qui sont 
en même temps des principes d'action. Appuyés sur elle, ils s'élèvent 
jusqu'au dernier genre de connaissance ; ils acquièrent des choses 
des notions adéquates; l'enchaînement de toute la nature leur appa- 
raît sous l'aspect de vérités éternelles; ils connaissent, en un mot, 
l'essence de Dieu, et cette connaissance se tourne nécessairement 
en amour et ils sont en possession de la béatitude suprême, unis à 
la source éternelle et devenus source eux-mêmes de toute science 
et de toute morale. 

Et il y a, d'autre part, le «vulgaire», par quoi se désigne 
« l'immense majorité de l'espèce humaine 3 ». Le « vulgaire » 
n'a que du mépris pour la connaissance naturelle, fondée sur 
la seule force de l'entendement. Il recherche toujours ce qui 
est rare et étranger à la nature; or l'entendement est un don 
commun à tous. Sa confiance ne va qu'à ce qui lui est révélé par 
voie surnaturelle ''. De même, ce n'est point la raison qui peut 
gouverner sa vie ; sa volonté ne saurait se soumettre à un frein 
qu'elle s'imposerait elle-même en vue d'une fin rationnelle. Il ne 
peut combattre ses passions que par la passion, les mauvaises par 
de moins mauvaises : au fond de la plupart de ses vertus on trouve 

1. De Intellec. Emend., p. 6; cf. Eth., Part. IV, Append., oh. ix. p. 244. 

2. Cf. Ep. vm, t. II. p. 30, et ix, p. 33; Dieu, l'Homme, etc., p. 125. 

3. Trait, théol.-polil., ch. v, p. 440. 

4. Ib., ch. i, p. 377 et ss. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la crainte et l'espérance *. On ne peut L'amener à la liberté que par 
la servitude : ce qui est pour le sage vérité, certitude rationnelle 
qui emporte la libre adhésion de sa volonté «active», doit être 
présenté au vulgaire sous forme de lois et de décrets, qui le 
contraignent à l'obéissance. Bref, la connaissance adéquate des 
attributs véritables de Dieu lui étant refusée, la béatitude dont cette 
connaissance est la source ne peut pas non plus être son partage; 
son « salut » ne peut venir que de l'obéissance aux commande- 
ments de Dieu telle que l'enseigne la Foi ; il ne peut trouver le 
bonheur et la paix de l'âme que dans l'exercice de la piété, dans 
la pratique de la justice et de la charité, qui sont l'essence de la 
religion 2 . Il importe de marquer ici avec précision jusqu'où va la 
pensée de Spinoza. Il définit la foi en ces termes : « Elle consiste à 
savoir de Dieu ce qu'on n'en peut ignorer sans perdre tout sentiment 
d'obéissance à ses décrets et ce qu'on en sait nécessairement, par 
cela seul qu'on a ce sentiment d'obéissance 3 . » Voit-on toutes les 
conséquences d'une telle conception ? Spinoza les accentue d'ailleurs 
lui-même. Celui qui a l'obéissance, qui se soumet aux commande- 
ments de Dieu, qui sont, avant tout, d'être juste et de pratiquer la 
charité, possède nécessairement, et par là même, la foi vraie et 
salutaire, il sait sur Dieu ce qu'il faut savoir. C'est qu'au fond, le 
savoir n'importe guère ou même point. La foi n'est pas, en son 
essence, une croyance, un acte de l'intelligence ; elle est une pra- 
tique, une démarche de la volonté ; . Elle consiste, en dernière 
analyse, à faire certaines actions et non à croire certaines vérités ; 
la vérité est ici indifférente; cette notion perd ici son sens absolu 
ainsi que sa valeur babituelle. Elle vaut ce que valent les actions 
qu'elle provoque; son critère est son efficacité morale \ — Mais 
n'y a-t-il pas aussi des erreurs, reconnues manifestement telles par 
l'entendement, et qui se peuvent tourner en motifs de justice et 
de charité? Faudra-t-il donc laisser le « fidèle » s'en nourrir, sans 
chercher à lui en démontrer la fausseté? — Précisément, et l'avis 
de Spinoza ne prête là-dessus à aucun doute; dans la vie selon la 
foi, les « erreurs salutaires » ont leur place nécessaire, ou plutôt il 
ne faut plus parler d' « erreur » et de « vérité ». Aussi convient-il 
de laissera tous les fidèles les dogmes de leur foi, encore que le 
plus grand nombre d'entre eux n'aient pas T ombre de la vérité; 

1. Eth., Part. IV, Prop. liv, Schol., p. 227. 

2. Trait, théol.-polit., ch. xm, xiv, xv et passim. 

3. Ib., ch. xiv, p. 538. 

4. Cf. ib., ch. xiii, p. 533. 

5. Ib., ch. xiv, p. 538-543. 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LA MBLE 53 

l'essentiel est que celui (//fi les embrasse en ignore la fausseté, 
car alors ils ne pourraient plus se disposer à L'obéissance '. Et l'in- 
différence de Spinoza à l'égard du contenu intellectuel des dogmes 
ou des articles de foi va si loin, sa valeur intrinsèque lui paraît si 
négligeable, qu'au sein même de chaque Église il voudrait qu'il fût 
laissé à la discrétion de chaque membre; chaque individu devrait 
avoir, selon lui, l'entière liberté de le comprendre et de l'inter- 
préter à sa façon, selon sa tournure desprit et son tempérament, 
afin qu'il puisse y adhérer plus entièrement et spontanément, et 
ôlre ainsi plus facilement amené à 1' « obéissance », ce qui est, 
encore une fois, le seul but et l'unique raison d'être des « articles 
de foi a ». 

Or, Spinoza vit au milieu d'une société chrétienne ; le fondement 
de la vie spirituelle et morale des hommes, dans la plupart des 
pays placés dans le champ de sa vision, sont les doctrines de 
l'Écriture. Ces dernières sont, en vérité, les plus parfaites messa- 
gères de la religion ; elles conviennent à merveille à la définition 
de la foi et elles la confirment en tous points, de telle sorte que 
cette définition se recommande et ne se tire pas d'ailleurs que 
d'elles 3 . 

La Bible, en effet, a été écrite pour tous les Hébreux, à l'adresse 
de tout le genre humain, à l'usage des hommes et des femmes de 
tout âge et de toute condition. Elle enseigne que Dieu ne demande 
pas autre chose que l'obéissance à ses décrets et avant tout aux 
lois de la justice et de la charité et que celte obéissance mène au 
« salut». Ses moyens sont appropriés à son but. Elle se met à la 
portée des intelligences les plus simples. Elle ne procède pas par 
axiomes et définitions ; elle n'enchaîne pas ses propositions suivant 
un ordre logique rigoureux ; point de spéculations, point de rai- 
sonnements abstraits. Elle raconte, exhorte, fait des menaces et 
des promesses. Ses récits tantôt terribles, tantôt gracieux, frappent 
ou séduisent l'imagination du peuple. Ses tableaux saisissants ou 
merveilleux remuent l'esprit et le disposent à l'admiration 4 . Elle 
parle de Dieu en un langage accessible aux simples et lui recon- 
naît des attributs qui, sans être vraiment compris par la foi qui n'a 

1. Traité, cli. xiv, p. 539: « Sequitur denique, fidem non tam requirere vera quam 
pria dogmata, hoc est talia quae animum ad obedientiam movent, tametsi inter ea 
plnrima sitit, quae nec timbrant veritatis habent; dummodo tam en is, qui eadem 
amplectitur, eadem falsa esse ignoret, alias rebellis necessario esset. » 

1. lb., p. .7.57. 

3. ïb.j toc. cit. 

4. lb., eh. v, p. 140-44! ; ch. vi, p. 452-453; eh. xni. 531-536. 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pas à s'en occuper, comme nous l'avons vu, en constituent cepen- 
dant l'indispensable soutien intellectuel. Elle pose Dieu comme 
l'Etre suprême, unique, présent partout, tout-puissant, juge et 
législateur des hommes, souverainement juste et miséricordieux, 
remettant leurs péchés à ceux qui se repentent, etc , etc., parce 
que c'est là le minimum de représentations intellectuelles néces- 
saire pour inspirer au « fidèle » des sentiments de crainte et 
d'amour à l'égard de Dieu et pour le maintenir en état d'obéissance 
et parce que ces croyances attachent les hommes aux enseigne- 
ments de la Bible et leur permettent ainsi de se procurer le 
« salut ». Par là même ces croyances prouvent leur valeur, elles sont 
nécessaires, et ce serait faire une mauvaise œuvre, pousser les 
hommes à la « rébellion » que de contribuer à en détacher les 
fidèles *. 

Ce sont là des théories qui, sans que nous ayons besoin d'insis- 
ter, peuvent nous faire comprendre que Spinoza n'ait pas hésité à 
prendre le masque de l'orthodoxie quand d'autres motifs le for- 
cèrent à y avoir recours. Il ne faisait en somme que réaliser les 
extrêmes conséquences de son système: vérité pour le philosophe, 
obéissance, reposant même sur des principes erronés, pour le 
«vulgaire 2 ». Et que l'on ne nous objecte pas : mais Spinoza lui- 
même est loin de s'en être tenu dans le Traité à cette réserve 
qu'il voudrait qui fût de règle. Sans doute, et nous l'avons 
nous-même montré ; et cela ne prouve pas autre chose, sinon que 
l'on ne peut jamais cesser complètement d'être soi-même. Ce qui 
importe ici, c'est l'intention, et elle est claire. « Si j'avais jamais 
pensé, affirme Spinoza dans le Traité théologico-politique même, 
que mon ouvrage servirait à infirmer le pouvoir de la religion et à 
affaiblir l'autorité de la parole de Dieu, je ne me serais pas décidé à 
traiter ces questions 3 ». Admirons cette assurance, mais gardons 
l'aveu. Il est fermement résolu à ne pas porter atteinte à l'autorité 
de la Bible, car, sans elle, « il faudrait douter du salut de presque 
tout le genre humain * ». Et si nous savons comment il a mené à 

1. Traité, ch. xiv, p. 540-543. Cf. aussi ce que rapporte Colerus des exhortations 
qu'il adressait à ses hôtes de ne jamais manquer les offices de l'église, in Freudenthal, 
Die Lebensgesckichte, etc., p. 61. 

2. Cf. ib., ch. m, p. 417, où il loue saint Paul d'avoir su être Grec avec les Grecs 
et Juif avec les Juifs. — 11 écrit à G. de Blyenbergh, Ep. xxi, t. Il, p. 94 : « . . .Video 
me melius multo facturum fuisse, si in prima mea Epistola Cartesii verbis respondis- 
sem... » Il ne sentait décidément pas l'obligation de toujours exprimer sa véritable 
pensée. 

3. Trait, the'olog. -polit., ch. xn, p. 522. 

4. Ib., ch. xv, p. 552. 



SPINOZA ET L'AUTORITÉ DE LA BIBLE 55 

bien cette résolution et qu'il a fait à peu près le contraire de ce 
qu'il affirme s'être proposé, ce ne fut pas, selon toute apparence, 
faute de bonne volonté. Il faut seulement convenir, aussi invrai- 
semblable que cela puisse paraître, qu'il ne se rend pas compte de 
toute la gravité des coups qu'il porte aux croyances religieuses 
de ses contemporains. Bien des pages du Traité en témoignent, 
mais, en particulier, sa correspondance avec Oldenburg est sous 
ce rapport fort instructive : si on ne peut douter en lisant cette 
correspondance qu'Oldenbourg n'ait jamais senti combien était 
différent du sien le terrain où se plaçait Spinoza, il semble bien 
que ce dernier s'étonne trop des étonnements de son correspon- 
dant pour qu'on puisse supposer qu'il avait mesuré, lui, tout 
l'abîme qui s'étendait entre leurs conceptions religieuses ou philo- 
sophiques. 

Quoi qu'il en soit, Spinoza a su aussi réaliser, çà et là, son 
dessein avec un sens des choses plus avisé et plus direct; il a su, 
selon sa propre expression, « parler, avec l'Ecriture, une langue 
conforme aux conceptions des Hébreux ' » ; il s'est porté garant 
de l'authenticité de la Révélation entendue au sens où l'enten- 
daient ceux à qu'il s'adressait ; il a proclamé l'autorité de la Bible 
sacrée et infaillible; — et nous croyons avoir réussi à montrer 
que les motifs qui l'ont déterminé à défendre ces conceptions 
traditionnelles sous leur forme populaire étant étrangers à toute 
conviction réelle, ce serait un non-sens et une grave méprise que 
de persister à vouloir concilier ces conceptions, qui ne sont, en 
somme, qu'un accident, en quelque sorte extérieur dans l'œuvre 
de Spinoza, avec le reste de la doctrine de ce philosophe. 



Vil 



Cependant le danger, ici, est de trop simplifier le problème en se 
jetant d'un extrême à l'autre et il importe, avant de finir, de nous 
mettre en garde contre lui. Ainsi, pour certains de ses contempo- 
rains 2 , Spinoza prenait rang parmi ces « esprits forts» qui voyaient 
dans les religions une invention de prêtres, l'effet de la ruse de 
certains politiques qui s'en étaient servis comme d'un instrument 

1. Traité, ch. ni, p. 408. 

2. V. Bayle, Dictionnaire, 3 e édition, tome IV, art. Spinoza, p. 2."i5-2.j6. — Cf. cer- 
tains des divers fragments et Lettres réunis par Freudenthal, op. cit., p. 121 et ss., 

193 et ss. 



56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de domination et d'an moyen de gouvernement. Rien n'est plus 
loin de la vraie pensée de Spinoza que cette théorie puérile dont 
les « philosophes » du xvin e siècle devaient faire la fortune. Certes 
Spinoza ne perd jamais de vue les intérêts de la politique. Trouver 
le meilleur art de gouverner les hommes dans la paix et la 
concorde a été un ohjet constant de ses préoccupations, et il est 
vrai qu'il voit dans la religion issue de la Bible un facteur néces- 
saire de la stabilité sociale. Mais ni par ce rôle il n'explique ses 
origines ni il ne définit son essence par ce caractère. Les religions 
sont pour lui plus qu'une bonne institution sociale, et la Bible, sur- 
tout, autre chose qu'une œuvre de haute police. Comme sur tant 
d'autres points, Spinoza a été, sur ce point aussi, fort mal compris 
de ses contemporains ; ici encore, ils ont méconnu la profondeur 
de perspective de sa pensée. Spinoza a laissé suffisamment voir 
pour quelles raisons, très sincères celles-là, d'une sincérité con- 
forme à l'esprit de sa doctrine philosophique, « l'Écriture doit être 
appelée sainte et parole de Dieu » et « pourquoi il est persuadé de 
l'autorité de la Sainte Ecriture 1 ». Et, sans doute, «saint», «divin», 
«révélé», tous ces qualificatifs entretiennent souvent l'équivoque. 
Ils favorisent comme une perpétuelle restriction mentale. Mais 
sans avoir le sens plein, positif qu'on est habitué à leur donner, et 
étant entendu que lorsque Spinoza les emploie en adepte des reli- 
gions positives, c'est contrairement à sa véritable pensée et pour 
les raisons que nous avons essayé de dire, ces termes, en dernière 
analyse, ne sont pas cependant, sous sa plume, dénués de toute 
signification. C'est même d'ailleurs ce qui a permis ou, du moins, 
facilité l'équivoque. Et c'est encore ce qui nous fait comprendre 
qu'il ait protesté quelque part 2 avec une grande énergie de la 
bonne foi avec laquelle il avait appliqué ces épithètes à la Bible. 
La doctrine de Spinoza a plus d'un repli. 

Nous avons vu que l'Écriture était pour Spinoza la source du 
« salut » pour le grand nombre. ïl n'est pas du tout indifférent, 
pensons-nous, que Spinoza ait fait un emploi si constant de cette 
expression théologique de « salut 3 ». Le « salut », c'est, sans doute, 
la vertu, mais c'est la vertu vue d'une certaine hauteur, sous un 
certain aspect, sub specie œternitatis. Le « salut » importe avant 
tout à l'individu et ne se confond pas avec l'utilité sociale; son 
objet ou son effet ou encore sa condition est, par delà la simple 

1. V. Trait, théol. -polit., ch. xn et xv. 

2. V. £jo. xlii, t. II, p. 476. 

3. Salus, salutaris, salvus et le verbe salvare. 



SPINOZA ET l/AUTORITÉ DE LA RIKLE 51 

sécurité matérielle on le bonheur corporel, l'affranchissement de 
l'esprit et la paix oV l'âme. Au fond il n \\ a qu'un « salut », le même 
pour lès philosophes et les simples, si les moyens qui servent à y 
atteindre diffèrent des uns aux autres. La raison et l'Écriture abou- 
tissent en somme au môme terme suprême, se rejoignent à la 
limite, après avoir cheminé sur des voies distinctes, et qui appa- 
raissent parallèles, quoique de valeur inégale si on les considère 
en elles-mêmes. Mais celte valeur est provisoire ; la fin seule 
importe, en définitive. « 11 n'importe aucunement, dit et répète 
souvent Spinoza, que Dieu enseigne et commande le vrai culte de 
la justice et de la charité par la lumière naturelle ou par révéla- 
tion. . .; que la religion soit révélée par la lumière naturelle ou par 
celle des prophètes, elle est toujours la même et toujours égale- 
ment révélée par Dieu, de quelque manière qu'elle vienne à la 
connaissance des hommes { . » Il écrit de même à un de ses corres- 
pondants, Jacob Oostens, dans une lettre conçue dans un esprit 
d'entière franchise et, du reste, par certains passages, aussi hardie 
que ce qu'il a jamais écrit : « J'ai montré [dans le Traité théolo- 
gico -politique] que cette loi divine a été révélée par Dieu aux pro- 
phètes ; or, soit que j'admette qu'elle a reçu de Dieu lui-même la 
forme d'une législation, soit que je la conçoive comme envelop- 
pant, ainsi que tous les autres décrets de Dieu, une nécessité et 
une vérité éternelles, elle n'en reste pas moins un décret divin, un 
enseignement salutaire; et, après tout, que j'aime Dieu librement 
ou par la nécessité du divin décret, toujours est-il que je l'aime et 
que je fais mon salut 2 . » Il y a dans ces lignes une réticence qui 
apporte une nouvelle confirmation à notre façon de comprendre le 
Traité. Mais nous les citons ici pour l'énergique affirmation qu'elles 
contiennent, qui n'est pas isolée, tant s'en faut, dans l'œuvre de 
Spinoza et qui caractérise l'essence même, toute morale, de cette 
œuvre. Une seule chose est nécessaire à tous : être sauvé, aimer 
Dieu. Et il reste évidemment que c'est la raison qui y conduit le 
plus sûrement; elle est, selon les termes de Spinoza, la cause pre- 
mière de toute révélation, véritable original de la loi de Dieu 3 , 
elle est « Dieu en nous ». Mais l'Écriture y mène aussi. Et il 
ne se peut que l'accord si parfait entre la raison et les ensei- 
gnements moraux des prophètes, que l'harmonie profonde qui 

1. Trait, théol.-polit., ch. xix, p. 592-593. 

2. Ep. xliii, p. 172; cf. ib., p. 171 et absolument les mêmes termes Ep. i.xxw 
p. 242-243; Eth., Part. V, Prop. xxxvi, Schol., p. 273. 

3. Trait. Ihéol.-polit., ch. i, p. 378; ch. xn et passim. 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

existe entre la parole de Dieu qui se fait entendre en nous et la 
parole de Dieu rapportée par eux, soient un effet du hasard '. 
La raison rend donc témoignage de l'origine d<^ rËcriture ; la 
seconde participe, de quelque façon, de la divinité de la première 
et, comme elle, plonge par ses racines bien avant dans l'essence de 
l'homme et la réalité de Dieu. 



#*# 



Jamais, peut-on dire, à aucun moment de sa vie, la pensée de la 
Bible n'a quitté Spinoza. Pour se mettre en mesure d'écrire le 
Traité théologico-poïuiqiœ, il a consacré à son étude de longues 
années de patientes recherches et de méditations laborieuses. Dans 
Y Ethique, non plus, les références à la Bible ne manquent pas 2 . 
Peu de jours avant sa mort, il travaillait encore à une traduction 
* de la Bible en hollandais 3 , et c'est encore sa mort prématurée qui 
seule a pu l'interrompre dans la composition de sa grammaire 
hébraïque 4 . Spinoza n'était pas homme à s'adonner à de tels tra- 
vaux par pur goût de la philologie. C'est à une pensée religieuse 
ou morale qu'il obéissait. La Bible étant pour lui liée au bien supé- 
rieur des hommes, il en voulait répandre l'action authentique. Un 
pareil dessein, et poursuivi avec une telle constance, atteste ce que 
nous avons dit du sentiment positif de Spinoza à l'égard de la 
Bible. Sans validité aux yeux de la raison, quant à son fondement 
intellectuel, sa méthode, ses moyens d'action, elle acquiert, par sa 
fin, une valeur absolue, et par la qualité de l'âme humaine, faite 
d' « impuissance » chez la plupart, un caractère d'éternelle néces- 
sité. De là son autorité ; — mais de là seulement. 

M. Vexler. 



1. Traité, ch.xv, p. 550. C'est en ce sens que Spinoza a pu réellement admettre la 
notion d'une « certitude morale » opposée à la certitude rationnelle ou mathématique. 
V. if)., ch. ii, p. 393; ch. xv, p. 549, et Annotationes in trad., vin, p. 614. 

2. V.Eth., Part. IV, Piop. lxviii, Schol., p. 238; Part. V, Prop. xxxvi, Schol., 
p. 273, etc. 

3. V. Colerus in Freudenthal, op. cit., p. 83. 

4. V. Admon. ad Lectorem en tète du Çompendium Grammatices, t. II, p. 526. 



L'OPPOSITION CONTRE LE PATRIARCHE R. JUDA II 



i 



Presque tous les patriarches furent obligés d'engager une lutte 
très vive avec des adversaires. Rabban Gamliel II eut plus d'un , 
mauvais moment à passer avec ses opposants, R. Eliézer ben 
Hyrkanos et R. Josua ben Hanania. Il y eut des tiraillements 
entre R. Juda I et Rabbi Natan. Plus vif encore et plus grave fut 
l'antagonisme contre le patriarche R. Juda II. Plus vif, parce 
que les contemporains et les personnalités dirigeantes purent lui 
reprocher de la cupidité et le trafic des principaux postes de 
maîtres et de juges. Gros de conséquences, parce que l'état de 
choses amené par lui occasionna toute une évolution dans la 
situation des savants. R. Juda est assurément une des plus inté- 
ressantes personnalités d'entre les Amoraïm : l'intelligence claire 
et ouverte dont il fait preuve dans les allégements décidés par lui 
pour soulager de pressants soucis du peuple, l'esprit de conci- 
liation avec lequel il va au-devant de ses adversaires, produisent 
une impression très sympathique *. Mais les accusations que 
l'histoire est obligée de dresser contre lui, d'avoir, par amour du 
sordide argent, confié des postes à des hommes indignes et igno- 
rants, et suspendu les privilèges qui avaient été reconnus aux 
savants depuis les temps les plus anciens, même par les gouver- 
nements païens, jettent une ombre sur sa mémoire. 

Il faudra donc, pour pouvoir établir la vérité, écouter d'abord 
les griefs des adversaires et considérer ensuite les circonstances 
qui ont contraint le patriarche à prendre de pareilles mesures. 

L'adversaire le plus acharné du patriarche fut, sans nul doute, 

1. V. là-dessus Graetz, Geschich/e, t. IV*, p. 225; Weiss, Tfn, 1. 111, 66, d'après 
Gen. rabba, eh. lxxx, et j. Saith., n, 3. 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

R. Simon bcn Lakisch. En première ligne, il estima illégitime la 
prétention de R. Juda de soumettre les docteurs à l'impôt. Les 
docteurs jouissaient du privilège de l'exonération des impôts, et 
ils devraient le perdre maintenant M Cette disposition favorable 
aux docteurs se maintint très tard à l'époque romaine, de telle 
sorte que, d'après les lois, les docteurs et les fonctionnaires syna- 
gogaux étaient affranchis « ah omni corporali munere 2 ». Cepen- 
dant, il était impossible de procurera tous l'exonération des lourds 
impôts ; c'est pourquoi on chargeait davantage ceux qui ne s'occu- 
paient pas exclusivement de Tora. Justement en ce temps-là, 
R. Yohanan, ami intime de notre patriarche, est occupé de la 
question de savoir quels sont ceux dont les concitoyens sont tenus 
de payer les redevances fiscales qui leur incombent. Il établit la 
règle suivante : ceux qui consacrent tout leur temps à l'étude ont 
le droit de se faire payer leurs impôts par leurs concitoyens 3 . On 
peut donc bien s'imaginer quel toile dut provoquer l'ordonnance 
du patriarche qui forçait les rabbins eux-mêmes à payer l'impôt 
de garde 4 . Resch Lakisch protesta ouvertement contre un sem- 
blable dessein. Cette protestation fut-elle suivie d'effet, c'est ce 
qu'on ne peut plus déterminer. Assurément ce ne pouvait être que 
de sérieux motifs et d'impérieuses préoccupations qui obligèrent le 
patriarche à recourir à de pareilles mesures. La chose apparaîtra 
clans le cours de notre recherche. 

La cupidité du patriarche est aussi flagellée par un prédicateur, 
José de Maon, dans la synagogue de sa ville 5 . Il s'exprime ainsi : 
Hosée, v, 1) « Écoutez ceci, ô prêtres! Faites attention, ô Israé- 
lites », un jour Dieu citera les prêtres en justice et leur dira : 
pourquoi ne vous êtes-vous pas occupés delà doctrine? Eux de 
répondre : Ils ne nous ont rien donné. « Aussi écoute, maison 
d'Israël ! » pourquoi ne donnez-vous donc pas aux prêtres les 
vingt-quatre redevances sacerdotales prescrites dans la Tora? Ils 
répondent : Les gens de la maison du patriarche enlèvent tout ! 
« Aussi écoute, maison du roi », un jugement sévère s'appesan- 
tira sur vous G . Cette prédication, bien qu'elle s'exprime à mots 

1. Josèphe, AnL, XII, 3, 3. Cf. Herzfeld, Geschichte des Volkes Israël, t. II, p. 267. 

2. V. à ce sujet, Krakauer, Die rechtliche und sociale Stellung der Juden im Sin- 
kenden Rômerreiche, Monalsschrift, XXIII (1874), pp. 55-61. 

3. Sabbat, 114 a. R. Yohanan n'a point survécu au patriarche, comme l'admet Graetz 
(loc. cil., p. 280), mais mourut avant lui, comme Jordan, R. Yochavan bar Nappacha, 
Budapest, 1895, p. 71, l'a bien montré, d'après Rosch Haschana, 20 a. 

4. V. B. Batra, 7 b. 

5. Cette synagogue est encore mentionnée B. Kamma, 99 b. 

6. Gen. r., eh. lxxx, 1. 



L'OPPOSITION CONTKE LE PATR1.VRCIIE R. JUUA II 61 

couverts, dit clairement que les gens de la maison du patriarche, 
peut rire le patriarche Lui-môme, sont cupides. De plus, il n'y a 
qu'à mettre rabbins à la place de prêtres, et ce sermon rions 
dévoile une image de la situation qui régnait à l'époque du patriar- 
che. Le peuple ne pouvait entretenir les rabbins, parce que le 
patriarcat exigeait trop de la bourse du peuple. Il est d'ailleurs à 
noter que ces énonciations émanent d'un homme qui n'appartient 
pas à la corporation des docteurs, mais aux couches populaires 
pins étendues. 

Outre la cupidité et le tort d'imposer les docteurs dont on incri- 
mine le patriarche et son entourage, il y a encore un troisième 
grief: la nomination d'indignes aux emplois les plus élevés et les 
pins importants. Jacob de Kei'r-Nebouraya, encore un homme du 
peuple ', parodiait la phrase de Habakouk (n, 19) à propos des 
fonctionnaires nommés par le patriarche, qui n'avaient d'autres 
aptitudes que leurs espèces sonnantes. Il disait : « Malheur, quand 
on est obligé de dire au soliveau : réveille-toi, remue-toi, à la pierre ! 
Celui-là doit enseigner? «Les rabbins, même les fidèles partisans 
du patriarche, comme R. Mana 2 , R. Ammi 3 , R. Yoschiahou 4 et 
R. Zeira 5 ., méprisaient ces gens et se moquaient d'eux. Dans quelle 
mesure le patriarche paraît responsable de ce fâcheux état de 
choses, on le verra dans la suite de cette étude. 

Nous voudrions : 1° mieux éclaircir la situation de Resch Lakisch 
d'après ses discours et ses assertions, qui jusqu'ici n'ont pas été 
traités avec l'attention nécessaire; 2° considérer la position et 
l'activité des fonctionnaires juridiques ; 3" montrer dans quelles 
circonstances s'écoula le patriarcat de Juda II. 



II 



Nous avons nommé précédemment Resch Lakisch, l'adversaire 
le plus acharné du patriarche. De quel droit? Ce n'est pas seule- 

1. De son attitude à l'égard de R. Haggaï, il résulte avec évidence qu'il ne connaissait 
pas la Halacha, v. Pesikta, éd. Buber, p. .35; G. r., ch. vu; Tanhouma, éd. Buber, 
np*n, 15; Kok. rabba,s. y.^n^DS HT TO ; j. Yebamol, n, 6; j. Kiddouschin, xiii, 
12. D'autres expressions sont mentionnées, M. Psaumes, éd. Buber, sur xix , 2 ; j. 
Berachot, ix, 1. 

2. j. Bicc, ni, 3. 

3. Ibid. 

4. Ibid. 

5. Ibid. 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment parce qui] professait hardiment que, dans le cas où le 
patriarche commettrait un délit, il faudrait prononcer sur lui, 
comme sur le premier venu, la peine de la flagellalion \ mais 
parce que, à chaque occasion, il s'empressait de déclarer que le 
patriarche devait aux docteurs son prestige et son importance, son 
élévation et sa place. En d'autres termes, le patriarcat est fait pour 
le bien des docteurs, il n'est pas fait pour qu'un homme s'élève 
au-dessus de ses congénères. 

Dans une leçon, Resch Lakisch disait : les patriarches, dans 
l'Écriture, sont devant Dieu comme les zekéaim (les sages), qui 
marchent fièrement devant le prince (Patriarche) pour donner une 
expression à la majesté du prince 2 . D'après une autre leçon, 
R. Lakisch voulait dire que le patriarche a besoin des hommages 
des docteurs 3 . Pour rabaisser autant que possible la prépondé- 
rance du patriarche, R. Lakisch prêchait : « Pourquoi Israël est-il 
comparé au froment? Parce que du froment tout est compté ; ainsi 
chaque Israélite entre en compte, les zekénim (les docteurs qui 
sont investis d'une fonction synagogale), les Hasidim (les pieux) 
et les Hachamim (les sages) '\ » En un autre endroit, on montre au 
patriarche l'altitude de Moïse, qui, certes, savait fort bien lui- 
même décider dans toutes les questions douteuses, et qui cepen- 
dant, pour ne pas froisser les docteurs et les fonctionnaires qui 
venaient le consulter, disait: je ne le sais point, il y a quelqu'un 
de plus grand que moi, allons tous l'interroger 3 . R. Lakisch voulait 
assurément dire par là qu'il sied au patriarclie lui-même de ques- 
tionner ses collègues et compagnons, avant de prendre une déci- 
sion importante pour la collectivité et qu'il n'a nulle raison de se 
mettre au-dessus d'eux. Si nous ne nous trompons dans notre 
supposition, nous trouvons encore ailleurs des assertions des 
docteurs au sujet du patriarche. L'agada dit : Quel mérite avait 

1. Graetz, p. 22o. 

2. Tanhouma, éd. Buber, Gcn . , p. 81 : b"« p"~ ^ZZ>b *p73Y7 matfn TTI Tiizb 

i-YDxn n^n riTab k':>n nnnb n^am* v~ )$zrt rios* ny ra^pb unn 
trrpTm "Pjd'd "pajbrpa vrpn ^brra fennis &rtz»b r"D-pr. ^asb pan 
-ij-maob ^p-ia Nin b"-n rrnan by èp©5 bffl maa ïvyriK. 

3. G en. r . , ch . xcvii. 

4. Tanhouma, éd. Buber, ch. cv : ibbn O^n H73 tfb.N Û^nn 15125733 rJ7ab 

û^Tonm û^apTn pa?aa o^rna* ûb*o bfimzr vn *p /-ïrroa D"*'w n'ana 
■pawa a^b-iy ban©" 1 bai D^anm. 

o. Nombr. rabba, ch. xn ; Tanhouma, éd. Buber, Nomb., p. 153 : Tl~>71 3>TP 

C]N 'ian rna^ "na ,mTfl? n n^ vosb ixa éôn nTn "j^n hn is^an n©73 

137273 bilan) ^73 1ZJ" 1 ""^N. De fait, le patriarche a prescrit même des jours de jeûne 
sans s'en être entretenu avec R. Yoliauan et Resch Lakisch. Cf. Taanit, 24 a. V. aussi 
Jordan, l. c, p. 67, n. 253. 



l'opposition contre le patriarche r. juda h 63 

Satil? Ce sont ses bonnes actions qui lui ont vain son élévation, 
car il ( ; lait modeste, humble, craignant Dieu, dépensait son bien 
(pour les pauvres) et épargnait le bien des Israélites. Juda bar 
Nabinani, au nom de R. Lakisch, disait: c'était un docteur. C'est 
la manière des agadistes d'utiliser souvent les données de l'Écri- 
ture, les noms des personnages bibliques pour blâmer ou louer les 
dirigeants de leur temps. Si nous songeons que José de Maon a 
précisément blâmé avec vivacité ce trait de caractère du patriarche, 
puis que Juda bar Nabinani * a dirigé sa mordante ironie contre la 
science des juges institués par le patriarche, on ne sera pas très 
éloigné de croire que ces prédicateurs, en énumérant les vertus de 
l'antique roi Satil, voulaient énoncer un blâme visant l'autorité 
suprême de leur temps 2 . Au surplus, Resch Lakisch n'a pas fait 
mystère de ses sentiments dans ses relations personnelles avec le 
patriarche 3 . 

La situation dans le domaine de l'administration de la justice 
était en fait extrêmement critique, et vraiment inouïe dans une 
communauté religieuse. Ce n'est pas sans motifs sérieux que 
Resch Lakisch se laissait aller à cette outrance de langage : « Qui- 
conque nomme un juge indigne doit être considéré comme un 
idolâtre 4 . » R. Isaac, contemporain plus jeune du premier, qui put 
être témoin des tristes conséquences de la néfaste administration 
de la période antérieure, disait : le juge qui se laisse corrompre 
attire la colère de Dieu 5 . En ce temps-là, ce n'était pas une excep- 
tion, mais chose usuelle, si nous en jugeons par cette parabole 
qui porte tous les indices de la popularité et de l'authenticité. 
Quand deux hommes viennent chez le juge, le premier riche, 
l'autre pauvre, pour qui prendra-t-il parti? Pour le riche. Vers 
qui tournera-t-il son visage ? Vers le riche seulement. A qui 
prêtera-t-il l'oreille? Au riche c . Il fallait vraiment que les choses 
parussent aller bien mal en Judée, pour que les prédicateurs et 

i. La phrase de Jacob de Kefr-Nabouraya, citée plus haut, est attribuée dans JB. /?., 
7 />, à Juda bar Nahraani, le metourgueman de Resch Lakisch (v. Keloubol, 8 c/). 

2. M. Samuel, éd. Buber, p. 97 : min p ÏTÎTTD b""1 3^33 ^"TonD "13 mim ; 
cf. ibid., p. 102, d'isa'i : min p r^rtë b""l ÛD3 pn3 -n bfinntD'l. Men- 
tionnons encore ici M. Ps., p. 388, p. :>92, p. :>97 ; Midr. Sam., p. 92, où sont cités 
des propos au nom >\>' Resch Lakisch qui contiennent peut-être des remarques défa- 
vorables touchant les choses du temps. 

."{. Cf. (te», r , ch. i. xx vin. 

4. i\. Batra, 7 h: n-p©N *l313 nb ; «a "pan irtfw 'p'H -r?:^7:n 'ro. 
•".. il /.*., 9 i> : ûbijb n?jn er>373 invc ïtaïaia "pi bs. 

6. Lév. rabba,ch. m. 2 ; Midr. Ps., p. 196 : Q10jD3 DTN"" , D3 '3 ûbl^DlZJ 5!ll3a 

•pin ^:b .n^ffl^b fro- d^d -pde "«nb -pray insi *& mu ^"»nn bira 
yvayb abn yratcb ppra y^-irt "w p;yb «bn d^d ^ s n 73. 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

maîtres populaires choisissent de tels exemples pour flétrir l'ini- 
quité. Evidemment, on pourrait objecter que les moralistes voient 
toujours trop en noiretqueles censeurs des mœurs font volontiers 
d'une mouche un éléphant pour produire un plus grand effet. Mais 
ici, il n'en est rien. R. Berachia allègue comme un fait authentique 
qu'on déroba un jour son vêtement à un homme, qui au moment 
où il porta plainte le retrouva dans la maison même du juge, étalé 
sur le lit; un autre fut dépouillé d'un chaudron, qu'il revit sur le 
fourneau du juge'. En ce temps-là, le peuple ouït dire fréquemment: 
les juges et les docteurs discréditent la Tora. Ils enseignent : tu ne 
dois pas faire l'usure — et ils prennent des intérêts usuraires ! Ils 
disent : tu ne déroberas pas, — et ils dérobent ! Ils proclament : tu 
ne voleras pas, — et ils volent 2 ! Comme on voit par tout cela, 
l'amertume et le mécontentement n'étaient que trop justifiés. 

D'après ce qui précède, il paraît bien établi : 1° que le patriarche 
a exigé beaucoup d'argent du peuple; 2° que des ignorants même 
se sont vu pourvoir de postes importants ; 3° que la situation à 
l'époque du patriarche n'était pas brillante. Le patriarche lui-même 
nous apprend que le gouvernement lui demandait beaucoup d'ar- 
gent. R. Juda va jusqu'à implorer son adversaire Resch Lakisch : 
«Prie pour moi, car ce mauvais gouvernement exige trop de moi 3 .» 
Le patriarche n'a donc nullement eu en vue ses intérêts, il était 
préoccupé seulement de remplir un devoir difficile, et de pouvoir 
satisfaire les insatiables fonctionnaires romains. Il est possible 
aussi que, sous l'empire de la dure nécessité, il ait, dans l'octroi 
des places, plus tenu compte de la situation matérielle qu'il n'eût 
fait en temps normal. A l'oppression gouvernementale s'ajouta 
encore une famine, qui accrut la misère et redoubla les soucis. 

1. Cf. Yalkout Hosée d'après DeuLér. rabba, § 517 : n©3>72 ÏTW3 '"1 "lEN 

"inutt by noins hneei rrb? "pmb b-npb ^jbm imb:: aaaa© nriN dind 
b-npb pnb ^bm ib© v^P^P 33 ^ ^ nN a^a nwyn ïroha 'i "iïïni 
ib© rrvon hy nnaatm rrôy. 

2. Au même endroit R. Simlaï dit : 13^3 ,n"3> "ODa dmai ^©""SE Û"0" n *ïn 

fiom bmn sb .mana mba Kim nina rnbn éô toirn aw 

3313 N"im a 12 an fcO »bï*tt. Voir encore les mêmes reproches au nom de 
R. Yohanan, Koh. r., s. y., 15 tf ^rilaSV Voici le passage : pD73H ri7ûam 

pT ht NbN nmrï ïmiTa pD?a rmn© y"-\ b© in^art "Oi prm ")"« rrnTa 

npn n b ,d^:d T | D73 an m d^d n^n n b ©mm a©v ain© 

mb73 Nim n-yaia mbn Nb ,nplb Nim imÏÏ. Voir encore Rulh 
rabba, s. v. : D^lûDI©" E31D© ^Tms VPI. Là il faut noter une autre série de 
griefs : tfD©ïï nan n b ©mm a©v pT 1153 mm: ^1T3 Nin© ""73 
nm© npn «b ,d^d maa aim d*»3d tdp «b ^s©» rtatt aim 
ûms nsjM Nim "payn «b o i rm nattbs b D ,imo npib anm. 

3. Gènes, rabba, 78. 



L'OPPOSITION CONTRE LE PATRIARCHE R. JUDA II 6U 

«Au temps du patriarche, paraît-il ', régna la famine, et il fit ouvrir 
ses celliers. Tous les gens instruits furent admis, docteurs en 
Mischna, Halachot et Agadot, seul VAmhaarez fut exclu de ces 
bienfaits. » Nous avons même des informations sur un office de 
jeûne qui eut lieu à l'époque de notre patriarche, comme il était 
d'usage lors d'une mauvaise récolte ou d'une grande sécheresse. 
Les discours tenus en cette circonstance contiennent des allusions 
caractéristiques. Les orateurs étaient R. Abba bar Zébédée, 
R. Tanhoum ben Mai, et R. Josia 2 . Le premier prit son thème dans 
Lament., m, 38: Élevons nos cœurs vers nos mains, vers Dieu 
au ciel ! Lorsque le cœur de l'homme s'élève, il fait pénitence en 
lui-même. Que signifie: mettons nos cœurs dans nos mains? Nous 
mettons l'iniquité qui est dans nos cœurs dans nos mains, et alors 
seulement nous voulons les élever vers notre père au ciel ! Lorsque 
l'homme tient quelque chose d'impur dans ses mains, quand il se 
plongerait dans toutes les eaux, il ne peut redevenir pur, mais 
s'il écarte l'impureté, il sera purifié par un bain. 

R. Tanhoum monta en second à la tribune et dit : Alors les 
princes de Juda et le roi s'humilièrent et dirent: Dieu est juste 
(II Chron., xu, 6). Qu'est-il écrit plus loin? lorsque Dieu vit qu'ils 
s'étaient humiliés, la parole de Dieu se lit entendre. Je ne veux 
donc pas les détruire. Quand quelqu'un s'humilie dans la misère, 
Dieu l'exauce, à plus forte raison quand on s'humilie devant 
Dieu dans l'abondance ! Nous pouvons donc admettre que le 
patriarche, qui avait à sa disposition des greniers pleins, a assisté 
à la cérémonie et a courbé le front tranquillement sous la censure 
du premier orateur, qui contient des allusions à l'attitude hypo- 
crite de certains cercles peu éloignés du patriarche. 

Rien plus funestes furent les conséquences de la domination du 
patriarche. En admettant même, comme circonstance atténuante, 
l'oppression du gouvernement et la détresse générale, cependant 
ce scandale ne pouvait durer, des juges ignorants rendant la jus- 
tice au peuple, tenant des discours, jouissant d'honneurs et de 
privilèges destinés aux hommes pieux et aux savants. Il est certain 
que le droit d'ordination fut retiré à notre patriarche, sinon com- 
plètement, du moins dans une large mesure 3 . Que la chose soit 
arrivée sous le patriarche Gamliel IV, ou plus tard encore 
sous Juda III, c'est peu admissible 4 . Sous Juda III, le droit 

1. B. Batra, 8 a. 

2. j. Taanil, H, 1 ; Taanit, 16 a, 65 a; Midr. Echa, éd. Buber, p. 136. 

3. Graetz, Geschichte, t. IV, p. 287, n. 25. 

4. Jordan, Rabbi Yochanan bar Nappacha, p. 88. 

T. LX1V, n° 127. 5 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'ordination du patriarche était déjà très limité *. Au contraire, 
nous avons des preuves claires et irréfragables qu'encore du vivant 
de R. Yohanan s'accomplit une importante transformation de la 
condition des docteurs en général. En effet, précisément dans le 
cercle de R. Yohanan et de ses disciples, on s'occupait de la 
question de savoir qui avait le droit d'être considéré comme 
Talmid Hakham. de jouir, comme tel. des avantages attachés à ce 
rang, de participer aux honneurs qui lui étaient dus. Le fait môme 
qu'une pareille question fut discutée, même sans renseignements 
précis sur la situation nous avertit qu'il régnait quelque désordre : 
ou bien ceux qui avaient ce titre n'ont pas rempli dûment leur 
devoir, ou bien des indignes ont déshonoré le titre par leurs abus. 
En tout cas, seule la fâcheuse situation qui signale l'époque du 
patriarche a fait surgir cette question, de savoir qui l'on devait 
considérer comme Talmid Hakham 2 , puis, qui avait le droit, en 
qualité de Talmid Hakham, d'être investi dune fonction dans la 
Communauté 3 , de prendre certaines décisions \ et de prétendre à 
l'exonération des impôts 5 . 

Skotschau (Silésie), le 10 décembre 1911. 

A. Marmorstein. 



1. Cf. notre remarque, Revue, p. 290. 

2. j. Moed Katon, m, 7 : mabn rtniaia ^a n?:N rrpîn aan -Pttbn -inrN 

Nna 'n iriDTO ^sb "npo* baawe ba "pnv 'n aun inaN 'n rmri vin 
,3^1273 Nim im» ■pbswiaio bs ^an nrûiû?a -i»ab nr Nina ba b»w na 
abï* bia la^aa "ppai?^ a^aan '■•rabn ib«, cf. HouMn, Ma. 

3. Sabb., 114a : mis ^b«1ttH5 "Via^n b? OjHD imN ■pattniD ln " n îwa 
ïlba 'D733 ^mï ")73"lîO Dip^ baa nabn; cf. là-dessus Taanit, 10 6, qui, il est 
vrai, étant une baraïta, est d'une époque antérieure : VÎT TÎTP8 .D^VîT n"n ba 

ba "robn ^"la^rr ba» 03"id imafcb T&nia ba vît -nwbn i rirai 
nban '073a '^dk -ieiîo vn>rba nabn ~n~i imN "pb^iiaia ; au contraire, 

Kidd., 49 6 : N731T p "p^aiûl ^NT3> p "JI^Ma D^IttlN "pN ,V7obn 13 «TD 7a"3* 

'DTaa ">mT TaiNi nwba irus nai mp?a baa ims ■pbNiiDtzî ba «ba 

nbai. Dans le premier passage, la connaissance du traité de Kalla représente un 
degré d'érudition plus élevé ; dans le deuxième, c'est un signe d'érudition moyenne. 
Les tosafistes se sont déjà occupés de cette difficulté. 

4. Sabbat, Mi a. 

5. Ibid., et Yoma, 72 a. 



CATALOGUE DES ACTES 

DE 

JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 
(1213-1291) 

(suite *) 



ACTES DE PEDRO III (1276-1285). 

788. — Pedro III informe A. Taverner qu'il vient de rapporter le man- 
dement par lequel il lui a enjoint de faire crier défense, sous peine de 
corps et biens, de composer avec quelque Juif au sujet d'un contrat d 
prêt ; il lui mande donc de faire publier dans tous les lieux où a été faite 
la première criée qu'il est ordonné aux ofticiaux desdits lieux de veiller à 
ce que les Juifs reçoivent satisfaction relativement aux contrats de prêt; 
en outre, A Taverner ne devra pas s'ingérer dans l'enquête que le roi a 
fait ouvrir contre les Juifs usuriers. — Au siège de Balaguer, 22 juin 1280. 

Reg. 48, f<> 48. 

789. — Pedro III, informé par les Juifs d'Egea que les justice, jurés et 
conseil de cette ville les poussaient à contribuer à des collectes ou com- 
munes imposées sur les montagnes, forêts et autres fonds, mande à ces 
fonctionnaires de ne pas contraindre lesdits Juifs au paiement de collectes, 
puisque cette catégorie de sujets est déjà astreinte au paiement d'un 
tribut annuel. — Même date. 

Reg. 48, f° 51. 
Voyez Revue, t. LX, p. 161, t. LXI, p. i, t. LXlI,p. 38 et t. LX11I, p. 245. 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

790 - Pedro III mande de contraindre énergiquement les Juifs de 
L'aljama de Daroca à s'acquitter de la contribution qui leur incombe sur 
le subside que les Juifs du royaume ont accordé au roi sur la demande 
qu'il leur en a faite. — Au siège de Balaguer, 23 juin 1280. 

Semblable mandement aux aljamas de Galatayud, Téruel, Borja, Sara- 
gosse, Tarazona, Alagôn, Barbastro, Huesca. 

Reg. 48, f° 57 v°. 

791. — Pedro III accorde sa rémission aux aljamas de Barcelone, 
Girone, Tarragone, Lérida, ïortose et à tous les autres Juifs de Catalogne 
passibles de poursuites pour usure ; il approuve les dettes qui leur restent 
dues à ce jour et leur donne quittance de 300.000 sous barcelonais de 
tern, ainsi que de 200.000 sous de Jaca. — Au siège de Balaguer, 24 juin 1280. 

Semblables lettres de rémission aux aljamas juives de Saragosse, Huesca, 
Taragona, Galatayud et autres juiveries d'Aragon ; aux aljamas de Valence, 
Jâtiva et autres juiveries du royaume de Valence. 

Reg. 44, f°* 183 v°-184. 

792. — Mention d'une lettre écrite à l'évêque de Barcelone, lui enjoi- 
gnant de restituer à Domingo P. une Sarrasine qui vient de recevoir le 
baptême dans la cathédrale de Barcelone, puisque ledit Domingo a juré 
avoir acheté ladite Sarrasine, qu'il a remise en gage au Juif Mossion, 
lequel, à son tour, l'a engagée à Lopello. — Même date. 

Reg. 48, f° 50 v°. 

793. — Pedro III mande au justice de Alcanizo de payer à Jucef Alma- 
lim et à sa femme, à Vidal Especero, Juif de Monzôn, et à Mosquet Mar- 
dofay, Juif de Valence, 100 morabotins qu'il leur devait pour certaine 
peine encourue. — Même date. 

Reg. 48, f° 53 v°. 

794. — Pedro III mande à tous ses officiants de contraindre les Juifs 
de Monzôn qui ont quitté, il y a quatre mois, cette ville pour aller faire 
résidence ailleurs à payer leur quote-part de la contribution imposée par 
le roi à la juiverie de Monzôn. — Même date. 

Reg. 48, 1° 54. 

795. — Pedro III mande à Muça de Portella d'indemniser, sur les biens 
de Jimeno Amigo, Navarro, Juif de Soria, de toutes les dépenses qu'a 
dû engager ce dernier pour recouvrer l'huile et le bétail qu'il avait dû 
fournir, sans y être tenu, audit Jimeno. — Même date. 

Reg. 48, f° 57. 

796. — Pedro III mande à Garcia Garces qu'il lui confie le règlement 
du procès survenu entre les Juifs Alaçar et Salamon, fils d'Alazar Alfa- 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO 111 ET ALFONSO 111 69 

«I tiim , et les fils de Jahtida de la Cavaleria au sujet de certaines livres de 
viande que lesdits Alazar et Salomon prétendent avoir le droit de perce- 
voir sur le macel de Saragosse. — Au siège de Balaguer, 25 juin 1280. 
Reg. 48, f° 57. 

797. — Pedro III rappelle à l'évèque de Saragosse qu'il lui a déjà 
demandé de ne pas empêcher les Juifs de Tauste de construire une syna- 
gogue. — Même date. 

Reg. 48, f° 57 v. 

798. — Pedro III mande à Bartholomé Thomas d'user de contrainte à 
l'égard des Juifs, s'il lui arrive de les trouver en faute. — Au siège de Bala- 
guer, 26 juin 1280. 

Reg. 48, f° 60. 

799. — Pedro III informe Jucef Ravaya que noble R. de Moncada lui a 
exposé que les Juifs de Fraga ne doivent pas être poussés à contribuer au 
subside que les Juifs se sont imposé à la requête du roi, et cela en vertu 
d'un privilège concédé par Jaime I er , privilège que ledit noble a promis 
de produire dans la huitaine ; le roi mande donc à Jucef Ravaya de 
surseoir à toute poursuite pendant huit jours. — Au siège de Balaguer, 

29 juin 1280. 

Reg. 48, fo 63 v°. 

800. — Pedro III a appris de son fidèle Alfaquim et scribe mage 
pour l'arabe, Samuel, fils d'Abraffim Abinnaxim, que les Juifs de Valence 
le poussaient à contribuer aux tailles et collectes de leur communauté; 
les Juifs de Valence devraient savoir pourtant que les fonctionnaires 
royaux qui vivent continuellement au service du roi ne sont pas assu- 
jettis aux impôts de ce genre, bien plus, qu'ils en sont totalement affran- 
chis; le roi mande donc à ses fidèles de l'aljama des Juifs de Valence, 
d'abandonner toute contrainte vis-à-vis de Samuel. — Au siège de Balaguer, 

30 juin 1280. 

Reg. 48, f° 65. 

801. — Pedro III mande à Martin Romero, justice de Calatayud, de 
contraindre les débiteurs et leurs répondants à payer leurs dettes aux 
Juifs de Calatayud; et, comme il a appris que ces débiteurs se dérobent à 
leurs engagements en invoquant des actes de prorogation d'échéance, il 
recommande à Martin de ne pas s'arrêter à ces explications, à moins 
quelles ne se justifient par le for d'Aragon. — Au siège de Balaguer, 
1 er juillet 1280. 

Reg. 48, f° G6 v°. 

802. — Pedro III mande au même de pousser les Juifs de Ariza et Ricla 



70 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à s'acquitter de leur quote-part du subside accordé au roi, sur sa demande, 
par les Juifs de Galatayud. — Même date. 

Reg. 48, f° 66 v°. 

803. — Pedro III mande à tous ses offieiaux et sujets de pousser les 
Juifs de Solsona, Cardona, Borja, Vich, Manresa, Granollers à contribuer 
au subside qu'il est en train d'exiger des Juifs de Barcelone, selon ce qui 
lui a été dit par les secrétaires du call judaïque de cette dernière ville ; 
il sera procédé aussi par contrainte à l'égard des Juifs des localités ci- 
dessus pour le recouvrement des quêtes, tributs et autres collectes que 
doivent payer les Juifs de Barcelone. — Au siège de Balaguer, 2 juillet 1280. 

Reg. 48, f° 67 v°. 

804. — Pedro III a appris que le grand-maître de la milice du Temple 
des parties d'outre-mer infligeait souvent des prises aux Juifs de ses Etats 
en raison des dépôts effectués entre les mains de Içach Cap, Juif de Bar- 
celone, par des chrétiens et des Juifs de Accho (Saint-Jean d'Acre?); ces 
prises ne sauraient se justifier, puisqu'il y a longtemps que ledit Içach n'a 
pas séjourné, par crainte des créanciers, dans les Etats de la couronne 
d'Aragon ; dès que ledit Içach mettra le pied sur sa terre, le roi fera faire 
justice aux plaignants ; en attendant, il prie le grand-maître de suspendre 
ses saisies. — Même date. 

Semblable lettre au maître de l'Hôpital, aux consuls de Pise et de 
Venise, au lieutenant du roi de Chypre. 

Reg. 48, f° 67 v°. 

805. — Pedro III concède aux Juilfs de Monzôn les mêmes lettres de 
rémission qu'aux Juifs de Barcelone, Girone, etc.. (cf. n° 791). — Au siège 
de Balaguer, 4 juillet 1280. 

Reg. 44, f° 184. 

806 — Pedro III mande à son cher Simon de Gironella, lieutenant de 
la viguerie de Tarragone, d'obliger Romero de Castellet à prendre l'enga- 
gement entre les mains dudit lieutenant de faire complément de justice 
au Juif Moçe Escandaram sur toutes les requêtes introduites par ce der- 
nier en raison des prises dont il a été victime de la part d'un navire armé 
appartenant audit Homero ; Simon de Gironella devra s'abstenir d'infliger 
des prises par représailles aux habitants de Tortose; s'il s'en est déjà pro- 
duit, qu'il contraigne les détenteurs à les restituer. — Au siège de Balaguer, 
8 juillet 1280. 

Reg. 48, f° 74 v°. 

807. — Pedro III notifie à tous ses fidèles, baptisés et Sarrasins, rési- 
dant dans le royaume de Valence, en deçà de la rivière de Juchar, la 
nomination de Vives Abenvives, Juif royal de Valence, comme gardien de 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME l or , PEDKO 111 ET ALFONSO III 71 

L'œuvre royale de cette ville; il leur mande en même temps d'obéir à 
toutes les réquisitions que ledit Vives pourra leur adresser en raison de 
ladite entreprise et de lui offrir leur aide et leur conseil. — Au siège de 
Balaguer, 10 juillet 1280. 
Reg. 48, f° 67. 

808. — Pedro III a appris que la cour de Lé rida vient de condamner à 
une saisie Bn. Darquers, leudier royal à Vinaixa, pour le punir des prises 
qu'il a infligées à quelques Juifs de Lérida de passage à Vinaixa; il lui 
mande donc de comparaître par devant lui pour faire complément de jus- 
tice. — Même date. 

Reg. 48, f° 67. 

809. — Pedro III a appris que P. de Moncada, maître de la milice du 
Temple en Aragon et Catalogne, fait exiger certaine sommes des Juifs de 
Tortose pour la « cena » que la reine a reçue à Tortose, en invoquant 
l'obligation où se trouveraient lesdits Juifs de contribuer au paiement de 
ladite cena; mais comme la reine n'a rien demandé aux Juifs pour la 
cena, le roi prie le maître de la milice de renoncer à toute contrainte 
a l'égard desdits Juifs et de leurs biens. — Lérida, 15 juillet 1280. 

Semblable lettre à R. de Moncada. 
Reg. 48, f° 80 v°. 

810. — Pedro III a prié par lettre le roi de Castille de faire restituer à 
Abraffim Abingalel, Juif royal de Valence, les marebandises et autres 
objets que des pirates castillans ont volés à Abraffim au retour d'une mis- 
sion que Pedro III lui avait confiée par devers le roi de Grenade; mais le 
roi de Castille a répondu par une fin de non-recevoir ; Pedro III donne 
donc licence à Abraffim de saisir les biens des sujets du roi de Castille, à 
l'exception, toutefois, des marchands de Castille qui viennent vendre 
leurs ballots à Valence ; si les lettres de marque s'appliquaient à ces mar- 
chands, les revenus royaux de la table du poids de Valence en seraient 
considérablement amoindris ; ledit Abraffim devra s'engager à placer les 
prises qu'il fera sous le séquestre des fonctionnaires royaux durant un 
mois ; dans cet intervalle, les marchands castillans seront requis de don- 
ner satisfaction audit Abraffim pour les objets volés et les dommages 
subis; si à l'expiration de ce délai, Abraffim n'est pas indemnisé de ses 
pertes, les officiaux procéderont à la vente des prises jusqu'à concur- 
rence desdites pertes ; le reliquat sera rendu aux Castillans. — Même date. 

Reg. 48, f° 83 v°. — Publ. : Pièces justificatives, n° XII. 

811. — Pedro III mande au baile de Saragosse, sur la plainte de deux 
Juifs de cette ville, que le baile a fait appréhender pour dettes au mépris 
du droit et du for d'Aragon, de se conformer aux prescriptions du for et 
du droit. — Même date. 

Reg. 48, f° 84. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

812. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs de Calatayud d'observer 
rigoureusement la teneur des lettres que le baile royal Jucef Ravaya leur 
a envoyées au sujet du paiement de la peite qui leur incombe à eux et à 
l'aljama des Juifs de Daroca et relativement à la répartition qui doit en 
être faite entre les deux aljamas. — Lérida, 17 juillet 1280. 

Res. 48, f° 87. 

813. — Pedro III a appris que Abrafim Alinali, Juif de Saragosse, a été 
appréhendé et que, par suite, il ne peut vaquer commodément à ses 
affaires ; il mande donc au baile de Saragosse et à l'aljama des Juifs de ne 
pas soumettre ledit Abrahim au serment, au parjure ou à l'attestation des 
biens au sujet de la perception des tailles, quêtes, peites, pourvu que 
ledit Abrahim fasse sous serment la déclaration de ses biens. — Même date. 

Reg. 48, f° 88. 

814. — Pedro III se plaint à R. de Moncada, seigneur de Fraga, de ne 
rien recevoir de la part des Juifs de Fraga en raison de l'amende que le 
roi leur a infligée pour pratiques usuraires. — Lérida, 8 juillet 1280. 

Reg. 48, f° 95 v°. 

815. — Pedro III notifie à son juge Jimeno P. de Salanova qu'il a 
mandé à tous ses officiaux de contraindre les débiteurs des Juifs à rem- 
bourser le capital au terme fixé par le contrat de prêt et à acquitter l'in- 
térêt au taux légal; mais, comme il n'est pas certain que ses officiaux 
aient reçu son mandement, le roi ordonne à son juge de leur signifier sa 
volonté; qu'ils n'exigent pas, cependant, d'intérêt rétroactif pour d'an- 
ciennes dettes. — Lérida, 20 juillet 1280. 

Reg. 48, f° 93. 

816. — Pedro III a appris de la bouche de son fidèle baile Jucef Ravaya, 
que les Juifs de l'aljama de Saragosse ne sont pas d'accord sur la réparti- 
tion à faire entre eux du subside réclamé par le roi aux Juifs de toute sa 
terre ; il mande aux Juifs de ladite aljama de prélever sur les trois pre- 
mières collectes, dont le produit est enfermé dans trois coffres (archis) 
différents, autant de fois 15 deniers qu'il y a de tètes (cabessas) dans la 
communauté et autant de fois 15 deniers qu'il y a de maisons; les futures 
collectes devront se payer par sou et par livre. — Lérida, 21 juillet 1280. 

Reg. 48, f° 94. 

817. — Pedro III, informé par les Juifs de Montclûs qu'il était de son 
intérêt et du leur de confier la garde du château de Montclûs à Garssias de 
Pisa, avec lequel il ont déjà convenu des dépenses à faire pour la garde 
dudit château, mande à ses fidèles sujets de Montclûs de remettre le châ- 
teau audit Garssias pour qu'il le garde au nom du roi. — Même date. 

Reg. 48, f° 94. 



CATALOGUE DES ACTES DE MIME I or , PEDRO III ET ALFONSO III 73 

818. — Pedro III mande à Domingo P. de pousser tous les Juifs et Sar- 
rasins d'Alagôn à contribuer avec les chrétiens de la ville, pour le quart 
qui leur revient, aux dépenses de Pons d'Alagôn ; s'ils croient avoir 
des raisons d'en disposer autrement, qu'ils soumettent le cas au justice 
d'Alagôn. - Montblanch, 24 juillet 1280. 

Reg. 48, i'° 96 v°. 

819. — Pedro donne pouvoir perpétuel à tous les Juifs d'Aragon 
d'acheter, vendre et barater avec chrétiens et Sarrasins le blé, le froment, 
L'huile et autres denrées pesables ou mesurables, les étoffes, le bétail et 
autres marchandises, au comptant ou à terme, l'intérêt exigible ne dépas- 
sant pas 4 deniers pour livre. — Tarragone, 28 juillet 1280. 

Semblables concessions aux Juifs de Catalogne et à ceux du royaume 
de Valence. 

Reg. 44, f° 187 v°. 

820. — Pedro III mande à ses fidèles Juifs de l'aljama de Girone de se 
conformer, pour le paiement du subside exigé de tous les Juifs du 
royaume, aux prescriptions écrites que leur a notifiées Jucef Ravaya; Beren- 
guero Bonet, de la maison royale, porteur des présentes, reçoit l'ordre 
d'employer la contrainte à l'égard des Juifs récalcitrants. — Même date. 

Reg. 48. f° 100. 

821.— Pedro III mande à ses fidèles prud'hommes de Valls et de Santa 
Maria de Pla [de Cabra] de faire une déclaration de leurs biens à Ferrer 
de Soler, de Valls et à Abraham Cap, Juif de Tarragone, en vue du 
recouvrement du bovage, conformément aux prescriptions transmises par 
son fidèle Mosse Ravaya. — Tarragone, 30 juillet 1280. 
Reg. 48, f° 104. 

822. — Pedro III mande à ses fidèles de la cour et au baile de Villafranca 
de veiller à ce que les Juifs de cette ville continuent à jouir des privilèges 
concédés par Jaime I er en raison de leur cimetière, et de faire publier 
défense à quiconque, sous peine de privation de sépulture, de jeter des 
immondices dans ledit cimetière ou de faire subir quelque outrage aux 
Juifs. — Même date. 

Reg. 48, f° 107. 

823. — Pedro III donne licence à chaque aljama juive de Catalogne de 
choisir tous les ans de deux à sept prud'hommes, qui seront chargés de 
régler les différends entre un Juif et un autre Juif ou entre chrétiens deman- 
deurs et Juifs défendeurs, avec le droit de corriger, condamner et punir 
Juifs et Juives de l'aljaina et des lieux y rattachés, ainsi que les « voisins » 
ou étrangers, pour coups, injures, insultes, et autres méfaits ou délits, en 
un mot pour tout ce qui leur paraîtra tomber sous le coup de la loi 



74 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hébraïque; avec le droit d'arrêter, emprisonner ou exiler, de publier des 
statuts, prohibitions, ordonnances sur les faits et gestes de leurs 
justiciables, de lancer des défenses, interdits et excommunications (vetiia 
et alatmas et nitcluy) ; de plus, les aljamas du royaume pourront tenir 
conseil et délibérer entre elles; toutefois, les Juifs arrêtés par les 
prud'hommes devront être remis aux bailes royaux, qui, après s'être infor- 
més des peines civiles ou criminelles infligées parles prud'hommes, seront 
tenus de les mettre à exécution incontinent, sans rien y changer ; ce droit 
concédé aux prud'hommes juifs n'abroge pas le droit reconnu aux bailes 
de procéder au civil et au criminel contre les sujets juifs. — Tarragone, 
31 juillet 1280. 

Reg. 44, f 08 187 v° — 188. 

824. — Pedro III, — vu le privilège de .(aime I er concédé aux Juifs de 
Barcelone et Catalogne et portant que dans les procès intentés par les 
chrétiens aux Juifs il ne pourra être prononcé de sentence contre ces 
derniers, tant au civil que sur le fait de dettes, si la preuve ne ressort du 
double témoignage d'un Juif et d'un chrétien, — concède à tous les 
Juifs de Catalogne que ce double témoignage doit être exigé pour les 
causes civiles relatives à des contrats ou à des dettes usuraires ; mais pour 
ce qui est des causes criminelles, si ce double témoignage ne se produit 
pas, les témoignages provenant tous de dépositions chrétiennes, l'affaire 
sera renvoyée au roi, qui s'en occupera personnellement. — Même date. 

Reg. 44, f° 188. 

825. — Pedro III, ayant appris que plusieurs débiteurs, dans le dessein 
d'échapper à l'action de leurs créanciers, se font donner l'emblème des 
croisés comme s'ils étaient disposés à passer la mer, mande à ses fonc- 
tionnaires d'obliger les pseudo-croisés à promettre sous caution de payer 
leurs dettes aux Juifs s'ils ne prennent le départ pour la croisade dans le 
délai d'un an. — Même date. 

Reg. 44, f° 188 v°. 

826. — Pedro III donne licence à tous les Juifs de Catalogne, à 
rencontre du statut de Jaime I er portant défense aux Juifs d'exiger 
l'intérêt de l'intérêt, de refaire les titres de créance et de confondre 
l'intérêt avec le capital si, aux échéances convenues, les débiteurs 
désirent renouveler le contrat d'emprunt. — Même date. 

Reg. 44, f° 188 v°. 

827. — Pedro III donne licence aux mêmes, à rencontre du statut de 
Jaime I er défendant aux Juifs de continuer à faire produire un capital qui 
a doublé par suite de l'accumulation de l'intérêt, de recueillir l'intérêt 
pendant les six mois qui suivront la date à laquelle l'intérêt sera devenu 
égal au capital, dans le cas seulement où le créancier juif ne pourra 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEUKO 111 ET ALFONSO 111 715 

recouyrer sa créance, môme après avoir porto plainte à la justice 
royale. — Même date. 

Reg. 14, f° ISS v°. 

828. — Pedro III mande à Martin Komero de Vera, justice de Galatayud, 
de pousser tous les Juifs francs de la ville et de la. collecte de Galatayud 
à contribuer avec les Juifs non francs au paiement de la composition 
intervenue entre le roi et les communautés juives pour faits d'usures. — 
Huesca, 12 août 1280. 

Semblable mandement pour tous les Juifs du royaume de Valence. 

Reg. 48, f° 116. 

829. — Pedro III a mandé àl'aljama des Juifs de Saragosse de choisir 
trois prud'hommes qui seront chargés du règlement desaffaires communes; 
comme les trois personnes choisies refusent de remplir ces fonctions, le roi 
enjoint à son bailc de Saragosse ou à son lieutenant de contraindre les trois 
prud'hommes nommés à ouïr et régler les affaires de la communauté. — 
Même date. 

Reg. 48, fo 117. 

830. — Pedro III mande à Bartolomé Thomas, baile de Saragosse, ou 
à son lieutenant de faire observer les règlements royaux sur la manière 
dont les Juifs de Saragosse doivent contribuer aux collectes de leur- 
communauté, de sorte qu'aucun Juif ne soit poussé à verser une 
contribution supérieure à celle qui a été fixée par la lettre royale, 
nonobstant quelque peine ou alatma ; mais si quelque Juif veut payer 
une contribution supérieure, il peut le faire {sic). — Même date. 

Reg. 48, f° 117 v°. 

831. — Pedro III a appris que les Juifs de Saragosse sont en désaccord 
au sujet des dépenses de la communauté, quelques-uns se remboursant 
des frais qu'ils ont supportés dans les affaires communes sur le trésor 
de la communauté et ne permettant pas à d'autres de les imiter sur ce 
point; il mande a ses fidèles adélantades et à Taljama des Juifs de Sara- 
gosse de veiller à ce que tous les membres qui supportent des frais dans 
l'intérêt de la communauté soient rembourses au même titre. — Même date. 

Reg. 48, f° 119. 

832. — Pedro III mande à son baile de Saragosse de ne pas grever au 
mépris du for et du droit l'aljama des Juifs de Saragosse, si elle se déclare 
prête à faire aux plaignants complément de justice. — Même date. 

Reg. i8, f° 119. 

833. — Pedro III mande à nouveau au même de contraindre les trois 
prud'hommes juifs de Saragosse nommés parleurs coreligionnaires pour 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ouïr les affaires communes d'accepter la mission que la communauté 
leur a confiée. — Même date. 

Reg. 48, f° 119 v°. 

834. — Pedro III mande à toutes les aljamas juives du royaume de 
Valence de se conformer aux ordonnances et règlements que P. de 
Libiano, justice de Valence, a promulgués à leur égard. — Huesca, 
13 août 1280. 

Reg. 48, f° 119. 

835. — Pedro III mande à Bartolomé Thomas, baile de Saragosse, de 
restituer ce qu'il peut avoir saisi aux Juifs de Saragosse, en vertu du 
mandement royal relatif aux remboursements des frais supportés dans 
l'intérêt de la communauté [cf. n° 831]. — Même date. 

Reg. 48, f» 119. 

836. — Pedro III a appris que ses fidèles officiaux et l'aljama des Juifs 
de Valence, en exécution du mandement royal obligeant les Juifs francs 
à contribuer au paiement delà composition, poussent son fidèle Alfaquim 
(interprète) Samuel à payer sa quote-part de cette contribution, bien 
qu'il leur ait déjà fait savoir qu'un sujet employé au service du roi ne 
saurait être astreint à contribuer aux collectes, tailles et autres exactions ; 
le roi mande à ses fonctionnaires et aux Juifs de Valence de ne rien 
exiger de son interprète Samuel. — Huesca, 15 août 1280. 

Reg. 48, f° 119 v°. 

837. — Pedro III mande à ses officiaux de contraindre ceux de leurs 
justiciables qui ont souscrit des engagements, à titre de débiteurs ou de 
répondants, à l'égard du Juif Jesues, Alfaquim de Fraga, à s'en acquitter 
ou à lui faire complément de justice ; ils devront veiller, en outre, à ce 
que ledit Juif ne subisse aucun dommage dans sa personne, dans ses 
biens et ses créances. — Même date. 

Reg. 48, f° 120 v°. 

838. — Pedro III mande à son cher Garcia Garces, çalmédine de Sara- 
gosse, de ne pas permettre que Miguel de la Figuera, débiteur de quelques 
Juifs de Saragosse, soit contraint à solder ses dettes à raison d'un intérêt 
supérieur au taux légal. — Même date. 

Reg. 48, f--» 128 v°. 

839. — Pedro III adresse un mandement analogue au baile de Cetina 
ou à son lieutenant en faveur de Claveria, veuve de P. de Vives, débitrice 
de Jucef Galuz, Juif de Saragosse, et de David Çutor de Çuera. — Huesca, 
16 août 1280. 

Reg. 48, f° 125. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDRO 111 ET ALFONSO III 77 

840. — Pedro III a appris que l'aljama des Juifs d'Alagôn prétend 
soumettre les Juifs de Saragosse, possesseurs d'immeubles dans le 
territoire d'Alagôn, à contribuer avec elle à la composition royale en 
raison de ces immeubles; le roi a été informé, d'autre part, que Jucef 
Havaya a pris une décision contraire à celle de l'aljama; il mande donc 
à cette dernière de renoncer à toute réclamation vis-à-vis des Juifs de 
Saragosse, possesseurs de biens dans le territoire d'Alagôn — Même 
date. 

Reg. 48, f° 126. 

841. — Pedro III, ayant appris que Mosse, fils de Salamon El Gostanli, 
et Maïr fils d'Alazar, Juifs de Saragosse, ont blessé leur coreligionnaire et 
concitoyen Genton Asmel, à qui ils reprochaient d'avoir donné conseil 
au baile local sur sa demande, mande à Bartolomé Thomas, baile de 
Saragosse, de procéder contre les coupables comme de droit. — Tarazona, 
26 août 1280. 

Reg. 48, f° 134. 

842. — Pedro III mande à tousses fonctionnaires et sujets de n'infliger 
aucun dommage à Mosse, fils d'en Belido, Juif de Tarazona, qu'il fait 
venir par devers lui, sous son guidage et sauvegarde, pour l'interroger 
sur l'arrestation de Junez, Juif de Tudela. — Tarazona, 31 août 1280. 

Reg. 48, f° 138 v°. 

843. — Pedro III mande au justice de Tarazona de restituer à Junez, 
Juif de Tudela, l'acte d'engagement sous caution de comparaître en 
justice, souscrit par ledit Juif à l'égard du roi ; il lui mande aussi de 
rendre aux répondants dudit Junez les sommes qu'ils ont versées. — 
Borja, 2 septembre 1280. 

Reg. 48, f° 140 v°. 

844. — Pedro III mande à Mateo de Narbona, baile de Huesca, de 
contraindre tous les Juifs de l'aljama de cette ville à payer par sou et par 
livre, nonobstant cote ou alatma en sens contraire, leur quote-part de 
la composition royale — Huesca, 8 septembre 1280. 

Reg. 48, f° 143. 

845. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs de Tortose que les Juifs 
d'Alcanizo taxés à 1.600 sous de Jaca pour leur part de la composition, 
doivent contribuer avec ladite aljama et selon ses règlements ; il enjoint 
aussi à tous les Juifs possesseurs d'immeubles dans le territoire d'Alcanizo 
de contribuer avec les Juifs de ce lieu en raison des biens qu'ils y 
possèdent. — Même date. 

Reg. 48, f° 143 v°. 



7-8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

846. — Pedro III mande à ses baile et justice de Barbastro de ne pas 
contraindre Maffumet de Morge, Muça de Luciria, Mafumet de Gora, 
Abdellan El Borro, Çalema de la Madeira, Salamon de Becar, Çalamam 
del Poblidor, Maffumet Salier, Juçef de Açara, Maffumet fils d'Azner et 
Maffumet fils de Mofforeg, Sarrasins du château de Cillas, à payer les 
intérêts à leurs créanciers juifs de Barbastro jusqu'à la fête de N.-D. 
d'août, à la condition, toutefois, que lesdits Sarrasins prennent l'engage- 
ment de les acquitter à cette date ; le roi fait cette concession aux dits 
Sarrasins en raison de leur pauvreté et de l'impossibilité où ils se trouvent 
de payer les intérêts de Tannée révolue. — Huesca, 12 septembre 1280. 

Reg. 48, f° 150. 

847. — Pedro III mande à Juân Gili Tarino d'instruire le procès des 
trois Juifs inculpés d'avoir abandonné la loi hébraïque pour se soumettre 
à la loi sarrasine. — Daroca, 26 septembre 1280. 

Reg. 48, f° 159. 

848. — Pedro III mande à Garcia Garces, çalmédine de Saragosse, de 
se tenir prêt à faire exécuter la sentence qui sera rendue par Juân Gili 
Tarino. — Même date. 

Reg. 48, f° 159. 

849. — Pedro III notifie à Pedro Esteve, de la cour de Lérida, en 
l'invitant à s'y conformer, la lettre par laquelle son fidèle Alberto de 
Lavaynia l'informe qu'il ne permettra pas, avant le règlement delà cause 
que le roi lui a confiée, qu'il soit usé de contrainte à l'égard des Juifs de 
l'aljama de Lérida alors en procès avec le chapelain de San Andrés de 
Lérida. — Même date. 

Reg. 48, f° 159 v°. 

850. — Pedro III mande à P. de Libiano de remettre 8000 sous réaux, 
reçus ou à recevoir des adénantades des Juifs de Valence, à Vives, fils de 
Jucef Abenvives, pour être employés à la construction de l'œuvre royale 
de Valence. — Valence, 20 octobre 1280. 

Reg. 46, f° 50. 

851. — Pedro III, informé par les Juifs de Saragosse que le baile et le 
çalmédine du lieu n'observent pas les confirmations de privilèges qu'il 
leur a faites, mande à ces deux fonctionnaires de ne pas aller à rencontre 
de ces privilèges. — Téruel, 4 novembre 1280. 

Semblable mandement en faveur des Juifs de Valence. 

Reg. 48, f° 175. 

852. — Pedro III donne quittance à l'aljama des Juifs de Saragosse des 



catalogue des actes de jaime i", pedko ui et alfonso ni 79 

6.000 sous de Jaca qu'elle a payés sur son ordre an baile Jucef Havaya 
pour le tribut de l'exercice 1280-1281. - Téruel, 7 novembre 1280. 
Re&. 46, f° 50 v°. 

853. - Pedro III a appris que, après avoir condamna quelques débi- 
teurs de créanciers juifs de Galatayud à s'acquitter de leurs obligations 
à une date déterminée, Martin Roinero de Vera, justice de Galatayud. se 
refuse à user de contrainte à l'égard desdits débiteurs; il mande à ce fonc- 
tionnaire de faire exécuter lesdits débiteurs. — Valence, 17 novembre 1280. 

Reg. 48, f° 183 v°. 

854. — Pedro III mande à l'aljama des Juifs de Galatayud de se 
conformer pour les tailles et collectes de la communauté aux articles de 
leur tacane. — Même date. 

Reg. 48, f° 183 v°. 

855. — Pedro III fait donation, à titre de propriété, au Juif Issach de 
San Lorenzo, d'une maison, de quatre jovades de terre et de deux jardins. 
— Villafranca, 17 décembre 1280. 

Reg. 44, f° 194. 

856. — Pedro III mande à R. de Moncada, seigneur de Fraga, de ne pas 
pousser, au mépris des privilèges royaux à eux concédés, les Juifs de 
Tortose à se soumettre aux coutumes et à la « paicerie » de cette ville. — 
Villafranca, 18 décembre 1280. 

Semblable mandement aux paiciers et prud'hommes de Tortose, ainsi 
qu'au commandeur du Temple. 

Reg. 44, f° 194 v°. 

857. — Pedro III, informé que Issach Gap, Juif de Barcelone, appréhende- 
le séjour dans les Etats d'Aragon en raison de dépôts et de dettes 
souscrits à l'égard de plusieurs marchands des parties d'outre-mer, tout 
en se déclarant prêt à remplir ses engagements, autorise ledit Issach à 
séjourner dans sa terre en toute sécurité pendant l'espace de deux mois, 
et à solliciter un cautionnement de ses parents ou amis en vue de donner 
satisfaction à ses créanciers. — Même date. 

Reg. 49, f° 5 v°. 

858. — Pedro III mande au baile de Barcelone et à tous autres de 
veiller à la protection des aljamas juives de Villafranca et d'Alguaire. — 
Barcelone, 31 décembre 1280. 

Reg. 49, f 11 v°. 

859. — Pedro III mande à Gombaldo de Benavent, viguier de 
Barcelone, , et à Bernardo de Maturone, juriste de ladite ville, qu'il a 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

chargés de juger le procès pour injures entre Guillelmo Riambaldo de 
Crancia, demandeur, et Maymon de Furn, Juif de Barcelone, défendeur, 
de procéder contre ledit Maymon, conformément aux privilèges concédés 
aux Juifs de Barcelone par Jaime I er . — Barcelone, 13 février 1280/1. 
Reg. 49, f° 27. 

860. — Pedro 111 confie à H. de Tuila la connaissance du procès, d'abord 
soumis à lancien juge royal Ferrer de Manresa, qui s'est élevé au sujet 
de certaine somme entre Belzhom Levim, Juif de Besalù, et dame Ermes- 
senda de Palas. — Barcelone, 26 février 1280/1. 

Reg. 49, fo 40 v°. 

861. — Pedro III. informé que Mosse Alcostenti, baile de Valence, a été 
condamné par le justice royal d'Aragon à payer certaine somme à Jucef 
Avenbruc, Juif de Saragosse, mande audit baile de se soumettre à la 
sentence puisqu'il n'en a pas interjeté appel. — Saragosse, 11 mars 
1280/1. 

Reg. 49, f° 51. 

862. — Pedro III mande à Martin ttomero de Vera, justice de Cala- 
tayud, de connaître le différend survenu au sujet d'une portion de mai- 
sons entre Mosse, fils de feu Salomon Abenaphia, et Jucef, fils de Jahuda 
Abenaphia, Juifs de Galatayud. — Tarazona, 1 er avril 1281. 

Reg. 49, f° 70 v°. 

863. — Pedro 111 a appris que les jurés et le conseil de Cetina pous- 
sent Jacob Avinçapruch, Senxot Avinçaprut et certains autres Juifs de 
Galatayud qui possèdent des immeubles à Gétina à contribuer aux peites 
et autres exactions; or, lesdits Juifs peitent à Galatayud pour l'ensemble 
de leurs biens, paient le tribut royal et ne sont pas tenus d'aller à 
l'armée ; le roi mande donc aux jurés et conseil de Cetina de renoncer à 
leur contrainte. — Calatayud, 8 avril 1281. 

Reg. 49, f° 74. 

864. — Pedro III confirme en faveur de son alfaquim Mosse Aben- 
dahvit, fils de feu Abraham, le privilège concédé par son grand-père 
Pedro II à Salamon Abendahvit, aïeul de Mosse, relativement à la per- 
ception journalière de deux livres de viande de bélier sur la boucherie 
des Juifs de Saragosse, ainsi que la franchise concédée par Pedro II à 
Salamon et à certains de ses frères les exemptant eux et leur descendance 
de toute peite, « façendera 1 », prestation, leude, portage, usage et autres 
exactions royales. — Tarazona, 25 avril 1281. 

Reg. 44, f» 196. 
1. Façendera, espèce de service ou corvée (Du Gange, sub verbo). 



CATALOGUE DES ACTES DE JAÎME I fif , PEDRO ÎII ET ALEONSÔ III 81 

865. — Pedro III cite à comparaître par devant lui d'ici à la Saint- 
Jean-Baptiste Vidal d'en Bonseynor, lui enjoignant d'apporter toutes les 
chartes, tant en parchemin qu'en papier, qu'il a reçues du roi sur le fait 
des Juifs de Tortose. — Valence, 13 mai 1281. 

Reg. 49, f° 94. 

866. — Pedro III fait savoir au baile et au çalmédine de Hucsca que, 
si les adélantades des Juifs de cette ville les ont consultés sur le crime 
du Juif Assach Alcutavi, inculpé d'avoir déshonoré sa coreligionnaire 
Gemila et passible de ce fait de la torture et d'un châtiment que la loi 
hébraïque prescrit plus sévère que le for, lesdits baile et çalmédine sont 
tenus de faire exécuter les prescriptions de la loi hébraïque. — Alcira, 
1 er juin 1281. 

Reg. 49, f° 95. 

867. — Pedro III concède à P. Pons, notaire à Jaca, pour une durée 
de cinq ans, à partir de la Saint-Jean, la rédaction des actes des Juifs de 
sa résidence, à charge d'un tribut annuel de six morabotins d'or payable 
au baile du lieu. — 11 juin 1281. 

Reg. 45, f° 60 v°. 

868. — Pedro III a appris que les Juifs David et Vidal Astruch ont 
acheté à la « almoneta * » royale le monopole des actes de la cité et ban- 
lieue de Valence avec le concours de Gêner Enbaçâ et G. de Vernet, 
notaires de la cité de Valence ; il mande à ses justice et baile de Valence 
de contraindre lesdits notaires et leurs biens à rendre compte auxdits 
Juifs des sommes perçues pour la rédaction des actes publics en présence 
du notaire A. Astruch, de crainte que lesdits notaires ne frustrent leurs 
associés juifs. — Valence, 15 juin 1281. 

Reg. 50, f° 121 v°. 

869. — Pedro III mande à tous ses officiaux de ne pas contraindre 
P. Martell de Tarrega ou ses répondants à s'acquitter à l'égard de quelques 
Juifs, si ce n'est au taux de 4 deniers pour livre. — Jâtiva, 24 juin 1281. 

Reg. 49, f° 116. 

870. — Pedro III mande à son fidèle Bn. de Materone, juriste de Bar- 
celone, commis au règlement du procès qui s'est élevé sur le fait d'un 
moulin entre R. Aima, citoyen de Barcelone, et le Juif Saltel Astruch, 
de procéder en ladite affaire sans malices et atermoiements. — Lérida, 
4 août 1281. 

Reg. 50, f» 137 v°. 

871. — Pedro III mande à P. Esteve, justice de Lérida, de mettre à 

1. Almoneta, vente à l'encan (Du Gange, sub verbo). 

T. LXIV, no 127. ii 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

exécution la sentence rendue par F. de Manresa dans le procès entre 
Bartolomé Sabater, curé de San Andrés de Lérida, et l'aljama des Juifs de 
ladite ville. — Lérida, 9 août 1281. 
Reg. 50, f° 146. N 

872. — Pedro III a appris qu'on crée des difficultés à Mahir Çabarra, 
Juif royal de Ripoll, et à Bernardon de Gaçanova, fermiers pour le roi de 
la gabelle du sel ; il demande à ses officiaux et sujets de ne pas permettre 
qu'on entrave lesdits fermiers dans l'exercice de leurs fonctions et de 
leur prêter aide et conseil à toute réquisition. — Lérida, 10 août 1281. 

Reg. 50, f° 149 v°. 

873. — Pedro III mande à son fidèle G. Eimeric, juriste de Barcelone, 
de faire une enquête diligente et de lui en transmettre sous son sceau le 
résultat sur les injures, violences, attaques à coups de pierres qu'a subies, 
de nuit à Villafranca, Salomon d'en Abraham, Juif de Barcelone, maître 
en loi hébraïque, commis par le roi au jugement de certaines causes 
entre Juifs. — Lérida, 18 août 1281. 

Reg. 50, f° 169. 

874. — Pedro III mande à P. Esteve, de la cour de Lérida, de mettre 
à exécution la sentence définitive rendue par F. de Manresa, ancien juge 
royal, en faveur du curé de San Andrés de Lérida et contre l'aljama des 
Juifs de la même ville; l'aljama a bien interjeté appel au roi, mais le curé 
demande que le juge passe outre, l'appel n'ayant pas été formé dans le 
délai voulu. — [Lérida], 20 août 1281. 

Reg. 50, f° 162. 

875. — Pedro III a été supplié par Reina, femme de Samuel de Forn, 
Juif de Gervera, de contraindre son mari, qui cherche à proposer contre 
elle un libelle de répudiation et qu'elle accuse de dissiper ses biens, à 
lui assurer la valeur de sa dot et de son douaire pour laquelle elle 
assure, d'ailleurs, avoir pris hypothèque sur les biens de son mari; le roi 
mande au baile de Cervera de pousser ledit Samuel à restituer la dot et 
le douaire à sa femme et à pourvoir à son entretien, le tout conformé- 
ment aux prescriptions du droit hébraïque. — Lérida, 23 août 1281. 

Reg. 50, f° 168. 

876. — Pedro III, saisi de la plainte du Juif Içach Porta, qui déclare que 
Juan Pérez Çapata lui a extorqué injustement la rançon du poids pour le 
safran que ledit Içach Porta a acquis de diverses personnes, mais dont il 
n'a pas encore pris livraison, mande à Ramén Gili, chanoine de Vich, de 
confronter le plaignant avec le peseur et de connaître de leur différend. 
— Barcelone, 2 octobre 1281. 

Reg. 50, f° 182 v°. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO 111 ET ALFONSO 111 83 

877. — Pedro III mande à son fidèle Domingo Navarro, juge de Téruel, 
d'arrêter Juccf de Faro, ainsi que ses fils Samuel et Mosse, inculpés du 
meurtre de Samuel, fils de Jacob Avenrodric, Juif de Téruel, et de les 
tenir emprisonnés sous bonne garde jusqu'à nouvel ordre. — Barcelone, 
10 octobre 1281. 

Reg. 50, f° 176 v°. 

878. — Pedro III concède à Mosse, fils de Jacob Avenrodric, Juif de 
Téruel, les appartements qui se trouvent dans la tour du petit château 
de Téruel, au-dessus de la porte d'entrée, avec la faculté de tenir ladite 
tour « condirecte 1 » pour le service et la fidélité au roi, et d'ouvrer sur 
ladite tour tant qu'il voudra; il lui concède encore dans l'école s des Juifs 
de Téruel le terrain qui leur a été assigné pour ouvrir une porte dans 
l'école, laquelle porte n'a pas été ouverte ; cette double concession est 
faite à perpétuité moyennant 200 sous de Jaca. — Barcelone, 11 octobre 1281. 

Reg. 50, f° 176 v°. 

879. — Pedro III mande à ses officiaux de ne pas infliger de saisie ou 
de détention pour dette ou caution d'emprunt à Vidal Astruch, Juif de 
Solsona, fils de feu Maymon de Manresa, pourvu qu'il prenne l'engage- 
ment de faire aux demandeurs complément de justice. — Barcelone, 
18 octobre 1281. 

Reg. 50, f» 190. 

880. — Pedro III mande au çalmédine et aux autres officiaux de 
Saragosse de tenir la main à ce que les Sarrasins débiteurs de créan- 
ciers juifs acquittent les intérêts conformément aux clauses du contrat 
d'emprunt, selon la concession faite par Jaime I er , laquelle porte qu'entre 
Sarrasins et Juifs le taux de l'intérêt dépendra des conventions qu'ils 
pourront faire entre eux, nonobstant le mandement royal fixant le taux 
maximum de l'intérêt pour les Sarrasins à 4 deniers pour livre par mois. 
— Même date. 

Semblable mandement au justice et aux officiaux de Galatayud. 
Reg. 50, f" 193 v°. 

881. — Pedro III a été informé que Reina, fille de feu Vidal d'Espafia 
et femme de Samuel de Forn, habitant de Cervera, redoute avec ses amis 
que, si son mari, de sa propre autorité et sans motif valable, met à exé- 
cution contre elle sa menace de répudiation, il n'en résulte quelque 
dommage et injustice pour la requérante; il mande donc à son fidèle 
Samuel de Forn de ne procéder à la répudiation de sa femme qu'après 
avoir consulté Sulomon Abraham Adret et Bonjudas Salamô, Juifs de 
Barcelone. — Même date. 

Reg. 50, f° 193 v°. 

1. C'est-à-dire à titre de propriétaire direct, en toute propriété. 

2. École est ici synonyme de synagogue. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

882. — Pedro III à Martin Jimenez de Jassa, portier royal; le juge 
Jimeno Pérez de Salanova avait cité à comparaître par devant lui, sur 
Tordre du roi, les secrétaires et quelques autres Juifs de l'aljama de 
Girone pour recueillir leurs dépositions au (sujet de certaines affaires; il 
leur avait recommandé d'apporter en vue de la prestation de serment le 
livre des dix préceptes de la Loi; mais Belsom Efraym, Isaac Jafia, Vidal 
de Castellon, Bonet Avinay, secrétaires, et Mosse de Escola, David Brimel, 
Samas Escoboler avaient apporté un livre ne renfermant pas les dix pré- 
ceptes ; ce n'est que sur la réquisition du juge que lesdits Juifs s'étaient 
décidés à apporter le Décalogue ; le dessein desdits Juifs était apparem- 
ment de cacher la vérité ; le roi mande à Martin Jimenez de Jassa de 
contraindre lesdits Juifs à verser solidairement et proportionnellement à 
leurs facultés 500 morabotins d'or, ainsi que Isaac Jalïa, secrétaire, et 
Creschas Çator, s'il acquiert la conviction que ces deux Juifs faisaient 
partie de la délégation. — Barcelone, 19 octobre 1281. 

Reg. 50, f° 184 v°. 

883. — Pedro III avait commis M e A. de Invidia au jugement du procès 
intenté par Mosse Escandaran, Juif de Barcelone, contre Romeo de Gas- 
tellet, chevalier de Tortose, au sujet d'un vol dont avait été victime le 
père de Mosse ; ledit chevalier ayant été condamné par contumace, le roi 
avait donné licence à Mosse d'infliger des prises aux habitants de Tortose; 
mais dans la suite ledit Romeo a comparu par devant le roi, promettant 
sous caution idoine de faire droit à la requête de Mosse entre les mains 
du viguier, lequel a remis l'affaire à son assesseur Pedro de Selma, 
juriste de Barcelone ; le roi mande à Simon de Geronella, viguier de 
Villafranca, de terminer cette affaire, puisque la caution a été remise 
en son pouvoir, et nonobstant la première commission déléguée à 
M e Arnaldo de Invidia. — Même date. 

Reg. 50, f° 186 v°. 

884. — Pedro III mande au justice et aux autres officiaux de Calatayud 
de faire observer le privilège concédé par Jaime I er aux Juifs de cette ville 
au sujet des intérêts exigibles de leurs débiteurs sarrasins. — Barcelone, 
20 octobre 1281. 

Reg. 50, f" 187. 

885. — Pedro III commet ses fidèles adélantades des Juifs de Lérida 
au règlement du procès pendant entre Issach Franch, Juif de Lérida, d'une 
part, certains cousins et amis des fils dudit Issach, d'autre part, qui 
demandent qu'un tuteur ou curateur soit assigné aux fils pour l'adminis- 
tration de leurs biens; les parties devront être convoquées, quelque 
prud'homme consulté et l'affaire réglée selon l'assuna des Juifs. — Lérida, 
16 novembre 1281. 

Reg. 50, f 156 V. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 85 

886. — Pedro III cite à comparaître par devant lui dans la quinzaine 
les procureurs de l'aljama des Juifs de Saragosse, qui Font supplié, en 
invoquant les privilèges royaux concédés à leur communauté, de 
contraindre la femme de Bonaluna à payer sa quote-part des collectes 
faites entre Juifs. — Alcirâ, 6 décembre 1281. 

Reg. 50, f° 206. 

887. — Pedro III a appris que Garcia de Albero, débiteur de Suleyma 
de Jivi de Calatayud, pour la somme de mille morabotins d'or, avait 
vendu à certains citoyens de Valence ses possessions du terroir de Cor- 
beria en vue d'aller fixer sa résidence dans la terre de Castellôn ; il 
mande à P. de Libian, justice de Valence, et à Juân Panicer, juge de Cor- 
beria, de saisir les biens, meubles et immeubles dudit Garcia et de les 
retenir jusqu'à ce que justice soit rendu à Suleyma de Jivi. — Jâtiva, 
18 décembre 1281. 

Reg. 50, f° 211. 

888. — Pedro III mande à l'aljama et aux secrétaires des Juifs de Bar- 
celone de payer sans retard à Bn. de La Seca, portier royal, pour la contri- 
bution à la quête, 20.000 sous barcelonais destinés à l'expédition de 
Y armada royale. — Valence, 3 janvier 1281/2. 

Reg. 46, f» 59 et reg. 52, f° 20 v°. 

839 — Pedro III mande à ses fidèles de l'aljama des Juifs d'Egea de 
répondre chaque année pour le paiement du tribut à bonne dame la reine 
jusqu'à concurrence des 2.100 sous de Jaca que le baile Jucef Ravaya a 
assignés à la reine, en exécution des ordres du roi, sur le tribut des Juifs 
d'Egea. — Valence, 8 janvier 1281/2. 

Reg. 46, f° 61 v° et reg. 52, f° 21 v. 

890. — Pedro III donne quittance à tous les Juifs des villes et collecte 
de Barcelone, Tarragone et Villafranca, pour les tributs des années 
écoulées depuis le règne de feu Jaime I er , de la somme de 96.901 sous, 
6 deniers barcelonais, recueillie par Mosse Ravaya, décompte fait de diffé- 
rentes assignations soldées à feu Salamon de Prades et feu Astrug d'en 
Bonseynor. — Valence, 11 janvier 1281/2. 
Reg. 51, f° 25. 

891= — Pedro III mande à Jucef Ravaya d'acheter un cheval de 1.000 à 
1.600 sous réaux et de le remettre au Juif Leonet pour être conduit à 
noble Hugue de la Tour, sénéchal de Lyon, à qui le cheval est destiné. 
— Même date. 

Reg. 52, f» 1. 
892. — Pedro III mande aux officiaux de la ville et du diocèse de 



86 REYUE DES ÉTUDES JUIVES 

Girone de faire exécuter les débiteurs des Juifs de leur ressort. — Alcirâ, 
18 janvier 1281/2. 

Reg. 50, f° 231 v°. 

893. — Pedro III a appris de ses sujets de Barbastro que son fidèle 
Juif Mosse Abincepia exigeait d'eux pour la gabelle du sel 3.000 sous de 
de Jaca, bien qu'il ait affermé la halle au sel (almudina) de Barbastro ; il 
mande audit Mosse de justifier la perception d'une pareille somme. — 
Alcirâ, 19 janvier 1281/2. 

Reg. 50, f° 230 v°. 

894. — Pedro III mande au baile et au viguier de Girone de contraindre 
à comparaître par devant le juge du siège apostolique Bedos et certains 
autres Juifs de Girone qui, cités sur la plainte de quelques chrétiens, ont 
refusé de comparaître ; lesdits Juifs sont tenus de se présenter devant le 
juge, ne serait-ce que pour fournir les raisons de leur refus. — Valence, 
25 janvier 1281/2. 

Reg. 50, f° 234. 

895. — Pedro III mande au baile de Villafranca de citer à comparaître 
dans dix jours par devant Arnaldo Taverner, juge de la cour royale, les 
Juifs Isach, Sollam, Vidal, Arçay, Abramon, fils de Vives de Garcassonne, 
qui cohabitent avec leur père, ainsi que Vidal, Astrug et Léon, en raison 
de l'enquête qui a été ouverte contre eux par Guillelmo Eymeric, juriste 
de Barcelone. — Valence, 10 février 1281/2. 

Reg. 50, f° 237 v°. 

896. — Pedro III mande à ses fidèles justice, juge et alcaide de Daroca, 
sur l'appel à lui interjeté par Jento Manuel, procureur de son frère 
Samuel, de mettre à exécution la sentence d'Albert de Lavaynia annu- 
lant comme injuste la condamnation prononcée par le justice d'Aragon 
contre Samuel Manuel, en raison de la mort d'Açach Axmel. — Valence, 
13 février 1281/2. 

Reg. 50, f" 239 r° et v\ 

897. — Pedro III, informé que ses fidèles de l'aljama des Juifs de 
Valence exigent injustement de Samuel Alazar fils de feu Alphaquim et 
de sa femme certaines sommes en raison des peites passées, mande à 
ladite aljama de suspendre toute contrainte jusqu'à ce que les adélan- 
tandes aient examiné s'il y a lieu, oui ou non, d'y recourir. — Valence, 
24 février 1281/2. 

Reg. 44, f° 210 v°. 

898. — Pedro III mande à Jucef Ravaya de payer au portier Alaman de 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 87 

.hissa 1.100 sous de Jaca pour prix d'achat d'un fondique ' que le roi a 
fait acquérir à Téruel et concéder à Jacob Avenrodrich, Juif de cette ville. 
— Valence, 4 mars 1281/2. 

Reg. 52, f° 23. 

899. — Pedro III a déjà écrit, mais en vain, à ses fidèles justice, alcaide 
et conseil de Moya de dépêcher par devers lui, par l'intermédiaire de son 
fidèle Pedret de Mora, David fils de Rabi; or, ledit Juif est un Juif du roi; 
il a son domicile conjugal dans la ville royale de Téruel et s'est enfui 
après avoir commis des méfaits dont il est inculpé par devant le roi; 
Pedro III enjoint donc k nouveau aux autorités de Moya de remettre 
David fils de Rabi à Pedret de Mora ; les conventions passées entre le roi 
d'Aragon et l'illustre roi de Castille sont formelles et très sévères; aucun 
malfaiteur ou banni des États d'Aragon ne peut être détenu dans la terre 
de Castille et réciproquement ; sur la demande de l'un ou de l'autre sou- 
verain, l'extradition doit en être prononcée incontinent; que les auto- 
rités de Moya prennent donc garde d'encourir les pénalités du roi de 
Castille. — Alcira, 21 mars 1281/2. 

Reg. 44, f° 217 v e . 

900. — Pedro III mande à son portier P. de Soria de ne pas contraindre 
les Juifs d'Alcira à payer leur quote-part du subside alloué au roi par les 
Juifs du royaume de Valence, soit la somme de 800 sous réaux, puisque le 
roi a reçu pareille somme desdits Juifs à Alcira. — Valence, 26 mars 1282. 

Reg. 51, f° 28 v°. 

901. — Pedro III mande à Taljama des Juifs de Tarazona de servir 
chaque année à dame Urracha Maret, conformément à la concession de 
Jaime I er , sur le produit du tribut, une pension viagère de 600 sous. — 
Valence, 2 avril 1282. 

Reg. 52, f° 25 v<>. 

902. — Pedro III mande à son cher Bartolomé Thomas, « mérine 2 », 
de Saragosse, de procéder conformément au for d'Aragon contre certains 
Juifs et Sarrasins de la « mérinade 3 » coupables d'avoir vendu des 
immeubles à des chrétiens sans l'autorisation du roi ou de son mérine, à 
rencontre des prescriptions du for. — Valence, 5 avril 1282. 

Reg. 46, f° 75 v°. 

1. En catalan, fondech, al fondech, d'un mot arabe siguiiiant entrepôt et marché, 
s'applique à des magasins destinés à la garde et à la vente des marchandises. Le pré- 
posé ou surveillant en chef se nommait le fundegarlus. Cf. Mas Latrie, Relations et 
commerce de l'Afrique septentrionale ou Magreb avec les nations chrétiennes au 
moyen âge, Paris, 1886, in-18, pp. 166-172. 

2. Mérine : officier de justice. 

3. Mérinade: circonscription soumise à la juridiction du mérine. 



88 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

903. — Pedro III mande à son fils don Jaime de faire contraindre tous 
les Sarrasins de Segorbe à s'acquitter à l'égard de Jucef Avinçaprut des 
besans qu'il leur reste à payer en raison des redevances qu'ils devaient 
lui fournir du temps où ledit Juif détenait la bailie de Segorbe ; tous les 
autres débiteurs de Jucef Avinçaprut devront également s'exécuter, — 
Valence, 9 avril 1282. 

Reg. 46, f° 79 v°. 

904. — Pedro III mande à son fidèle juriste Ramôn Gili, par lui commis 
à l'examen du procès survenu entre noble Geraldo Alamân et Perfeit de 
Real, Juif de Villafranca, de procéder comme de droit sans admettre ater- 
moiements ni subterfuges. — Valence, 16 avril 1282. 

Reg. 44, f<» 225. 

905. — Pedro III mande au viguier et au baile de Tarragone de mettre 
à exécution la sentence qui a été rendue dans le procès intenté par Jucef 
Dopto à Bn., fils de March de Salavert, habitant de Tarragone, pour les 
blessures portées à un Juif par ledit Bn. — Valence 17 avril 1282. 

Reg. 44, f° 225 v°. 

906. — Pedro III mande à Sébastian de Manso, viguier de Tortose, 
commis par lui au règlement du procès pendant entre Astruch Jacob 
Sicxon et Jucef Cohen, son gendre, pour affaires de testament et de fian- 
çailles, de terminer ce différend conformément à l'açuna hébraïque s'il y 
a lieu d'en faire l'application. — Même date. 

Reg. 44, f 226. 

907. — Pedro III a appris que les adélantades des Juifs de Jâtiva ont 
saisi les tenures que possèdent à Jâtiva, à charge d'un cens annuel, cer- 
tains tenanciers de Vives, fils de feu Jucef Abenvives, en excipant de la 
créance souscrite au profit de l'aljama par ledit Vives ; comme les tenan- 
ciers censitaires de Vives ne peuvent être exécutés pour les dettes de leur 
propriétaire, le roi mande à ses fidèles justice et baile de Jâliva d'annuler 
la saisie, étant donné surtout que ledit Vives se déclare prêt à faire à ses 
créanciers complément de justice. — Valence, 22 avril 1282. 

Reg. 46, f<> 82 v. 

(A suivre.) 

Jean Régné. 



LES JUIFS 



ET 



r r 



LA CONVOCATION DES ETATS GENERAUX 



(1789) 



(suite ') 



II. — Valeur historique des cahiers de 1789. 

En étudiant, dans les cahiers de 1789, les articles qui se rap- 
portent aux Juifs, nous avons pu constater que beaucoup se res- 
semblent jusque dans les termes, comme s'il y avait eu concert 
ou pression préalable, que d'autres se ressentent de certaines 
influences (Nancy) ou résistances (Thionville), bref que les opinions 
émises ne paraissent pas toujours unanimes, ni spontanées. Nous 
sommes ainsi amené à examiner, à notre point de vue, la question 
tant controversée 2 de la valeur documentaire et de l'autorité his- 
torique des cahiers de 1789. Dans quelle mesure sont-ils sincères et 
exacts ? Jusqu'à quel point reproduisent-ils les plaintes et les vœux 
des populations touchant les Juifs? Les idées qu'ils contiennent 
ont-elles été inspirées ou suggérées, et par qui? 

La question se pose surtout pour les cahiers du tiers, qui sont, 
pour ainsi parler, des cahiers de cahiers. Dans chaque commu- 
nauté, urbaine ou rurale, les habitants se réunissaient, dressaient 
leur cahier et nommaient des députés pour le porter au chef-lieu 

1. Voir Revue, LXI1I, 185 et s. 

2. V. eQ dernier lieu l'étude de M. H. Sée, La rédaction et la valeur historique des 
cahiers de paroisses pour les États généraux de 1789; Paris, 1910 (extrait de la Revue 
historique). 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du bailliage ou du ressort assimilé. Là, les différents cahiers pri- 
maires étaient conférés et de leur combinaison sortait le cahier du 
bailliage. Bien que ces cahiers primaires n'aient pas l'autorité de 
documents officiels publics, puisqu'ils n'étaient pas faits pour être 
présentés aux États généraux, ils sont pour nous d'un grand prix, 
parce qu'ils nous font connaître les besoins et les sentiments en 
quelque sorte immédiats des chrétiens qui vivaient à côté des Juifs 
ou qui avaient affaire à eux. 

Parmi les articles des cahiers primaires dont on ne retrouve pas 
l'écho dans ceux des bailliages, citons celui delà ville deLunéville, 
où 16 familles juives demeuraient en 1788 : « Défendre à toute 
famille juive étrangère de s'introduire dans le royaume ; chercher 
les moyens de rendre les familles qui y sont établies utiles à la 
société. » Ce vœu résumait sans doute les plaintes des corpora- 
tions de la ville contre les Juifs. « Ils font des commerces illicites 
et très nuisibles au peuple, écrivent les cafetiers, limonadiers et 
vinaigriers ; qu'il soit ordonné par Sa Majesté qu'ils soient tenus à 
un commerce honnête, tenant boutique ouverte » (ils ne deman- 
daient pas mieux!;. Les délégués des autres corporations s'expri- 
maient à peu près dans le même langage '. 

Les cahiers inédits de deux communautés lorraines contiennent 
des articles d'autant plus intéressants que ces localités étaient habi- 
tées par des Juifs. Le cahier de Puttelange et Diffenbach porte : « Les 
Juifs qui sont la ruine de l'Etat doivent être bornés dans leurs 
commerces, ainsi que les usuriers de la province. Leur établir un 
règlement pour supprimer leur usure 2 . » Noter que les Juifs ne 
sont pas seuls accusés d'usure. — Les préoccupations locales sont 
plus visibles dans cet article du Supplément au cahier de doléances 
de la communauté lorraine d'Hellimer 3 : « À l'égard des Juifs, dont 
le village d'Hellimer est surchargé par le nombre, la communauté 
désire qu'il soit fait un règlement portant la quantité de familles 
juives qui peuvent habiter ce lieu, ainsi qu'ont fait les augustes 

1. H. Baumont, Lunéville à la veille de la Révolution, Paris et Nancy, 1895 (extrait 
des Annales de l'Est), p. 36 ; repris dans l'ouvrage du même auteur, Histoire de Luné- 
ville, Lunéville, 1900, p. 211. 

2. Archives Nationales, Dxiv 7, dossier 56. — En 1762, Puttelange, dans le bailliage 
de Sarreguemines, comptait déjà treize ménages juifs, d'après la liste annexée à l'édit 
du duc de Lorraine du 22 avril 1762. 

3. Archives Nationales, Div 44, pièce n° 1266. — A Hellimer (arrondissement de 
Sarreguemines), il y avait quatre familles juives autorisées en 1762. Comme beaucoup 
de localités de ces régions, ce village appartenait en partie à la province de Lorraine et 
en partie à celle des Évècliés. Il est question également des Juifs dans le cahier de la 
partie « France », voir plus loin. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 91 

Ducs de Lorraine, qu'ils soient relégués dans une rue particulière 
de celles des catholiques \ qu'il leur soit enjoint (défendu) d'écrire 
aucun acte privé, pour prévenir les usures et les fraudes qui ne sont 
que trop fréquentes (ajouté après coup :) et la plus grande partie 
demeure sur la place publique, qu'on est obligé de faire la proces- 
sion avec le Saint-Sacrement, qui cause beaucoup de scandale de 
notre religion (sic). » 

A l'autre bout de la France, les fripiers-cbaussetiers de Montpel- 
lier méritent une mention, au moins à titre de curiosité. Ils récla- 
ment, dans leur cahier, qu'on les sépare de ces Juifs « qui pour- 
raient infecter toute la communauté », ce qui serait tout bonnement 
« sinistre 2 ». . 

Ces articles de cahiers n'ont pas seulement un intérêt local; ils 
jettent un jour assez curieux sur les sentiments des chrétiens et les 
mobiles qui les excitaient contre leurs voisins juifs, intolérance ou 
jalousie. Mais ils sont encore trop rares et trop isolés pour permet- 
tre un jugement d'ensemble. Ce que nous aimerions à savoir, c'est 
si le cahier du bailliage est l'interprète fidèle de l'opinion des villes 
et des campagnes, c'est-à-dire s'il résume exactement les cahiers 
primaires. Malheureusement la publication de ceux-ci, entreprise 
en ces derniers temps sous les auspices du Ministère de l'Instruction 
publique, n'est que commencée et nous n'avons à notre disposition, 
pour la question qui nous intéresse, que les cahiers d'un seul bail- 
liage dont le ressort soit français aujourd'hui, celui de Vie, dans 
les Trois-Évechés 3 . Dans les pays annexés, ces recherches sont 
encore moins activement poussées ; les raisons en sont faciles à 
saisir. Pour l'Alsace, on n'a pas publié jusqu'à présent, que nous 
sachions, de cahiers primaires. En Lorraine allemande, par contre, 
la Société d'histoire et d'archéologie lorraine a fait éditer récem- 
ment les cahiers des bailliages deBoulayet de Bouzonville 4 . Grâce 

1. L'arrêt du 11 juin 1726 avait établi des ghettos dans les localités du duché où 
demeuraient des Juifs [Ordonnances de Lorraine, III, 167), mais ceux-ci n'acceptèrent 
pas facilement cette séquestration, par exemple à Morhange (voir M. Watrinet, Notice 
sur Morhange, dans les Mémoires de la Société d'archéologie lorraine et du musée 
historique lorrain, XLV (Nancy, 1895 N , p. 284-294). 

2. Voir Revue, XXXIII, 294; XXXVI, 87. 

3. Cahiers de doléances des bailliages des généralités de Metz et de Nancy pour 
les États généraux de 1789. l re série. Tome I er : Cahiers du bailliage de Vie, publiés 
par Ch. Etienne ; Nancy, 1907 (Documents inédits sur l'histoire économique de la Révo- 
lution française, publiés par le Ministère de l'Instruction publique). 

4. Cahiers de doléances des communautés en 1789. I : Bailliages de Boulay et de 
Bouzonville, publiés par N. Dorvaux et P. Lesprand; Metz, 1908 (Quellen zur Lothrin- 
gischen Geschichte, herausg. von der Gesellschaft fur Lotbringische Geschichte und 
Altertumskunde, Band IX). 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à ces publications, nous sommes en état de faire l'épreuve qui nous 
intéresse pour un bailliage de la province des Trois-Évêchés et 
pour deux bailliages de celle de Lorraine. 

Cahiers primaires du bailliage de Vie. 

Sur les cent soixante et un cahiers conservés du bailliage de Vie, 
quarante-trois, soit plus du quart, s'occupent des Juifs. Mais il ne 
faudrait pas croire que les quarante-trois localités d'où ils émanent 
et qui ne sont souvent que de tout petits villages, fussent habitées 
par des Juifs ; ceux-ci opéraient hors du lieu de leur domicile. On 
les voit partout. Ils sont « établis en grand nombre dans notre 
contrée (AlbestrofF = Guéblange = Kurwiiler= Ventzwiller) ; ils 
sont « fort communs dans le pays » (Bérig). « Nous sommes envi- 
ronnés de Juifs » (Bisten). On les rencontre « à chaque moment » 
(Hattigny). « Quantité de Juifs sont voisins de la communauté » 
(Hesse). On finit par croire que la province « contient plus de 
cinquante à soixante mille familles juives » (Burlioncourt) ! Pour- 
tant leur habitation n'est signalée qu'à Chambrey, où on ne 
réclame pas, du reste, contre leur présence, et à Niederwisse, où on 
se plaint d'eux, au contraire, très violemment : ils étaient devenus 
plus nombreux que les chrétiens et avaient même osé se bâtir 
une synagogue ; aussi les chrétiens donnent-ils un libre cours à 
leur animosité. « Au sujet des Juifs, nous ne savons pas où nous 
devons commencer pour mettre au clair les malheurs que cette 
maudite nation nous cause ; nation qui n'est pas capable de devenir 
jamais utile à l'État, et qui n'est propre à rien qu'à mettre les 
bons citoyens hors d'état de contribuer au bonheur commun. 
Ils ont ruiné nos pères par leur usure; et, parce que nous n'avons 
hérité que de la misère, ils ont bien aise de nous attraper 
par leurs ruses dans nos besoins. Aussi sont-ils nos maîtres ; 
ils sont vingt-quatre feux contre nous vingt, sans parler d'une 
multitude de jeunes gens dont un grand nombre est au point de 
s'établir parmi nous et, comme nous leur devons tout, nous n'ose- 
rons jamais leur refuser de les admettre... Les Juifs ont poussé 
l'audace jusqu'à bâtir dans notre village un temple séparé de tout 
autre bâtiment et uniquement destiné au culte de leur religion, ce 
qui est contre les ordonnances, même contre le dernier édit de 
tolérance 4 . Nous supplions donc les États généraux d'établir le 

1. Allusion à l'édit de 1787 sur les non-catholiques, qui continuait à défendre à ceux- 
ci l'exercice public du culte. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 93 

bon ordre et de nous débarrasser de nos Juifs, ou du moins de les 
exclure de la tolérance accordée aux catholiques... de faire abattre 
leur temple... » On voit que le préjugé religieux restait vivace. Les 
Juifs sont les ennemis du christianisme (Kappelkinger), aussi dan- 
gereux que les anabaptistes (Erstroff, Uberkinger). 

Mais le préjugé économique est plus constant. Pour le paysan, 
l'homme qui ne travaille pas de ses dix doigts comme lui est un 
fainéant et un parasite. Les Juifs « n'ont ni profession, ni métier » 
(Albestroff). Ils vivent de la spéculation. Le monopole du com- 
merce en grains, en bestiaux, s'exerce particulièrement par eux 
(FrémerstrofT) ; ils se sont emparés du courtage des chevaux (Bur- 
lioncourt). Mais surtout ils pratiquent l'usure, et malhonnêtement. 
Ils ne vivent « que de rapines et d'usures », de fraudes et de trom- 
peries (Albestroff, Barst, etc.). Ils prennent des intérêts excessifs 
(Bérig, communauté qui avait dû faire un emprunt à un Juif pour 
payer une dette de mille livres; Boucheporn, Erstroff, Hesse, etc.) et 
exigent rentes sur rentes, c'est-à-dire capitalisent les intérêts (Bar- 
chain, Bisten, Fribourg) ; ils produisent de faux billets pour se faire 
payerplus d'une fois (Barchain, Barst, Gondrexange,Maizières,Tur- 
questein) ; ils poursuivent leurs débiteurs avec acharnement et les 
dépouillent de leurs biens et de leurs meubles (Fribourg, Hesse). 
Aussi sont-ils une des causes de la pauvreté des campagnes (Bur- 
lioncourt) ; ce sont des sangsues qui épuisent et ruinent totalement 
les peuples et les campagnes (Rhodes). Mais les paysans, obérés, 
sont obligés de s'adressera eux (Bérig) et ils vendent chèrement 
le léger service qu'ils rendent (Fribourg). Du reste, les Juifs ne sont 
pas les seuls à agir ainsi; bien des chrétiens « sont des Juifs dans 
l'àme pour cet objet » (Barchain, Hertzing) et plus d'un cahier 
distingue les Juifs des usuriers (Hattigny, La Haye, Turquestein). 

Comment réprimer ces excès? A Saint-Quirin on demande une 
mesure radicale : « Chasser les Juifs du royaume ou les assujettir 
au travail manuel; en conséquence, qu'ils ne puissent se livrer au 
commerce qu'un sur dix dans chaque lieu où ils sont établis, sans 
liberté néanmoins de former de nouveaux établissements ». Ailleurs 
aussi, on réclame que les Juifs soient obligés d' « embrasser des 
métiers et professions utiles qui les retiennent au travail, à peine 
d'être chassés des États » (Albestroff, etc. ; Bellange = Habou- 
dange; comp. Burlioncourt). Mais tout le paysan paraît dans cette 
conclusion d'un article du cahier de Hesse : « Les Juifs étant faits 
de chair et d'os comme les catholiques, pourraient bien cultiver la 
terre pour gagner leur vie comme le paysan, — et ce dans un pays 
étranger. » 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il faut prendre « des mesures efficaces pour empêcher l'usure et 
le mauvais commerce des Juifs » (Albeslroff ; comp. La Haye), les 
poursuivre et les punir suivant la rigueur des ordonnances (Bur- 
lioncourt), édicter dans ce but une «loi naturelle (?) » (Erstroff), 
un «règlement sévère» (Rhodes), introduire dans la province les 
règlements qui sont en vigueur en Alsace (Azoudange, Xirxange, 
Xouaxange). Les billets à leur profit devront être passés devant 
témoins(Boucheporn), par-devant lesmaire, syndic, greffier ou autres 
témoins notables (Hellimer, Gondrexange), par-devant des officiers 
de justice (Barst), notaires ou autres personnes publiques (La Haye), 
ou au choix (Bertrambois, Porcelette), ou encore par-devant des offi- 
ciers créés ad hoc (Frémerstroff), et les créanciers devront donner 
quittance en présence des mêmes témoins (Barchain). A Maizières 
on ne réclame cette réglementation que pour les billets de plus de 
cinquante francs, tandis que Fémerstroff voudrait voir ces précau- 
tions appliquées à tous les actes des commerçants suspects de mono- 
pole (accapareurs) et particulièrement à ceux des Juifs. A Fribourg 
la défiance envers ceux-ci va encore plus loin : « 11 nous semble 
qu'on devrait défendre aux Juifs de prêter personnellement et les 
contraindre en ce cas de remettre leur argent entre les mains d'un 
notaire, qui le passerait à cinq pour cent, et afin d'ôter la défiance 
du prêteur, qui pourrait croire que l'on se sert de son argent sans 
lui en tenir compte, le notaire ne pourrait prêter l'argent qui lui a 
été confié qu'avec le consentement du prêteur, qu'il serait obligé 
de donner par écrit; de cette manière il n'y aurait pas de fraude à 
craindre du côté du notaire, et le prêteur seul courrait les risques 
de l'insolvabilité... » La fraude même évitée, le taux de l'intérêt 
doitêtre réduit. L'intérêt ne serait que de cinq pour cent (Porcelette). 
« Si l'on permettait en outre à la religion catholique de prendre 
cinq pour cent sur simple billet, on ne serait pas forcé d'aller aux 
Juifs » (Boucheporn ; comp. Maizières;. 

Enfin, la ville de Vie est pour les deux sortes de mesures à la fois : 
les députés « demanderont une loi particulière aux Trois-Évêchés 
autorisant le prêt d'argent à terme fixe et à intérêt par contrat obli- 
gatoire et même sur simple billet, comme en Lorraine et en Alsace. 
— De rendre commun à la province des Trois-Évêchés l'avantage 
des règlements faits sur le commerce des Juifs dans la province 
d'Alsace, pour arrêter par là les abus, les pièges et les usures dont 
les habitants de la campagne sont journellement les victimes ». — 
En dehors de l'usure, on demande seulement à Barthelémont-lès- 
Bauzemont « qu'il soit défendu aux Juifs de trafiquer en grains et 
en foins ». Les quelques communautés où habitent des Juifs s'inté- 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 9$ 

ressent aux impôts qu'ils paient. Chambrey demande qu'ils contri- 
buent aux impositions du lieu comme les autres habitants suivant 
leurs capacités; d'après le cahier de Burlioncourt, ils devaient être 
a cotisés à part, mais cependant dans le même rôle ou par les 
mêmes essayeurs dans les rôles des impositions des communautés 
où ils ont leur domicile ». C'est qu'ils étaient compris dans le rôle 
de la communauté juive de Metz. 

Dans la Lorraine, les Juifs, tolérés depuis moins longtemps, 
n'étaient pas encore aussi nombreux et, comme le prêt à intérêt n'y 
était pas défendu aux chrétiens, cette pratique détestée ne leur 
offrait pas un si grand débouché. Les plaintes contre eux sont peut- 
être moins fréquentes, mais elles sont tout aussi vives et, que ce 
soit dans le bailliage de Boulay ou dans celui de Bouzonville, c'est 
le même son de cloche qu'on entend. 



Cahiers primaires du bailliage de Boulay. 

« On doit regarder cette nation hébraïque comme un torrent 
capable d'envahir et de désoler tout ce qu'il rencontre » (Gondé- 
Northen). Ces envahisseurs sont fort nuisibles au pays, qu'ils 
appauvrissent et ruinent (Folschwiller et Métring, Hallering, Narbé- 
fontaine, Zimming; comp. la plainte d'un paysan de Merten) ; ils 
« enlèvent aux chrétiens toutes les ressources pour pouvoir gagner 
leur vie » (Goume). Ils « ruinent nos cultivateurs et la plus grande 
partie du peuple par la fourniture de chevaux, bœufs et vaches, et 
argent, qu'ils prêtent à des intérêts de 30 à 40 livres par cent » 
(Brecklange). Ils prennent des intérêts énormes (Hémilly, Marange, 
WahMès-Faulquemont) et se rendent coupables de fraudes (Hémilly). 
Par le commerce des grains, ils sont capables d'affamer un pays 
entier pour s'enrichir. « Notre canton naguère allait en offrir la 
fâcheuse preuve, si, heureusement et par un coup de providence, 
la perverse intention des Juifs, couverte du masque de la bienfai- 
sance, n'eût été déconcertée en même temps qu'elle a été décou- 
verte. Le fait est public et vérifié par une commission juridique » 
(Gondé-Northen). 

Il faut donc chasser les Juifs de la province (Goume, Marange- 
Zoudrange-Héning), du royaume (Brecklange), les forcer « à 
apprendre des métiers et les reléguer dans une île inculte pour 
s'occuper à l'agriculture » (Freybouse). Afin de réprimer l'usure et 
les fraudes, on réclame : l'application du règlement fait en Alsace 



96 ftÊVUË DES ÉTUDES JUIVES 

en 1784, aggravé par des mesures supplémentaires (Condé- 
Northen), la défense de prendre plus d'intérêts que les ordon- 
nances du royaume ne permettent (Wahl), ou plus de dix pour cent 
(Hémilly), l'obligation de passer les actes devant notaire (Hémilly), 
devant deux témoins dignes de foi, sachant lire et écrire et qui les 
signeront (Leyviller). Hallering propose un moyen plus ingénieux: 
« on tiendrait dans chaque communauté un registre coté et paraphé 
dans lequel, sous les yeux des officiers de la municipalité, le Juif 
créancier serait obligé de faire insérer et inscrire ses créances, 
et il ne pourrait à l'avenir vendre chose quelconque ni prêter 
somme quelconque sans faire insérer ladite somme ou le prix de 
la vente ». Enfin, Narbéfontaine voudrait que les promesses fussent 
renouvelées toutes les quatre ou cinq années, tandis que Zimming 
juge cette opération suffisante « après chaque six ans ». Outre ces 
mesures contre l'usure, Condé-Northen, édifié par un cas récent, 
demande « que le commerce des subsistances et de tout comes- 
tible » soit interdit aux Juifs. 



Cahiers primaires du bailliage de Bouzonville. 

Les Juifs sont nombreux et augmentent tous les jours ^Hilbringen, 
etc., en allemand). A. la vérité, « ils paient beaucoup au roi, mais 
c'est le fruit de leurs détestables usures, fraudes et injustes cruau- 
tés » (Leyding = Schreckling). Ils se livrent à l'usure (Remering) 
et ruinent parla les cultivateurs obligés de s'adresser à eux : « ce 
sont de vrais fléaux et sangsues » (Chémery ; comp. Hilbringen, 
Nidange, Guising, Remelfang). Les Juifs ne sont pas, du reste, les 
seuls usuriers et les commerçants ne font pas mieux (Anzeling, 
Nidange, Piblange et Drogny). Mais ce sont eux les auteurs de « la 
peste de l'usure » et ils « ont de nos jours infecté les chrétiens 
mêmes » ; bien mieux, plusieurs notaires donnent les mains « à 
toutes les coquineries de ces gens » (EvendorfT). Les usuriers 
prêtent à 25 pour cent (Nouveau-Forviller), 33 pour cent (Nidange), 
40 et 50 pour cent (Buren). A ces taux exorbitants s'ajoutent les 
ruses et les fraudes (Hilbringen), telles qu'obligations falsifiées 
(Remelfang). Ce n'est qu'à Itzbach qu'on recherche la cause de ce 
mal : « les corps ecclésiastiques n'osent pas prêter ». 

Les Juifs ne sont pas moins nuisibles comme marchands de 
grains et de bestiaux. Ils « ruinent le peuple par la facilité qu'ils 
ont d'acheter avec leur argent soit grains, bois et autres denrées, 
qu'ils donnent à crédit au triple de leur valeur » (Nouveau-For- 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 97 

viller). Chose plus grave encore, « ils font des enlèvements (acca- 
parements), qui nous rendent le blé et autres denrées d'un prix à 
faire et occasionner des disettes » (Villers-Bettrach). D'autre part, 
« cette nation [la Judéel a perdu au moins une sixième partie des 
cultivateurs de la Lorraine par leur commerce de bêtes tirantes et 
autres » : ils les revendent à crédit au moyen de billets, qu'ils 
renouvellent à des intérêts exorbitants; les officiers des bailliages 
ont reçu à ce sujet différentes plaintes (Bas-Limberg). Revendeurs, 
les Juifs sont la « perte de la Lorraine : ils portent un si grand 
dommage entre les particuliers, qui pourraient faire un accord 
profitable ; il s'y trouve un Juif, il offre quelque chose de plus et 
l'emporte. Cependant, ce n'est pas pour lui qu'il achète, c'est pour 
y trafiquer; et le particulier achète pour s'en servir » (Téterchen). 
Que faire? « Chasser les Juifs hors du royaume, ou leur accorder 
un état-civil en les incorporant dans les communautés » (Even- 
dorff). « On demande leur renvoi dans leur patrie ou qu'ils 
travaillent et agissent comme nous » (Téterchen). Réduire, s'il est 
possible encore, « le nombre de leurs familles à celui fixé par les 
lois émanées de nos souverains » (les ducs de Lorraine; Villing et 
Gaweistroff). Au moins, « voulant les tolérer dans le royaume, on 
devrait prendre des mesures convenables à arrêter les injustices 
qu'ils commettent » (Leyding, Schreckling, Lognon). Comment 
cela? Nouveau-Forviller laisse aux États le soin de « trouver le 
moyen d'empêcher l'agiotage des Juifs ». Mais Chémery indique 
son remède : « deux témoins irréprochables»; Villing, le sien : 
« défendre de contracter sous seing privé ». Nidange n'y va pas de 
main morte : pour tout intérêt excessif, confisquer le capital prêté. 
Le même cahier voudrait qu'on défendît aux Juifs « de rouler 
les fêtes commandées et saints jours du dimanche pour continuer 
leur négoce, soit pendant le service divin ou à autres heures ». 

Rien n'est intéressant comme de voir ces paysans lorrains 
exprimer leurs opinions sur les maux dont ils souffrent et les 
remèdes qu'ils sollicitent. On leur passerait volontiers leur 
ignorance en « économie politique », si l'on était sûr que leurs 
plaintes sont toujours spontanées et sincères. Mais on constate 
que, dans leurs cahiers, beaucoup d'articles se ressemblent 
étrangement par le fond et que quelques-uns sont identiques 
jusque dans L'expression '. Il ne suffit pas de dire que les mêmes 

1. On le constate surtout, com il est naturel, dans les cahiers des communautés 

voisines les unes des autres. Dans les éditions des cahiers de doléances, les communautés 

devraient être classées par régions naturelles plutôt que d'après l'ordre alphabétique. 

T. LX1V, n° 127. 7 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

abus appellent les mêmes doléances. Visiblement certains cahiers 
ont été copiés soit l'un sur l'autre, soit sur un cahier modèle, qui 
circulait dans les communautés et dont on s'inspirait plus ou 
moins. Mais même les cahiers certainement composés sur place 
peuvent traduire moins les sentiments de la généralité des habi- 
tants que l'opinion de celui qui les suggérait, qui les dictait ou qui 
les écrivait : on y sent la main tantôt du curé, tantôt et plus 
souvent celle d'un greffier ou d'un homme de loi. Si beaucoup de 
cahiers sont d'une naïveté touchante, d'autres affectent un ton 
avocassier ou procédurier. Les plaintes sur l'usure des Juifs sont 
sincères, mais les mesures demandées pour la réprimer ont été 
généralement soufflées aux habitants par des hommes qui auraient 
trouvé intérêt à les voir appliquées. Telle est à coup sûr l'interdic- 
tion de contracter sous seing privé, l'ohligation de passer les actes 
devant des officiers de justice ou personnes publiques : ce procédé 
répugne trop au paysan, qui se méfie de l'homme de loi autant que 
de l'usurier. — Si l'on pouvait ainsi influencer les habitants des 
campagnes dans des pays de langue française — et encore beau- 
coup de cahiers lorrains sont-ils rédigés en allemand 1 — combien 
la pression devait-elle être plus forte dans une province comme 
l'Alsace, où les paysans, sauf exception, ne comprenaient pas un 
mot de français ! Si nous possédions les cahiers primaires de 
l'Alsace, ils nous renseigneraient vraisemblablement tout juste 
sur les sentiments de leurs rédacteurs. 

Spontanés ou non, les cahiers primaires de chaque bailliage 
étaient réduits en un seul au chef-lieu du bailliage. Opération 
malaisée : il fallait combiner des vœux nombreux et très divers. 
La « question juive » était, je ne dis pas plus difficile à résoudre, 
mais plus complexe que celle du vote par tête ou par ordre, par 
exemple, ou que celle de la suppression des fermiers généraux. 
Comment s'y est-on pris dans les bailliages dont nous venons 
d'étudier les cahiers primaires? Le cahier de Boulay est perdu, ce 
qui est d'autant plus regrettable que cette petite ville avait une 
communauté juive assez importante. Dans le cahier du bailliage 
de Bouzonville 2 , l'article relatif aux Juifs est la reproduction, avec 
des variantes insignifiantes, de l'article correspondant du cahier 
de la ville de Bouzonville ; on y a seulement ajouté, à la fin, le vœu 

1. Ainsi, dans le bailliage de Vie, le cahier de Ventzwillcr est le même que celui 
d'Albestroff, de Guéblangc et de Kurwiller; or, on ne savait pas le français à Ventz- 
willer. 

2. Voir plus haut, Revue, LX11I, 206. 



LES JUIFS ET L\ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 09 

qu'il soit défendu aux Juifs de faire le commerce de grains et de 
fourrages, vœu qui a pu ôlre inspiré par les doléances d'une 
communauté rurale comme celle de Nouveau-Forvilier. De môme 
dans le bailliage de Vie : le cahier du tiers 1 a repris en termes un 
peu différents l'article du chef-lieu du bailliage. 

Nous pouvons encore citer deux cas analogues, se rapportant 
('•gaiement, l'un aux Trois-Évêchés, l'autre à la Lorraine. L'article 
du cahier du tiers du bailliage de Verdun, ainsi conçu : « Qu'il soit 
avisé par les États Généraux aux moyens les plus avantageux de 
rendre utiles à la société, au lieu d'en être le fléau, les Juifs dont 
le gouvernement tolère l'existence 2 », est la reproduction pure et 
simple du cahier de Verdun 3 . De môme, l'article sur les Juifs du 
rallier du tiers pour le bailliage de Mirecourt ; est identique à celui 
du cahier de cette ville ;i . 

Cependant, la règle n'est pas générale. Nous avons déjà vu que 
le tiers du bailliage de Thionville, dans les Trois-Évêchés, refusa 
de faire sien le vœu du chef-lieu 6 . En Lorraine, nous ne savons 
si le cahier du bailliage de Saint-Dié prit position ; la ville de 
Saint-Dié avait réclamé, dans le sien, des «précautions à prendre 
pour prévenir les fraudes et usures des Juifs 7 ». Dans la capitale 
lorraine, Nancy, les députés reçurent ce mandat : « Ils demanderont 
un nouveau règlement pour les Juifs qui ont droit de résider en 
Lorraine et prendront pour base de ce règlement les édits, ordon- 
nances et arrêts du Conseil rendus en Lorraine, notamment ceux 
des 20 janvier 1699, 13 août 1720, 11 juin 1726, 30 décembre 1728 
et 26 janvier 1753. Comme ces différentes lois ne préviennent pas 
tous les abus qu'on a reconnus depuis longtemps, les députés 
seront chargés d'instructions particulières qui leur serviront de 
règles pour faire ajouter les articles nécessaires au règlement». 
M. Pfister, qui a édité récemment ce cahier 8 , remarque que 

1. Revue, LXIU, 200. 

2. Cahier publié dans La Révolution Française, XXXII (1897), p. 450. Cet article 
i li at être ajouté à ceux que nous avous passés en revue au chap. I er de cette étude. Il 
ressemble à celui du tiers de Metz, dans la même province {Revue, LXIII, 196), c'est- 
à-dire que tous deux ont été inspirés par le concours de Metz. 

3. Voir P. D'Arbois de Jubainville, Les cahiers de doléances de Verdun en 1789, 
p. 11. 

i. Plus haut, Revue, LXIII, 206-207. 

.">. Voir Duhamel, Documents rares ou inédits de l'histoire des Vosges, I (Épinal, 
1868), p. 291 [ibidem, p. 322, cahier du bailliage). 

6. Plus haut, Revue, LXIII, 198. 

7. Duhamel, op. cit., Il (1869). 304. 

8. L'élection aux États généraux et le cahier de la ville de Nancy, dans les 
Mémoires de la Société d'archéologie lorraine, 1910, p. 1 et s. (voir p. 60 . 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'article relatif aux Juifs a été ajouté en note, qu'il a été imposé 
par l'assemblée du 15 ou du 22 mars et qu'il passa dans le cahier 
définitif. Nous ne connaissons pas les instructions complémentaires 
qui devaient être remises aux députés, mais nous constatons que le 
cahier du bailliage, s'il émet un vœu contre les Juifs * , se montre plus 
vague encore sur les mesures à prendre. En revanche, ce cahier 
contient, en outre, une demande toute spéciale, qui ne figure pas 
dans celui de la ville : interdire aux Juifs le commerce des grains. 
M. Pfister croit que ce dernier vœu a été ajouté à l'instigation des 
campagnes. Nous l'avions attribué, au contraire, à un incident 
local, l'affaire du 23 février 1789 2 . 

Si des articles hostiles aux Juifs n'ont pas passé des cahiers 
primaires aux cahiers bailliagers, inversement des vœux favorables 
aux Juifs, émis dans des cahiers primaires, n'ont pas été recueillis 
dans les cahiers des bailliages, sans doute parce qu'ils n'étaient pas 
assez soutenus. Ce cas intéressant s'est produit en Lorraine. Deux 
cabiers du bailliage d'Épinal (Pallegney-sur-Durbion et Zincourt) 
et deux du bailliage de Châtel (Badménil et Verrières d'Ouzaines) 
contiennent le vœu suivant : « Que tous Juifs aient la faculté d'exer- 
cer tous métiers, tous les arts et môme l'agriculture, et qu'ils 
payent comme les autres citoyens les impôts, parce que l'oisiveté 
et l'état d'abjection dans lequel ils vivent les rendent méprisables à 
leurs propres yeux comme à ceux des autres et que lorsqu'on se 
méprise soi-même, on ne fait rien pour gagner l'estime des autres, 
vérité quiles engage à exercer l'usure et faire tous métiers honteux, 
qui rendent si souvent les autres citoyens leurs victimes; comment 
n'emploieraient-ils point des moyens condamnables pour vivre, 
puisque tous moyens honnêtes leur sont interdits 3 ? » Cet article si 
remarquable, qui excuse les vices des Juifs et réclame pour eux la 
liberté du travail et l'égalité devant l'impôt, provient évidemment 
d'un projet de cahier qui a circulé au moins dans deux bailliages 
voisins de la province. Il serait intéressant d'en connaître l'auteur. 
D'une manière générale, il faudra non seulement que tous les cahiers 
primaires conservés aient été publiés, mais encore que les circon- 

1. Voir plus haut, Revue, LX1II, 202. 

2. Ibid. Nous avons douné la date du 23 février 1788 d'après M. Pfister, mais Mathieu, 
source de Pfister, fait allusion à 1789 {L'ancien régime en Lorraine et Barrois, 3 e éd., 
p. 430). C'est hien l'émeute que visait La Fare, et Berr-lsaac-Berr, dans sa Lettre à 
l'évoque de Nancy (1790), la place en mars 1789 (p. 12). Elle est un des épisodes de 
l'effervescence qui éclata alors dans presque toute la France, provoquée par la convoca- 
tion des États et par la cherté du blé. 

3. Voir P. Ghevreux, Cahiers de doléances du Tiers-État des villes et villages 
vosgiens (Épiual, 1889), fascic. 1, p. 51, 79; fascic. II, p. 8, 74-75. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 101 

stances de leur élaboration aient été élucidées pour que nous 
sachions quelle était au juste à cette époque l'opinion publique 
sur les Juifs dans ces régions et comment cette opinion s'est faite 
ou a été faite. 

La môme étude devra être entreprise sur les cahiers présentés 
aux Etats généraux. Là aussi, des influences se sont exercées en 
sens divers. Sans parler des cas où soit les ordres privilégiés, soit 
les trois ordres, s'entendirent pour rédiger un cahier commun — 
nous avons signalé le premier cas à Lixheim, le second à Fénes- 
trange 1 — des cahiers différents s'accordent singulièrement sur 
l'article des Juifs; tels sont ceux du clergé et de la noblesse de 
Sarreguemines 2 , ceux des trois ordres de Vie 3 et presque tous 
ceux de l'Alsace. Ces concordances peuvent s'expliquer par des 
emprunts que se sont faits les rédacteurs des cahiers. Elles peuvent 
être attribuées aussi à l'influence de cahiers modèles, de projets de 
cahiers, dont les uns furent imprimés par leurs auteurs et dont les 
autres circulèrent en manuscrit. Parmi ceux de la seconde catégorie, 
nous connaissons celui d'un curé de Nancy, Guilbert. Voici comment 
il s'exprimait sur les Juifs : « Les Juifs commencent à inquiéter; 
depuis longtemps ils sont une des causes de la pauvreté des gens 
de campagne, qu'ils ruinent par des usures exorbitantes et dont il 
est presque impossible de les convaincre ; les villages où ils habitent 
sont les plus pauvres de la province. Ils n'ont d'autres occupations 
que d'usurer ; en vain leur a-t-on permis les arts et métiers, ils n'en 
exercent aucun. On ne peut les imposer en proportion de leurs 
facultés; toujours l'agiotage échappera à l'impôt et c'est presque 
leur unique talent. L'inexécution des ordonnances de nos souverains 
les laisse multiplier à l'infini; ce mal empire et il est temps d'en 
arrêter les funestes progrès. Ilfaudrait les assimiler à ceux d'Alsace 
pour toutes les affaires d'argent et renfermer ceux des villes dans 
un quartier, sans quoi, bientôt, ils seront possesseurs des plus 
belles maisons. Il serait juste de les obliger de donner tous les ans 
une somme quelconque aux curés sur les paroisses desquels ils sont 
établis, comme c'est l'usage dans quelques villes du royaume 4 . » 
Guilbert ne fut pas élu, mais on perçoit l'écho de ses observations 

1. V. Revue, LXIII, 205. 

2. V. ibid., 203. 

3. V. ibid., 199-200. 

4. Public par L. Jérôme, Les élections et les cahiers du clergé lorrain aux États 
généraux de 1789, p. 161. — Une indemnité au curé de la paroisse était payée par 
les Juifs à Metz, 



4 02 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hostiles dans le cahier du clergé de Nancy \ et il n'est presque pas 
un des griefs articulés par lui contre les Juifs qui ne se retrouve 
dans les divers cahiers de la province. 

Mais c'est surtout en Alsace que les cahiers des trois ordres, si 
différents par ailleurs les uns des autres (car nulle part peut être les 
intérêts de classes n'étaient si divergents\ font chorus contre les 
Juifs, les accusant des mômes méfaits, réclamant les mômes mesures 
préventives et répressives. Cette unanimité ne s'explique pas 
seulement par l'identité de la situation et le courant général de 
l'opinion ; elle est due à une agitation systématique, à des 
manœuvres de pression caractérisées. 

Nous pouvons en croire un Alsacien, qui prouvait ainsi, en 1790, 
au constituant Reubell que «l'opinion de l'Alsace à l'égard des Juifs 
est mal indiquée parles cahiers de ses députés 2 » : « Reportez-vous, 
Monsieur, à l'époque de la convocation des États généraux. Vingt 
Alsaciens, qui ne se connaissaient pas, ont été choisis par cent mille 
Alsaciens, qui ne les connaissaient point, pour faire un métier que 
ni les uns ni les autres ne connaissaient. Il n'y avait pas de province 
où les diverses classes de la société fussent séparées par plus de 
barrières et par conséquent communiquassent moins ensemble. 
Gela n'a point empêché, me direz-vous, que beaucoup d'articles de 
nos cahiers fussent très raisonnables et que ceux qui ne l'étaient 
pas indiquassent du moins l'opinion courante. Mais par qui ont été 
rédigés ces cahiers? Par des gens de loi, approbateurs nés de tous 
les abus d'administration, parce qu'ils en vivent; conspirateurs 
ardents contre les droits de l'homme, parce qu'il ne saurait y avoir 
que peu de procès là où ces droits sont reconnus ; et pourtant 
agents nécessaires de toute révolution 3 , parce que seuls en posses- 
sion de parler souvent en public dans les états despotiques, accou- 
tumés à soutenir indifféremment le pour et le contre, et, ne pouvant 
se dissimuler qu'ils ont de grandes fautes à expier, ils provoquent 
alors, non pas la confiance, mais du moins la curiosité par leur 
stérile et incurable faconde et par les ressources apparentes de 
patriotisme, qu'ils ne manquent pas de trouver dans l'hypocrisie 
naturelle à leur profession. Aussi la plupart des cahiers n'ont-ils 
exposé l'opinion publique que lorsqu'elle s'est trouvée d'accord 
avec les intérêts des gens de loi. Dans tout autre cas, ils l'ont masquée 
au lieu de la dévoiler. » Gomme exemple, l'auteur cite les deux 
cahiers du tiers de Haguenau, qui, nous le savons, sont de la plume 

1. Voir plus haut, Revue, I.XIII, 201-2. 

2. Lettre d'un Alsacien sur les Juifs d'Alsace, Paris, 1790, p. 8-10. 

3. Révolution est encore pris dans le sens anodin de changement politique. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 103 

de Hell'. C'est bien cet agitateur qu'il visait, et l'allusion « au \ 
grandes fautes à expier» devait frapper en plein cœur l'instigateur 
ou le complice du scandale des fausses quittances. « Comment, 
après un tel fait, concluait-il, peut-on invoquer contre les Juifs les 
cahiers de l'Alsace? » 

Cet Alsacien ne croyait pas si bien dire, il ne savait pas tout, 
ïlell s'était encore compromis davantage et nous allons trouver sa 
main au fond du sac. 

La Commission intermédiaire d'Alsace, que nous avons déjà vue 
à l'œuvre contre les Juifs 2 , voulut exercer une pression officielle 
ou officieuse lors de la convocation, et le gouvernement dut lui 
interdire toute ingérence dans les opérations électorales 3 . Pour 
«guider» les électeurs, elle fit imprimer un projet de cahier; elle 
conseillait aux habitants de borner leurs vœux aux questions essen- 
tielles et de s'en remettre pour les autres aux États provinciaux, 
qu'elle espérait bien tenir dans sa main. Parmi ces autres ques- 
tions figurait sans doute la question juive, sur laquelle elle avait 
déjà en portefeuille son Règlement ou plutôt celui de Hell •*. 

Mais eile comptait sans son procureur-syndic. Hell, qui trouvait 
le moyen de travailler pour la Commission, parce qu'il était 
appointé par celle-ci, et de manœuvrer contre elle, parce qu'elle 
était trop aristocratique à son gré, écrivait de son côté un projet 
de cahier à l'usage du tiers 5 . On y reconnaît tout de suite sa 
manière : faire en même temps la leçon au gouvernement et la 
cour aux gouvernants. Voici le passage qui nous intéresse : 

Comme tout ce qui émane de l'autorité royale prouve combien vive- 
ment le Roi est animé du désir de faire notre bonheur, nous devons lui 
dénoncer les principales causes de nos maux, la chicane et l'usure : lui 
dire franchement que, s'il ne nous met pas à couvert de ces deux fléaux, 
Sa Majesté n'aura rien fait pour nous ; et supplier le Roi d'ordonner que, 
par des juges ou jurisconsultes que la province choisira, il sera fait un 
règlement qui nous assure ce bonheur par une très grande réforme dans 
l'administration de la justice et par des précautions qui rendent l'usure 
impossible et qui forcent de malheureux étrangers, admis parmi nous à 
devenir laborieux, utiles et honnêtes, et qui les mettent à même de se 

1. Voir plus haut, Revue, LXIII, 189. 

2. Ibid., 187. 

3. Voir Cli. Hoffmann, Les élections aux États généraux, dans la Revue d'Alsace, 
1903-1905. 

4. Voir plus haut, Revue, LXIII, 188. 

5. Archives Nationales, B A 11, liasse 6, dossier 1, pièce 19 (p. 6). La pièce est impri- 
mée et non signée ; elle devait être envoyée aux communautés, qui s'en serviraient 
comme d'un modèle. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

soutenir sans bassesse et de participer à la félicite publique que le Roi 
destine à tous ses sujets. 

Que la loi la plus nécessaire et celle que nous supplions Sa Majesté 
avec le plus d'instances de nous accorder est celle de déclarer nulle 
toute obligation qu'un habitant de la classe du peuple aura contractée, 
à quel titre que ce puisse être, au profit de Chrétiens ou de Juifs, pour 
une somme au-dessus de 20 livres, sans qu'il ait été autorisé par sept de 
ses plus proches parents, faite (sic) sans frais devant la municipalité de la 
demeure du débiteur, jointe au titre obligatoire, qui sera enregistré dans 
le mois au greffe de ladite municipalité, aussi sous peine de nullité contre 
le créancier qui aura différé cet enregistrement plus longtemps. 

Que les Juifs contribueront à toutes les impositions comme nous, et 
avec nous ; qu'ils n'auront plus de rôles particuliers ; qu'ils ne feront plus 
corps; qu'ils n'auront plus de syndics, ni agents, ni d'autres tribunaux 
que les nôtres ; qu'ils ne pourront se marier que sur la permission des 
Etats provinciaux, permission qui sera gratuite et qui ne pourra être 
accordée que dans les cas qui seront exprimés par le règlement qui sera 
fait par lesdits États provinciaux *. 

On remarquera l'habile gradation de ces trois paragraphes. 
D'abord, on se plaint de l'usure en générai et des « malheu- 
reux étrangers », qu'on forcera à devenir honnêtes et utiles; puis 
on laisse percer les Juifs à côté des chrétiens dans une proposition 
impraticable : l'autorisation d'une sorte de conseil de famille pour 
tout emprunt de plus de vingt livres ; enfin, l'auteur démasque ses 
batteries: c'est bien aux Juifs qu'il en veut et il ne réclame rien moins 
que la suppression de leurs communautés et la limitation de leurs 
mariages. Ces deux demandes passeront dans le cahier du tiers de 
Haguenau, — le cahier de Hell 2 . Les « juges ou jurisconsultes que 
la province choisira », c'est lui d'abord, et « le règlement qui sera 
fait par les États provinciaux », c'est le sien, parbleu ! 

Mais Hell n'eut pas plus de succès auprès du gouvernement que 
la Commission intermédiaire. Le 10 février i789, il envoya son 
projet de demandes à Necker. « Votre tendre sollicitude pour notre 
bonheur, écrivit-il au ministre, m'engage à cette démarche et 
m'autorise à vous faire la prière de me faire connaître celles de ces 
demandes qui pourraient ne pas être analogues à votre plan de 
félicité publique. » Il était prêt à faire des concessions. Il revint 
à la charge le 15 février. Il sollicite une réponse de Necker; il 

i. Ed. Séligmann, La justice en France pendant la Révolution, Paris, 1901, 
p. 160 et s., le seul auteur, à notre connaissance, qui cite ce document, indique seule- 
ment les dispositions du second paragraphe et les attribue à la Commission intermé- 
diaire; il les compare mal à propos à plusieurs cahiers non seulement de l'Alsace, mais 
aussi de la Lorraine. 

2. Voir plus haut, Revue, LXIII, 189. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 105 

ne publiera le projet qu'après avoir reçu ses ordres ; « admira- 
teur depuis longtemps de vos vertus , ajoute-t-il, et pénétré de 
reconnaissance pour l'intérêt que vous avez daigné prendre à mon 
sort pendant la persécution cruelle que j'ai essuyé (sic) ». Necker 
serait-il intervenu en faveur de Hell, impliqué dans l'affaire des 
fausses quittances? Quoi qu'il en soit, un fonctionnaire écrivit cette 
note : « Il serait peut-être bien intéressant de faire écrire prompte- 
tement à M. Hell, soit par le Ministre (Necker), soit par M. le comte 
de Puységur, qu'il fera très bien de garder son projet en poche. Il 
ne vaut rien ; c'est la semence de vingt querelles et en tout cas les 
doléances ne doivent point être suggérées 1 . » Hell se le tint-il pour 
dit ? Pour qui le connaît, c'est peu probable. 

Ces exemples de pression, qu'on pourra multiplier quand on 
saura mieux ce qui s'est passé dans la coulisse au moment de la 
convocation, doivent mettre en garde l'historien contre la trop 
grande confiance qu'il serait tenté d'avoir dans les cahiers de 1789 ; 
un cahier ne doit être utilisé avec sécurité comme document que si 
l'on connaît les « dessous » de sa rédaction. 

Officiellement, il est vrai, les cahiers gardaient toute leur autorité 
et les députés aux États généraux pouvaient les alléguer comme 
l'expression fidèle des opinions et des vœux de leurs mandants. 
En ce qui concerne les Juifs, les cahiers des trois ordres eurent-ils 
quelque influence sur l'attitude de l'Assemblée constituante? Furent- 
ils invoqués au cours des débats par les adversaires des Juifs et les 
défenseurs de ceux-ci en récusèrent-ils le témoignage ? 

Si beaucoup de cahiers des Évêchés et de la Lorraine prirent 
parti contre les Juifs, quelques-uns se prononcèrent plutôt en leur 
faveur et un certain nombre s'abstinrent, — abstention caractéris- 
tique, si l'on songe combien il était facile de « se monter » contre 
eux 2 . Ce partage des opinions fit que les députés lorrains n'inter- 
vinrent guère dans les débats. Seul, l'évoque de Nancy, La Fare, 
prononça un discours contre eux dans la séance du 23 décembre 
1789. « Pour être juste, déclara-t-il, je dois dire que les Juifs ont 
rendu de grands services à la Lorraine et surtout à la ville de Nancy; 
mais il est des situations impérieuses : mon cahier m'ordonne de 
réclamer contre la motion qui vous a été faite 3 . » D'après le compte 

1. Archives Nationales, ibidem, pièces 16, 22 et 17. La dernière pièce pourrait être 
de Coster, le « bras droit » de Necker. Le comte de Puységur était le ministre de la 
guerre, dans le ressort duquel était l'Alsace. 

2. Une statistique complète est impossible, car il nous manque 17 cahiers des Éve- 
chés et 62 de la Lorraine (Brette, I, p. ci). 

3. Réimpression du Moniteur, 11, 463 (reproduit dans les Archives parlementaires, 
X, 758a). Voir l'article du cahier du clergé de Nancy plus haut, Revue, LXIIl, 201-2. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rendu d'un autre journal, La Fare se serait exprimé d'une manière 
plus générale: « Les cahiers des provinces où les Juifs sont établis 
sont contraires à leur accession aux droits civils et politiques 1 . » 
En dehors de l'évoque de Nancy, un seul député lorrain intervint 
dans la question pendant les deux ans qu'elle traîna à la Consti- 
tuante : Voidel, député du tiers pour le bailliage de Sarreguemines, 
demanda le 23 mars 1790 quelle fût traitée dans une séance du 
matin, — manœuvre dilatoire 2 . Ce qui prouve le mieux que les 
cahiers de la province hostiles aux Juifs ne doivent pas nous 
donner le change sur les sentiments de l'ensemble de la population 
ou du moins que ces sentiments se modifièrent sous l'influence de 
la Révolution, c'est que le décret de septembre 1791 ne fut pas 
mal accueilli en Lorraine. 

Il n'en est pas de môme de l'Alsace. Là, la haine contre les Juifs 
avait des racines plus profondes; c'est la résistance de cette pro- 
vince qui, pendant deux ans, fit échec à la volonté de la «gauche» de 
l'Assemblée constituante et, quand elle ne put plus retarder le décret 
émancipateur, elle refusa d'en tenir compte. On n'est donc pas 
étonné de voir tous les députés alsaciens, à quelque ordre qu'ils 
appartiennent et quelles que soient leurs opinions politiques, se 
liguer contre les Juifs, du prince de Broglie à Reubell en passant 
par Schwendt, et tous invoquer dans le principe le mandat qu'ils 
ont reçu de leurs électeurs. De Broglie, « fidèle aux ordres » de ses 
commettants, « organe du vœu » de toute sa province, soumet à 
l'Assemblée, dans le débat du 23 décembre 1789, l'article de ses 
cahiers qui « trace invariablement» sa conduite 3 . Hell intitule son 
discours : « Mon opinion sur les Juifs, extrait des cahiers dont je 
suis porteur », et commence par reproduire deux articles de ces 
cahiers ; . Enfin, Pflieger atteste « la réclamation universelle des 
communes d'Alsace, dont les députés des bailliages ne font unani- 
mement qu'exprimer le vœu » et, à l'appui de cette assertion, il 
cite en note plusieurs cahiers de la province 5 . 



1. Le Point du Jour, t. V, p. 227. — La Fare a publié son discours en 1790, mais 
nous n'avons pu en trouver d'exemplaire. 

2. Voir Archives parlementaires, XII, 309a. 

3. Opinion, reproduite dans les Arch. pari., X, 779 a. Voir l'article de son cahier 
plus haut, Revue, LXIU, 190-1. 

4. Opinion reproduite, ibid., 777. L'a-t-il prononcée? — Voir les deux articles du 
cahier de Hell plus haut, Revue, LXIII, 188-9. 

5. Réflexions sur les Juifs d'Alsace, par M. P., député de cette province à l'Assem- 
blée nationale [1790], p. 16. D'après Larue, curé de Huningue, Pflieger, qui écrivait 
« très mal en fiançais et pas trop bien en allemand », aurait eu recours, pour la com- 
position de ce libelle, à un écrivain public (Ch. Hoffmann, dans la Revue d'Alsace, X, 
1909, p. 509, n.). 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 107 

Que répondaient à cet argument Les Juifs et leurs défenseurs? 
L'abbé Grégoire, évidemment embarrassé — on était aux débuts 
de la Révolution et il n'avait pas encore trouvé tous ses moyens 
d'homme politique — en appelait de la lettre a l'esprit. « Quelques 
députés des trois provinces mentionnées (l'Alsace, les Evècbés et la 
Lorraine) m'objecteront peut-être que la plupart de leurs cahiers 
tonnent contre les Juifs des demandes restrictives et s'opposent 
à ma motion ; j'espère que ma réponse paraîtra péremptoire. Je 
demande si jamais aucune loi civile pourrait sanctionner des prin- 
cipes contraires à cette loi éternelle qui place sur le globe tous les 
entants du père commun avec l'inviolable faculté d'y vivre, en se 
conformant aux lois des Etats politiques qui les englobent. Vous 
me parlez de vos cahiers ; on sait depuis longtemps que la lettre tue, 
et si, aux moyens proposés par nos commettants pour réprimer 
les usures des Juifs, nous pouvons en substituer de plus efficaces, 
nous inculperont -ils d'avoir fait le mieux lorsqu'ils exigeaient 
seulement le bien * ? » — D'autre part, l'Alsacien libéral qui réfuta 
Reubell en 1790 se faisait fort d'établir que l'opinion des Alsaciens 
à l'égard des Juifs avait été mal indiquée par les cahiers de la pro- 
vince, tant à cause de la partialité des rédacteurs que de l'inex- 
périence des électeurs 2 . 

Il est certain, pourtant, que l'Alsace était, en immense majorité, 
hostile aux Juifs ; elle le prouva eu « se mobilisant» de nouveau 
en mars-avril 1790 pour empêcher l'Assemblée constituante de les 
émanciper. Mais si cette campagne fut nécessaire, c'est que juste- 
ment les cahiers de 1789 étaient déjà comme périmés; la Révolution 
avait marché et l'on ne pouvait plus s'appuyer sur les doléances 
désuètes de l'époque de la convocation. Déjà en décembre 1789, 
le prince de Rroglie, après avoir brandi l'article de sou cahier qui 
« traçait invariablement » son attitude, reconnaissait que, depuis 
la rédaction des cahiers, les circonstances avaient changé et que 
la déclaration des droits de l'homme et du citoyen avait créé une 
situation nouvelle 3 . 

C'était si vrai que l'évêqueLa Fare, qui invoquait son cahier pour 
maintenir les Juifs de France dans leur condition, déclarait n'avoir 
pas de mandat pour leur accorder les droits de citoyens. A quoi 
Rerr-Isaac-Berr, son «concitoyen » juif, lui répondait triomphale- 

1. Motion en faveur des Juifs, p. 27. La Motion a été imprimée, avec la Notice 
historique qui la précède, après le 14 octobre 1789, mais la rédaction en est visible- 
ment antérieure. 

2. Voir plus haut, p. 102. 

3. Opinion, l. c. 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mont: « Vous prétendez ensuite, Monseigneur, que les députés à 
l'Assemblée Nationale n'ont ni mandats, ni pouvoirs des provinces 
pour admettre les Juifs, etc. Mais, Monseigneur, aviez-vous des 
mandats et pouvoirs de vos commettants pour la plupart des 
décrets de l'Assemblée Nationale ? Permettez-moi de le répéter, vos 
commettants d'alors ne sont plus ceux d'aujourd'hui, puisqu'ils 
sont devenus libres ; ils ne pensent plus de même qu'alors, puis- 
qu'ils ont appris à apprécier la liberté; et comme vous avez coopéré 
à tant de décrets, pour lesquels vous n'aviez ni mandats, ni pouvoirs, 
pourquoi voudriez-vous que le cahier de vos commettants ne fût im- 
pératif que pour les Juifs ? Eh ! ne sont-ils donc pas des hommes ' ? » 
Ce cahier rédigé sous l'ancien régime ne vaut pas pour le nou- 
veau. Et voici les mots décisifs : « N'est-il pas possible, même pré- 
sumable, que vos commettants, lorsqu'ils ont fait leurs cahiers, ne 
comptaient guères sur la révolution actuelle et qu'ayant acquis 
pour eux-mêmes cette précieuse liberté, ils auraient également 
acquis l'esprit de cette liberté, pour ne plus vouloir voir sous leurs 
yeux des hommes — quoique Juifs — courbés sous des anciennes 
lois despotiques et barbares 2 ? » 

Cette réponse du Juif au constituant est péremptoire. Après la 
déclaration des droits de l'homme et du citoyen, on n'était plus 
fondé à invoquer les cahiers; l'Assemblée constituante en avait, de 
son premier élan, franchi l'esprit et les tendances. Les cahiers 
étaient faits pour les États généraux, ils n'étaient pas faits pour la 
Révolution 3 . 

(A suivre.) M. Liber. 

1. Lettre du sieur Berr-Isaac-Berr... à Monseigneur l'évêque de Nancy, 1790, p. 11. 

2. Ibid., p. 2. 

3. Qu'il me soit permis d'adresser ici l'hommage de l'amitié et de la reconnaissance 
à la mémoire de Paul Hildenfinger, mort le 23 juin dernier, à l'âge de trente-huit ans. 
Archiviste et bibliographe — il était ancien élève de l'École des Chartes et bibliothé- 
caire à la Bibliothèque Nationale — il a apporté d'utiles matériaux, par ses publica- 
tions de documents et d'inventaires, à l'histoire des Juifs en France au moyen âge et 
dans les temps modernes (Documents relatifs aux Juifs d'Arles, dans la Revue des 
Études juives, XLI et suiv. ; Inventaire des documents de la série Fie relatifs aux 
Juifs, dans la Correspondance historique et archéologique, 1905, 46 et s.). Membre 
de la Commission pour l'étude de l'histoire économique des pays annexés pendant la 
Révolution, il avait donné ensuite plusieurs articles sur les Juifs d'Alsace à cette époque 
(L Adresse de la commune de Strasbourg à V Assemblée Nationale contre les Juifs, 
dans la Revue des Études juives, LVIII, 112; Actes du district de Strasbourg relatifs 
aux Juifs, ibidem, LX-LXlj. Aussi — et il m'est doux de le savoir — suivait-il avec intérêt 
la présente étude, dont la préparation lui doit beaucoup. Car c'était un bibliothécaire 
d'une espèce rare : il facilitait avec une inépuisable obligeance les recherches des tra- 
vailleurs et leur fournissait des références dont l'abondance et la précision faisaient de 
l'informateur un collaborateur. Si ce travail méritait d'être dédié à quelqu'un, ce serait 
à cet érudit consciencieux et probe, doublé d'un esprit fin et d'un cœur excellent. 



LES TROUBLES CONTRE LES JUIFS D'ALSACE 



EN 1848 



Tout le monde sait qu'à la suite de la Révolution de 1848, il y 
eut, en Alsace, principalement dans le Sundgau, c'est-à-dire dans 
la partie méridionale du Haut-Rhin, des troubles dirigés par les 
paysans contre les Juifs. On sait également que la communauté 
de Marmoutier, près de Saverne, fut le théâtre de manifestations 
contre différents habitants juifs et qu'il s'en suivit un procès, qui 
eut un certain retentissement, puisque le Ministre de la Justice de 
l'époque, Adolphe Grémieux, y fut mêlé . Par contre, on ignore 
généralement que des troubles éclatèrent aussi dans d'autres 
communes du Bas-Rhin et que beaucoup de Juifs furent molestés 
assez sérieusement. 

Il vient de paraître une étude sur ce sujet dans la Elsàssische 
Monatsschrift fur Geschichte und Volkskunde , publiée par 
M. Fuchs, de Saverne. L'auteur, M. Stadtler, a voulu démontrer 
que ces troubles ont été surtout provoqués par des causes d'ordre 
purement économique, et non politique ou religieux. Gela paraît 
incontestable; mais, si, d'un autre côté, M. Stadtler prétend que 
beaucoup de Juifs avaient causé la ruine des paysans par leur usure 
et par leur agiotage et qu'ils s'étaient rendus propriétaires de 
contrées entières, il fait preuve évidemment d'exagération, puisque 
la fortune des Juifs était généralement beaucoup moins considé- 
rable qu'on ne l'admet, et que la ruine des paysans n'avait pas été 
provoquée par les Juifs, mais, en première ligne, par les mauvaises 
récoltes des années 1846 et 1847 et par la situation politique et 
économique du pays. 

Quant à l'exposition des faits, l'auteur a complètement omis 
d'indiquer les sources où il a puisé ses renseignements; il ne 
connaît d'ailleurs qu'un nombre restreint des faits qui se sont 



HO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

passés dans différentes communautés de la Basse -Alsace. Il n'est 
donc pas inutile de compléter ce travail. Je suis à même de le faire, 
grâce à l'obligeance de M. Wentzke, archiviste à Strasbourg, qui 
a bien voulu me signaler, il y a quelque temps déjà, aux Archives 
départementales de Strasbourg, un fascicule dans la série M (Police 
politique) qui contient un certain nombre de documents se rappor- 
tant aux événements de Tannée 1848. 

Le commissaire du Bas-Rhin à Strasbourg, Lichtenberger, est 
informé par une lettre du maire de Mulzig, datée du 8 avril 1848, 
que quelques petites manifestations ont eu lieu contre les Juifs. 
Mais, par suite des dispositions prises, ces manifestations se sont 
bornées à quelques carreaux brisés. Néanmoins, dans l'intérêt du 
repos de la commune, où il y a une population juive de 289 âmes, 
le maire croit qu'il serait nécessaire d'envoyer un détachement de 
soldats : leur présence produirait un bon effet. [Pièces justifica- 
tives. I.) 

A Quatzenheim, le maire, Trautmann, apprend également, le 
9 avril, que des désordres sont projetés contre la population israé- 
lite par des gens mal intentionnés de quelques villages voisins et 
qu'ils s'attendent à une agression dans la même nuit du 9 avril ou 
le soir du lendemain. Il ne serait donc pas superflu qu'on se déci- 
dât d'envoyer une petite garnison. Le commissaire lui fait répondre 
qu'il doit s'entendre avec les maires de Hurtigheim, Furdenheim 
et Handschuheim, qui ont tous des armes à leur disposition, pour 
qu'ils lui prêtent main-forte, afin de pouvoir arrêter les malfaiteurs 
à la première manifestation et de les faire conduire à Strasbourg. 
Il est intéressant de connaître les individus qui étaient à la tête du 
mouvement; ce sont les nommés Barthel, sellier à Truchtersbeim, 
George Reinmann, cultivateur à Wibersheim, Arb-Kuntz, journa- 
lier, Lott, domestique du meunier, un autre domestique d'Ant. 
Weiss, Jos. Fritsch, fils de cultivateur, Gintz, menuisier, Nicolas 
Bentz, journalier, et un domestique de Thiébaut Weiss, de sorte 
qu'il ne s'agit là guère de gens qui avaient été ruinés par les Juifs. 

(P./., IL) 

A Brumath, les troubles furent plus sérieux. Dans la nuit du 
Ti au 28 février, vers dix heures du soir, des groupes de malveil- 
lants se formèrent et parcoururent les rues aux cris de : Vive la 
République! et en chantant la Marseillaise ; ils proférèrent aussi 
des menaces contre les employés des contributions indirectes. 
Plus tard, dans la nuit, les groupes se portèrent aussi contre les 
maisons de plusieurs Juifs, Cerf ïhéodor, Elie Moch, Martin Moch, 
Mathias Weil, Henri Veil et Léopold Lévi. Ces maisons furent 



LES TROUBLES CONTRE LES JUTES D'ALSACE EN 1848 111 

dévastées, pillées et saccagées et des menaces de mort furent pro- 
férées contre leurs propriétaires. Pour maintenir l'ordre et la tran- 
quillité dans la commune, le maire de Brumatb demanda, lui aussi, 
de la force armée, « car une partie du peuple est tout en furie ». 
[P. J., III.) 

Cette affaire de pillage fut jugée par le tribunal de police correc- 
tionnelle de Strasbourg, le 19 avril 4848. Jean Goetz, fui condamné 
à huit jours de prison; Georges Goetz, acquitté ; Geolfroi B^ntz fui, 
également puni de huit jours de prison; Chrétien Reiminger, de 
quinze jours ; Joseph Martz, d'un mois (destruction de clôtures] ; 
Joseph Kiener, de deux mois (ide??i); Jean North, de quinze jours 
(violation de domicile) ; Jacques Baumann, de deux mois. (P./., IV.) 

M. Sladtler parle également des troubles de Marmoulier, 
Westhofen, Hochfelden, Marlenheim (?) Saverne, mais sans donner 
de détails. Des notices manuscrites doivent, du reste, se trouver 
encore dans certaines familles juives de la Basse Alsace. 

L'année de 1848 devait amener d'autres inquiétudes encore pour 
les Juifs alsaciens. La nouvelle Constitution avait été proclamée le 
12 novembre, et, un mois après, le 10 décembre, le prince Louis 
Napoléon fut élu Président de la République. Dès que ces événe- 
ments furent connus en Alsace, des bruits furent répandus de 
nature à inquiéter la population juive. Aussi le Ministre de l'Inté- 
rieur, J. Dufaure, s'empressa-t-il d'écrire au préfet du Bas-Rhin, le 
20 décembre, de prendre toutes les mesures propres à rassurer 
ceux que l'inquiétude aurait pu gagner et de faire comprendre que, 
si l'autorité pouvait changer de mains, il y avait des principes 
qu'aucune autorité au monde ne saurait méconnaître. (P. /., V.) 

C'est surtout dans le Sundgau que ces bruits paraissent avoir été 
répandus, de sorte que les Juifs se disposaient, en grand nombre, 
à émigrer en Suisse, comme aux mois de février et de mars de la 
même année. L'irritation fut si grande, qu'on chercha à se pro- 
curer des armes en Suisse et qu'on menaça d'incendie les habitants 
de ce pays qui accorderaient asile aux émigrants. 

Le gouvernement de Berne donna les ordres nécessaires pour 
faire interner les familles juives qui se réfugieraient dans le. 
canton et pour empêcher, autant que possible, la vente d'armes et 
de munitions. 

Le chargé d'affaires de la confédération suisse à Paris crut 
devoir appeler l'attention du Ministre de l'Intérieur sur ces faits, 
par lettre datée du 27 décembre, et lui fit observer que, malgré 
leur bon vouloir, les gouvernements suisses ne pourraient proba- 
blement assurer qu'un refuge temporaire aux Israélites fugitifs, 



H2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans la crainte « qu'un séjour prolongé n'excitât le mécontente- 
ment de leurs propres ressortissants, souvent victimes eux-mêmes 
de l'avidité et de l'astuce des Juifs ». (P. «/., VI.) 

Le Ministre fit transmettre cette lettre aux préfets de l'Alsace et 
leur recommanda de ne rien négliger pour assurer la sécurité des 
personnes et la liberté des consciences et de se concerter, au 
besoin, avec l'autorité militaire. Toutes ces craintes furent inu- 
tiles. L'ordre ne fut pas troublé. (P. «/., VII.) 

Guebwiller, mars 1912. 

M. GlNSBURGER. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



Mutzig, le 8 avril 1848. 

Le Maire de la Ville de Mutzig, 
à Monsieur le Commissaire du Bas-Rhin à Strasbourg. 

Monsieur le Commissaire, 

Je viens vous informer que quelques petites manifestations contre les 
Juifs ont eu lieu ici hier soir, qui par suite des dispositions prises, se 
sont bornées à quelques carreaux brisés. A minuit la ville était tout à 
fait calme et tranquille ; cependant je crois que tant dans l'intérêt du 
repos de notre commune, où nous avons une population juive de 
280 âmes, que dans celui de la conservation des forêts du val de la 
Bruche, où, d'après ce que le Garde Général de Haslach m'a dit aujour- 
d'hui, les délits recommencent de plus belle, il serait nécessaire de nous 
envoyer un détachement de troupes ; leur présence, j'en suis persuadé, 
produirait déjà un bon effet. 

Agréez, Monsieur le Commissaire, l'assurance de ma parfaite considé- 
ration. 

Kiener. 

II 

Au citoyen Lichtenberger, commissaire du gouvernement à Strasbourg . 

Honorable concitoven, 
Ouvertement menacés dans notre commune, depuis une quinzaine 
de jours, de désordres projetés sur notre population israélite par un 



LES TROUBLES CONTRE LES JUIFS D'ALSACE EN 184S 113 

concours de gens mal intentionnés de quelques villages voisins à la tête 
desquels se trouve entr'autres le nommé Barthel. sellier de Truch- 
tersheim, mais surtout comme chef avoué le nommé George Reinmann, 
cultivateur à Wibersheim, je fus prévenu sous mains déjà jeudi dernier, 
qu'une surprise nous était ménagée pour la nuit passée, j'eus soin 
d'ébruiter la chose de manière à porter à la connaissance des agresseurs 
que leur projet était connu et que nous nous tenions prêts à les recevoir. 
Malgré cela, voici ce qui eut lieu : Hier soir, après neuf heures, une partie 
des malveillants de la commune de Truchtersheim après s'être réunis 
à l'auberge du nommé Jos. Schreiber, dudit lieu, au nombre d'environ 
quinze, armés de faux, de fourches et de quelques fusils et parmi lesquels se 
trouvaient, d'après des renseignements assez précis, les nommés Barthel, 
sellier, Arb. Kuntz, journalier, Lott, domestique du meunier, un autre 
domestique d'Ant. Weiss, Jos. Fritsch, fils de cultivateur, Gintz, menui- 
sier, Nicolas Bentz, journalier et un domestique de ThiébautWeiss, se sont 
mis en route et sont arrivés à un rendez-vous, à Wibersheim, chez le 
nommé George Reiumann, d'où après avoir vainement attendu les ren- 
forts des communes voisines, ils se sont retirés à Truchtersheim vers 
trois heures du matin. D'après des dires qui me parviennent en ce 
moment, nous pourrions nous attendre à une agression cette nuit même 
ou demain au soir. Il ne serait donc nullement superflu, honorable conci- 
toyen, si l'on se décidait à nous adresser une petite garnison militaire. 
Recevez, honorable citoyen, l'assurance de mon dévouement et de mes 

sentiments distingués. 

Trautmann, maire. 

Quatzenheim, le 9 avril 1848. 

P. S. — Gomme on veut m'assurer que le citoyen Gloxin se trouve à 
Wasselonne, je prends le parti de lui adresser copie de la présente afin 
qu'il puisse prendre telles mesures qu'il jugera à propos à notre égard 
dans les circonstances présentes. 

Écrit le 10 avril, répondu à M. le maire de Quatzenheim qu'il y a dans 
sa commune quarante fusils, qu'il doit s'entendre avec le maire de Hurti- 
gheim, Furdenheim et Handschuheim qui ont tous des armes à leur 
disposition, pour qu'au premier signal ils lui prêtent main-forte, que 
puisqu'il a le bonheur de connaître les meneurs, à la première mani- 
festation, il doit les faire arrêter et conduire à Strasbourg, que je l'y 
autorise formellement. 



m 

Brumath, le 28 février 1848. 

Mon commandant, 
J'ai l'honneur de vous informer que des excès déplorables se sont 
passés dans la nuit du 27 au 28 dans la commune de Brumath, vers dix 
T. LX1V, w« 127. $ 



i 1 4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

heures et demie, des groupes de malveillants se sont formés, ont parcouru 
les rues aux cris de vive la République ! et en chantant la Marseillaise, 
ont proféré des menaces contre les employés des contributions indirectes, 
mais ils se sont bornés quant à ceux-ci de jeter des pierres contre leurs 
habitations, la gendarmerie isolée, mollement soutenue et se voyant bien 
trop faible contre le nombre et la force des attroupements, a jugé à 
propos de n'intervenir qu'en paroles de conciliation pour éviter de plus 
grands malheurs. 

Plus tard dans la nuit, les groupes se sont portés contre les maisons 
de MM. Cerf Théodor, Elie Moch, Martin Moch, Mathias Weil, Henry Veil 
et Léopold Lévi, s'en sont emparés par force, ont tout dévasté, pillé, 
saccagé en proférant des menaces de mort. Les six dénommés tous Israé- 
lites les plus riches de Brumath. 

Ils avaient aussi l'intention d'attaquer le percepteur, les notaires, le 
Receveur d'enregistrement, le Maire et le juge de paix, n'ayant plus pu 
exécuter ces projets ils les ont réservés pour la nuit prochaine, on en 
parle partout en ce moment. Ils menaçaient aussi le directeur de l'éta- 
blissement de Stephansfeld et de rompre une digue qui a été faite au 
chemin de fer, de sorte qu'il est urgent que nous soyons renforcés par 
de la force armée, ou il ne nous sera pas possible de maintenir l'ordre et 
la tranquillité dans cette commune, car une partie du peuple est tout en 
furie. 

J'ai l'honneur d'être, mon commandant, votre très humble subor- 
donné. 

Le brigadier, 

La MME R. 

Veuillez me dire ce que je dois faire en ce moment, si je dois com- 
mencer une information sur ces faits, mais je crains que si je le fais que 
la haine se porte envers moi et qu'on viendra nous attaquer à la caserne. 

IV 

Pillage à Brumath. 
parquet Strasbourg, le 20 avril 1848. 

DU 

TRIBUNAL DE STRASBOURG 

Monsieur le commissaire du gouvernement, 
J'ai l'honneur de vous faire connaître le résultat des poursuites dirigées 
contre plusieurs habitants de Brumath qui s'étaient permis de commettre 
des dévastations chez des Israélites de la même commune, sans néan- 
moins se livrer au pillage. Cette affaire a été jugée hier par le tribunal 
de police correctionnelle de cette ville. Goetz Jean a été condamné à huit 
jours de prison; Goetz Georges, acquitté; Bentz Geoffroi, huit jours; 



les Troubles contre Les juifs d'alsacè en 18V8 lis 

Hcimingcr Chrétien, quinze jours ; Martz Joseph, un mois (dcslruction de 
clôtures); Kiener Josepli, deux mois (idem); North Jean, quinze jouis 
(violation de domicile) ; Baumann Jacques, deux mois. 

Je suis avec respect/Monsieur le commissaire du gouvernement, votre 
très obéissant serviteur, 

Le Commissaire du gouvernement 
près le tribunal de Strasbourg, 

L. Carl. 



REPUBLIQUE FRANÇAISE 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ 
MINISTÈRE DE L 'INTÉRIEUR 

— Paris, le 20 décembre 1848. 

Cabinet du Ministre 

Monsieur le Préfet, j'apprends qu'on répand dans l'Alsace des bruits de 
nature à inquiéter la population juive qui s'y trouve : on chercherait a 
faire croire à des intentions malveillantes à l'égard de cette population. 
Je n'ai pas besoin de vous dire combien de pareilles suppositions sont 
absurdes, je vous prie instamment de prendre toutes les mesures propres 
à rassurer ceux que l'inquiétude aurait pu gagner : faites comprendre 
que si l'autorité peut changer de mains, il y a aujourd'hui des principes 
qu'aucune autorité au monde ne saurait méconnaître; accordez une pro- 
tection constante à tous ceux dont la sécurité ou les intérêts pourraient 
la demander. 

Agréez, Monsieur le Préfet, l'assurance de ma considération très dis- 
tinguée. 

Le Ministre de V Intérieur, 

J. DUFAURE. 

M. le Préfet du Bas-R.iin. 



VI 

Le Chargé d'affaires de la confédération suisse 
au Ministère de V Intérieur» 

Paris, 27 décembre 1848. 

D'après un rapport parvenu au conseil fédéral suisse, il se préparerait 
en Alsace, un nouveau mouvement contre les Juifs dont un grand 
nombre se disposerait à é migrer en Suisse, comme aux mois de février et 
de mars derniers. L'irritation serait telle que dans le Sundgau (Haut-Rhin) 



'b' 



H6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

on chercherait à se procurer des armes en Suisse et mes compatriotes de 
la frontière seraient même menacés d'incendie, dans le cas où ils accor- 
deraient asile aux émigrants. 

Le gouvernement de Berne a transmis les ordres nécessaires pour 
faire interner les familles juives qui se réfugieraient dans le canton 
et empêcher, autant que possible, la vente d'armes et de munitions. 
Des instructions analogues ont été données dans les autres cantons 
fron tiers. 

M le Ministre de France à Berne a été avisé de cet état de choses et des 
craintes légitimes qu'elles inspirent. Je dois également avoir l'honneur, 
Monsieur le Ministre, d'appeler sur ces faits votre sérieuse attention et 
faire observer que, malgré leur bon vouloir, les gouvernements suisses 
ne pourraient probablement assurer qu'un refuge temporaire aux Israé- 
lites fugitifs, dans la crainte qu'un séjour prolongé n'excitât le méconten- 
tement de leur propres ressortissants, souvent victimes eux-mêmes de 
l'avidité et de l'astuce des Juifs. C'est assez vous dire, Monsieur le Ministre, 
les graves difficultés que les gouvernements suisses auraient à sur- 
monter le cas échéant, pour éviter des excès qu'ils regretteraient pro- 
fondément. 

J'aime toutefois à espérer que les craintes exprimées sont exagérées et 
que dans tous les cas le Gouvernement delà France en fera disparaître la 
cause par de promptes et énergiques mesures. 

La considération d'urgence m'excusera auprès de vous, Monsieur, si je 
n'ai pas fait suivre à cette communication la marche diplomatique ordi- 
naire. 

J'ai l'honneur, etc. 

VII 

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ 
MINISTÈRE DE LTNTÊRIEUR 

— Paris, le 29 décembre 1848. 

Direction 
de la 
Sûreté générale 

1 er Bureau 

Monsieur le Préfet, je vous transmets ci-joint copie d'une dépêche qui 
m'est adressée par M. le chargé d'affaires de la Confédération Suisse, au 
sujet du nouveau mouvement qui se préparerait en Alsace contre les 
Juifs, dont un grand nombre se disposerait à passer en Suisse. 

Les détails contenus dans cette dépêche vous mettront à même d'ap- 
précier les mesures de précaution qu'il serait nécessaire de prendre dans 
l'intérêt des personnes menacées. Déjà à la suite de la Révolution de 



LES TROUBLES CONTRE LES JUIFS D'ALSACE EN 1848 117 

Février, les populations de l'Est se sont portées à des sévices et à des vio- 
lences contre les citoyens qui professent le culte Israélite : de pareils 
excès ne sauraient se renouveler impunément, il est de l'honneur et du 
devoir de l'administration d'assurer la sécurité des personnes et la liberté 
des consciences. Je vous recommande de ne rien négliger à cet égard et 
de vous concerter au besoin avec l'autorité militaire, vous voudrez bien, 
au surplus, me faire part des renseignements que vous aurez recueillis 
et des dispositions que vous aurez été dans le cas d'adopter. 
Agréez, etc. 

P. S. — Je reçois votre lettre du 22 décembre qui contient à ce sujet 
des détails rassurants. Je suis satisfait d'apprendre que rien en ce moment 
ne justifie les craintes qu'on avait exprimées, et que, d'ailleurs, vous êtes 
en mesure de faire face aux éventualités. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE 

DE PARIS 
PROVENANT DE LA GUENIZA DU CAIRE 

(FIN 1 ) 



VII. Histoire. 

A. 1. Comparaison de Genèse, x, et I Chroniques, i et n. 1 f. in-4°. 
Début: rrrnanm ns'Hn ; fin : mn vnrtn ^b^- Écrit, carrée. 

2. Morceaux d'histoire juive, en arabe. Début: « L'an III du règne de 

Yoiakim, roi de Juda » ; fin : VJSON 13N5N pi. Écrit, afric. 1 f. 

3. Récit de guerre, en arabe, prose rimée. Début : "ao 1 * IN^tn ^121 *b 

D^nnb». Écrit, orientale. 1 f. mutilé du bas. 

4. Meguillat Esther n"y (sic), en tête des pages, sauf le titre Inb^a 

umona au 1 er verso ; en arabe. Écrit, orientale. 4 ff. ; rubriques 
en rouge. Début: 'WnJn "OT* nnnN ; fin: fcoa'zn p"Hm. 

5. Morceaux d'une histoire d'Esther, en arabe. Écrit, presque carrée. 2 ff. 

Début: rrssts mnpi nn^ai ; fin : ...»Kn ûttanm (?). 

6. Pages relatives à Jésus, en hébreu. Début: n&npi "pbïi a^rûl ; fin : 

"ps^n 'fb' 3 JPjtt" 1 rrîbi. Écrit. Raschi. 4 ff., 2 mutilés. 

7. Siège de Jérusalem par Titus, en arabe. Écrit, carrée. Publié par 

Richard Gottheil dans les Mélanges Dérenbourg (p. 92-94). Début : 
nsjabN nnn "»s ; fin: ï«dd vânn ib. 1 f. 

8. Morceaux du Yosippon relatifs au siège de Jérusalem par Titus; 

correspondant aux chap. 82 fin, 83 commencement et 91 de l'édi- 
tion Varsovie; plus étendus que dans l'édition princeps. Début : 
■»att5T mïna DK *D1 ; fin : rsTn y-vn n«. Ecrit, carrée. 2 ff. 
in-4°, le 1 er parchemin, cassé. 

9. Fragments d'histoire. Début: D^Nn rwrra riD13 rWinnb ; fin : irrona 

D^-HBI lTOID *7N73 Pian. Écrit. Raschi. 5 ff'. très mutilés. 

i. Voyez Revue des Études juives, t. LXIl, p. 107 et 267, et t. LX1II, p. 100 et 276. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 119 

10. Fragment d'une liste de savants juifs, en arabe. Écrit, orientale. 

Titre : a^btrittr Début : Ittbttn n^zn ; lin : I^Na IBBaîl ÏW»\ 
11 et 12. Divers Tannaïm ; en arabe. Écrit, orientale. Feuillets 6 à 10. 

La moitié inférieure de chaque page manque. Début : D'WanbN }73 

1735D (?) ^bK. 

13. Liste de Tannaïm. Écrit, africaine. Copie commencée. Début : 

■>KDï p f-rm '1 ; fin : Èraan ...D^pr wyn-o. 1 f. 

14. Un feuillet (290) du Fnsba 'o, donnant une liste de Tannaïm. 

Début : ims tnDiabE'i n;n by im»; fin : DW«a ^nEiaa rtnaw. 

15. Même sujet, en arabe. Écrit, carrée. Début: ">b* TfcbH ^îo ÏTOb ; 

fin : fnatta wa*... 2 ff. 

16. Sur les auteurs du Talmud ...S"t "patt NTniB '") aroi. Au verso 

modèle d'écriture judéo-espagnole. Début : ~ir t D^pn (?) a?anN 
't tp paw p"Ba du: ; fin : «tf-irt *j7aT3 . 1 f. 

17. Pièce relative à la synagogue des Schamin, Palestiniens du Caire. 

Publiée par Bernard Schapira, Mélanges Dérenbourg (p. 121-130). 

1 f. gr. fol 

18. Rôle d'un président d'académie rabbinique, lettre en arabe, à Aaron 

Hazan; en-tête nrïï^n po. Début : "Jim "priN -»"» ; fin : "«rpBl 
^b 5 ! ^b ipn. Au verso, 3 lignes du Coran. 1 f. 

19. Deux récits de jugements ; fragments. Écrit. Raschi. Début: l?2£ya 

^btta «bi Tina ; fin du second morceau : VSBbn ïin;?:n -naynv 

2 ff. 

20. Délivrance d'un danger au temps des Croisés, aibat ^22. Écriture 

carrée. Début : "iba^pl Wp D^KSST ; fin : "piat (?) l73""Bn niMafciri 

cnb. 1 f. 

21. Épisode heureux d'un drame arabe; complet en 2 ff. En tête ipnsbN. 

Début : 0"3> Wab*b» Ï5«p ; fin : abitt a>pi ^B Mina "JE. 

22. Morceau sur parchemin d'un texte historique, en arabe ; écriture 

rabbinique, daté du 1 er Dou'l kada 517 de l'Hégire, ou (1)435 des 
contrats (=1124 de J. C). Début: n372CT (?) D^iabôO "W7 ; fin : 
"nbrs m.'. (?) ...îafit 1 f 

23. Récit d'une mise en interdit, en arabe. Écrit, presque carrée. Début : 

^B o^pa Dmvrt... ; fin : NaaNnsN i?a (?i woj^, 1 f. abîmé 
du haut et du bas. 

24. Action de grâces pour célébrer la fin d'un danger. Écrit, carrée. 

Début: n-pma naT»« '12- 'Ma; fin: D'ropn b'y nnb avibana. 
V° en arabe. Suite du récit d'un fait survenu « l'an îsn », répon- 
dant à « Tan . ..'pnbm t|b« . Début : anau: m? "»rr "nin ; fin : 
■piBftri mab enn. 1 f. 

25. Affaire locale (? . Début: KDbnb ^irpb.îW» aina ; fin: PIN naa 

atab pimai ...mon ^wyr. 1 f. long. 

26. Fragment (5 lignes très larges), concernant le Caire, en arabe. 

27. Fragment de lettre au Gaon Juda Tnn ou mrn. Écrit, carrée. Début: 

■jm bi»anb Dïbia ; fin : TT.h'ni ..."pnKm. 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

28. Réclamation adressée à la communauté juive du Caire par Méir b. 

Naïm, au sujet de la vente des cédrats. Écrit, africaine. Début : 
ea-nxn y-us ba ma ; fin : arn "j -psa tjuh. i f. 

29. Demande à une communauté. En arabe. Écrit, rabbin Début: 

D^ann ^nsTa... i f. 

30. A la mémoire de divers bienfaiteurs. En arabe. Écrit, carrée. Début : 

na "usrr tppns ; fin : nié ...rua -orna, i f. mutilé. 

3t. Participation à la caisse des pauvres. En arabe. Écrit, rabbin. Début: 
■O-TÛ GPnxsbK l^ia (?) ; fin : ..'.tpan 'N (?) tr*n. 2 ff. in-16°. 

32. A Salomon, instituteur, fils de R. Elie juge, petit-fils de R. Zacharie. 

Au-dessous, des vœux disposés en forme de chandelier. Écrit, 
carrée et rabbin. 1 f. 

33. (Possesseur ?) Abou'l Madia Alatar et ses trois frères, nommés au verso, 

agissant pour Jacob b. Israël, dont le nom se trouve en l re ligne. 
Est cité : Hiskia ben Saadia. Ecrit, carrée. 1 f. et 1 fragment. 

34. Samuel b. R. Sokhania, Isaïe b. R. Daniel ben Ahwath Gaon. — C'est 

tout le contenu d'un fragment de parchemin. 

35. Vœu à propos d'une Mila (?) par R. Efraïm b. Safian. Écrit, carrée, 

ombrée. Fin: "J73M a^aiia . ..nsinbl. 1 f. parchemin. 

36. Pétition d'un pauvre à une communauté juive du Caire. Écrit. 

rabbin. Début: TDTK ">"■» -non ; fin : inbï-ïn ba 3^aiv 4 f. 

37. Epithalame pour le mariage de Joseph Halévi Manassi avec Sultane 

Fasat. Écrit, africaine. Début : ï\OV mnan PDinb ; fin : ta j72" , ir'* 
i-nasaai D"nsao û^nb^. 2 ff. longs. 

38. Attestation pour le « vénéré Aris, fils du vénéré Amram », écrite à 

l'angle inférieur de gauche d'un cahier de trois ou quatre feuillets 
collés ensemble. Écrit, rabbinique. 

39. Lettre de rîb*i;.n iaan p TVï. En arabe* sauf la première ligne, 

compliments d'usage, en hébreu. Écrit, rabbin, presque carrée. 
Fin : r»*W (?) ttOSJ . 1 f. 

40. Inscription d'une naissance à Safed le 2 Kislev 5474 (décembre 1713) 

et d'un décès la veille de la néoménie d'Adar I 5480 (=1720), 
à la suite d'une note talmudique. 1 f. in-12°, sur carton. 

41. Rapport d'un chef de comité, en arabe. Cite Abu Saad ibn Hassvun. 

Écrit, carrée. 1 f. gr. fol. 

42. Certificat de vie. Écrit, africaine. 1 f. longin-8°. 

43. Demande de secours à la communauté de Belbis (Egypte). Au verso 

signent, entre autres, le Rcis Abul Dana, Abu "^biûbN et son fils, 
puis Abu Mansur et ses fils. Écrit, rabbin, primitive. In-4°, abîmé. 
.44. oavaSK nb^aa, texte araméen. 1 er et dernier feuillet d'un cahier. 
2 ff. in-8" oblong. Écrit, carrée, vocalisée. 

B. 1. Morceau du roman d'Antar, en arabe. Spécimen publié par 
Richard Gottheil, dans les Mélanges Derenbourg, p. 100. Écrit, 
orientale. 18 ff. in-12°, dont un mutilé en haut. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 121 

M 

2. Conte dialogué entre Hassan, sa femme et un enfant ÛttJn noa, en 

arabe. Écrit, rabbin. 2 tf. in-12° (ff. 26 et 27). 

3. Roman en arabe. En tète, après nbb iwnb», ces mots : p -pJltri ^3N 

tano qoa -D"0 -io*a "anTa ^coa {rie) iwp —i^n *D2 (sic) bia 
1990, en écrit, rabbin. Texte en écrit, orientale, pâlie. Début : 

...rrona ; fin : D^san m-i»* 3an, en 4 ff. in-12 . 

4. Morceau de roman arabe. Écrit, orientale. Début : N»bi tt^ïKEnw 

ÏT?b« HaXN ; fin : »bl *|b^ D n»l* lb. 2 ff. in-12°. 

5. Roman, en arabe ; vers et prose. Écrit, orientale. Premier vers : 

Dababa nfiuro nmâ N-b iiasNi ; fin : "nyia nfinaMbu n*in. 

2 ff. in-4°. 

6. Morceaux de romans en arabe. Extraits poétiques, séparés par le titre 

— )*©. Écrit, orientale pâlie. Fin : PÉ03N NiNn bip-» brii. 
4 ff. in-4». 

7. Morceaux de roman en arabe. Écrit, africaine. Début: *"in&N bau 

iTanba DTNbi ; fin : jn nbb« nu: "jn \^n nmnpi. Au bas de la 
dern. page : a«ab» b?aa. 2 ff. 

8. itf. Même écrit., plus cursive. Début: (?) aniDfi ...(?) rrmibw nb&tl 

bfcON^bN ; fin: DWb«D raimbb islni. 4 ff. longs, dont le 1 er 
n'a que la moitié supérieure, les 2 suivants mutilés. 

9. Morceau de roman, en arabe, peu lisible. 2 ff. in-4*. 

10. Conte de magie. L'auteur cite : DNtfjbN D^p. Écrit, orientale. Début : 

*pNa rpb* ywmN basr ; fin : inb bNpi yôsti n-mac. 1 f. 

C. 1. Légende d'Abraham, en arabe. Écrit, orientale presque carrée. 

Début : npia^tt tiani -jn^NO ; fin : o^baN DNba yn nriTaa yros 

•pybbN. 4 ff. 
2 et 3. Légendes sur Abraham et Joseph, en arabe. Écrit, orientale 

moderne. En tête : ira» DmaN narp et T\o^ nsrp ; fin : nriNn 

inb "p-ttNO aaia -lia?. Feuillet n du premier récit et f. N du 

second. 2 ff. in-8°. 
4, 5. Nemrod et Abraham. Légendes en arabe. Écrit, africaine. 2 feuillets 

pour le premier récit, et 2 ff. (11 et 18) du second. 4 ff. 

6. Maassé Yosef, en arabe. Écrit, orientale. Début : "înb ibNp DiaiiN 

ÊObip inb» ; fin : ^Sn n-« piNlb qo"P bNp ^d. 1 f. in-12°. 

7. /rf., écrit, analogue. Début : npby 1TN3 N73S ">d pnabN ; fin : (?) Nbr 

->B pno abfi*... 2 ff. in-12°. 

8. Ici., id. Début: '"SJtta orna» "un mia ...ta^batti nN ; fin : 

brm i»a in npn 'r?N N3*iao73. 1 f. in-4°. 

9. Histoire de Hannah, en vers arabes ; 15 strophes séparées par le terme 

nbat\ En tête : nsn nitip. Écrit, africaine. 1 f. in-4°. 
10. Id. y en quatrains arabes, terminés de même par nbir"\ En tête : 

■»anyb«a rrjn n^rp ; fin : bfiwaabs iint pasn sr»b« ïi^S^i narrait. 

2 ff. mutilés d'un cahier, défectueux du milieu, 
il. Fragment de légende sur les Macchabées. En arabe ; écrit, orientale. 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Début : faabs rmaï "p ^y nbpi ; fin : ^s tP'rab ïes* n^D^ 
W1TM Û^pb. 2 ff. petit in-4°. 

12. Zd. Yohanan [Macchabée] et ses cinq fils. Écrit, presque carrée. 

Début: nabp ^d -np .*7NE*lbN ; fin: ïrnnn m pk... If. in-4°. 

13. Histoire légendaire de R. Pinhas b. Yaïr. Écrit, rabbin. Début: 'bpi 

i3*an nana ûvran... «in; tin: ta^aint n"nn CTn a"nNi. 
2 ff. in-12°, entamés du haut. 

14. Morceau du nan^" 1 'D, selon l'en-tête « légende de Nahum Gamzu ». 

Écrit. Raschi. Début: 'pa^yn btfJ ...^t35(T)ri Tpm... ; tin: vm 

rnmaan mmp»m nmsan ta^n te prime, i f. mutilé 

à droite. 

15. Pèlerinage d'un rabbin sur la tombe de R. Juda b. Alfaï, à Ein- 

Zeitoun ; rencontre d'un douanier de Sàfed, nommé Sabtaï. Écrit. 
Raschi. Début: ifinb... Tin a^ïî ; fin: flbTrba... HNiS"» abi. 
1 f . à 2 col., in-16°. 

16. Conte de l'Égyptien et du Rifin, en arabe. Écrit, orientale. Début : 

•'B'nb&n iiattaba nisp nawroa ^inaa ; fin : "pa T'ôa ipa^ tnn 
i-nwnb. 1 f. in-12°. 

17. Légende de l'ange Michel. Écrit, carrée. Titre : y''"? P nD « Début : 

Ton bfiO"»» "iTaam Ninn na>3. Au bas : Nirp pns. Puis, après 
une lacune d'un mot ..."^"in b* pnsm ....."WD p. 1 f. in-4°, 
mutilé au bas à gauche. 

18. Légendes relatives à R. Méir et à R. Akiba. Morceau initial et 

morceau final d'un cahier, troué au milieu. Écrit, rabbinique. 
Début : rpss -vyn ïimn n» b? nx?a ; fin : '3>d 'a ims û^snïïi 
D-pa. 2 fi'. in-12°. 

19. Légendes en arabe. Écrit, orientale. Début : pa maapriDN ..-873381 

bttpi ; fin : îïiafirô a>pi ...ïTiatàbK. 4 ff. in-4°, mutilés. 

20. Histoire du sultan Zein, en arabe. Écrit, orientale. Début: ,nyi 

...Nïwan ; fin : inT2 aba *pn bn i^n misas. 2 fi". in-i2°. 

21. Apocalypse messianique. Écrit, presque carrée. Début : "^N D7aibtt5i 

SiniD^b ...npb; fin (pâlie) : ...bi ab»vpb by... i f. mutilé, 
en haut à droite. 

22. Apocalypse messianique. Écrit, rabbin. Début : ï-rnTarr/a ûViya Din 

nTan bu:. En marge, après une note, û^niûi û^as ""Ta*, une nrwn 
par ^a"T "TOCa apan p î-JTab;:;. 2 fi". in-4<>, trous. 

23. Ici., en arabe, relative au prophète Jonas. Début : "idp5b naaba "pa 

Dnaisa ; fin : û^isban NKaasbK ban nanawi. Écrit, presque 

carrée. 1 f. in-4°. 
24-27. Fragments de légendes, en arabe, dont 2 sur parchemin. 
28. Ici., en arabe; dires de "ïnb*. Début: ^"PXD pamn» N" 1 "fan*!». 

Fin : b«pi ann wa biias. 2 ff'. in-4°. 

D. 1. Acte de fiançailles entre Mahfouz b. Menahem et Fadila fille 
d'Abraham ben Meschoullam, au Caire, Tan 1360 de l'ère des 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 123 

Séleucides (= 1049). Ecrit, carrée, calligraphiée. Déchiré au bas 
à droite. 1 f. in-fol. (publié dans Ii. E. /., XLVII, 300). 

2. Acte de divorce entre Gedaka ben Mosché et M fille de , en 

chaldéen, de Tan 1377 des Séleucides (= 1066), à Fostat. Petite 
écrit, carrée. 1 f. in-8°, sur parchemin, trous. (H. E. J., LVI, 128\ 

3. Acte (de mariage ou de divorce?) entre Méir b. Sam et , à 

Fostat, l'an 1564 (=1252). En chaldéen. Écrit, semblable. 1 f. 
in-8°. (Ibid., 129.) 

4. Convention à propos d'héritage, Tan 1338 des Séleucides (= 1027), en 

arabe ; signée : Joseph ben Jacob, et Yéphet ben David Cohen, 
Hazan. Écrit, carrée égyptienne. 2 ft'. in- 4°. 

5. Règlement de compte, en arabe. Belle écrit, carrée. 1 f. in-4°, parch. 
G. Contribution de douaire, en arabe. Ecrit, orientale. Fragment in-4°. 

7. Convention, vente à réméré, en arabe (publiée dans R. E. J., LVI, 

234-7) ; longue col. in-fol 
8-16. Enregistrements de fiançailles, in-4° ; les uns sur 2 colonnes. 
17-29. Contrats de mariages, plusieurs par fragments, dont un sur 

parchemin, daté d'Adar II 1402 de l'ère des Séleucides (= 1091). 

In-4° et in-fol. 
30-31. Mariages par procuration. Chaque pièce in-4°. 
32-33. Apports en dot; en arabe. 1 gr. in-8° et 1 in-4°. 
34. Mariage contesté, protestation en arabe. Écrit, rabbin, primitive. 1 fol. 

in-4°, déchiré. 
35-41 . Actes de divorce, dont l'un fragmentaire. In-4° et in-fol. 

42. Ajournement de divorce pour défaut d'enfant, l'an 5486 (=1726), in-4°. 

43. Acte de lévirat. Écrit, orientale ; versets bibliques en lettres carrées. 

1 f. in-4°. 

44. Reprise des biens du défunt par sa veuve ; en arabe. In-4°, sur 

parchemin déchiré. 

45. Fin d'un contrat, daté de Heschwan 1410 des Séleucides (= 1099), 

à Fostat. Signé : Moïse ben Lévi Nathaniel "HDSîn. Fragment in-8°. 
46-47. Partage de biens. Écrit, africaine. Chaque pièce in-8°. 
48. Acte de participation au bénéfice d'un commerce. Ecrit, pâlie, in-8*, 

trous. 
49-53. Règlements de compte ; liquidations. Chaque pièce in-4". 
54. Transmission de revenus, l'an 537 (=1777). Écrit, rabbin. in-4° oblong. 
55-56. Inventaire de biens d'une veuve ; une pièce in-8° long et une in-4°. 
57-59. Inventaires après décès du père, in 4° et in-8°. 

60. Nomination du tuteur; en chaldéen. Écrit, rabbinique. In fol. 

61. Différend à propos d'une succession. Écrit, africaine. 1 f. in-4°. 
62-71. Reconnaissance de dettes, ou de prêts d'argent. In-8° et in-4°. 
72-79. Jugements et consentements à un accord. In-4° et in-8°. 

80. Constatation d'un dépôt de valeurs au Caire, l'an 5415 (1655). Signé 
par £zn:N?3 (sic), ID^TTJON, et deux témoins. Écrit, orientale. 2 ff. 
in-4°, dont 1 blanc. 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

81. Contrat de vente entre le cheikh Mahrab et le cheikh nbbfitiTO, en 

arabe. Caractères carrés. Au 2 e folio, courte prière pour les 
juges 2 ïï. in-8°. 

82. Cession de terrrain par Jacob ïr^pia à Isaac Babaz, avec pleins 

pouvoirs d'agir contre Moïse Ben Sam. lblb*. 1 f. gr. in-4°, entamé 

du haut. 
83-90. Règlements de comptes. Pièces in-4° et in 8°. 
91-101. Actes divers d'association. In-4° etin-8°; plusieurs pièces déchirées. 

102. Convention entre deux communautés religieuses, Hébron et 

« après discussion avec AbbaMéir ». Envoi signé : yb^n (?) mï3>. 
Écrit, africaine ; encre pâlie. 2 if. in-4°. 

103. Fin d'un reçu et de pouvoir d'encaissement, signé : Josué b. Yoçadaq. 

Belle écrit, carrée. 1 f. in-4°, coupé du haut. 

104. Série de 15 récépissés d'argent en monnaie de reaies sevillanes "*TjWa 

(Medjidie?), en l'an 5475 (=1715), à Alexandrie. Écrit, africaine. 
2 ff'. in-4°, troués. 

105. Partage d'un immeuble commun, après incendie. 1 f. gr. fol., 

fendillé. 

106. Attestation d'accord, xn c siècle, entre Jacob -DbTabfct et Abraham 

Zaken, surnommé (b)ncfinaN, moyennant paiement de 50 dinars. 
Fragment in 8°, parchemin. 

107. Projet d'association, l'an 5357 (= 1597), avec 2 longues citations en 

judéo-espagnol. 1 f. fol-, en mauvais état. 

108. Dissolution de société. Écrit, rabbin, primitive. Fragm. parchemin 

in-4°. 

109. Pension mensuelle de 20 dirhem, à payer par Yéphet Halévi. Texte 

arabe. Écrit, rabbinique orientale. 1 f. in-fol., déchiré du haut et 
du bas. 

110. Jugement, en arabe, à l'égard d'AbouSahl ben bft, de l'an 1438 

des Séleucides (=1127). Fragment de feuillet gr. in-8°. 

111. Fin d'un jugement, en arabe, signé : Salomon b. R. Elie juge. 

Fragm. de f. in-12°. 
112-113. 2 fragments de jugements, en arabe ; lettres carrées. 1 in-8° et 

1 in-4°. 
114. Fragment de testament sur parchemin. Écrit, carrée espagnole. 
115-116. Donations. 1° fragment sur parchemin, 2° d'un père à son fils 

117. Fin de contrat d'achat d'immeuble. 1 f. gr. fol. 

E. 1. Lettre arabe à des membres de la synagogue de Tennis (Egypte du 
Nord), du 30 Adar I 1480 des Sél. (1169). Écrit, carrée égyptienne. 
Dix signatures. 1 f. in-4°, délabré. 

2. Lettre en arabe adressée à Abraham (Maïmoni ?). Même écrit. 1 f. in-4°. 

3. Morceau de lettre à l'exilarque t|OV "intfJttN (?). Même écrit. 1/2 

f. in-4°. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 125 

4. Lettre en arabe; de la seconde moitié du xi e siècle (cite R. Nehoraï). 

Publiée par B. Ghapira, H.E.J., LVI, 237-238. 

5. Lettre d'affaire à Nehoraï b. Nissim, en arabe. Ecrit, rabbin, primitive. 

1 f. in -fol. 

6. Lettre en arabe ; on y invoque le cheikh Yousef. Écrit, du xnie siècle. 

I f. in-f°. 

7. Id., ici., d'Aboumanzour d'Alexandrie. Ecrit, carrée. 1 f. in-8°. 

8. Id., id., d'Abon Naçr b. Ibrahim à Abou Zacaria Juda b Joscf Hacohen, 

au sujet de Ja vente d'une esclave. 1 f. in-8°. 

9. Compte à régler pour Alreschid al Fakhri. Écrit, égypt. fragment. 

10. Fragment de correspondance. 1 f. in-4°, abîmé. 

1 1. Lettre arabe au cheikh Aladjil Abou al Medjd. 1 f. in-16°. 

12. Fragment de lettre arabe, signée : Yéfeth b. Menasse. Même écriture. 

13. Id., demande de nouvelles de famille. 1/2 gauche de 1 f. in -fol. 

14. Lettre complète arabe de Mose b. CN'p à Ahron le Scribe, 9 Adar (le 

chiffre de Tannée est effacé). Écrit, africaine. 2 ff. in-8°. 

15. Ici., id , d'Abou Yousouf Yacoub b *I3DT\ Ecrit, égypt. 1 f. in-fol. 
1(5. Id., id., d'une mère à son fils. Noms cités : le cheikh Mousab. Aroun, 

Djemal Eddin. Môme écrit. 1/2 f. in-4°. 

17. Ici., ici. Souhaits de nouvel an. Écrit, orientale. 1 f in 8°, troué. 

18. Id., ici., signée: Yousef b. Mousa vwy \a. Écrit, égypt. 1 f. in-fol. 

19. Fin de lettre se terminant par le nom Abou Ishak al Uoumi. Même 

écrit. 1 f. in-16\ entamé du haut. 

20. Ici., ici. Conseils pour un mariage. 1 f. long, en col. 

21. Lettre arabe racontant des dangers courus. Écrit, carrée égyptienne. 

xn e s. 1 f. in-fol. 

22. Lettre de l'un 5404 (1644), sur la mort des justes. Écrit, africaine. 

Moitié supérieure de 1 f. gr. in-4°. 

23. Souhaits de toute nature. Écrit rabbin, primitive. 2 ff. in-4° jaunis 

et troués. 

24. Lettre arabe de Hayyim b. Hani Ispahan à Isaac b. Jacob Sosan. Écrit. 

orientale. 1 f. en colonne. 

25. Id., d'Abi Ishaq Hafdah, de Malte (?), à Abr. ibn Allevi. Parchemiii. 

1 f. in-4°, cassé, troué, jauni. 

26. Ici., ici., à Meborakh b. Saadia. Cite Aboul Faradj al Sebag. Vieille 

écrit, orientale. 1 f. in-8°, déchiré à droite. 

27. Conciliation projetée entre David Dahiba et sa femme Miriam. 

Premières lignes. Écrit, africaine. Morceau in-4°. A la suite, 
6 fragments jaunis et pâlis, devenus illisibles. 

28. Lettre arabe à Mose I&Wid, signée : Ahroun Mito. Écrit, africaine. 

2 ff. in-4°, l'un fendu, l'autre déchiré. 

29. Lettre en judéo-espagnol, écrite par Masoud Bonan à Juda Asio au 

Caire, le 24 Adar II 524 (avril 1764). 

30. Id., id., à MM. Alfozlam y Sahaloun, l'an 5438 (= 1678). Écriture 

africaine 2 ff. in 4°, au bas déchiré. 



126 fcEVUE t)ES ÉTUDES JUIVES 

31. Demande à une communauté. Un verset en épigraphe, écrit, carrée ; 

le reste en écrit, rabbin. 1 f. in-4°, déchiré. 
32 Lettre en arabe à Dame Oschtak Elia b. Ibrahim, à Cairouan. Ecrit. 

orientale. Fragment; parchemin. 

33. Lettre arabe à Barkat (?) fils d'Azzian, adressée par Khalaf b. Naçr, 

remise par Salem b. Ibrahim Abou Sadaka. Écrit, rabbin, primi- 
tive. 1 f. in-8°, troué. 

34. Id., à Eliah Dayan. Cite Demiat (Damiettc) 1 f. en colonne. 

35. Id., de Bendar b. Alhazar à Abou'l Hassan Alan b. Haçou, au sujet 

de la remise d'une somme d'argent. 1 f. petit in-4°. 

36. Lettre particulière de protestation. Parchemin. 1 f. in-8°, cassé. 
37-43. Lettres d'affaires, en mauvais état. in-8° et in-4°. 

44. Doléances sur la ruine d'une synagogue, suivies d'une élégie en 

10 strophes, dont le refrain est : S-iV»bwi msDN nNT by nb^bx. 
Signé : Mose b"«:N^. 2 ff. in-8°. Écrit, africaine. 

45. Deux lettres d'affaires, de et à Marseille ; 15 Tamouz (5)578 (1818;. 

2 ff. petit in-4°. 

46. Id., à MM. Garo, Francès et G ic , même année. Signé : Salomon !"HHTâ 

et C ie . Écorné à l'angle inférieur. 2 ff. in -4°, 1 f. fol. 

47. Id., à Jacob Mizrahi. Jaunie et pâlie. Au verso, un contrat de tutelle. 

daté du 1 Tamouz 5494 (= 1634). 1 f. in -4°. 

48. Double lettre d'affaires, l'une en arabe, datée du 23 Tamouz (5)471 ; 

l'autre en espagnol. Écrit, africaine. 2 ff. in-4°. 

49. Lettre de Mose Hakim à Hayyim Rosano. Même écrit. 1 f. in-4°. 
50-104. Lettres similaires, signées, entre autres, par : Abram "{Nftn, Mose 

Vivas, Elia "Q-nr, Mose bNT3, Jacob Garaso, Sabtaï my, Meir 
Naïm, Salomo Nissim b^UItt, Mose r~in, Ruben Simon nÏTri, 
Abram, huy Abr. Olivero. — Quelques pièces sont en espagnol. 

105. Lettre arabe, jaunie et pâlie. On lit le nom ins'O 'd £|0"i\ Ecriture 
orientale. 1 f. in-8°, délabré. 

106-7. Lettres d'affaires; l'une signée pï"»K». 1 f. in-4°, déchiré d'un côté. 

108-9. Quêtes, l'une pour Jérusalem, l'autre, pour éteindre la dette 
d'une communauté. 2 ff. in-4°, déchirées du bas. 

110-143. Autres lettres d'affaires, dont trois signées concurremment 
Abraham Heman et Gabriel Hafa, en arabe. In-8°, in-4° et fol. 

144. Lettre arabe de souhaits à un TU3, signée (?) : Isa Ioas Benjamin. 

Écrit, rabbin, primitive. 1 f. in-4°, déchiré. 

145. Instruction en arabe sur la Schehita, signée: Hananel bpa» et 

•WB5N '-, «l'an 1170 de l'ère des contrats » (859). Écrit, semi- 
carrée. 1 f. in-8°, déchiré du haut. 

146. Fragment de lettre adressée à Abr. b. Salh b. Zerahia. Écrit, rabbin. 

égypt. Parchemin. 1 f. in-4° oblong. 

147. Bas de lettre signée : 'iznbn Samuel Lévi ©tt^a. Fragm. in-8°. 

148. Demande de réponse, en arabe, sur une lettre antérieure de comptes. 

Écrit, carrée orientale. 1 f. en colonne. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIKE ISRAÉLITE DE PAHÎS iâî 

149. Lettre en arabe, d'un père à son fils. Écrit, rabbin, orientale. 1 f. 

in-s°, angle gauche (avec signature) arrachée. 
150-244. Lettres modernes de recommandation, 2 en italien, 1 en espagnol, 

2 en allemand. Puis d'autres lettres, en écriture africaine. 
2i'i. Demande de secours datée « du mois de Hcschwan Lan 127G de 

1ère des Contrats » (—904). Écrit, carrée. 1 f. in-4° oblong, pâli. 
246. Appel de prisonniers à Tibériade, sollicitant II. Icsoua et R. Salomon 

d'intervenir en leur faveur. Écrit carrée égypt. 1 f. in-i°, troué 

et déchiré. 

Comptes. 

F. 1-98. Comptes divers, la plupart récents. 

99-100. Comptes d'un hôpital, en judéo-allemand. 1 f. gr. in-fol. 

101. Comptes de synagogues, classés par sections sabbatiques. 

102-111. Connaissements des xvn e et xvin e siècles, en italien. Le n° 103, 
daté de Venise le 4 mai 1755, est muni d'un cachet en cire rouge, 
ayant comme armoirie un palmier surmonté de 9 étoiles. 



VIII. — Sciences. 

A. 1. Traité d'histoire naturelle, plantes. En arabe. Écrit, orientale; 

rubriques en rouge. 4 ff. d'un cahier de 8 ff. in-4°. 

2. Chap. iv à vu d'un ouvrage de sciences naturelles. Ecrit, africaine. 

2 ft*. troués, in-4°. 

3. Morceau d'un ouvrage de chimie, en arabe. Écrit, espagnole. Cite 

R. Isaac !T7N"13 (Prado ?). 1 f. in- 12°, mutilé. 

B. 1. Traité de matières médicales, rangées par ordre alphabétique des 

racines ; cahiers allant du mot "jm avec ses dérivés jusqu'à *"D1. 
En arabe. Écrit, judéo-africaine; rubriques en lettres carrées. 
Le n° 10 contient la date 23 du mois Dhou al Hodja 906 de l'Hégire 
(=11 juillet 1502). 20 pages in-12°. 

2. De la nourrice et du nourrisson. Conseils médicaux, parfois en 

espagnol, parfois en arabe. Écrit, rabbinique. 6 ft*. in- 12°. 

3. Fragment de médecine, de la lièvre. Écrit, africaine. Début: DSV&S31 

tamnb iwai nnbn?^ ; tin : ta^nn ^aa naiDnfcn mmnbn 
un .ûTra©"»!! û^VJ. 2 ft'. in-8°. 

4. Traité de médecine, chap. n à xiv de la l re section. Écrit, orientale. 

Tètes de chap. en rouge. G ft'. in-4°. 

5. Des organes respiratoires. Écrit, rabbin. 4 ft". in-4°. 

6. Traité de médecine, section II, § 15, à section VII, § 7. Les termes 

techniques étrangers sont vocalises; remèdes soulignés. Écrit, 
rabbin. Fol. 37-42 et 08-71, en 2 cahiers. 10 ff in-4°. 

7. Id. Écrit, semblable. De nombreuses corrections, ratures et surcharges, 



128 REVUE DÈS ÉTUDES JUIVES 

décèlent un autographe. Toute la partie inférieure des pages est 
déchirée. 27 ff. in-4°. 

8. Maladies cutanées. Écrit, orientale ; rubriques en lettres carrées. 3 ff. 

gr. in-4°, mutilés. 

9. /d., en arabe. Écrit, orientale. Début: rtp"*»£ nnanab» aib« ÏBpb rt». 

Avant la fin (peu lisible) : bîcnobb ys:n BN3 "<s to^oa». 2 ff . in-8°. 

10. Id., en arabe. Écrit, orientale. Rubrique yN"ipN, à chaque alinéa, 

en rouge. 2 ff. in-4°. 

11. Id., ici, en arabe. Début : mby byrm rrnao Tïp H3» ; fin : notta y?a 

a^no rspNa'i rnnri -iioy. 2 ff. in-4°. 

12. A/., en arabe. Écrit, presque carrée. Début: ba *ba Ntî^b nâban 

yXPZ ; fin : DOpb» N-Jîl *B ^b "na^lN. 2 ff. in-4°. 

13. Id., en arabe. Écrit, orientale. Début: ntnpbb 'n 1131 npnoai ; 

fin : 'ïipnDKl Bâ* Tifi !"Pbai ï^am^N. Fol. 21 et 25. 2 ff. in-12°. 

14. Sur les maux d'estomac. Écrit, rabbin. Début: 'lEXKtt piTPPI ta^Byrs 

■nrnwa ; fin : marin na-iyi n:7aE najan ^pnm. 2 ff. mutilés, 
in-8°. 

15. Médecine, en arabe. Début: Dirnbtf *7nC8 ; fin : û^rifim 'Jl n:72 NpD"' 

N7aa*iN ■pafiwaoï. Écrit, presque carrée. 2 ff. in-16°, troués. 

16. A/., en arabe. Écrit, rabbin. Début: a^y V 3 ^ .!~îny«D ; fin ; anm 

Diba ûba tnao pw baya». 2 ff. in- 12°. 

17. Id., id. Début: nann bmam ab \stn; fin : i:aa ib ï«b miaa jian 

•pynba». 2ff. in-16°. 

18. Médecine cabbalistique. Titre : impînb ^bin bï» annab b^nna. Petite 

écriture Raschi. Rubriques en carré. 4 ff. in-12°, dont 2 blancs. 

19. /d., en arabe. Écriture orientale. Début: rsT^py nsa rwpy ; fin: 

b"iTT thh ^asN 'i i73">bo mtwo aabD Kifitm. 4 ff. in-16. 

20. Conseils médicaux. Écrit, rabbinique. 1 er feuillet : izaoïK *n?2N 

mbpn ay r\%y i«i Dwn "bmaa ins ïiKibnïi; fin : n^*» airm 
£3ianD ynsa. En tête: laonisb a^noran. 2e feuillet: r^s-nm 
innb na rj^B" 1 ; fin : a^a-iy ^« V3T«a rmbip-i, en 22 distiques. 
2 ff. in-8°. 

21. Commencement d'un traité de médecine, en arabe. Écrit, orientale. 

Début: "wab «in&o KD^sn N7a... Kb>"î« N3tt... (moitié des 
feuillets déchirée). Fin : an firïjaao -psi mfinnba -nba r»*nfcO 
iTPKp. 6 ff. in-12°, mutilés. 

22. Traité de médecine ; morceaux. Écrit, rabbin. Début : Epy!"n tpya 

ibffi ttX"n VwX... (après des lignes illisibles par suite de 
mouillures). Fin : nnn 3nn riT3 msi... by nnab DwS d^Tim dN 
bya. 4 ff. in-4°, mutilés. 

23. Id. Écrit, semblable. Début (ligne 2, la première étant trop pâle) : 

aima ban ibia &ynri y&isrw ik ; fin : ...ia mi -»d ...nisesuî ; 
2 ff. mutilés, in-8°. 

24. Anatomie. Entête ('n-)'a bba 'n mttb '3 ïbik. Début: *pn tzmp 

pris (?/ya ; fin : rnm» [?)'pi qoi: pb. Écrit, orientale. 2 ff. in-4°. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 129 

25. Médicaments. Écrit, africaine. Début: D"»a»pa7ab (?) bptaîai nraiann ; 

fin (avant dernière ligne) : pfittl nrtttn nm. 2 ff'. in-4°. 

26. Id. , en arabe. Écrit, espagnole ; rubriques en rouge. Début: Î573 

pi*i i5 ?2 ainrwia ^ba^D DpiN; tin : mba ma» nbitb» mata* 
laristi mnao mba. 2 ff. in-8°. 

•27. /d., en arabe. Même écrit. Début: ib* pimbt* bttbfifi rtaionb» ib* 
NOïT>bfit; fin: '^aanoN ibtanba iba> nacoi nvz anao» bo ib. 
2 ff. in-4°. 

28. Des fièvres. Petite écrit, rabbin. Début: m73Ea>a npanan nmpïi 

Di"iaa*n; fin: ]vim pm Nb riT rtsn tpan bbna aon -rainn© a w Ki. 
L'auteur cite Isaac Isracli et Averroës. 2 ff'. in-4°. 

29. Médecine. Écrit, rabbin. Début: ...(mouillure)... 1*3*1 BMn*pa«aS 

»»i ajo ; fin: aa> a-na>7a nimia «b dn d*p»hïto npo737a. 
4 f. in- 4°. 

30. /(/. Même écrit.; rubriques en gr. lettres Raschi. Début: "nn&o 

DW ''û nv yrran ; fin (en écrit, africaine) : aaob air: Nim 

nbiij Pô .w«-in. î f. in-8 -. 

31. Id. , en arabe. Écrit, carrée, jaunie, peu lisible. 1 f. in-4°. 

32. Id., en arabe. Écrit, africaine. Début (2 e 1.) : "nbtf laanob» n^HD 

t'aibpn 'pôo ib-i naa , fin : laom ym» T banoi 'o. 1 f. in-8°. 

33. Id., en arabe. Caractères carrés. Début : k£-dvi hy a^bia in boa>b« ; 

fin : -paa l«a ans ÈT73nbN -«D iï33>N asa. 2 ff. in-12° ; trous. 

34. De la matrice. Écrit, africaine. Rubriques en lettres carrées. Début: 

en orna manpa n-\^; fin : la awmai ûinnn ynn aman narft. 
1 f. in-8°. 

35. Id., en arabe. Écrit, orientale. Rubrique rouge. Début: *D aNa 

DNmbNi npipwbÉti Jansba ; fin : NTaam "jnpbN ânaâ "jnd ewam 
spprwi nbÔNn isa. 1 f. in-8°. 

36. Id., en arabe. Même écrit. Rubriques en gr. lettres. Début: ï-ïbinD 

nNiwbN Nna DTonnn ; fin : xm ab&ur m wa ninan rr*pw 

T')3N7abN N731 ÏT1DOTD. 1 f. ill-8 . 

37. Id. Écrit, presque carrée. Commencement presque illisible. Plus 

bas : "jn^a laran 137373 tf^no 13> !Win bN namna ; fin : t*ôi 
^rwi rrao *i733> ïidïi mmbnb mTaan. 1 f. in-8°. 

38. Id., en arabe. Écrit, orientale. Début: latîa inN ^D afinsba "jNb 

aewanban ; fin : ntanaTa marin npipffiba ^d pi ob aria. 1 f. in 8°. 

39. Id., recto en hébreu; verso en arabe. En tête: ÏTQYîWn nrnp. 

Début : ï-inan» a"a (Y'aba ?) *a annra iik-i ; fin : bo ruannoN 
•po»nbN p mnK"i. 1 f.'in-8°. 

40. Id. Écrit, rabbin. Début: nmbï aibinn û^man Dna pnm ; fin : fDnbi 

r;7:^ isbi bittjian. 1 f. in-4°. 

41. Pharmacopée. Écrit, analogue. Début : Jfinbfitïi mwna ama pffl... ; 

fin : mîvàin )Kyn omaTa ion tnbiran "jia^a ninn nbTiam. 

42. Médecine. Ecrit, africaine. Début: "ION Ûibiapn namNi D'bnttïl 

ïTKD^in imaH D-ibisCMïl iam. 1 f. in- 12°, mutilé du bas. 
T. lxiv, no 127. y 



130 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

43. Oculistique, §§8-10. Titre: rronpmb'i nb. Déb ut: tnsp by aistp 

^■ï-innpb ma ib tt*n; fin: 137373 osin: b"n Nomtta Nspi. 
Même écrit. 1 f. in-8°. 

44. Hygiène. Écrit, orientale. Début: D">aa ma» û^ON 1373732 n3(?)p-> 

mxn a^bn; fin : tan ,*m bab aia m-ina Va aa. 1 f. abîmé. 

45. Médecine, en arabe. Même écrit. En tête : ODiabtf "lîai "po^N. 

1 f. in-4°. 

46. Ici., id. Caractères carrés espagnols. Début: ONnab&t 173 nbnâ *jnd 

mt-jïban toanan ; fin : rmna ïrxam rjbi ^rim b?3aw nnai irwi 

3-iNpn. 1 f. troué. 

47. /rf., id. Même écrit. Début : Nnn&ri p ïïp.xbbN apn »»b rrb* mpan 

Rubriques en rouge. 1 f. in-8°. 

48. Id., id., même écrit. Début: IX nbnb» bn73 (?) aittX NH373 riKaaba 

aaoy. 1 f. in-12°. 

49. Id., id. Écrit. carrée, jaunie. Début: ...Wibfit ib "iian in "HbN ÛNbabN... 

Fin : .i.Rinn tf^Nn wi l^bà m. 1 f. in-4°, troué. 

50. Id., id. Écrit, africaine. Début: 173 nnfitt fin»n naKin mb* bNpn» 

nannbN ; fin : »nb« maa* &na*b nqtjd s>p73n. 1 f. in-4°. 

51. Id., id. Écrit, orientale. Début: NXD73N 11Ï ^NXN inNl bap73 ; 

fin : N73£ KSMan fipmn im ^xabN a?^ bna nsat. l f. in-4°. 

52. Id., en hébreu. Écrit, rabbin. Fragment de texte à 2 colonnes. 

Début: bisnia ïTOKb aia aa; fin: 173ï5 173H D^aiûann D^ttiaa -in. 
1 f . 

53. Id. Table des matières; section ix en 40 §§ ; section x, §§ 1-14. 

Ecrit, orientale; rubriques en rouge. 1 f. in-4°. 

54. Id. Écrit, rabbin. Début: p ">piN 'a 'k'73 D^iman y^a D^man "pa 

p"in?3 biaaa ; fin : naita -ind "nan -ran crunbi y>a. 1 f. parch. 
in-4°. 

55. Id., en arabe. Écrit, orientale. Début: da>bN "p^ îiNaya Ttionb» 

ybab» i^3 ; fin : iia-in ansN bipba (?) ...ai nbntf lia"» obata. 
1 f. in-4°. 

56. Id. Écrit. Uaschi. Début : -binn ïiTlB ">sb p*tt p^r ^a "pan HT3 

"7wX73 TOp ; fin (avant les lignes illisibles) : DNbs^ p f^pan 
ann "nbn ia rw-p ; en tout, n os 66-70. 1 f. in-fol. 

57. Id. Écrit, africaine. Début: D^aJsbl T'a» mbatt n73 ntf-173 riaïai 

ai rrarr ; fin: t-naznn nfioat-a Y»rptt aipa ftp*a pain tk. 

1 f. in-4°. 

58. Ztf. Même écrit. Début : naan &om D^^n ûuja maaipie nNT *paai 

la baa ; fin : rpmta napa aa ht mm nam. 1 f., mutilé de la 
moitié inférieure. 

59. Traité de médecine. Écrit, semblable. Morceaux de la section vu, § 1 

(f. 70-71). Début: mm» a "iaxN pTm n&ro T5> ; fin: rmnabNi 
b")i»bl»1 fiTpna b... "naïaïT! natt). La moitié inférieure manque. 

2 ff. in-4°. 

60. Id., en arabe. Écrit, rabbin. Début: "b? banbtf ma ^pnnn IN N73N 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 131 

■paybaj fin: nbàbN ,Yrob8i "WHban... abpbN brn "ja. i f. gr. 

in-4°, dont la moitié inférieure manque. 
Gl. Id. Même écrit. Début: mbsna NittizîD vz^yn niDTirib bavra "^DTan 

îovap ^m. "i^atrr. Moitié supérieure manque. 1 f. gr. in-4°. 
02. Pharmacopée, en arabe. Écrit, carrée. Début (1. 2 lisible) : naH "«Ni 

jnfiô r:N nés ipn nmp ^ms -pai ; fin : Nain iy Nn">b^m 

N-i^'m. 2 ff. in-12°, écrits d'un côté. 

63. Ici., ici. Écrit, orientale. Début : Wr rrobN l^a» "pnto Tnn 3nN3 ; 

fin : D^C3N33ttbN3 pbltt nfcntt '3 -)NDbN b£3 N70 "»B THnb« ^DlûN. 
1 f., coupé du haut. 

64. Médecine, en arabe. Début (2e et 3 e lignes) : V^" 1 " 1 p0^3 ^nn pa" 1 

,„lb T*ia ; fin (avant les lignes mutilées) : b"ôiN nNaia à rtNiSn à 
rjN^n ûi»a. 1 f. troué et mutilé. 

65. Ici., ici. Écrit, carrée, peu lisible. A la p. 3, on lit ceci : — fVHTttbK 

nçnrn fëNS ^m 'pXîWX 139. Le 1 est angulé. 2 ff'. in-12°. 

66. /d., ici. Écrit, orientale. l re ligne complète : ftnNa lâa Nb ^b"ibi 

KT»TO ; fin : biûbtf NSbtt N»^ JPSNba -Si rpYrabK mît. 2 ff. 
in-12°, mutilés. 

67. Ici. Écrit, rabbin. Début: baip» ^nba ND"i"iH !T»rp ïTOYn *33>3nn ; 

fin (fragments lisibles des 3 dernières lignes) : N*ip3ïl npta»... 

...ti dt*»i imran... pm ■wmn ans" TwNi mariai lama. 

1 f. petit fol., mouillures. 

68. Ici. Écrit, espagnole. Début (f 01 ' alinéa) : nDWitt mbiaD un nb«l ; 

fin : rTOSXïlb tan : maa nbn ^a I-PÏT «bia "pian. 1 f. mutilé 
in- 12°. 

69. Oculistique. Écrit, rabbin, orientale; rubriques en carré. Début: 

twvn mb">T3 . -natyb ; fin : ibus 'pTam amm at* a3&n«3!rî 
b^*p baon marina. 1 f. in-4°. 

70. Recettes médicales (avec mots italiens). Écrit, carrée. 2 ff. parchem. 
71-72. Ici., id. Écrit. Rasehi ; n» 311-325. 1 f. in-4°, et une pièce a 2 ff. 

in-8°, abîmés. 
73. Morceau d'un traité de médecine arabe. Écrit, égypt. xin° siècle. 
If gr. fol., délabré. 

* 

C. 1 . Traité de mathématique, en arabe, f. 130 et 139. Écrit, orientale. 

Début : ^bi» ans vib» nnDbNa im "pnKbrn "para ; fin : ^yai» 
t«bm pottâ im ■pnopb». 2 ff. in-4°. 

2. Id., id. Même écrit. Début : mnT noN âan nanti aniB ; fin : Ûpbb» 

mwbîi *b» mn n&tuabM p N5N ^na^a. 1 f. in-4°. 

3. Fragment d'une géométrie, en arabe. Écrit espagnole carrée. Début : 

D^pnoTa a"a ma btt bac in rrpMMbM rt^api. t f. in-8°. 

4. Zd., en hébreu. Écrit, africaine peu lisible. n fs 17 à 23. Chaque n°, 

illustré do figures, commence par aman 1738. 4 ff., coupés 
en haut. 

5. Cosmographie. Petite écrit, africaine. Début : nbsw ï"Dïri . Canspn 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tidd b^ rsDpm baba )^y^ ; fin : nnoa îîTifinp'» &*b pbi 
(?) roinab Dtaa «b« ïiïiann. 1 f. in-4°. 

6. Tableaux de calculs (barèmes ?), de 43 à 60, en arabe. 1 f. in-4°. 

7. Tables de multiplication, jusqu'à 7 x 15. Titres : 5 et 6 UPTinn, puis 

ûma, i à 7. Écrit, orientale. 4 ff. in-4°. 

D. 1. Cosmogonie biblique, en arabe. Caractères carrés. Début: fîbïp:: 
n7ûiN ^r ûvb di* ; fin: n73N nâob ian np "j^b NmsÊOi «b. 
6 ff. in-4°. 

2. Des constellations, en arabe. Écrit, carrée esp. 2 e 1. : ïiliEnw ^i DN373 

ÏTTO ams napN3> bNi. Rubrique 1 (au milieu de p. 1) : -ns5£3>b8 
TinatTa â-O ; rubrique 2 (p. 2) : DW3b« ïTnaba ana ; rubrique 

3 (fin) : •pawnobK â">a im nbs. 1 f. mutilé du haut. 

3. Des signes du Zodiac. Écrit, orientale. Début: nasal n^biN *ibin 

ïnna ba id^i ; fin : NinbN -nnaba ^d p*iR3 "iob« ûnaa mn En 
tan ,Mnstb»a ob*K rïbbai p"nb« b^bp mbr». i f. in-12 . 

4. Astronomie arabe. Écrit, espagnole. Début : a&*72"i73T73 ïiDTa nbn 

imba nasao rrms nïtw lâm naNaobs ; fin : -nba ktoni 
y-ifcON nm ... 3>nî3:>n ^bsb^ yans 172 «rob» )$i2i bsw. 
2 ff. in-4°. 

5. itf„ irf. Écrit, rabbin. Début (l re 1. complète): ifi tnn ip'ipnbH 

ynaba p rsa-npbN aaaiabN ; fin : ^bcab» V 3 ^ S]^n^73 irr 
aYiàban. i f. mutilé. 

6. Id. Écrit, analogue. Début: ann72ïi pn 'nm '"bvn 5 mbî» D"T3n 

'W73 à mbî73 ri 'wn ; fin : Tûnsï-jn b^auîa ampa n^pT a"*» 
izjaran "ppTia i3N^72 a"a nam. l f. in-4°. 

7. /d., id. Début: 13N bas D^ian m»ip» nmaajj D'Iran ^na tomaa 

n ww ima dwi ; fin : D">pn ba aaio a3Tn Nirm pno 
n^73D "piabn nnosai. 2 ff. in-4°. 

8. Id., id. Début: rrbin ïw nar ^y^aacn nabrï7372 mns Dva nabin ; 

fin: s^npi aaTart nba>72 ainpa rmm tn ma\o mb*nn hn^Di. 

4 ff. in-4°, mutilés. 

9. Id., en arabe. Écrit, espagnole. Début : 'Hâba nnâ pis "jêtts l^aaia 

a>&rn mp"»N fc*a(?)n*a ; fin (peu lisible) : Ma... aaia i?a rjarib». 
àna. i f. troué. 

10. Id. Écrit, carrée espagnole. Début: ban yv nii:p73 3HV NiMttî ; 

fin : ï-ranb a^aaio tnbaba an73 n^basa "nba 172a riT?a nb*»b ht. 
1 f. mutilé. 

11. Astrologie, en arabe. Écrit, africaine. Début: aNbiba a&nâbfi* l?Ti 

nNaà^bN arnSiba 3>73tD73bN. Rubrique (p. 1 milieu) : "ps-iobN î 
(p. 2) rmasbK. 2 ff. in-8°. 

12. Id., id. Écrit, espagnole. Début (6e 1.) : cnb y-iaba btf733>Ni nbpnban 

miûNs i>3 bn*» naa î-ib ; fin : 172 tt-nan np^a: r-iEabriÉn 
DfcrtfbN. 1 fragment. 

13. Id. Écrit, rabbin. Début: O^nai ~ivy nn«m ^Tii^m ^^anm 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 133 

*mn -tirrr tPTiron; fin : ia &mpn bo 'pa'rçs maya ; puis des 
lettres magiques. 2 ff. in -4°. 

14. ld. Écrit, africaine. En tête : ^OO ^b Dnaittri . . . Début: dipïï bd 

ûia rrottïi qd ^prarna ; fin : d-d^dT l-P^Ei «ma idso. 2 fT. 
collés in-4°. 

15. Astronomie. Écrit. Raschi. Début: ttN3 ïTlpa a^dd nrn^n: ib bp2 

Ti«a in ; fin : trbaba ^3td bd pa nm dnn d^ûidsn naitt. 1 f. 
parchemin, troué et déchiré, in-4°. 

16. Astrologie. Écriture africaine. Rubriques : 117372 ,KXT Cp 03d3 qo 

N£"P ma ,0533, ff. 11 et 14 in-4°, dont un troué. 

E. 1 . Traité du Calendrier. Écriture orientale. F. 73 ou ch. îv, § 1. Début : 

ttaab b* n»n -imw mba iriNSEn p oa nn ; fin : tpv na^rroi 
n ûv n"o br n;Ddin pb n "p biba bar. 1 f. in-12. 

2. /d. Écriture rabbinique, souvent illisible par suite des mouillures. 

Début : ...y»mn yaia Vo'n'n û^tawin niabui dti n"3nn. Der- 
nière page : "naa>n Yio. Cahier de 8 ff. in-4°. 

3. Ici. Écriture analogue. Rubriques : btOM PD"ipn, celle de R. Ada, 

d'nan "paton, puis na^n lia. Cahier de 12 ff. in-4°, mutilés en 
haut et en bas. 

4. Tableaux devenus illisibles. 6 doubles ff. in-12. 

5. Table du TbiE (conjonction lunaire) et de la Tekoufa pour les années 

(5) 196-8 (= 1436-8). 1 f. petit in-4°, un peu endommagé. 

6. /d., peu lisible, fragmentaire. 

7. Calendrier détaillé. Écriture carrée espagnole. Début : ïfDipn *>tt) ,, bï3 

unna nia* a*3id3 nyc .. .nanj ^b-ô ; fin : a"da rtanan nbnna 
îznna. 1 f. in-12, mutilé du haut. 

8. Fragment de tableau pour unifier les formes d'années similaires. 

1 f. in-12. 

9. Concordance, en écrit, africaine, avec les mois chrétiens coptes 

(solaires). En tète : nntûabN ^a nboanba rranb» "nns: *ba> 
d^spbN. l f. 1 col. 

10. Du Cycle solaire, en arabe. Écriture esp. Début : dbtf*bN "paosïïa... 
aNonbs ->3am. Au v° : ^072iabN niTntt vnn. 1 f. in-12, endom- 
magé. 

11-12. Calendrier détaillé, écrit, africaine, ïlTSFb a"dpnn n3id (= 1829), 
avec notice pour chaque mois; puis le mois "nidn de Tannée 
suivante. 8 ff. in-16. 

13. M., même écriture. 4 ff. in-32 et 1 f. in-16. 

14. Projet de calendrier, dont le 1 er f. contient, dans un cercle, les 

Tekoufot de Tisri et de Nissan, puis la date de la crue du Nil : 
3ib">D noTO, le 17 Sivan. Le reste est blanc. 4 fit", in-16. 

15. Calendrier complet, jour par jour, avec concordance en portugais. 

En tête de la l ro p., à droite : anaca natt ; à gauche : bTib'vr. 
Au bas, observations en jargon judéo-portugais. 9 ff. in-16. 



134 REVUE DES ETUDES JUIVES 

16. Table des Tekoufot pour 12 ans. Écriture orientale. Le 2 e f. est un 

morceau d'un traité du calendrier, où Ton remarque ces mots : 
■ps* as*&n m v jp vna -no b-y -nayn mro *p-no73 rnT?3 ^sai 
ÛTD^b irm pibTI mm. 2 ff. in-4°, deux trous. 

17. mavn "no T1D. Écriture semblable. Début : bmp» *p bfcrbm n"N 

«a« "«aa ma» isk ; fin : nspb a-iT*« *]■»« mai: rma maya 
D^anan. 2 fi'. in-4°. 

18. Traité du calendrier, en arabe. Écrit, carrée esp. Début : naiobN '31 

Diumpi m?: -nna nan rra» nmn Epab« nosba 'r ; fin : n"a 
-13173a 1TO '1 ^mpnna dnt nna. l f. in-12. 

19. Succession, par séries hebdomadaires, des jours de fête de l'année, 

commençant par Pourim, finissant par Kippourim, en sept versi- 
cules. Écriture carrée. 1 f. in-16. 

20. Calendrier pour l'an 5566 (= 1806), avec particularités astronomiques 

et liturgiques pour chaque mois. Écrit, africaine. 1 col. 

21 . Tableaux pour l'an 5576 (= 1816) ; même écriture. Début : ^^riTa naa 

ion ion ûipm d^sen û'H'uai n-nbnn nn-npn n^-pu ^pab. 
1 f. in-fol. 
22 Fin de calendrier inachevé; sont présents les seuls 3 mois d'Iyar, 
Siwan et Tamouz. Même écriture. En tête : 'i b"ô... -p "iKna bN 
?T7*pbK. Au v° bis : Dn .mai D^iob naîn. l f. in-24. 

23. Calendrier pour une année embolimique, en arabe. Écriture orien- 

tale. Incomplet de la moitié inférieure et du commencement. 
Lignes 1 et 2 : nbnb Nnbnn dt na-ian natn rnm D"ib">p 
n*PlO-|D blO FttÏÏ) 10N1 H373 F-niDjan. 2 ff. coupés. 

24. Tableau pour l'an 5565 (= 1805). Écriture africaine. Lunaisons 

moyennes et astronomiques. 1 f. in-fol. 

25. Calendrier complet pour l'an 5571 (= 1811), avec concordance maho- 

métane. Écriture orientale. 4 fi', in-16. 

26. Table mensuelle du calcul des longitudes. Titre : i07ûion r.yib n^ava 

Dnarian ^ionnn lonn 'a'i ban dt baa &nn....Na. 1 f. in-4°, 
troué. 

27. Horoscope d'après celui des signes du Zodiac sous lequel on est né. 

Notice pour 6 de ces signes. Écrit, africaine. 1 f. in-4°. 

28. Tableau des longitudes et latitudes selon les signes du Zodiac. Écri- 

ture carrée. 1 f. in-4°, déchiré en haut. 

29. Rapport des planètes et des degrés de la révolution lunaire. Même 

écriture. 1 f. in-4°, déchiré en haut. 
29a. Tableau analogue pour les 4 Tekoufot, avec explication en arabe. 
Même écriture. 1 f. in-fol. 

30. Table des analogies périodiques dans un cycle lunaire. Écriture 

carrée. l r6 ligne du fragment: 'a'mab 'a'^bN 'a'at'n'n 'a'ab. 

31. Fragment de concordance des calendriers hébreu et musulman. 

Début : "p-inio p'n orna n^nàbN ta-n ; fin : •p'rbN srnpai 
c«WT. 1 f. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 135 

32. Traité des Tckonibt, en arabe Écriture carrée. Début : uns: bTtnai 

mBipnb» nwaian ; fin : nawob&i -njam np->p*r pattm E]bN a^ny 

...'* B|b« »'n 1Mb. i f. in-16, abîmé. 
33 Morceau de table relative au Molad, en arabe, suivie d'explications, 

dont voici les premiers mots : ""pas l"nta* ^B VD?ûD Nbn»... 

■pan» ^b« 1— lUî^bsi r;D73i '«b» ronab» n'an. i f. in- 4°, abîmé. 

34. Traité du calendrier. Écriture rabbinique. Début : n©* Httb ©TTDïTl 

'3 ÏTTÏ p D3 TTWrb ^ns: V^l JTT p. Au verso, peu lisible 
par suite de mouillures: apy '-)b ma*n ht vûro. 1 f. in-4°. 

35. W. en arabe. Écriture carrée esp. Début (pâli) : nJB}^ !r»b»anOK (?) 

"nrrejbs oèti ïr»DD... ,v "pro ■tod«..' , into... ; fin : *ba> b^ybN 

. . .Ï3D1 llbn^^B DIpnbN. 1 f. in-4°, mutilé et troué. 
3G Td., ici. Écriture analogue. Début : ^D 'abs DT Nmbn ûTbfiO (?) a:a 
d&tn 't NJana^a ; fin : 'il'a im rppina bipa a^a Nn372D. Au 
bas les 2 mots fitna'm N^Dia. 2 ff. in-16. 

37. Ici., ici.; même écriture. Début : 'yiyJ2 H3N nnbNnbN rwsafcbNI 

n&r^bN «rb*... ; fin : banoiba ab-i ta^yca ^ba !wa ia&oart(?) «bi. 
1 f. in-4°. 

38. Id., ici. Écriture carrée. Dans la démonstration il est question de l'an 

4846 (= J086). Début : rroMba nao p bats"* i« Db*n in aa-> 
1"»ao 'a -n^a^ nao p ; fin : bttBi détn t©3> iiyanai j-mn p ran 
nftWNO ya"isi 'o 1». 1 f. in-4°, troué. 
30. Des éclipses de lune. Écriture africaine. Début : nDOinn "ira Ï"PÏ"P1D 
rnnaïi pnann mp?a R"in n*"»a7an in. Sur la l re page commence 
le 'a "W©. Fin : 'n'tt 'a mbn -paa mba?ttai. i f. in-4°. 

40. Du calendrier, en arabe. Début : n©nb« "I73pb8 ibiE ïiona»» 

nao h v ^natt mua nnaaCNbN ^ao naan bnabaa. Fin : i&n 
■^«b» p fTNTiKS N7a nai nca^oaba "'dt maahtt -pa naao. 2 ff. 
in-12. 

41. Ordre des lectures sabbatiques avec Haftara. En arabe. Écriture 

semblable. Début: ...mtasm rbs nti rps fn "Wttnri ...bai 
Fin : oaab ïttïi unnn va* ï-pb «np^ "mps nb&o. i f. in-4°, 

troué. 

42. Du calendrier, en arabe. Début : Î130 *«b p^a p ûbm mis n*jn 

a"»© -mm] iwro m 1 *©. Fin : &na« «b ri3?a apon -«aTa *p7j pi nbi 
pia p Bbb i*iy na. 1 f. in-8°. 

43. Calendrier commencé pour Tan !-TPar>b n^pn ou 1834 ûmriab. Écri- 

ture orientale. Détails des mois Tisri et Heschwan. 1 f. 

44. Tableau des Haftarot, pour les sections sabbatiques du Lévitique, des 

Nombres et du Deutéronôme, avec concordance des Hagiographes 
et du Talmud; 4 col. Écriture rabbinique. 1 f. in-4°, endom- 
magé. 

45. Calendrier pour Fan 5556 (= 1795-6) ; détails astronomiques pour 

chacun des 13 mois de cette année embolimique, en arabe. Écri- 
ture africaine. Rubrique des mois en lettres carrées. 1 f. in-4°. 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

40. Id. l'an 5586 (= 1825-6). Même écriture. Concordance musulmane, à 
la suite des détails astronomiques. Tekoufot. 1 f . in-4°. 

47. Calendrier de l'an 4934 "ibpnm (= 1174), avec indication des parti- 

cularités de chaque mois, non en tableau, mais en lignes suivies. 
Écriture carrée. 1 f. troué et mutilé du haut. 

48. Fragment de poème sur les néoménies. Rubriques ttnn en grandes 

lettres carrées; le reste en rabbinique. La partie supérieure 
manque. 1 f. 

49. mbtt^n mb. A l'aide des 12 signes du Zodiac, on peut savoir et 

prédire la bonne aventure. 1 f. mutilé. 

50. Calendrier de Fan 5576 (= 1816), avec Tekoufot et détails de chaque 

mois en arabe. Écriture africaine. 1 f. 

51. Id. an 5581 (= 1821). Même écriture. Concordance musulmane. 1 f. 

2 col. 

52. Ans 4, 5, 6, 7, 8 du mïn» 262, ou années 1514 à 1518 de l'ère des 

contrats (= 1212 à 1216 de J.-C), en arabe. Même concordance. 
Petite écriture carrée espagnole. 2 ff. in-4°. 

53. Explication des formes de Tannée. Écriture rabbinique. En tête : 

tp-iNt» i"" 1 ï* i" 5 "^ 2 'l'n'n'n mo^ .îznnb an mnaiû asian an*. 
Puis le rai-PD. Écriture rabbinique. 2 tf . in-8°. 

54. b"T '^ntnïib m'tmsn "IDC, suivi des formules de bonne aventure 

selon les signes du Zodiac et selon les prénoms. Écriture afri- 
caine. Rubriques en rouge. 20 ft. in-12, la plupart mutilés. 

55. Concordance des années juives 5585-6 et musulmanes, 1240-1 de 

l'Hégire (= 1825-6), avec correspondance chrétienne. 10 ff. in-8°. 

56. Calendrier de l'an 1820; indications astronomiques et liturgiques 

pour chaque mois. Écriture africaine. 1 f. in-4°. 

57. Ordre des lectures sabbatiques, selon les années simples ou embo- 

limiques. Écriture rabbin. 1 f. in-12, troué. 

58. bim bma iDDb ïraip!"!, en hébreu. Même écriture. F. 2, sous la 

rubrique ïinB'TïS, un carré magique, suivi du titre ""pnttbb 'n'd, 
expliqué en arabe. 2 ff. in-12. 

59. Calendrier (sans indication d'année). Écriture africaine. Indication 

double des Tekoufot : 1° selon R. Ada; 2° selon Mar Samuel. 
6 ff. in-16. 

60. Construction de l'année, d'après l'an 5274 (= 1514). Écriture afri- 

caine. Début : b"T bfinno nnttlDm omaN n73N. A la fin il traite de 
l'éclipsé de la lune de l'an 5275 (= 1515). 2 ff. in-8°. 

61. Fragment relatif au calendrier, en arabe. Écriture carrée esp. 1 f. 

troué et coupé. 

62. Du système des néoménies, en arabe. Le haut est en partie coupé, 

et l'encre a pâli. 1 f. in-4°. 

63. Ici., id. li. 4, on lit : ^nuîn -dn ib ; 1. 6 : ^Kttan '1 ÛÏTHN. 1 f. in-4°. 

64. Id., id. Titre: ^b"itfba ntt*Tp»bfi|. nNB-rp» ymN; début : *•»»$ fN 

DN'wbK )u ^b j»niN nto bs in nwbN n^on ; fin : rsbipbn 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 137 

. ..ïtfttiN nsn «bi ...asbb Marri a^aan w-irt pn mn©. Écri- 
ture carrée espagn. 2 il. in-4°. 

65. Calendrier-tableau pour l'an 5501 (= 1741), avec les Tekoufot, crue 
du Nil, etc. l fol. troué et mutilé. 

66-72. Id., pour 5512 (1752), 5517 (1757), 5533 (1773), 5537 (1777), 5557 
(1797;, 5577 (1817), 5614 (1854). 7 fol. 

73-76. Morceaux détachés de tableaux analogues. 4 fragm. Le dernier 
(dont il ne reste que la moitié) contient les noms des adminis- 
trateurs de service, répartis par samedis et jours de fête. 

77. Lectures sabbatiques et d'autres fêtes. Ecriture carrée esp. Début : 
. ..'n'i TOT fr^m mïn. Mouillures. 2 ff*. 

78-79. Calendriers en mauvais état, gr. fol. 

80-81. Des diverses formes de l'année lunaire. 2 fragments. Écrit, carrée 
orientale. 

82. Explication en arabe sur la constitution (variable) de la fin de Tisri. 
Même écrit. 1 f. gr. in-4°, râpé. 

IX. — Linguistique. 

A. 1. Grammaire. Petite écriture carrée; rubriques en grandes lettres. 
Début : bïsïi Nsb b^Bïi; fin presque illisible. Un peu avant : 
TOin *ï$ n*m. 11 ff. in-4° mutilés. 

2. Synonymie et homonymie, p. ex., de ^éW et ^"i, de bNtt et "J3n, en 

arabe. Écriture carrée. 2 ff. parchemins troués. 

3. Explications grammaticales sur la Genèse, en arabe. Ecriture orien- 

tale. Ligne 3 : bmb nna^ *)1DN p Dbr ; fin : nN (?) ^m rnriNi 
nnN T2N ynNn ba. 2 ff. mutilés. 

4. Règles de la vocalisation. Début (I. 2) uy *pl2n n^n-«D pn ; fin : 

(?) V73p3 p Nnp. Écriture rabbinique presque carrée. 1 f. 

5. Modes de comparaison, en arabe. Écriture carrée. Début : "OyabN 

ns bn73N5N ^by ; fin : . . .icb i»anb nbn». . . 2 ff. in-4 6 . 

6. Fragment de grammaire hébraïque en arabe. Écriture orientale. 

Début (1. 3 et 4 coupées) : o^b Dtfp73 Dip^i . ..^tnp p; fin : 
n^DT ïrrsa in roNa nbap rraba. 1 f. mutilé. 

7. Du masculin et du féminin. Écriture carrée. Début: ÏT^Dttl ÏTVBO 

myb*; tin : . ..na^nb n»K.*. nsai. 1 morceau. 

8. Placement des points-voyelles, en arabe. Écriture orientale. Mouil- 

lures. Début (2 1.) : nain 'nbn T?a TibN ...-on ; fin : nxb» •ht* 

NmNmrto "iba to. 

9-10. Fragments d'un traité en arabe sur les accents hébreux, l'un, 1 f. 
petit, tronqué ; l'autre, dé 6 ff. in-12, coupés d'en bas. Écrit, carrée. 

11 . Liste des accents toniques, avec indications entre les lignes. 1 f. 

12. Lettres ponctuées dans le Pentateuque et indication des 22 grandes 

lettres. 1 f. in-12, parchemin, caractères rabbiniques. 

13. Morceau de l'Exode, avec vocalisation supérieure. Caractères carrés, 

parchemin. 1 f. 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

14-15. Fragments des Nombres, pourvus des mêmes points-voyelles. 
Ecriture carrée ; parchemin, chacun de 2 ff. in-4°. 

10-17. Morceaux du Rituel, l'un du Kol Niclre, l'autre de la prière quo- 
tidienne, pourvus des mêmes points-voyelles. Ecriture carrée, 
in-8° et in-4°. 1 f. chaque. 

18. Glossaire médical. Écriture rabbinique, avec gloses espagnoles. 

Rubriques en caractères carrés. 1 f. in-4. 

19. Dictionnaire arabe-hébreu, depuis le mot "T'N'D"! jusqu'à n'JTH. 

Écriture africaine. 12 ff'. in-8°. 

20. Morceau de lexique, les mots iDafi, 3>nT, 23>T, expliqués. Écriture 

rabbinique. Mouillures. 2ff. in-4°. 

21 . Explication de la racine bi3>. Même écrit. 1 f. abîmé. 

22. Explication du mot 12£373, en arabe. Écrit, orientale. 1 f. in-12. 

23. Le terme Epia expliqué en arabe. Même écriture. 1 f. petit in-4°. 

24. Homonymes et synonymes, en arabe. Écriture carrée, sur parchemin. 

1 f. oblong. 

25. Lexique en arabe, depuis le mot pm jusqu'à "p. Écriture presque 

carrée. 2 ff. petit in-4, mutilés. 

26. Morceau de lexique chaldéo-hébreu. Début : (?) nb*nm DTibnoaT 

ïrb^E niT3p73l ; tin : ...Tan O^OS^... 1 f., cassé. 

27 . Lexique ; sens divers de la racine 3>aiZ5. Écriture rabbinique. 2 if. in-4°, 

mutilés de la moitié supérieure. 

28. Lexique hébreu, avec tPTJb espagnols. Rubriques en caractères 

carrés; texte en écrit, orientale. Parchemin, 2 if. in-4°, troués. 

29. Tanhoum Yerouschalmi (?), depuis l'art. NT^J jusqu'à U51D73. Écriture 

orientale; rubriques en lettres carrées. 2 ff. in-4°. 
30-1. Dictionnaire rabbinique, en arabe. Ecriture espagnole, rubriques 
en lettres carrées : depuis Tinbo jusqu'à DNr. 20 ff*. tous mutilés 
en haut. Lacunes entre les cahiers. 

32. Fragment de lexique hébreu, expliqué en arabe; la racine; 2-D et 

commencement de bïîa. Écrit, carrée. 1 f. troué. 

33. Ici., en hébreu, avec indication des points-voyelles aiférents. De *p à 

ip*\ Écriture rabbinique. 1 f. mutilé en haut. 

34. Ici., écriture africaine. De TaN à bDN. 1 f. in-12. 

35. Ici., écriture rabbinique. En tête : qbtfn mN. 2 if. in-i2. 

36. Ici., explications en arabe. Écriture africaine. La moitié supérieure 

manque. Du mot îiriN jusqu'à ">tf. 1 f. 

37. Ici. Explication du mot ns£ en arabe. 1 f. in-12. 

38. Ici. Explications en arabe; depuis anb jusqu'à nNlD. Écriture afri- 

caine ; rubriques en lettres carrées. 4 ff. in-12. 

39. Ici., en hébreu; depuis û»n jusqu'à bb»; grande lacune au milieu 

du cahier. Écriture rabbinique. 2 if. in-12. 

40. Fragment de lexique. Début : Tin œvabb -pnNN; fin : niB n:U3 

13 Tm msbab. Écriture carrée. 2 ff. mutilés du bas. 

41. Ici., de bcu à T\ Écriture rabbinique. 2 if. mutilés du bas. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 139 

42. Id. Écriture espagnole, "pb et *jnb et un morceau sur DHD. 1 f. et 1/2 

tiès long. 

43. Id., de nbia à 6|bffi. Parchemin. 2 ff. mutilés. 

44. Fragment de lexique de n à ïî. Il explique à la fin l'expression yno 

DNns. 5 morceaux déchirés. 
45-49. Alphabets d'écriture africaine. 

50. Fragment de lexique de la lettre D, déchiqueté. 

51. Fragment de grammaire hébraïque en arabe, gr. fol. 
52-53. Fragments d'images coloriées de cimetières. 

54. Fragment de grammaire hébraïque en arabe. 

55. Lexique hébreu-arabe — de I Samuel, 25, 33; 28,24, et II Samuel, 

7, 16. Écriture carrée égyptienne. 3 ff. in-4°, fendus. 
50. Id., racines "1310 à lata. Petite écrit, carrée égypt. 1 f. in-10°. 

57. Id., de Saadia ibn Danan, de bon à "isn. 1 f. petit in-8° (décrit par 

M. Bâcher, R. É. /., XLI, 268). 

58. Formulaire de lettres. Écrit, africaine. 2 ff. in-8°. 



En judéo-espagnol. 

IL 1. Paraphrases rabbiniques. Jolie écriture rabbinique esp. Début: 
Meldamos un pis primero di mmu roott. Aba Benjamin decien 
con su nben di el nombre es aviera salvo en el no33H ma. Fin: 
Y espue es lo que dei el pios levari con limpieza mes. 3 ff. 
(1 troué). 

2. Commentaire d'un passage talmudique, Pesahim, et de la bénédiction 

sacerdotale. Ecriture africaine. 7 ff., les uns endommagés. 

3. Commentaire sur un passage des Abot de R. Nathan. Même écriture. 

2 ff. longs. 

4. Sur l'expression OVBlBïl infio mn?2n inN. Inachevé. 2 ff. in-8°. 

5. Sermon sur Gen., iv, 18 (publié dans R. Ê. /., L1V, 253-8). Écrit. 

orient., 2 ff. 

6. Version des 2 Alfabets de Ben-Sirach (Ibid., 107-112). 6 ff. in-4°. 

7. Midrasch sur les Lamentations; l'auteur déplore le départ des gens 

pieux. Même écriture. 4 longues col. 

8. Lettre datée du Caire, 43 Iyar, à Marco por Toder di Toconera Toled 

Même écriture. 2 ff. 

9. Lettre du 3 éloul 537 (=5 septembre 1777), signée Isaac Danon. 2 ff. 

abîmés. 

10. Énumération des apports de 2 fiancés, Anna de Jacob Vivas et David 

Malcon Triano. Môme écriture. 1 f. long. 

11. Explication d'un passage midraschique sur les lumières de Hanoucca. 

2 ff. 

12. Oraison funèbre, rattachée au récit de la mort du fils de 't'3' v "i (ina- 

chevée). Même écriture. 1 f. long, 

13. Lettre à Hayyim Abraham Lévi ; signée : Mardochée d'Isaac Foa, 1 fol. 



440 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

14. Fragment de lettre. Môme écriture. 

15. Indications de pronostics favorables : « Para Voragin; Para Frnbstïl ». 

2 ff. déchirés. 

16. Invocations, suivies de 3 psaumes. 2 ff'. déchiquetés. 

17. Morceau de lettre à M. Martinielo. in^8°. 

18. Lettre du 9 Iyar 5545 (19 avril 1785) à M. Abraham Krispin ; signée : 

Ruben Marim ou Miriam. 

19. Formule d'invocation. 2 ff. l'un très abîmé. 

20. Lettre du 2 siwan, au fils de iri"ni ; signée : Joseph Mir. 2 ff. dont 

1 blanc. 

21. Homélie sur Genèse, xxxvn, 7. 2 ff. à 2 col. 

22. Lettre du 12 kislew 551 (19 novembre 1790), à David Milin par Suarez, 

2 ff. 

23. Pièce religieuse en vers, n os 18-19 et 38-39. — 2 ff. à 2 col. in-12. 

24. Version espagnole d'un ouvrage philosophique ; préface ; morceau 

d'impression (? incunable). 2 ff. troués. 
25-29. Textes espagnols en lettres latines. 

X. Pièces en lettres arabes. 



Numéros additionnels. 

II. B. 312. Comment, arabe sur Lévit., xm. Écrit, carrée. Parchemin. 

1 f. in-4°, écorné. 
313. Id., de divers versets des Ps. Écrit, carrée orientale. 1 f. in-4°, 
moitié déchirée. 

III. A. 101. Talmud B., Berakhot, fin, et Sabbat, § 1. Écrit, rabbinique 

primitive. 1 f. in-4°, trous. 

102. dlbï) p")D, dernier des 7 « petits traités » post-talmudiques. Après 

le titre, le texte commence 1>21N ^"3U5n. Écrit, carrée. Parch. 
1 f. in-16°. 

103. Abrégé talmudique (ni £]*n, ni \23tn), Yebamot, xv, 1. Même écrit. 

1 f. in-16°. 

104. Morceau des 'b"m n-obrr (ou 'piDB), articles np^D et IDOrr. Ce der- 

nier commence par le début de Megillat Taanit, i, 1. Écriture 
carrée. 1 f. in-4°, abîmé. 

105. Titre: tzpsnî 'o '* pns b:rm r:^7:U5 mabrr. Contient une chrono- 

logie basée sur le nombre sept et ses multiples. Écrit, carrée 
égypt. 1 f. in-12°, troué. 

III. B. 303. Comment, en arabe des règles de l'abatage rituel. Écriture 
orientale. 1 f. in-4°. 



LES MANUSCRITS DU CONSISTOIRE ISRAÉLITE DE PARIS 141 

IV. A. 303. Le n?3t32 du Rituel des samedis et l'êtes. Nombreuses et 
notables variantes. Belle écrit, carrée égypt. 2 ff. in-8°. 

304. La formule Tiata Vïbtt, à réciter après le Sckemoné essré, avec 
additions inédites. Écrit, égypt. — Au verso, comment, arabe du 
ynïï. Écrit, africaine serrée. 1 f. in-8°, écorné. 

30"j. Sommaire du Rituel quotidien, fin. Transcrit pour Gahana b. Samuel. 
Écrit, carrée. 2 ff. in-8°, coupés du haut. 

IV. G. 486. Poème signé en acrostiche VP pTn Dm3N, et en toutes 

lettres à l'avant dernière ligne, outre une mention plus détaillée, 
dans l'avant-dernier "lin *pa rrmD 13 '13«. Le mot "HP est sans 
doute la transcription de l'esp. hijo (fils = ^3). Belle écrit, 
carrée. 1 f. in-4°, déchiré du haut. 

487. Méditation, dédiée à « feu Salomon Petit ». Écrit, carrée égypt. 
1 f. et 1/3 in 16°, écorné. 

488-9. Pioutim pour le Sabbat Hahodesch. Vocalises. Même écrit. 1 f. 
in-12°, et 1 f. in-16°. 

490. Poésie liturgique, qui a pour refrain le mot ïTrn ponctué, sans 

doute par abréviation d'une première strophe ou refrain. Écrit, 
rabbin, primitive. 1 f. in-12°, déchiré. 

491. Élégie ïimbo, peut-être pour Kippour, en raison de la rubrique 

y~i^ nn^u:, en rouge. Écrit, carrée. 1 f. in-12°, troué et fendu. 

492. Ici., probablement pour le soir de Kippour, vu le mot final ai* de 

chaque strophe. 1 f. in-16 , abîmé. 
493-4. Fragments de pioutim. Parchemin. Écrit, carrée. 

V. G. 27. Sentences morales, en arabe. Une maxime d'Aristote et une 

de Platon. Écrit, carrée orientale. 1 f, in-16°, troué. 

Moïse Schwab 



NOTES ET MÉLANGES 



la racine pinrair» et sa traduction dans la septante 



yyvp 



L'Ecclésiastique (16, 25), pour décrire l'immutabilité des lois, 
dit des éléments qui composent le monde : « Ils n'ont pas faim, ni 
ne sont fatigués » (oute È7T£ivaaav où'ts âxoTTiaffav), si l'on s'en rapporte 
à la version grecque, ou : « Ils n'ont ni faim ni soif, et ne sont ni 
fatigués ni las », d'après le syriaque. 

A comparer ces deux traductions, sans se préoccuper de la 
manière ordinaire de l'auteur, on serait tenté de voir dans le grec 
une réduction de l'original, bien conservé en syriaque. Mais, c'est 
le contraire qui est vrai, c'est la Peschitto qui a brodé, comme 
l'atteste la présence insolite de trois sticlies dans le verset, qui 
devait se composer comme à l'ordinaire de deux hémistiches. Il 
faut délibérément écarter la première proposition en S : « Ils n'ont 
ni faim ni soif. » Ceci fait, la divergence entre S. et G. porte donc 
uniquement sur le premier verbe, que G. traduit par : « Ils ont 
faim » et S. par : « Ils sont fatigués. » La préférence doit être cer- 
tainement donnée à S., car sa version est la reproduction exacte 
de l'hébreu, qui était sûrement va** nVi ib*"»i ab, comme dans 
Isaïe, 40, 28 et 30. 

D'où provient donc l'erreur de G., c'est-à-dire du petit-fils de 
l'auteur? Aurait-il lu "n:n\ au lieu de isy", ou Trs'.vàw « avoir 
faim » serait-il une faute de copiste pour -no^éu « être fatigué »? 
M. Smend, dans son commentaire du texte, penche pour cette 
dernière solution. 

En réalité, ni l'une ni l'autre de ces hypothèses n'est fondée ; 



NOTES ET MÉLANGES 143 

£7r£îva<rav n'est pas un lapsus calami, et G. n'a pas lu ia*T, au lieu 
de ne* 1 ". En justifiant cette assertion, je désirerais montrer avec 
quelles précautions il faut entreprendre les corrections de texte et 
à quels dangers s'expose la critique verbale qui s'appuie sur des 
équations toutes mécaniques. 

La preuve que le Siracide a sciemment rendu le verbe spn par 
7cetvà<i>, c'est que cette traduction lui est commune avec celle de la 
Septante d'Isaïe et du Deutéronome. On ne soutiendra pas que les 
copistes se sont donné le mot pour confondre régulièrement ce 
verbe avec ttovéw, ou que les traducteurs de ces deux livres, par un 
hasard extraordinaire, ont mal lu le verbe t\y* et môme tp*, qu'ils 
auraient pris pour a:n. 

Voici les passages d'Isaïe : 

5, 27. *n bia"D ■pan tp> "pa 

où 7U£'.và(70U(7lV oÙO£ X07CtCtffOU(JlV . 

28, 12. sp*b vp5M nmaîan n«T 

Touto xb avà7rai>{ji.a t<3 7T£ivoWt'.. 

Ici la traduction par affamé est d'autant plus étrange que ce 
participe est le complément de « repos » ; « repos » aurait dû 
appeler « fatigué », et non « affamé ». 

40, 28. yx* abi tp-n ab 

OU 7T£'.và(7£l 0Ù8à X07uà(7£l. 

76., 29. ro t\y->b "jna 

OtOOUÇ TOtÇ 7C£lVW(nV i<ryùv. 

De nouveau, le contexte aurait dû faire penser à « fatigué », 
plutôt qu'à « affamé ». 

là., 30. wn tm*a wn 

7T£lVa(TOU(7lV yàû V£U)T£GOl Xal X07UO.(70U(71V. 

/£., 31. TKT" Nbn IDb^ 

[iaoïouvTai xai où 7T£ivà<70u<7'.v . 

« Ils marchent et ne sont pas affamés ». Or la marche provoque 
plutôt la fatigue que la faim. 
En un passage, il est vrai, le traducteur semble déroger à son 



144 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

parti pris, en rendant le verbe par « ùtre fatigué ». Au chap. 46, 1, 
il traduit rro^b nu:72 par ùç cpopriov xotciwvti. Seulement ce n'est 
qu'une apparence et, en réalité, il est resté fidèle à son système. 
En effet, après ces mots viennent xat 7i£tvôjvTt xaï êxXeXu(jiéva>, qui 
dans les éditions ordinaires sont indiqués comme appartenant au 
verset 2. Or, ces deux participes, ni par leur sens ni par leur forme 
(au datif), ne peuvent correspondre à wo noip, qui sont des verbes 
à la troisième personne du pluriel et qui ont une tout autre signifi- 
cation. D'ailleurs, au verset 1, onp est rendu par ooveTpiêTj et 2-0 par 
£7r£a£v. Ces deux participes au datif, comme xotciûWti qui précède, 
ne sont que des variantes de ce mot, variantes qui ont fini par 
évincer la traduction de wd ionp. ïtep* a donc trois versions, mais 
comme les copistes n'étaient pas dans le secret du traducteur, ce 
ne sont pas eux qui ont eu l'idée de la variante -keivùvti ; en consé- 
quence, cette leçon doit être certainement restituée à la version 
originale. 

C'est sans doute à cause de son interprétation systématique du 
verbe tp qu'il a passé spm ch. 44, 12 (cpi û->to nnia vo). Il venait, 
en effet, d'employer le verbe 7ceiv<x<») pour rendre aan ; faute d'un 
synonyme et pour ne pas se répéter, il a jugé plus simple d'esca- 
moter le mot. 

Il ne faudrait pas croire cependant que dans Isaïe à cpj-Ep'' cor- 
responde nécessairement le verbe 7r£ivàa> : quand le contexte 
suggère plutôt le sens de « avoir soif », le traducteur ne craint 
pas de paraître inconséquent. C'est le cas 29, 8, où un homme 
altéré, rêvant qu'il boit, se réveille et n'en est que plus altéré. Là 
l'hébreu porte sp> et le grec àitycj. « il a soif ». Pareillement 32, 2, où 
il s'agit de la terre rvs^y yna, qui est altérée : le grec a Si^wcr/j parce 
que le sol desséché a plutôt soif que faim *. 

Comme il a déjà été dit, le traducteur d'Isaïe n'est pas le seul 
de son espèce à interpréter ainsi notre verbe; il suit la tradition 
de celui du Deutéronome, lequel rend wn tp* ttnan (28, 18) par 

£7t£tvaç xat £X07rtaç. 

A première vue, la Septante de Juges, 8, 5, paraît abonder dans 
le même sens, car elle a 7r£tvà><7tv pour û^v. Mais c'est encore 
ici le contexte qui en est responsable ; comme il est dit qu'on 
donne du pain aux soldats qui étaient û^dv, le traducteur a conclu 

i. r|3'-'\ 50, 4, dans un passage très obscur, est rendu par ifjvtxa 8eï eïireïv « quand 
il faut dire », évidemment parce que la pensée a été traduite de chic. Il est toutefois 
digne de remarque que David Kimhi interprète ce mot d'une façon analogue : le par- 
ticipe voudrait dire « assoiffé, altéré de parole ». Ailleurs, 8, 22 et 23, Bp3>H et Z\y m \72 
sont dérivés de BHJ. 



NOTES ET MÉLANGES 145 

que leur malaise était produit par la faim. Ailleurs où il n'y a pas 
d'ambiguïté, la Septante de ce livre (8, 4, 15; 4, 21) traduit exacte- 
ment le verbe par « être fatigué ». 

Telle est l'interprétation de tous les autres traducteurs de la 
Septante (Genèse, 25, 29, 30; Jér., 2, 24; 51, 58; Habacuc, 2, 18; 
I Sam., 14, 28, 31 ; II, 16, 14). Ils ne dérogent que lorsqu'il est 
parlé d'eau ou quand le sujet est la terre ; en ce cas, comme 
celui d'îsaïe, ils disent « avoir soif » (Jér., 31, 24; Prov., 25, 25; 
Job, 22, 7'). 

A ces deux systèmes de traduction de la racine Sp*-5|3^ il est bon 
de comparer ceux de la Peschitto et des Targoumim. Le syriaque 
rend toujours le verbe par tria « être fatigué », même quand il est 
question de soif ou de la terre. On ne peut signaler que trois 
exceptions : Isaïe, 46, 1, et Prov., 25, 25, « affamé »; Jérém., 31, 25, 
« altéré de soif ». Deux autres fois, il abandonne le verbe spa pour 
rendre tp? par le même mot syriaque, isp*. Quant aux Targoumim, 
ils gardent imperturbablement l'interprétation classique « être 
fatigué » ; seul, celui des Psaumes, rend une fois (143, 6) ynt* 
nD^ par « terre altérée d'eau ». 

On se trouve donc en présence de trois systèmes de traduction 
pour notre mot tpy-tp : « être fatigué », sauf quand le contexte 
exige un autre sens ; — c'est le système de la Septante, exception 
faite d'îsaïe et du Deutéronome ; « être fatigué » dans tous les cas, 
même quand cette version détonne ; — c'est le système des Tar- 
goumim et de la Pescbitto ; enfin, » être affamé » d'une manière 
générale; — c'est le système des traducteurs d'îsaïe et du Deuté- 
ronome, et c'est celui qu'a adopté aussi le Siracide. 

Ces divergences s'expliquent aisément : la racine tp*-t|*\ qu'il 

ne faut pas séparer, d'ailleurs, de sp* et qbr, qui ont souvent le 

même sens, exprime la dépression qui accompagne la fatigue, la 

faim et la soif. Les traducteurs selon leur goût ont cru que le verbe 

désigne telle ou telle de ces causes physiologiques et s'y sont tenus 

per fas et nef as. 

Israël Lévi. 



1. Celui des Psaumes est plus libre : 63, 2, 0*53 iba ZT2 àoixo; « impraticable » ; 
143, 6, HD^y ^"1N àvuôpo; « sans eau ». 



T. 1A1V, n° 127. 10 



14G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



LE MOT « INTELLIGENCE » TRADUIT PAR « FOI » 

DANS LES ANCIENNES VERSIONS DE LA BIBLE 

Prov., 19, 8, porte : ana Nirab nrnn n»i» iiasa ana nb rj:p 
« Celui qui acquiert l'intelligence est l'ami de soi-même, et celui 
qui garde la raison trouvera le bonheur. » La Septante a très 
bien compris ces mots, en donnant à nb le sens d'intelligence, et 

à NSWab la même valeur que tititW : ô xtoS[j.£voç cppbvvjffiv àyaira éaurdv. 

oç Ss cpuXàaasi cppôvYjaiv eupVjcEt àyaOoL 

On est donc tout étonné que la Peschitto ait le mot «ma^n 
« foi » pour nrnn, bien rendu en G. par tppdvTjdiç. En quoi, d'ail- 
leurs, il n'a pas été suivi par le Targoum, qui d'ordinaire le 
décalque. On pense tout d'abord à une confusion faite par le tra- 
ducteur, qui aurait lunntta, au lieu de iman. Mais une étude plus 
attentive des deux versions montre qu'il n'en est rien et pose un 
problème curieux. 

Ce n'est pas la seule fois, en effet, que la Septante offre cette 
équation curieuse : riïinn « intelligence » = Kmawv» « foi ». Dans 
l'Ecclésiastique, 15, 15, le mot hébreu a le même équivalent en 
syriaque. Mais là, le grec a izitniç, qui veut dire « foi » également. 
Et ce n'est pas au hasard que le Siracide traduit ainsi, car ib., 
33, 3, il rend "pai par I^Ttiffreutyst « il aura foi ». Cela étant, on 
comprend mieux la divergence qui se remarque dans les versions 
du même ouvrage, 1, 4. Là, G. porte : <rùv£<nç (ppovr^ewç = rmnn run, 
comme dans Prov., 2, 6 (rmnm nji), et S. : «mwn '. 

C'est probablement d'après la même conception que G. porte, 

Ecclés., 1, 12 : àpyy| socptaç o/oêsTcÔoa xbv xupiov, xat pista utcrrcov év 

{XYjxp-x auvexTtffÔY) aùxoïç « Le commencement de la sagesse, c'est de 



1. M. Smend dit : « S. a lu rjjïftN, G. ri313n ; cette confusion se trouve dans 
l'hébreu, 15, 15. » M. Smend ne me paraît pas avoir été plus heureux dans l'interpré- 
tation du mot r*ÛU33> de S., qui correspond à gvvzgv;. Il remarque que ce mot grec 
traduit "nn, Job, 22, 2, et Nm*na, Dan., 2, 20 (dans Théodotion). S. aurait conservé 
l'original = !T03 Mais ici encore se découvre la faiblesse de la critique verbale toute 
mécanique. Si dans Job, -Q3 a été rendu par <yuve<7iç, c'est à cause du parallélisme de 
b^DTI373 du même verset et par pis aller, et si Théodotion emploie le même mot pour 
Mr."113a, c'est parce que ce nom suit Nn73Dn « sagesse » et que le contexte semble 
exiger plutôt 1' « intelligence » que la « puissance ». Il faut donc résolument rayer 
l'équivalence gvvzoiç, = "123 ou rmaa. 



NOTES ET MÉLANGES 147 

craindre le Seigneur, et avec les fidèles dans le ventre elle a été 
créée », et S. : r-p-ona iirroen nd-d )i2 tnwTXn Dan . . « et avec les 
fidèles dès le ventre de leur mère a été créée ». Il ne s'agit pas ici 
d'hommes de foi, ni spécialement des Israélites, comme le croient 
les commentateurs, y compris M. Smend, mais des hommes intel- 
ligents f tranaa. 

La concordance des deux traducteurs, qui n'est pas d'ailleurs 
constante, ce qui exclut l'hypothèse d'une copie du premier par le 
second, révèle un fait inexplicable : comment le terme hébreu 
« intelligence, raison » a-t-il été compris déjà par le petit-fils de 
Ben Sira, puis par le traducteur des Proverbes, enfin par l'auteur 
syrien de la Peschitto comme signifiant « foi, confiance »? Il est 
certain que, pour les écrivains bibliques, intelligence et foi en 
Dieu sont synonymes; le sot est celui qui ne reconnaît pas 
Dieu, et plus on est intelligent, mieux on comprend la divinité. 
Mais pourquoi a-t-on jugé nécessaire dans certains cas d'appuyer 
en quelque sorte sur cette extension du sens du mot? Visait-on 
un public particulier en paraphrasant presque ce mot si simple? 

Le problème ma semblé mériter d'être signalé. 

Israël Lévi. 



NOTICE SUR LA LITTÉRATURE GRÉCO-CARAITE l 

Mes recherches sur l'histoire du Caraïsme en Turquie m'ont 
amené à m'occupcr du patois grec parlé aujourd'hui encore dans 
le petit ghetto caraïte de Haskeuy à Gonstantinople. J'ai dû, natu- 
rellement, commencer par l'étude de son congénère, le gréco- 
rabbanite, mieux partagé que lui, puisque la Jewish Enci/clopedia 
lui a consacré un article substantiel, qu'il faut mettre au point par 
de nouvelles sources dues à la Byzantinische Zeitschrift et à 
MM. S. K. Papageorges, Papadopoulou-Keraméos, A. W. Greenup 
et G. H. Titterton. 

Ajoutons-y un petit contingent de vocables grecs adoptés par le 
judéo espagnol, tel que : kotchunugria (xoxxivoyouXt == betterave), 
lôvo (= excroissance, de Xocpoç = huppe), nécotchéra (oixoxupa == 
ménagère), etc. 

1. Résumé d'une communication faite au XVI e Congrès des Orientalistes. 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Enfin, parlons des entêtes de chants disparus, dont les poètes 
hébreux avaient fait naguère une imitation littérale ou mélodique. 
Après avoir traité ailleurs de ces curieux hémistiches espagnols 
(R.E.J.) et turcs [Keleti szemle, de Budapest), rapportons-en ici, 
pour le grec, deux exemples, dont l'un de source rabbanite : 
■^frHWita (TpiavTacpuXXTjà, changé en : bab ^b ni "pn) ; et l'autre d'ori- 
gine caraïte, ms b« rr, parodié du grec (rrp )V35) : ai d^id^ 
D'ONp' 1 » (n^aiç vàjjLTjvxàv^ç = Ne me fais pas de déplaisir). 

Moins heureux que son frère romaniote, qui a déjà trouvé ses 
explorateurs, le gréco-caraïte a été laissé dans le plus profond 
oubli, enseveli dans cet ilôt byzantin de Haskeuy, au milieu d'une 
capitale polyglotte, et voisin du judéo- espagnol, adopté par les 
rabbanites depuis 1492. 

Le plus sûr dépôt des vocables cristallisés de ce dialecte me 
semble l'onomastique caraïte, dont voici quelques spécimens : 
rmôtt et ibiDmBN» de Efendi (=aù8èvT7jç?), ■«bapiD'in (= ypuab-xaA^ 
= or bon ou pur), tx-p-i^ (= ispàxi = épervier ou faucon), ibYtta 
(= (juxpoïïXi == laitue), a-paunE) (= cpwsTTip = luminaire). 

Après les noms propres viennent les phonèmes et locutions 
grecs, tirés d'ouvrages caraïtes, dont voici les auteurs les plus 
importants : 

Abu- Jacob Albacir (x e siècle), dans le nw*a nsD ; Tobie b. Moïse 
(xi e s.), dans le TOia ""ûtl» ; Juda Hadassi (xn e s.), dans le bism 
nsiDn, qui donne une terminologie philosophique en grec ; Elie 
Bassiatchi (xv e s.), qui, dans son imba rma, nous donne une liste 
de végétaux, digne parallèle de l'antique yXtoaaàpiov, publié par 
M.P.Kéraméos.Enfin, Elie AfédaBéghi (xvn e s.), dont le û" , rtf n-p^tt 
(vocabulaire hébréo-grec) fera, avec un autre lexique anonyme, 
l'objet d'une étude spéciale. 

Passant à d'autres genres de cette intéressante littérature, 
transcrivons d'abord ces proverbes et énigmes, communiqués par 
M. A. E. Cohen, chef de la communauté caraïte de Constantinople, 
à qui je dois plusieurs autres précieuses informations dans ce 
domaine. 

I. Sentences. 

Kàïo *£/p'' àTr'rô tôtcocou xoà oyt rrtxapi à™ oç W (— mieux est le millet 

de ton pays que le froment du dehors). 
Wzût7\to '<ncixi Ixàtxev xat Si t6 ÎTtiaTeuam (= la maison du menteur a 

brûlé et on ne l'a pas cru). 
£ùXo sêy^xsv àirVrçv \iy p [= le bâton est sorti du Paradis). 



NOTES ET MÉLANGES 149 

II. Devinettes. 

MavoaXovto xa( xXecBôvct) xa-' ô xXettxYjÇ eive (jica (= je ferme ail loquet 

et à clef, et le voleur est dedans). — Solution : le soleil. 



Tn'.lL-Kl X<7!fX7Tl XOV aEXOV 

tôv àexov, to cxpaêaxdv 
Ttéûvsi 7] nàuta to xovxàpt 
xà» xxuTtàï xd xaXa;j.àoi 
àosç |J.âo£ç <jxa(jt,v' zoûàpi 



Pique, pique l'aigle 

l'aigle, le vautour, 

le canard prend la verge 

et frappe l'encrier 

par-ci, par-là, l'escabeau, le pied. 



Solution : La plume. 



Viennent, enfin, deux hymnes, dont je donne ici les passages les 
plus compréhensibles : 1° en caractères hébraïques, comme ils 
m'ont été transmis; 2° en transcription grecque; 3° traduits en 
français. 

A. Complainte (MupoXdyt), entonnée par de vieilles familles 
caraïtes, du 7 au 10 Ab, pour commémorer la destruction du 
Temple de Jérusalem, et qui semble une variante de l'élégie éditée 
par M. Papageorges (Athènes, 1901) : 

S(t)(07ràae6£V (7])<7u(yà)<7£Ô£v, va '7roup.£v •j.upoXdy». 
là OYjV ayià 'rcàve 'êyaivgi, aytà l£poufjaXàï»j. 
Bao£ià v'àva<7T£và;£T£v, (j.£yàXa va <7Xi7rYjX£V (= 6X »'•.}> Yjxev) 
[xsyàXa va ffTStv^ffSTev xat àuotJLOv^ va »j.£iveTv£ 
'là oVj êaffiXoauvTjTTjç »j.£xà BVjv àp/ovo»'axYjç 



' £yaaa xà Ttoucràxia (xou itou (j.£xpYj»ji.d Sev dyav 
àXXouç £cpay£v xd <j7ra0»', àXXouç 'Écpaysv vj TTEÏva 
àXXouç 'Écpaysv xà ôepià, Icpayav xà àyp'.à 
xoûç dyav xà àypià 7:pdç y£ujxa, xat xà ÔEpià ttooç u7ivo 
supausvouv xouç yj àuyVj yufJLvdç, xai vuxxa [xaxojxÉvoç 
Trjupev xou; , ^r 1 [X£pcotji.a cd ai[xa xuX'.tjj.é'voijç 
g yasa /stXia xoxxiva, É/asa fxaupa 'p.jjt.àx'.a 
x(a)»' yXwcG£ç àYjOOvr] XaXouaEç ècpàyavxEç xà àypià 



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150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



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tûia^i^Ta Na^a ^p ,iDia7^ ^2N "<n ranaia^afcns^ 

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oiawb^ na^i© , rnai-rtt^up u^na-^nN 

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n^be «m» ï-hbd'w ,na^p*p N^b-o mzjD">N 

t:~ t:- t-" t'*' t:- t - " 

«■^naN nu u^iass^ .uj'wbKb iarr-w wvîiba ^p 

Traduction. 

Taisez-vous, restez tranquilles, que nous disions une complainte 
Au sujet du sanctuaire (qui) s'en va, s'évanouit la sainte Jérusalem, 
Que nous soupirions profondément, que nous nous affligions beaucoup. 
Imposons-nous de grandes privations, et qu'il ne reste point de patience, 

pour sa royauté avec sa grandeur 

J'ai perdu mes ustensiles qui étaient innombrables 

Les uns furent dévorés par le glaive, les autres furent consumés par la faim, 

D'autres furent mangés par les animaux, consommés par les bêtes sauvages, 

Ils servaient de dîner aux bêtes féroces, et aux animaux pour sommeil, 

On les trouvait nus à l'aurore, et la nuit sanglants, 

Le point du jour les trouvait roulant dans le sang, 

J'ai perdu des lèvres rouges, j'ai perdu des yeux noirs, 

Et les langues parlant des douceurs ont été mangées par les bêtes féroces. 

B. Habdala (chant pour le samedi soir), commençant par le même 
mot (vipTajjLs) que l'ode chantée le 1 er adar, au temple Israélite de 
Corfou (/. Enc, ib.), et qui rappelle, par son contenu, l'hymne 
rm --n "ina (fin du Rituel de Pâque), chanté par les Juifs Sefardim 
dans sa traduction espagnole. En voici les premières strophes : 

'HpTau-ev go eva, Ivac eIvs 6 6eoç, 
7ràvxa xsXaïSsT xai Xeyet : l'vaç sïve 6 6eoç. 
"HpTa|A£v 'ç'xà Suo, Duo 7rsp(8)ixaiç StaXéyovTev 
BiaXéyovTEV tô aTjoovàxYi, -rcàvra xtX. 

.oisrû i« na^N on^n ,Na n N io V7:NtfT\x 

T •• T •• ' " T : 

.oiN^û iN rij^N oto^N ^b "o vpbrs NaaNB 

... T ..... • : T ~ T • T 

'• " T : •• • : . t : » •• T : . 



NOTES ET MÉLANGES 151 



Traduction. 



Nous arrivons à l'Un, unique est Dieu, tout chante et dit: Dieu est Un. 
Nous venons aux Deux, deux perdrix ont été choisies, ont été élus les 
Hossignols (= Moïse et Aron) ; tout chante, etc. 

Ces quelques gerbes que j'ai glanées sur le champ gréco-caraïte, 
suffisent pour donner une idée de la récolle que ce terrain inculte 
promet aux byzantinologues qui voudront le défricher. 

A. Danon. 



NOTES ET MÉLANGES 

1. La fourchette en fer employée par les scribes. 

Raschi sur Soitcca, 32 a, voit dans le terme talmudique p^n 
un appareil de scribe, difficile à définir d'après le mot étranger 
qu'il cite : 

bâtis» nnN îttsm d^ibn-i w ib wv d^cio bu? bna hin msir'^iD 

Le laaz Ticrns (ou msamB'', éd. Pesaro mains) a donné lieu aux 
interprétations les plus variées. Kohut, Aruch compl., III, 217, 
suppose qu'il faut lire pincctte; G. Schlessinger, Die altfranzo- 
siscàen Wôrter im Machsor Vitry. p. 60, n° 108, lit point nr (?). 

Les leçons : Tiares, M. I ., 425, 7 ; "nûa^nD, Àrouch ms. cod. 
Bern Kaufmann, M. S., XXXIV, 192; TOty" 1 », Raschi sur Rif 
Soucca ; ttsd, t^e^d, Siddur Raschi, p. 135; Tiamc, Schibb. 
halekct, n° 351, ne se laissent pas identifier. Le mot est altéré au 
moins dans nos éditions de Raschi et doit se lire ^pssms, 
forchefiere. Godefroy, Lexique de l'ancien français, 1901, p. 238, 
décrit cet objet comme suit : « Bâton armé d'un fer élancé à une 
extrémité et d'une fourche à l'autre », définition qui concorde 
exactement avec celle de Raschi. 

Ce que les copistes ont fait de ce mot, on l'aperçoit dans Mordr- 
chai, éd. Riva, Guittin, I, 32G (432) : 

■jm» ■psjpn» i:nt b"wn \s.^y *7ûd i3*»n isbo D^sbpi n"nc y^yiz 



1S2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L. Lôw, Graphische Requisiten u. Erzeugnisse bei dcn Juden, 
I, 230, n. 596, écrit : « Ces mots étrangers sont restés jusqu'ici 
inexpliqués. tttttis est peut-être ponceur, polisseur; amo est peut- 
être purge, nettoyage de la peau avant la teinture. Par p"riD, il faut 
entendre soit Franche-Comté, soit Ile-de-France. » 

Ce passage, intéressant pour la préparation des parchemins, ne 
devient intelligible que par l'interprétation exacte des leazim. 
«sais est ponce, la pierre-ponce, îtpd pns(ai) est le forchefiere 
précité. 

Il se peut que le mot n^tDpls dans Raschi sur Ézéchiel v, I, 
soit encore le même. En cet endroit, Raschi, expliquant l'expres- 
sion traban n*n, écrit : -p^Ep-iD d^eik ti^i «in w liiabi D^D^^nn 
T?ba. Ce laaz n'a pas pour but d'expliquer û^aba, mais bien -i*n, 
et ce pourrait être, d'après d'aucuns, le mot forchefiere. 

2. Sire Léon le garçon ou mince. 

Gross, Gallia, p. 648, cite cette généalogie de R. Yedidia : laani 
-f-im îzmmb ii*rb n-pib naiattn a" 1 " 1 » ia^un rmm i"in n^bin ti^t 
li&nb «Tto n2i^73n mnan w^n vwn rmm -Y'nn Tbin ipîn mirn 
NiTD?: iiïnb n-pu; ib "j"mp œ*n ^bi^aibi Gross, qui a bien reconnu le 
mot uniifib, le gros, ne peut rien tirer de "pbn^rnb et de nsmm. 
l^bT^aib est la traduction de Tinan et doit être corrigé en iiin;pb, 
le garçon ; n£D*d est le français mince. 

3. y*ixa Mayenne ? 

Le nom de lieu i^w Cpa^a hunw ^an), cité dans 0. Z., II, 146 a, 
n'est pas Mayenne, comme le croit Gross [Gallia, 314), mais Metz. 
Cela résulte d'une collation de ce passage avec Hag. Maim., mabn 
ïfoysrty fin des rt^i y^n mabrr. 

J. Wellesz. 



NOTES ET MÉLANGES 153 



MANUSCRITS HÉBREUX DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 

NOUVEAU SUPPLÉMENT 

Depuis le dernier relevé des mss. hébreux du Supplément à la 
Bibliothèque nationale de Paris, publié ici Tan passé 1 , les numéros 
suivants ont été ajoutés à ce fonds : 

N° 1404. D^n y?, « arbre de vie », traité de cabale par Hayyim 
ben Joseph. Écriture africaine ; rubriques en lettres carrées. Notes 
marginales d'écriture plus récente. 208 fF. in-4°, dont 3 bl. (fT. 9, 
10, 28). 

N° 1405. Série d'actes de mariages, calligraphiés et enluminés, 
avec riches cadres fleuris, savoir : 

1. Mariage de David b. Eliezer Trêves, avec Chiara, fille de Mose 
Trieste, célébré à Lugo-sur-Senio-et-Santerno, le vendredi 10 Adarll 
5421 (= 11 mars 1661). Au bas, deux armoiries ; Tune peu lisible; 
l'autre se compose d'un champ « coupé », ayant en chef un léo- 
pard debout sur parvis quadrillé; en pointe, un pélican sur pré. 

2. Mariage de Michel b. Juda Alatrini, avec Rica, fille de Mose 
Trieste, célébré le 20 Tébet 5429 (= 14 décembre 1668), à Padoue. 
Acte écrit en deux colonnes; à droite, les conditions du contrat, 
en écriture rabbinique italienne; à gauche, le texte usuel, en 
lettres carrées. Au milieu, une colonne torse. Tout autour, un 
grand nombre de cartouches multicolores, représentant divers 
sujets d'histoire ou de géographie. En haut, vue (fictive) de Jéru- 
salem ; coupoles et minarets. 

3. Mariage de Gersoni b. Menahem Cohen Cédek, avec Bêla, fille 
de Mose Trieste, célébré à Moncelici, le vendredi 10 Adar 5441 
(—28 février 1681). 

4. Mariage de Menahem b. Salomon Consilio, avec Regina, fille 
de Mose Trieste, célébré à Rovigo-sur-1'Adige, le vendredi 2 Nissan 
5444 (=17 mars 1684). En frontispice, un vase à fleur tenu à droite 
et à gauche par des anges. Au-dessous, une armoirie figurant un 
dauphin nageant sous une couronne. 

5. Mariage de David Isaac b. Jacob Ferrares, avec ^bsTi 2 , fille 
de Jacob Trieste, célébré à Padoue le vendredi 14 Siwan 5471 
(= 1" juin 1711 ). Au-dessus du texte, trois espaces quadrangulaires 

1. R. É. J., LXI, 82-81. 

2. Probablement diminutif affectueux de m H (Éra). 



154 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

se composent d'entrelacs fleuris et de branchages verts, où vol- 
tigent des oiseaux. À la troisième bande, le roi David joue de la 
harpe. 

6. Mariage de Hananiah Menahem b. Salomon Hayyim Colin 
Cédek, avec Esther, fille d'Abraham Haï Rabba, célébré à Revere- 
sur-le-Pù, le mercredi 14 Tisri 5518 (= 28 septembre 1757). 
Témoins : Salomon Hayyim Reisil ; Sabtaï Scliemaia Fano. Le tout 
est entouré de guirlandes coloriées avec rubans roses et bleus, 
agrémenté de dessins composés de versets en caractères micros- 
copiques. 

7. Mariage d'Uriel Rafaël b. Samuel Eliakim Ventura, de Finali, 
avec Rachel, fille d'Abraham Haï Rabba, célébré à Révère, le ven- 
dredi 3 Adar 5533 (= 26 février 1773). Ornements coloriés. 

8. Mariage d'ïsaac Yoïada b. Abraham Ischaï Finzi, de Carpi, 
avec Sara Bona, fille de Nehemia Rabba, célébré à Revere-sur- 
le-Pô, le vendredi 8 Eloul 5536 (= 23 août 1776). Témoins : Salomo 
Rafaël b. Zerahia Haï Salzedo, Matatia b. Salomo Padovani. — 
Cadre polychrome ligneux. 

9. Mariage de Baruch Mardochée b. Juda Haï Rabba, avec Beraka, 
fille de Nehemia Rabba, célébré à Révère, le 5 Adar 5550 (= 19 fé- 
vrier 1790). 

10. Mariage d'Abraham Isaac b. Baruch Norzi, avec Diamante, 
fille de Nehemia Rabba/à Révère, le 10 Schebat 5562 (= 23 février 
1802). 

11. Mariage d'Eliézer Salomo Elisama Rovigo b. Samson Baruch, 
avecNehama Toba, fille de Jacob Hayyim Rabba, célébré à Révère, 
le mercredi 14 Siwan 5570 (= \6 juin 1810). Témoins : Abraham b. 
Joseph Sinigaglia; Menahem Haï b. Israël Coen. Cadre de bran- 
chages, fleurs et feuillages, joints par des rubans et torsades roses. 
En haut, en miniature, deux enfants nus se tenant par les bras. De 
chaque côté et au bas, des psaumes encadrés. 

12. Mariage de Mardochée Mose b. Issachar Hayyim Carpi, avec 
Esther, fille de Jacob Hayyim Rabba, célébré à Révère, le vendredi 
5 Adar I 5573 (= 7 mars" 1813). 

13. Mariage de Juda Masliah b. Azariah Hayyim Sanguinetti,avec 
Hanna Simha, fille de Cemah David Basilal, célébré à Révère, le 
vendredi 12 Heschwan 5591 (= 29 octobre 1830). Témoins: Samuel 
Hayyim b. Nehemia Razza; Isachar Hayyim Corfi (ou Carpi). Grands 
et petits caractères carrés, dans une triple guirlande composée de 
versets bibliques écrits en lettres microscopiques. 

Tous ces actes sont sur parchemin, grand in-folio. 

N° 1406. Haggada pascale ; texte avec version italienne et com- 



NOTES ET MÉLANGES 155 

men taire U5N -«bit, abrégé de l'explication nés mt par Isaac Abra- 
vanel. Une préface à ce môme commentaire, par Juda Arié de 
Modène, se trouve en tète du volume, accompagnant les Dinim 
de la fête. Écrit par Élie ben Ascher Malakhi Cohen, l'an 5544 
(= 1784), à Padoue. Titre rouge et noir, entouré d'un triple cadre, 
les deux externes en lignes ornées, et le cadre médiat constitué en 
versets de l'Exode (xn, 17-19). Dessins à la plume sur chaque 
page, et initiales enluminées. Grande écrit, carrée vocalisée pour 
le texte; rubriques des gravures en petite écrit. Comment, en écrit, 
rabbin, italienne. A la dernière page, en écriture semblable, la ver- 
sion allemande du poème nm TH«, ainsi orthographié : nrpasttbN 
...aria ya a 1 ». Fin : ...pia na^nn ,Ena "Û""» (= Schœner... trauter...). 
N° 1407. Autre recueil d'actes et contrats de Mariage. 1 : Contrat 
de fiançailles, fixant le mariage à Heschwan suivant, de Mose b. 
Isaac ïrieste avec Éva (nbs">rr barum) Barasizal. Padoue, lundi 
27 Eloul 5398 (= 6 septembre 1638). — 2 : Mariage de ces deux fian- 
cés ; Padoue, 6 Kislew 5400 (= 2 décembre 1639). — 3 : Mariage 
de David b. Eliézer Juda Trêves (oma), avec Chiara, fille de Mose 
Trieste ; Lugo, 24 Tébet 5420 (= 8 janvier 1660). Témoins : Simon 
Recial ; Mose mtopE. — 4 : Contrat de fiançailles, fixant le mariage 
au mois de Tébet 5429 (fin 1668), entre Michel b. Juda Alatrini et 
Rica, fille de Mose Trieste ; Padoue, le 29 Kislew 5428 (= 15 décem- 
bre 1667). — 5 : Mariage de Menahem b. Salomon Consilio avec 
Regina Alatrini ; Padoue, le dimanche 6 ïyar 5443 (= 2 mai 1683). 
— 6 : Engagement de dispense du lévirat envers leur belle-sœur, 
Dame Regina, fille de Mose Trieste, épouse de leur frère Menahem; 
dressé à Rovigo, le vendredi 2 Nissan 5444 (== 17 mars 1684), par 
Jacob et Samuel Consilio, en présence des témoins Barnch Mose 
b. Jacob Sinaï et Elhanan Nehémia b. Sabtaï Baruch. — 7 : Acte de 
mariage entre Menahem b. Salomo Consilio et Regina, fille de Mose 
Trieste. Rovigo, 2 Siwan 5444. — 8 : Contrat de fiançailles, fixant 
le mariage à la semaine de *jb *jb 5451 (1690), de Jacob b. Mose 
Trieste avec Malea, fille de Gabriel Leoncino. Padoue, lundi 
9 Tamouz 5449 (=27 juin 1689). — 9: ld., fixant le mariage à Siwan 
5471 (= mai 1711), de David Isaac b. Joseph Ferrares avec Hefele 
(Eva), fille de Jacob Trieste; Mantoue, lundi 28 Kislew 5470 
(= le f décembre 1709). — 10 ; Mariage des mômes, le 4 Siwan 
5471 (== 22 mai 1711). — 11 : Engagement de dispense du lévirat, 
envers leur belle sœur Hefele, épouse de leur frère David Isaac, 
par Abraham et Juda fils de Jacob Ferrares, même date. — A la 
suite, ont été placés des actes de même nature, par les mêmes 
familles, rédiges en italien, par devant notaires publics. 



456 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tous ces actes sont sur double feuillet in-4°, petite écriture 
rabbin, italienne. 

Dans le même manuscrit, a été placé un feuillet qui représente 
un portique dessiné à la plume, genre Renaissance. Au fronton, sont 
deux lions affrontés regardant le sommet évasé. Au-dessous d'eux, 
les mots rtb "imi ïit (Ps., 118, 20). A la moitié inférieure, sous le 
porche en arcade, une couronne sacerdotale 5"d, surmonte deux 
mains adigitées ; à la suite, le vers. duPs., 133, 1 (de l'union fra- 
ternelle). Puis sont inscrits cinq noms : Gerson Cedek D^trra; 
Hayyim Mose, de la même famille ; Juda Lévi; Abr. Franco; Sche- 
maïa Conian l&raip, et ces mots : « Nous nous lions d'amitié et 
réprouvons qui deviendra ennemi ; ce jourd'hui 29 Tamouz 5430 » 
(=17 juillet 1670). La date seule, dernière ligne, est en petite écri- 
ture rabbin, italienne; le reste en carré. 

Moïse Schwab. 



BIBLIOGRAPHIE 



Pinks (M.). Histoire de la littérature judéo-allemande, avec une préface 
de M. Charles àndler, Paris, Jouve, 1911 ; gr. in-8, de xvm -+■ 582 p. 

La littérature moderne du « jargon » a été révélée en dehors du ghetto, 
il y a quelque treize ans, par M. Léo Wiener, professeur de langues 
slaves à la Harvard University. Le savant linguiste américain, ayant fait 
connaissance à Boston du poète-tailleur Morris Kosenfeld, s'était pris 
d'enthousiasme pour son génie lyrique si original, Lavait aidé et tiré de 
misère, et, par une traduction en anglais de quelques-uns de ses meil- 
leurs poèmes, avait conquis nombre d'admirateurs à l'auteur aujourd'hui 
notoire des « Chants du labeur ». Ainsi amené à étudier de près la langue 
et la littérature des milieux judéo-polonais, il publiait bientôt un excel- 
lent manuel d'histoire de la littérature « viddish », suivie d'une chresto- 
mathie des meilleurs auteurs en jargon (History of yiddish Literature in 
the nineteenth century, New-York, 1899). 

Voici maintenant, en français, une nouvelle histoire de cette littéra- 
ture. Son auteur, M. Pinès, venu de Russie, a passé quelques années en 
France, et a obtenu l'année dernière par cette publication le titre de 
docteur de l'Université de Paris. 

Tout en devant beaucoup à M. Wiener pour le dessein du livre, le plan 
et les idées, M. Pinès a fait néanmoins- œuvre personnelle. Par ses ori- 
gines, il a l'avantage de connaître intimement les milieux dont il parle, 
les tendances et les mouvements qui ont agité et agitent le ghetto russe 
et d'être au courant des innombrables publications qu'il fallait dépouiller 
pour esquisser une pareille histoire. Tout ce qui a paru de notable depuis 
le livre de Wiener a été utilisé par lui, et une bibliographie contenant 
plus de mille titres termine son ouvrage. Toutefois, obligé de se limiter, 
il a exclu de son étude les écrivains les plus récents, ceux qui n'ont 
débuté dans la littérature judéo-allemande qu'après 1890. 

A la différence de son devancier, M. Pinès a introduit en quelque sorte 
la chrestomathic dans l'histoire littéraire : il a illustré les notices consa- 
crées aux meilleurs écrivains jargonisants de larges citations ou d'ana- 
lyses qui font de son livre comme un recueil de morceaux choisis, poésie 



1S8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et prose. Il est seulement regrettable que, pour les grandes citations en 
prose. M. Pinès n'ait pas choisi un type de caractères plus tin. Son livre 
en eût été un peu allégé, l'impression laissée au lecteur eût paru moins 
diffuse. De plus, disposant de plus d'espace, il aurait pu donner en note 
plus de spécimens des textes originaux, transcrits naturellement en carac- 
tères latins. Quoi qu'il en soit, les morceaux paraissent généralement 
choisis avec discernement et traduits ou résumés non sans talent; l'on 
a plaisir à entrer en contact avec les peintres attitrés de la vie juive dans 
l'Europe orientale, chansonniers (badchen), poètes, conteurs, romanciers, 
satiriques, et l'on est tenté de faire plus ample connaissance encore avec 
l'œuvre tour à tour pathétique ou récréative des Abramovitch (Mendele 
Mocher Sforim), des Linetzki, des Frug, des Peretz, des Rabinowitch 
(Scholem Aleichem) l . 

M. Pinès a voulu donner antre chose encore qu'une chrestomathie 
expliquée : il a, à la suite de M. Wiener, essayé de retracer l'histoire et 
l'évolution du «yiddisch» au xix e siècle. La linguistique moderne, mieux 
instruite qu'autrefois des origines des divers parlers germaniques, a en 
quelque sorte réhabilité au nom de la science « le jargon » si honni de 
Mendelssohn et de son temps : elle a constaté qu'il n'était, en son fond, 
qu'une survivance du moyen-haut allemand du xu e siècle parlé par les 
Juifs de Souabe et des régions voisines et arrêté chez eux dans son évo- 
lution normale parles conditions particulières, tant intérieures qu'exté- 
rieures, de la vie juive : au dedans, piétisme fermé et rigoureux impré- 
gnant la langue populaire d'un fort élément hébraïque, — biblique et 
talmudique, — au dehors ambiance slave remplaçant bientôt et pour des 
siècles l'ambiance germanique par suite de l'exode en Pologne, aux xiv e et 
xv e siècles, des communautés juives allemandes. 

Rien de plus curieux que le développement de cette langue juive dans 
l'Est de l'Europe, évinçant le judéo-slave en formation, revenant plus 
tard avec les rabbins polonais en Allemagne, combattue par les généra- 
tions de 1' « Aufklàrung », puis de la « Hascala », retrouvant enfin une 
vitalité extraordinaire dans le dernier tiers du xix e siècle. 

M. Pinès, pressé d'arriver à ses expositions littéraires, s'est montré 
sobre de détails sur le mécanisme de la langue yiddisch, sur sa gram- 
maire, sa phonétique et sa syntaxe. On eût souhaité qu'il étayàt ses affir- 
mations sur le génie propre de cette langue, sur ses règles particulières, 
d'un plus grand nombre d'exemples. M. Andler, dans la judicieuse pré- 
face qu'il a écrite pour l'ouvrage donne à ce sujet, en passant, quelques 
indications d'un vif intérêt. Je suis surpris, d'autre part, que M. Pinès ne 
fasse pas au moins mention d'un phénomène linguistique et historique 
assez analogue au « yiddisch », c'est le judéo-espagnol ou « ladino ». 

1. On peut lire, sur le Roman yiddisch contemporain, et en particulier sur Rabino- 
vitch, Péretz et Asche, une étude de MM. Charles Bolz et Abel Martin, parue sous le 
titre de Une littérature inconnue dans la Grande Revue, n os du 25 août (p. 819) et 
du 10 septembre 1911 (p. 145). 



BIBLIOGRAPHIE 159 

Dans tous les pays où les Juifs dispersés ont fait un établissement 
durable, on a vu se créer un idiome mixte, judéo-araméen, judéo-grec 
dans l'antiquité, plus tard judéo-persan, judéo-arabe, etc. Mais il y a 
quelque chose qui différencie le judéo-espagnol comme le judéo-alle- 
mand des autres patois juifs, c'est le fait même de la transplantation 
dans des milieux de langue et de culture hétérogènes. Gomme le moyen- 
haut-allemand en pays slave, on sait que le castillan de l'époque de 
Christophe Colomb, ainsi que d'autres dialectes espagnols, d'ailleurs, 
s'est survécu, coloré d'hébreu, dans les communautés de Juifs exilés 
d'Espagne et établis en Turquie, en Bulgarie, au Maroc, en Palestine, etc. 
Langue de famille et de commerce, langue d'édification, et d'enseigne- 
ment religieux, le ladino, qui a gardé religieusement un grand nombre de 
locutions et de tours archaïques et quiVécrit et s'imprime volontiers en 
caractères hébreux, a donné naissance à toute une littérature de traduc- 
tions, d'homélies, de chansons, de chroniques populaires, de journaux, 
qui forme un exact pendant à l'ancienne littérature judéo-allemande. 
Sans doute, le judéo-espagnol n'a-t-il pas, que je sache, ses Abramovich 
ou ses Péretz, et il attend toujours son historien. Mais dans tous les cas, 
il y a, au point de vue historique et « culturel », matière à comparaisons 
instructives entre ces deux grands types de « jargons » juifs. 

Anthologie et histoire littéraire, le livre de M. Pinès est aussi une 
thèse. L'auteur est convaincu et voudrait convaincre les lecteurs non 
seulement que les écrivains dont il traite ont du talent, et quelques-uns 
même plus que du talent, — on le lui accordera volontiers —, mais que 
la langue qu'ils parlent, et qu'ils ont amenée à une sorte d'état de « clas- 
sicisme », mérite droit de cité dans la famille des grandes langues litté- 
raires. Ceci paraît plus contestable. Le « yiddisch » a certes encore de l'ave- 
nir devant lui. Il est actuellement et pour de longues années sans doute, 
avec ses sous-dialectes variés, la vraie langue « nationale » des grandes 
juiveries russes ou d'origine russe dans l'Ancien et le Nouveau monde, 
bien plutôt que le néo-hébreu, qui vraisemblablement ne sera jamais 
manié que par une minorité cultivée. Le yiddisch augmentera encore par 
le journal, la revue, le livre, une bibliothèque déjà vaste et variée. On 
ne saurait se dissimuler pourtant ce que cette langue, en dépit de sa 
souplesse et de la diversité vivante de ses ressources, en dépit des curieuses 
ou belles œuvres qui lui ont conféré quelque prestige, a d'hétéroclite et 
souvent de burlesque dans son vocabulaire. Ces rencontres savoureuses 
du germanique et de l'hébreu, pour naturelles et spontanées qu'elles 
soient devenues, ont quelque chose de caricatural et de bouffon môme 
quand le sujet n'a rien de risible. Cela fait un humour spécial qui n'est 
pas sans prix assurément, indépendamment de l'intérêt propre au fond, 
mais des écrits « littéraires » de ce genre ne passent pas aisément les 
frontières du ghetto, et les traductions même qu'on en fait en laissent 
évanouir la plupart du temps le parfum original On dira qu'il en est de 
même de toutes les productions de valeur et qu'on ne peut vraiment 
apprécier un écrivain que dans sa langue. Mais qui donc, venu du dehors, 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES. 

se mettra à l'école du yiddisch, en dehors de quelques curieux? En vain 
leur facilitera-ton la tâche en l'imprimant, comme on fait déjà ça et là, 
en caractères latins. Il restera une langue ésotérique d'un charme à peu 
près incommunicable à ceux-là même qui, connaissant et l'allemand et 
l'hébreu, n'auront pas vécu de la vie juive. 

Sans doute, il arrive que l'élément hébraïque soit à peu près banni du 
« yiddisch » littéraire. Maint poème de Morris Kosenfeld est dans ce cas. 
On a alors simplement des productions en patois analogues à ces poésies 
régionales qu'on voit éclore dans beaucoup de pays à l'ombre de la litté- 
rature nationale, et qui peuvent faire le régal de provinciaux lettrés et 
de dilettantes, sans élever leurs auteurs au-dessus du rang de « poetœ 
minores », malgré tout le génie, toute la profondeur de sensibilité dont 
leur œuvre porte la marque. 

Faisons donc toutes réserves sur l'avenir littéraire de la poésie et de la 
prose judéo-allemande. Il reste que le livre de Pinès est une agréable 
initiation à tout un monde inconnu du lecteur français. On le lirait avec 
plus de plaisir encore si l'auteur avait pu faire disparaître les fautes et 
coquilles trop nombreuses qui déparent un texte d'ailleurs plein de vie 

et d'entrain. 

Julien Weill. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 

T. LXIII, p. 236, n. 2. — Joseph b. Juda est encore cité, comme me 
le fait remarquer M. J. Perla, de Mlawa (Pologne russe), par Isaac ibn 
Gayyath dans ses Hilchot Pesahim (éd. Bamberger, p. 90 ; éd. Zomber, 
p. 22) : D^anm dt-it ra D n 3iTDsn m-im m i7D na cpv an na -i?afin 
las» mnbb tidn isa bas yvm *rb a\xa vn »bi (yana b"-;) mnbb 
yvzn T>b D^saiÛ. Or, comme son opinion est citée à côté de celles 
d'autres Gueonim, à savoir de celles des Halachot Guedolot (éd. Varsovie, 
p. 508 b en haut; éd. Hildesheimer, p. 139, avec cette addition : KaTfttai 
'idi mnbb ypa ia« "pan Rnairnw m»), de Kohen Cédek et de Haï, 
Joseph appartient aussi à la même époque et est sans doute identique 
avec le fils de Yehoudaï. En un autre endroit des Hilchot Pesahim du 
même auteur (éd. B., p. 103 ; éd. Z., p. 43), on trouve cette citation : 
'■di ?£"qt aons rra» "HENpa i«a "««a an 112 na Epr» an -173 i7a«i. 
Gomme on ne connaît pas de fils à Haï, il est naturel de supposer qu'il 
faille lire ici aussi min 1 an "173 "ia, au lieu de "«sa an na na. — 
S. Poznanski. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESS1S. 



LE SACRIFICE D'ISAAC 



ET LA MORT DE JESUS 



Il y a parallélisme entre la vertu de la mort de Jésus, d'après la 
théologie chrétienne, et celle du sacrifice d'Isaac — ou Akèda { — 
d'après le Rituel des prières de la Synagogue et les enseignements 
des rabbins : mort et sacrifice, librement acceptés, ont une puis- 
sance rédemptrice. 

Esl-ce là simple hasard, et si la rencontre n'est pas fortuite, 
lequel, du christianisme ou du judaïsme, a réagi sur l'autre? 

Qu'il faille écarter le hasard, inutile de le démontrer. Si les 
deux religions étaient nées simultanément aux deux extrémités du 
monde, cette solution serait plausible, et il faudrait attribuer 
l'analogie à l'unité de l'esprit humain, dont la faculté d'invention 
n'est pas inépuisable et qui, en face des mêmes problèmes, s'avise 
des mêmes réponses. Mais, le christianisme n'étant qu'un rameau 
du judaïsme, la ressemblance doit avoir une autre cause. Celle-ci 
semble à fleur de terre : issue de sa devancière, la nouvelle 
religion, sous ce rapport aussi, se rattache à l'ancienne. Il y a eu 
simple transposition, greffe sur la mort de Jésus de la conception 
qu'avait fait naître le sacrifice d'Isaac. 

Mais, pour l'affirmer, il faudrait être sur de l'existence de cette 
idée au moment où le rameau s'est détaché du tronc. Or, les témoi- 
gnages irrécusables ne sont que du m e siècle. Aussi Geiger a t-il 

1. « Action do lier » On appelle de ce nom la scène du Moria et le chapitre do la 
Genèse qui la raconte. Au moyen âge, ce terme désigue aussi les compositions synago- 
gales qui célèbrent le sacrifice d'Isaac. Mais, avec un sens très lin de la signification de 
cette scène dans la théologie juive, les liturgistes ont rangé sous la même rubrique des 
morceaux qui exaltent et invoquent le martyre d'Israël, dont le sacrifice d'Isaac n'est 
que le symbole. 

T. IA1V. .\" 128. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pu soutenir et faire adopter généralement qu'ici la Synagogue 
était tributaire de l'Église. L'échange se serait produit en Babylonie, 
par l'intermédiaire des sectes syriennes, puissantes en ce pays. 

Ayant engagé un de mes élèves à reprendre l'examen de cette 
question, j'ai du, cela va sans dire, l'étudier de mon côté, et quelle 
n'a pas été ma surprise, au fur et à mesure que se déroulaient et 
s'enchaînaient les textes, de voir s'écrouler la construction du 
savant allemand ! 

La constatation offre quelque intérêt et pour l'histoire du Rituel 
synagogal et pour celle de la théologie chrétienne. 



I 



Le Rituel de Rosch Haschana (ou Nouvel An) contient le para- 
graphe suivant : 

« Notre Dieu et Dieu de nos pères, accorde-nous un souvenir 
favorable, et du haut des cieux pense à nous pour le salut et la 
miséricorde. Souviens-toi, en notre faveur, ô Eternel, notre Dieu, 
de l'alliance, de la bienveillance et du serment que tu as jurés à 
notre père Abraham sur le mont Moria. Considère la scène du 
sacrifice (Akèda), alors qu'Abraham lia son fils Isaac sur l'autel, 
étouffant sa tendresse pour accomplir ta volonté d'un cœur sincère. 
Puisse, de même, ta miséricorde étouffer ton courroux envers 
nous, et que, par ton immense bonté, ta colère se détourne de 
ton peuple, de ta ville et de ton hérilage ! Accomplis pour nous, 
Eternel, notre Dieu, la promesse que tu nous as faite dans ta Loi 
par ton serviteur Moïse, en ces termes : « Je me souviendrai en 
leur faveur de l'alliance faite avec leurs ancêtres, que j'ai retirés 
du pays d'Egypte à la face des nations pour être leur Dieu, moi 
l'Éternel', o Tu te souviens, en tout temps, de tout ce qui tombe 
dans l'oubli, car il n'y a pas d'oubli devant ton trône glorieux. 
Souviens-toi aujourd'hui du sacrifice d'Isaac en faveur de sa 
postérité. Sois loué, Éternel, qui te souviens de l'alliance. » 

Dans cette prière, Israël demande donc que le mérite du sacrifice 
d'Isaac rejaillisse sur lui, pour le sauver des conséquences de ses 
fautes. De même qu'Abraham a étouffé sa tendresse pour obéir à 
la volonté divine, que Dieu refoule son courroux légitime envers 
son peuple ! 

1. Lévit., 26, 45. 



LE SACRIFICE D'ISÀAC ET LA MORT DE JÉSUS 163 

Cette conception n'est pas propre an Rituel, elle était exploitée 
communément dans la prédication. 

Ainsi s'exprime R. Yohanan, rabbin palestinien du m e siècle, en 
faisant parler Abraham : 

« Maître des mondes, lorsque tu m'as ordonné de prendre mon 
ûls unique, j'aurais pu te répondre : « Hier, tu me disais que c'est 
par Isaac que sera constituée ma postérité (Gen., 21, 12), et aujour- 
d'hui tu me demandes de l'immoler! Mais, loin d'agir ainsi, j'ai 
étouffé ma tendresse pour accomplir ta volonté. Que ce soit un 
effet de ta grâce, ô mon Dieu : lorsque les descendants dTsaac se 
seront rendus coupables de transgressions et de mauvaises actions, 
souviens-toi de ce sacrifice et remplis-toi de pitié 1 . » 

Ces paroles de Yohanan sont rapportées par le Talmud de Jéru- 
salem 2 avec cette variante intéressante : 

« ...Lorsque les descendants d'Isaac courront un danger et 
n'auront personne pour intercéder en leur faveur, sois, toi, leur 
défenseur; souviens-toi du sacrifice d'Isaac, et remplis-toi pour 
eux de pitié. » 

C'est de ce texte que s'inspirent le Targoum palestinien et le 
Pseudo- Jonathan sur Genèse, 22,14:... « Lorsque les descendants 
d'Isaac se trouveront dans un temps de danger, tu te souviendras 
en leur faveur du sacrifice d'Isaac, leur ancêtre, tu pardonneras 
leurs fautes et les sauveras de tous les dangers. » 

Une autre variante du dire de Yohanan comporte une addition 
qui le met en rapport avec le Rituel deRosch Haschana. Reprodui- 
sant les lignes qu'on vient de lire, la Pesikta de R. Cahna (p. 154) 
et Vayikra Rabba (en. 29) ajoutent : « Tu auras pitié d'eux, et tu 
changeras, en leur faveur, la justice en miséricorde. Cela, le 
septième mois, c'est-à-dire à Rosch Haschana. » 

La Pesikta Rabbati (p. 171 b) précise : c Lorsque les descendants 
d'Isaac seront jugés devant toi en ce jour (de Rosch Haschana), 
eussent-ils contre eux nombre d'accusateurs, de môme que je me 
suis tu et ne t'ai pas répliqué, ainsi... » 

Si l'on en croit la même Pesikta Rabbati (p. 167), R. Josué 
Hacohen b. R. Nehémia aurait dit au nom de R. Houna b. Isaac : 
« Dieu s'exprima ainsi : Adam que j'avais condamné, je l'ai favorisé 
cependant en lui laissant un de mes jours 3 ; de même, lorsque 
vous paraîtrez devant moi le jour de Rosch Haschana pour être 

1. HereschU Rabba, 56. Cf. Psaumes Rabba, 29, 1. 

2. Taanil, 65 d. 

3. Mille ans. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

jugés, apportez des schofars ; auriez-vous contre vous quantité 
d'accusateurs, je me souviendrai du sacrifice d*Isaac et vous 
acquitterai. . . » 

Au récit de la scène du Moria se rattachent d'autres enseigne- 
ments aboutissant à la même conception. 

Frappé de l'étrangeté du mot "tin « après ' », qui figure au 
verset 13 de la narration de la Genèse, R. Youdan b. Simon, rabbin 
palestinien du iv e siècle, commente ainsi le texte : « Après toutes 
les générations (à la fin des temps), tes enfants seront pris par 
leurs péchés et empêtrés (*pnDn, de *pD « buisson ») dans les 
épreuves; mais finalement ils seront sauvés par les cornes de 
ce bélier, ainsi qu'il est écrit : « L'Éternel Dieu sonnera du 
cor(Zach., 9, 14) 2 . » 

La scène du Moria est, pour ce rabbin, la figure prophétique du 
drame messianique. 

Interprétation analogue de ce verset de la Genèse dans la bouche 
d'un autre rabbin palestinien, R. Hinena b. ïsaac : 

« Toute la journée Abraham voyait le bélier embarrassé dans un 
arbuste, puis s'en dégageant, ensuite il était pris dans une futaie: 
il en sortait encore; enfin il était arrêté dans un buisson et il s'en 
tirait aussi. Gela signifie, dit Dieu à Abraham, que tes descendants 
seront embarrassés dans leurs fautes et (pour cette raison) empê- 
trés dans les empires, qui domineront sur eux, passant de celui de 
Babylone à celui des Mèdes, de la Grèce à Edom (Rome). Mais 
sera-ce pour toujours? demanda Abraham. Non, car finalement ils 
seront sauvés par les cornes de ce bélier, ainsi qu'il est écrit : 
« L'Éternel Dieu sonnera du cor 3 . » 

Ces deux interprétations, qui sont étroitement apparentées, sont 
citées, avec le dire de Yohanan, par le rédacteur du Talmud de 
Jérusalem à l'appui d'une opinion qui est comme la philosophie de 
ces propos agadiques. Dans le Rituel des jeûnes publics figurent ces 
mots : « Que celui qui a exaucé Abraham sur le mont Moria nous 
exauce aussi 4 ! » La formule de l'eulogie finale, qui doit résumer 
l'objet essentiel de la prière, est : ((Béni soit le Seigneur, libérateur 

1. On attendrait "iriN « un », ce qu'ont lu, d'ailleurs, le Samaritain et la Septante. 
Onkelos réunit les deux leçons. 

2. j. Taanit, 65c? ; Vayikra Rabba, 29. 

3. D'après Berescldt Rabba, 56, ce rabbin s'exprimait autrement: « Tous les jours de 
L'année, les Israélites sont pris dans leurs transgressions et empêtrés dans les malheurs. 
Arrive Rosch Haschana, ils saisissent le schofar, eu jouent et Dieu pense à eux et leur 
pardonne. A la fin, ils seront délivrés par une corne de bélier. » 

4. Mischna Taanit, 2, 4. 



LE SACRIFICE D'ISAAC ET LA MORT DE JÉSUS 165 

d'Israël. » Il faudrait, disait l'école : « qui a sauvé Isaac ». Mais la 
formule se comprend néanmoins, ajoutait-on; elle signifie qu'lsaac 
ayant été sauvé, c'est comme si tout Israël l'avait été avec lui. 
Entendez par la : le sacrifice d'Isaac est le gage de la rédemption 
d'Israël. 

Dans cette page du Talmud de Jérusalem le mérite d'Abraham 
est surtout invoqué pour le salut collectif et final d'Israël. Dans 
Vayikra Rabba, ch. 2, il l'est pour le salut individuel, et non plus 
seulement de l'Israélite : 

« Il est écrit (Lévit., 1,5) :« On immolera le taureau devant l'Éter- 
nel », et si le sacrifice est un bélier : « On l'immolera du coté Nord 
devant l'Eternel » ib., 11). On a dit à ce propos : Le jour où Abra- 
ham lia son fils Isaac sur l'autel, Dieu décréta la loi qui commande 
d'offrir un agneau le matin, et un autre entre vêpres, pour que, 
chaque fois que les Israélites offriraient sur l'autel le sacrifice quo- 
tidien et réciteraient le verset : « au côté Nord devant l'Eternel », 
Dieu se souvînt du sacrifice d'Isaac J'en atteste le ciel et la terre : 
que ce soit un non-juif ou un juif, un homme ou une femme, un 
esclave ou une servante qui récite ces mots, Dieu se souvient du 
sacrifice d'Isaac '. » 

Il serait utile de connaître l'âge de ce morceau; malheureusement, 
comme aucun nom propre n'y figure, notre curiosité ne peut être 
satisfaite. On sait seulement que Vayikra Rabba est un des plus 
anciens Midraschim palestiniens et qu'il n'est pas postérieur au 
vn c siècle. Les termes « on a dit » dont il se sert renvoient à une 
tradition plus vieille que le recueil, tradition qui s'est perdue, 
d'ailleurs. 

L'intention de l'auteur anonyme de ce morceau n'est pas douteuse: 
le sacrifice journalier d'un bélier, rappelant le bélier offert par 
Abraham à la place d'Isaac, répète l'action accomplie sur le Moria 
et vaut à ceux qui le font le mérite du sacrifice d'Isaac. Bien plus, 
à défaut de l'immolation de la victime, la simple récitation des 
mots qui visent le rite produit les mêmes effets 2 . 

Ce qui met hors cadre ce passage, c'est non seulement la réversi- 
bilité du mérite de la Akèda même sur les non-juifs, mais encore 
le rapprochement entre cet événement et le sacrifice journalier. 
Comme on l'a vu déjà et comme on va le voir plus amplement 

1. Reproduit par le Tanna debè Eliahou Rabba, 7 (p. 36, Priedmann). 

2. C'est un principe talinudique que la récitation ou L'étude des chapitres relatifs aux 
sacrifices a la môme efficacité que l'offrande des victimes; voir, entre autres, Vayikra 
Rabba, 1 : imN 'pa'np 73 15N3 DD'b* "^N ïlbj» DH3 "ppC^n» DPfifl b'Win. 
Cf. Menahot, liO a. 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

maintenant, la Akèda exerce son influence le jour du Nouyel An. 

C'est ce qui s'observe particulièrement à propos de la sonnerie 
de schofar ou cor, à cette fête. 

« Si l'on fait la sonnerie avec la corne d'un bélier, dit Abahou, 
rabbin palestinien du commencement du iv e siècle, c'est pour la 
raison suivante : Dieu dit : Sonnez du cor d'un bélier pour que je 
me rappelle en votre faveur le sacrifice d'Isaac, fils d'Abraham, et 
vous en fasse un mérite comme si vous vous étiez liés vous-mêmes 
(sur l'autel)'. » Le mécanisme de cette opération mystique est ana- 
logue à celui de la récitation du chapitre relatif au sacrifice, que 
nous venons de constater. La cérémonie caractéristique de Rosch 
Haschana est une sorte de répétition de la scène du Moria. 

La Akèda s'associa si étroitement à la fête du Nouvel An, dont elle 
révélait la portée et expliquait les rites, qu'on en vint à choisir 
le chapitre de la Genèse racontant l'événement comme lecture 
synagogale du second, sinon même du premier jour de Rosch 
Haschana 2 . 

Un texte ancien veut même que la vertu rédemptrice de la Akèda 
se soit déjà manifestée; qui plus est, c'est cette vertu qui fit celle 
du sang de l'agneau pascal : « En voyant le sang de l'agneau pascal, 
dit Dieu à Israël lors de la sortie d'Egypte, je me souviendrai du 
sang de la Akèda 3 . » 

En établissant un lien entre la Pâque et la Akèda, la Mechilta 
n'a fait que reprendre une vieille idée qui se trouve déjà dans le 
Livre des Jubilés (ch. M et 18). 

Le douzième jour du premier mois (Nissan), le ciel est agité par 
les discours des anges proclamant la fidélité d'Abraham : toujours 
et quoi que Dieu lui demande, il reste fidèle (1to«a). Là-dessus 
arrive le prince Mastéma, qui dit à Dieu : Abraham chérit son fils 
Isaac et se complaît en lui par-dessus tout. Demande-lui donc de 
l'offrir en holocauste; tu verras alors s'il obéit à ce commandement 
et s'il est fidèle dans toutes les épreuves. Or, Dieu connaissait la 
fidélité d'Abraham en toute circonstance, car il l'avait déjà éprouvé 
maintes fois. Cependant il lui ordonne de se rendre dans le pays 
« élevé » et d'v offrir son fils en sacrifice. En souvenir de l'heureux 
événement, Abraham célébra tous les ans une fête consacrée à la 
joie, selon les sept jours qu'avait duré cet épisode de son histoire. 
C'est la fête qui était prédestinée pour les Israélites. 



1. Rosch Haschana, 16 a. 

2. Meguilla, 31 a; cf. Tossefta Meguilla, 4, 6 ; j. Meg., 74 b. 

3. Mechilta, 8 a (Friedmann). 



LE SACRIFICE D'ISAAC ET LA MORT DE JÉSUS 167 

Or, c'est le troisième jour, c'est-à-dire le 14 Nissan, qu'Abraham 
était arrivé au Moria et avait lié son fils sur l'autel La Pâque est 
donc la commémoration du sacrifice d'Isaac. 

Sans doute, le Livre des Jubilés, dans son dessein de rattacher 
toutes les fêtes à des scènes de la vie des patriarches, procède 
parfois sans y regarder de très près. C'est ainsi que la fête des 
Cabanes rappelle la visite que font une seconde fois à Sara les anges. 
Mais, ici, à la manière dont l'histoire est traitée, on voit l'impor- 
tance que l'auteur attribuait à la Akèda. Ce n'est donc pas au petit 
bonheur qu'il a choisi cet événement pour le rattacher à l'institu- 
tion de la Pâque. 

Un écho de cette vieille tradition s'est conservé peut-être dans 
Schemot Rabba, 15. Là il est dit que c'est en Nissan qu'Isaac est 
né et qu'il a été lié, et c'est aussi ce mois qui sera celui du salut. 
L'auteur de ce recueil a travaillé sur une donnée fournie par 
R. Josué, rabbin de la fin du i er siècle, lequel dit que, comme le 
monde, les patriarches sont nés en Nissan, qu'en particulier Isaac 
est né à Pâque, enfin que les Israélites ont été délivrés une 
première fois en ce mois et qu'à l'avenir ils le seront de nouveau 
à la même époque. L'introduction de la Akèda dans ce dire de 
R. Josué est significative. Elle trahit la fusion de deux traditions 
analogues. 

Ce R. Josué est en discussion avec R. Eliézer, son contradicteur 
habituel, qui place la création du monde et l'avènement du Messie, 
non pas en Nissan, mais enTischri. A leur insu, ces deux Tannaïm 
sont les défenseurs des deux calendriers qui furent en conflit déjà 
à l'époque biblique. Si le monde a commencé en Tischri, il est 
indiqué que l'arrivée du Messie, qui marquera une palingénésie 
générale, aura lieu à la même époque. Mais si c'est au printemps 
que le monde a commencé, il y a une raison de plus pour que la 
nouvelle ère parte du mois du printemps, c'est que ce mois a vu la 
première libération d'Israël, commémorée par la Pâque. Ce n'est 
plus du 1 er du mois qu'elle partira, mais de la Pâque même. 

Le sacrifice d'Isaac, dans ce dernier système, devant être le gage 
et l'annonce de l'ère messianique, de la rédemption dernière, 
devait nécessairement s'être produit à la Pâque. 

Tout cela témoigne du grossissement donné à la Akèda. Mais rien 
ne le montre plus que la transposition subie par la Akèda elle- 
même: comme on l'a déjà vu par la Mechilta citée plus haut, on se 
représentait le sacrifice comme consommé. Par une hallucination 
mystique, on parlait de l'effusion du sang d'Isaac, et même de la 
cendre produite par sa combustion. Ainsi, lors des jeûnes publics, 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

on sortait la Téba sur la place de la ville, on mettait de la cendre 
sur la Téba, la tète du Nassi, et celle du Ab-bet-din, et chacun des 
assistants s'en couvrait aussi la tête '. Or, celte cérémonie, d'après 
R. Samuel b. Nahman, rabbin palestinien du 111 e siècle, avait pour 
but de rappeler le mérite dTsaac, « comme si la cendre dTsaac avait 
été mise en tas sur l'autel 2 », ou comme dit R. Hanina (ou R. Hama 
b. Hanina, tous deux Palestiniens), pour que Dieu se souvienne de 
la cendre dTsaac 3 . Cette cendre d'isaac, d t encore un rabbin pa- 
lestinien, Tsaac Napha, les Juifs revenus de Babylone l'ont vue, et 
c'est elle qui leur a indiqué l'emplacement de l'autel 4 . Samuel, le 
grand docteur babylonien du nr siècle, parle également de la cendre 
d'Tsaac et de sa vertu, à propos de la peste qui sévit sous le règne de 
David. I Chroniques, 21, 15, dit à ce sujet qu'au cours des ravages 
exercés par le fléau, « Dieu vit et se ravisa ». Le verbe vit étant sans 
complément, chacun s'ingéniait à combler la lacune. Or, d'après 
Samuel, ce que Dieu vitalors,ce fut la cendre dTsaac \ Autrement 
dire : Dieu pardonna en considération du sacrifice d'isaac. 

Un des textes talmudiques les plus curieux — et malheureu- 
sement les plus laconiques - attestant l'exaltation du mérite de 
la Akèda est celui de la Tossefta (Sota, 6, 5', rapj ortant ces mots 
de R. Schimon b. Eléazar (ou b. Menassia, l'un et l'autre du 
n e siècle) : « Tout le Psaume vin vise la Akèda (ou, d'après une 
variante : Isaac, fils d Abraham) 6 . » Or, de quoi parle ce psaume? 
De la grandeur de l'homme, que Dieu a fait presque son égal. 

Ce texte tant soit peu énigmatique est commenté par celui ci : 
« Lors de la création, les anges dirent à Dieu : « Qu'est-ce que 
l'homme que tu penses à lui, le fils d'Adam, que tu s'en soucies... » 
(Ps., 8, 5). Dieu leur répondit : « Vous verrez le père égorgeant son 
fils et le fils se laissant égorger pour sanctifier mon nom 7 . »> 

On appelle aussi Isaac, en raison de la Akèda Vho.itie parfaite 
(riTrw nVi?) 8 . Il est Texpiateur des péchés d'Israël 9 . 



1. Mischna Taanit, 3, 1. 

2. j. Taanit, 65 a. Dans Vayikra Rabba, 36, les interlocuteurs sont R. Berechia et 
les rabbins, tous Palestiniens. 

3. Taanit, 16 a. 

4. Zeba/tim, 62 a. 

0. Berachot, 62 6. Samuel rapproche ce verbe voir du même verbe employé a propos 
d'isaac : « Dieu verra l'agneau. » 

6. nvpy ïT3>3 NbN it rra-is mttND «b. 

1. Tanhouma, Vaijèra, 18. 

8. R. Hoschaya, rabbin palestinien, Bereschit Rabba, 64. Le Midrasch llagadol, 
p. 401, ajoute : hostie parfaite, consacrée pour toujours, Db"l^ nïïllp IDipPjl. 

9. Canf. Rabba, 1, 14, bwX-l'^" 1 T':: arTTTÛI* "IDD?J^ ^D^Dn. 



LE SACRIFICE D'ISA AC ET LA MORT DE JÉSUS 100 

On comprend mieux ainsi la faveur avec laquelle fut Lraitée par 
l'imagination des prédicateurs la scène «lu Moria On insiste à l'envi 
sur la grandeur du sacrifice accepté par Abraham comme par 
Isaac, sur la préméditation de leur soumission à la volonlé divine. 

« Abraham, dit un rabbin anonyme, prit les bois de l'bolo- 
causte [et les plaça sur Isaac], qui les portail comme celui qui 
poi'te sa croix sur son épaule. Ils marchaient de concert, l'un pour 
lier, l'autre pour être lié ; l'un pour égorger, l'autre pour être 
égorgé '. » Leur bonne volonté était égale. 

« Samaél, se présentant devant Abraham, lui dit : Vieillard, as-tu 
perdu le sens? Ce fils que tu as eu a l'âge de cent ans, tu vas 
l'égorger? — C'est pour cela que Dieu me l'a donné, répondit 
Abraham. — Voyant qu'il ne pouvait avoir raison de lui, Samaél 
s'adressa à Isaac : Fils de la malheureuse, dit -il, ton père va 
t'égorger! — Je le sais, répondit Isaac, et m'y soumets *-.. . » 

D'après R. Isaac, rabbin palestinien du iu e siècle, Isaac disait : 
Je suis jeune et crains de trembler à la vue du couteau; aussi je 
te troublerai. Peut-être l'acte ne sera-t-il pas accompli selon les 
règles et ne comptera-t-il pas pour un sacrifice. Attache moi donc 
fortement. Abraham, entendant ces mots, sanglotait, et ses larmes 
ruisselaient sur les yeux. d'Isaac. Et cependant il accomplissait 
joyeusement l'ordre de son Créateur. Les anges eux-mêmes, réunis 
par troupes, s'étonnaient de ce spectacle 3 . 

Au surplus, la Akèda n'est-elle la raison d'être du choix de Jéru- 
salem pour l'emplacement de l'autel? Aux yeux des prêtres comme 
du peuple, avant la destruction du Temple, la scène du Moria était 
le titre de sainteté du sanctuaire vénéré de tous. La Bible déjà 
porte témoignage de cette conception (Il Chron., 3, l . Elle était 
classique au temps de Josèphe. (Ant., I, 2*26.) 

Le mérite particulier d'Isaac est mis surtout en lumière par 
Samuel b. Nahman, dans son interprétation d'Isaïe, 63, IG : « Tu 
es notre père, car Abraham ne nous connaît pas et Israël nous 
ignore. C'est toi, Seigneur, qui es notre père. © Prenant prétexte 
de l'absence du nom d'Isaac dans ce verset, le rabbin imagine la 
scène suivante. Dieu révèle à Abraham les péchés de ses enfants. 
« Qu'ils soient punis », répond Abraham. Dieu fait ensuite la 
même communication à Jacob et entend la même réplique. Le Sei- 

1. Bereschit Babba, 56. 

2. Ib. La tentative de Satan est autrement contée dans Sanhédrin, 89 6, par R. 
Schimon b. Abba. R. Yosè b. Zimra parle aussi, comme le Livre des Jubilés, du défi 
de Satan prononcé devant, Dieu {ib.). 

3. /6. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

gneur s'adresse alors à Isaac, qui lui riposte : « Ce sont tes enfants, 
à toi. Pardonne-leur donc à tous. Si tu n'y consens pas, parta- 
geons-nous les pécheurs; j'en prendrai la moitié. Accepte la tota- 
lité, diras-tu? En effet, telle est mon intention; ne t'ai-je pas offert 
ma vie (*pp "wa mrr'ip an)? » A ces mots, les enfants d'Israël 
s'écrièrent : « C'est toi (Isaac) qui es notre père. » « Non, leur 
répondit Isaac, ne me louez pas, mais réservez vos hommages à 
Dieu. » Là-dessus, les Israélites dirent : « C'est toi, Seigneur, qui 
es notre père 1 . » 

Nous arrêtons ici ces citations, que nous pourrions multiplier. 
Elles s'accordent toutes à magnifier la soumission joyeuse du père 
comme du fils. Mais ce qui en fait le prix, c'est qu'elles nous 
attestent la popularité de ces récits. En effet, comme on a pu le 
constater, ces broderies ne sont pas l'invention de quelque rabbin 
postérieur; elles apparaissent déjà dans le Livre des Jubiles, bien 
antérieur à l'ère chrétienne. Or, comme les rabbins ignoraient 
l'existence de ce livre, il faut qu'ils aient puisé dans le fonds du 
peuple. 

Ainsi donc, tout concourt à mettre en relief l'importance prise 
avec le temps par la Akèda, exaltée au plus haut degré et invoquée 
pour sa vertu propitiatoire ou expiatoire 2 . 



II 



Est-il possible maintenant d'assigner une date à l'introduction 
de cette conception dans la théologie juive ? 

Geiger n'hésite pas à la fixer : c'est le 111 e siècle après l'ère chré- 
tienne. La Akèda avec son cortège d'idées mystiques est un 
emprunt fait, en Babylonie, à la théologie chrétienne, sous l'in- 
fluence des sectes syriennes de cette région. A un Jésus, fils de 
Dieu, offrant sa vie pour la rédemption de l'humanité, on opposa 
un fils de patriarche que son père fut prêt à immoler. Sans doute, 

1. Sabbat, 89 6. Nous ne faisons pas état du Midrasch Hagadol, 321, qui raconte : 
« Gomme Abraham sanglotait et s'arrachait les cheveux, Isaac lui dit : Mon père, ne 
t'afflige pas et accomplis sur moi la volonté de ton Père céleste. Dieu veuille que 
mon sang serve d'expiation pour Israël ! » Ce Midrasch yéménite se distingue, comme 
on sait, par beaucoup de données qui datent du moyen âge. 

2. Un texte veut même qu'à la Akèda soit due la résurrection des morts, mDT3 

a-nra nvnnb n"3pn -rn* natfôn ^sa hy n&x» a^ipnia pn^, Pesikta de 

R. Cahana, p. 200 b. Mais, comme je l'ai montré {Revue, LXIII, 129), le chapitre où 
figure cette phrase n'appartient pas à l'ouvrage. 



LE SACRIFICE D'ISAAC ET LA MORT DE JÉSUS 171 

le sacrifice ne fut pas consommé ; sans doute encore il ne fut pas 
offert pour L'expiation des péchés des hommes; mais c'était quelque 
chose (rapprochant, et Israël pouvait revendiquer le mérite d'un 
de ses ancêtres pour couvrir ses péchés. 

Voici sur quoi s'appuie cette thèse. Le vieux Judaïsme ne con- 
naît aucunement ce mérite transmissible de la Akèda. La Bible 
même ne parle de cet épisode que dans la Genèse. La Mischna n'y 
fait aucune allusion; elle ne rappelle que le danger couru par 
Isaacen cette circonstance et l'exaucement de la prière d'Abraham. 
Le schofar est si peu destiné à commémorer à Rosch Haschana 
le bélier offert par Abraham que, pour cette solennité, il doit être 
fait d'une corne de chamois ou que, d'après un autre docteur, 
ce peut être une corne de vache; c'est les jours déjeune public 
qu'on emploie un cor fait d'une corne de bélier. Il est vrai qu'un 
rabbin exige pour Rosch Haschana une corne de bélier, mais c'est 
pour des raisons qui n'ont rien à faire avec la Akèda. Seul le Talmud 
de Babylone met en rapport celte corne de bélier avec le sacrifice 
d'Isaac. C'est la première fois qu'apparaît un lien entre la scène du 
Moria et la fête de Rosch Haschana. Cette conception, proprement 
babylonienne, est entrée dans le Rituel de cette solennité, dont le 
développement a pour auteur Rab, le premier chef d'école de la 
Babylonie. C'est en Babylonie également que fut adoptée la lecture 
delà Akèda pour le premier jour de Rosch Haschana, contrairement 
à la prescription de la Mischna, qui assigne à ce jour la lecture du 
chapitre relatif à la naissance d'Isaac. En Palestine, c'était seule- 
ment le second jour, célébré exceptionnellement dans ce pays, qu'à 
l'office on lisait la Akèda. 

Œuvre tardive de la Babylonie, le paragraphe du Rituel de cette 
fête qui traite du sacrifice d'Isaac doit donc être aujourd'hui éli- 
miné du livre des prières juives*. 

Il serait de mauvaise critique d'attribuer aux préoccupations 
réformatrices de Geiger, hostile à toute idée de rédemption, l'esprit 
qui a présidé à cette construction historique, mais il est indubitable 
qu'elles y ont contribué. Autrement le savant auteur aurait mis 
moins de hâte dans l'examen des textes et vraisemblablement serait 
arrivé à des résultats tout différents. 

De ces divers arguments, certains paraissent de véritables gageu- 
res. Ainsi, la thèse principale que la Babylonie serait responsable 
de l'emprunt de l'idée au christianisme. Il se trouve justement que 
ce sont surtout des rabbins palestiniens qui l'expriment, comme 

\. Jùdische Zeitsckrift, X, 168 et suiv. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

on l'a vu par ce qui précède. Ni R. Yohanan, ni R. Youdan, ni R. 
Abahou, ni Hinena b. Isaac, ni Samuel b. Nahman, ni Isaac Napha, 
ni Schimon b. Eléazar ou Scbimon b. Menasia ne sont Babyloniens. 
En outre, de ces rabbins palestiniens il en est qui sont bien anté- 
rieurs à Rab, le soi-disant auteur de l'emprunt. Geiger a été hyp- 
notisé par la notice du Talmud attribuant à Rab la paternité du 
Moussaf de Roscb Hascbana. Nous dirons plus loin ce qu'il faut 
penser de ce renseignement. 

Plus sérieuse en apparence est l'objection tirée de l'emploi dans 
le Temple d'une corne de chamois, au lieu d'une corne de bélier, 
qui aurait été de rigueur si l'on avait établi un lien entre la sonne- 
rie de Rosch Hascbana et le souvenir de la Akèda. Mais l'argument 
trahit une certaine naïveté. Personne n'a jamais prétendu que de 
tout temps le choix de l'instrument employé dans le Temple ait été 
déterminé par cette préoccupation théologique. Il est évident que 
l'emploi de cet instrument pour l'office de Rosch Hascbana a pré- 
cédé la théorie rabbinique et que les docteurs n'auraient pas osé, 
en vertu de leur interprétation du rite, en modifier la nature à 
l'intérieur du Temple. Geiger n'a pas remarqué que la Mischna 
qu'il invoque (Rosch Haschana, 3, 3) est relative au Temple. 
L'objection n'aurait une portée — et encore — que si elle visait 
le culte synagogal. 

D'ailleurs, la tradition n'était pas bien fixée même sur l'usage du 
Temple. D'après R. Yehouda, on s'y servail d'une corne de bélier 
à Roscb Haschana; c'est pour le jubilé qu'on employait une corne 
de chamois (ib., 5, et Tossefta, 3, 3). 

Que si, d'autre part, un rabbin permet à la rigueur (t|tf), pour le 
culte synagogal, l'usage d'une corne de vache, c'est évidemment 
parce qu'il attache la plus grande importance au rite lui-même, 
c'est-à-dire à la sonnerie, et non à son interprétation. Gela ne 
contredit en rien l'existence de l'interprétation du rite tel qu'il 
était pratique d'ordinaire. 

L'argument tiré du choix de la péricope du Pentateuque pour 
Roscb Haschana ne résiste pas non plus à un examen attentif II 
est vrai qu'en ce jour, en Palestine, on lisait le chapitre iznm 
vasîn ' relatif à la fête. Mais c'était tout naturel. C'était conforme 
au principe qui préside au choix de ces péricopes : on prenait pour 
les fêtes et les sabbats extraordinaires les paragraphes du Penta- 
teuque visant expressément ces solennités. La lecture de ces mor- 
ceaux spéciaux à la synagogue a même précédé l'institution de 

i. LéTit , 23, 24 et suiv. 



LE SACRIFICE D'ISAAC ET LA MORT DE JÉSUS 173 

celle des antres sections. La préférence accordée an chapitre îznm 
vawi pourRosch Hascliana ne préjuge donc rien en ce qui a traita 
l'importance attribuée à la Àkèda; elle ne la contredit aucunement. 

Il faut plutôt s'étonner que la règle rituelle ait pu, avec le temps, 
être abolie. D'après la Tossefla [Rosch llaschana, 4, 6), au lieu de 
ce paragraphe, on lisait nn-c: dn *vpz 'm 1 . Elle cite l'ancien usage 
comme une tradition divergente: D'Haie ©"H. La pratique babylo- 
nienne était conforme à la relation de la Tossefla, quoique les 
Midraschim palestiniens et môme la Masséchet Soferim ne con- 
naissent que l'ancien usage. Le Talmud palestinien atteste, comme 
la Tossefla, la lecture de m© na ips r m, sans lui donner toutefois 
la première place. 

Cette péricope a pu être adoptée parce que les mots du début 
« Et Dieu se souvint » sont une illustration et un commentaire du 
nom de la fêle 'jv-QTn û"n « jour du souvenir 2 ». Mais on ne saurait 
se soustraire à un rapprochement suggestif: la Akèda est la suite 
immédiate de ce chapitre. Or, nous ne savons pas où s'arrêtait la 
péricope. Peut-être embrassait-elle également. la Akèda, qui était la 
partie essentielle. Quand, donc, le Talmud de Babylone (Mcguilla, 
31 a) déclare que « maintenant que la fête dure deux jours et, 
par conséquent, nécessite deux péricopes, on lit, le premier jour, 
"ips 'm et, le second, la Akèda », peut-être entend-il simplement 
que l'on coupe en deux la section commençant par "jpo 'm. 

Que cette hypothèse soit fondée ou non, il importe peu; il nous 
suffit que le choix de ^aion snna n'implique nullement l'inexis- 
tence dans les temps anciens de l'interprétation théologique de la 
Akèda. 

En réalité, le pivot de l'argumentation de Geiger est l'affirmation 
du Talmud palestinien que la partie propre au Moussaf de Rosch 
Hascliana aurait pour auteur Rah, le célèbre rabbin babylonien du 
in e siècle, connu justement pour la part qu'il prit à l'élaboration et 
à la fixation du Rituel des prières. Sur ce point, Geiger est l'inter- 
prète de l'opinion commune, aucun savant ne met en doute, en 
effet, les droits de paternité de Rah sur cette prière, qui forme le 
point de départ de la présente étude. 

Or, nous croyons pouvoir démontrer l'erreur de cette opinion 
universelle, fondée sur une fausse interprétation des termes du 
Taimud palestinien. 

1. Genèse, 21, 1 et suiv. 

-• "ipD = "DT, mailDTD maVTpD. Tossefla Rosch llaschana, 4, ~ ; liosch 
llaschana, 10 6-11 a. 



174 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le Schemoné Esré de Rosch Haschana, comme on le sait, ren- 
ferme un premier morceau spécial. Le fidèle y demande à Dieu de 
manifester son règne par la soumission de tous les hommes à sa 
volonté, par la gloire de ses adorateurs, par l'avènement du fils de 
David, par la destruction du mal et la disparition de toute méchan- 
ceté. Ce couplet reflète les idées qui avaient cours longtemps avant 
la destruction du Temple, alors que les Juifs n'avaient pas eu encore 
à souffrir de l'oppression romaine 1 . Par la suite, l'avènement de 
l'ère messianique a été surtout envisagée comme celui de la revan- 
che nationale. 

Ce paragraphe du Schemoné Esré de Rosch Haschana a pour 
suite et pendant 2 , dans le Moussaf, trois morceaux d'assez grande 
étendue 3 . 

Le premier célèbre Dieu sous ses attributs de roi, implore l'avè- 
nement du règne de Dieu, qui sera la fin de Tidolâtrie, la régénéra- 
tion du monde par le gouvernement de Dieu, l'accord de tous les 
hommes dans l'invocation d'un seul et même Dieu, le retour des 
méchants et la soumission de l'humanité entière à l'autorité divine. 
Ces vœux sont confirmés par des versets qui représentent Dieu sous 
son aspect de roi. Suivant la règle du genre, la tirade se termine par 
la reprise de la prière : que Dieu fasse apparaître son règne ! 

Le deuxième paragraphe, abstraction faite du morceau : « Ce 
jour est le commencement de ton œuvre », montre Dieu se souve- 
nant du mérite des patriarches, et en particulier de la Akèda : 
que Dieu s'en souvienne encore aujourd'hui et qu'il fasse découler 
toute la vertu de ce mérite pour le salut d'Israël ! 

Enfin, dans le dernier morceau, Dieu est invoqué comme celui 
qui s'est manifesté au milieu des sonneries du schofar : qu'il se 
manifeste à nouveau par la trompette de l'affranchissement, la 
réunion des tribus et son retour à Jérusalem ! 

Ces trois couplets forment un ensemble homogène, de caractère 
nettement et exclusivement messianique. Le deuxième s'éclaire 
par sa comparaison avec le premier paragraphe du Schemoné Esré 

1. Voir, entre autres, Psautier de Salomon, 17 ; Hénoch, 90, 32, 35 ; 2 Baruch, 73, 4 ; 
Testament de Lévi, 18, interprètes des Prophètes. Geiger, lui-même, a fait remarquer 
la similitude de certains termes techniques de ce morceau avec les parties très an- 
ciennes du Schemoné Esré, Jûd. Zeitschrift, VII, 168. 

2. L'auteur du Colbo et Aboudraham ont déjà fait remarquer le parallélisme de ces 
deux, morceaux. 

3. Appelés, le premier n*PZO?3 Malchouiot (de ^^70, roi), le second m3T*DÎ 
Zichronol (de "p-OT, souvenir), mnsTvU Schof'arol (de ^DID, cor). Ces termes dési- 
gnent aussi particulièrement les séries de versets qui sont insérés dans ces compo- 
sitions. 



LE SACRIFICE D'ISAÀC ET LA MORT DE JÉSUS 175 

ordinaire, qui en est le plus ancien. Là, le souvenir du mérite des 
patriarches a pour conséquence la venue du libérateur suprême 
ûrrra ^ab bjru &rawi mas "'non tpw. Notre morceau de Roscli 
Haschana n'est qu'un développement de la même idée ; le mérite 
de la Akeda est la forme la plus éclatante de celui des patriarches. 

Qu'on ne s'étonne pas de cette imitation d'une ancienne formule: 
c'est justement le propre et la marque de la deuxième couche des 
prières synagogales d'être une paraphrase des formules plus 
anciennes. C'est ainsi que, môme dans le Schemoné Esré ordi- 
naire, l'espérance messianique, d'abord simplement indiquée, est 
développée dans un groupe subséquent de bénédictions. Or, ce 
deuxième stade du Rituel n'est certainement pas postérieur au 
i er siècle de l'ère chrétienne. 

L'unité de cette trilogie du Moussaf de Rosch Haschana est rom- 
pue, il est vrai, par l'introduction, dans le deuxième morceau, d'un 
élément nouveau : Rosch Haschana est l'anniversaire de la créa- 
tion du monde et, en ce jour, Dieu juge chacun des mortels. Il ne 
s'agit plus du salut collectif d'Israël, mais du sort de l'individu. 
Cette nouveauté, qui ne se raccorde aucunement avec le contexte, 
a tous les caractères d'une addition. 

Or, on ne l'a pas encore remarqué, ce que les sources anciennes 
citent comme étant l'œuvre de Rab, c'est uniquement cette addi- 
tion*. Ce n'est pas là un simple hasard. 

Il n'est donc pas douteux que Rah n'est que le reviseur d'une 
prière ancienne et que seule lui appartient en propre l'intercala- 
tion de la tirade sur Rosch Haschana anniversaire de la création. 

Les arguments se pressent pour appuyer celte conclusion. 

Si Rab est l'auteur des morceaux qui caractérisent le Moussaf de 
Rosch Haschana, il faut s'attendre à voir sa pensée reparaître dans 
le Talmud de Babylone, qui dépend quelque peu de lui. Or, jamais 
il n'y est fait la moindre allusion. Bien mieux, à lire ce recueil, et 
spécialement le traité consacré à la fête de Rosch Haschana, on ne 
croirait pas que jamais l'espérance messianique ait été associée à 
cette solennité ; jamais le Nouvel An n'est mis en relation avec 
l'avènement du règne de Dieu. Le Talmud palestinien, qui cepen- 

1. j. Rosch Haschana, 57 a; Aboda Zara, 39c : (ou 21 "m) 21T ND^pm ^Pl 

^nbsb won «in bano'b pn %d \\xxm a*nb ii-ot ^pœ^E nbnn avrs rrr 
yaicb ir»«i a^nb ira pibœb irai mnb ira tûîo ia ma^iaïi ban apan 

mabl D^nb DTOtnb npDi "O nv-n*l. Yayikra Rabba, 29, et Pesl/ita, 150a, 
reproduisent ce texte ; Tanhouma, Haazinou, 4, récourte. Dans le Talmud babylonien 
le nom de Rab n'est pas prononcé et le morceau, dit dlnlroducliét récente, est 
cité de la même façon : "iDT "p^E nbnn ÛT'H HT 83TMT1 jrôxn "JKTap. 



176 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dant cite les Tekiata de Rab, ne sait rien non plus des espérances 
et souhaits éveillés par cette fête. Le silence des deux Talmuds n'a 
qu'une explication, c'est que les écoles de Babylonie et de Palestine 
avaient perdu le sens de l'antique conception attestée uniquement 
par le Rituel des prières de Rosch Haschana. 

Faut-il s'étonner de cet oubli quand on voit, dans le premier 
tiers du n e siècle, le fameux Àkiba montrer qu'il n'entend plus rien 
à la signification de ces prières? 

Pour ce rabbin, les fêles sont des moments propices à l'obtention 
de certaines bénédictions du ciel. Les rites qui les distinguent ont, 
en quelque sorte, une vertu sur la volonté divine, vertu en sympa- 
thie avec leur nature. C'est ainsi, par exemple, que la libation d'eau 
qui était propre à la fête de Souccot avait pour but et pour effet 
d'attirer les pluies nécessaires à la culture. Rosch Haschana est 
également un moment propice, et ses rites doivent exercer une 
action analogue. La récitation des prières dites Malchouiot, Zichro- 
not. et Schofarot, dont le caractère messianique ne fait pas doute, 
s'explique, d'après Akiba, de la manière suivante 1 : « Récitez les 
Malchouiot pour faire régner Dieu sur ses créatures (d après une 
variante : sur vous-mêmes) ; les Zichronot afin que votre souvenir 
paraisse devant lui pour votre bien ; les Schofarot pour que votre 
prière monte avec bruit devant lui 2 . » La prière prend ainsi une 
forme individuelle ; ce n'est plus la nation qui implore Dieu pour 
son avenir, mais le fidèle, qui poursuit son salut personnel L'expli- 
cation d'Akiba est une explication désespérée, qui trahit l'embarras 
provoqué par un rite devenu inintelligible. 

D'après un autre texte 3 , c'est un autre rabbin, du ir siècle éga- 
lement, qui s'exprime ainsi pour rendre compte de l'ordre dans 
lequel se succèdent ces prières : « Il faut d'abord reconnaître la 
royauté de Dieu, puis l'implorer pour qu'il se souvienne de nous, 
et cela au moven du sebofar de l'affranchissement. » R. Nathan 
pense peut-être à la nation, et non à l'individu. Dans ce cas, il 
resterait fidèle à la conception primitive qui est au fond de ce rite. 
Mais les termes ne sont pas très précis et lie désignent pas sûre- 
ment J espérance messianique. Si, au contraire, il s adresse à 
chaque fidèle en particulier, il y aurait disparate entre la fin, le 

1. C'est peut-être en se fondant sur cette interprétation qu'on a introduit les 
Zichronot et les Schofarot dans le Rituel des jeûnes publies [Misc/ina Taanit, 
2, 1). 11 ne viendra a l'esprit de personne que ces morceaux, aient passé de ce Rituel 
à celui de Rosch Haschana. 

2. D'après la Tossefta Rosch Haschana, 1, 12. 

3. Sifrè, I, 77. 



LE SACRIFICE D'ISAAC ET LA MORT DE JÉSUS 177 

schofar de l'affranchissement, qui ne peut viser que l'ère messia- 
nique, et ce qui précède, et il faudrait mettre cette inconséquence 
sur le compte de la survivance de l'ancienne notion 1 . 

L'embarras éprouvé par l'un ou l'autre de ces rabbins du n° siècle 
atteste déjà l'antiquité de ces prières de Rosch Haschana. Mais 
il est permis de préciser davantage la date de l'introduction de 
ce Rituel. Cette date ne peut pas être postérieure au i er siècle, 
puisque les écoles de Schammaï et de Hillel discutent sur le nombre 
de ces prières à dire le Nouvel An, quand ce jour coïncide avec le 
samedi a . Il y avait donc accord entre elles sur ce nombre dans les 
cas ordinaires, et il y avait accord aussi, cela va sans dire, sur le 
principe même de la récitation de ces morceaux. 

On a essayé de diminuer la portée de cette donnée, mais en vain 3 . 
La controverse des deux écoles rivales atteste indubitablement 
l'existence du rite, et ce rite, il est impossible de l'expliquer autre- 
ment que comme l'expression de l'espérance messianique. 

Ne posséderait-on pas ce renseignement qu'il faudrait inférer la 
même conclusion d'une discussion entre deux rabbins du premier 
tiers du 11 e siècle, R. Akiba et R. Yohanan b. Nouri 4 . Leur diffé- 
rend porte sur l'endroit où s'insère le paragraphe des Malchouiot, 
mais nullement sur l'obligation de réciter les Malchouiot, les 
Zichronot et les Schofarot. 

Ces trois morceaux sont constitués principalement de versets, 
et l'officiant avait toute latitude pour le choix de ces extraits. 
On pourrait donc dire que seule la récitation des versets était 
obligatoire, sans le cadre qui les entoure et qui, dans le deuxième 
groupe, comporte la Akèda. Mais nous voyons que déjà à l'époque 
d'Akiba 5 ces morceaux sont appelés bénédictions, t-ro^i, c'est-à- 
dire prières-. Or, ces mots désignent nécessairement un enca- 
drement. Quant aux versets, indépendamment du fait que ceux 
que relève le Talmud sont presque entièrement ceux du Rituel 
actuel, il ne faut pas croire que l'officiant était libre de les choisir à 
son gré. Il était tenu de se soumettre à certaines règles. Ainsi, il 
devait emprunter ces versets aux trois catégories de livres de 
l'Écriture, le Pentateuque, les Prophètes et les Hagiogra plies, et 

1. Ce même R. Nathan veut que l'ordre dans lequel se suivent les trois groupes de 
versets du Moussaf ait été fixé déjà par les « sages », c'est-à-dire les rabbins des 
temps préhistoriques. [Ibid.) 

2. Tossefta Rosch Haschana, 4, 11 ; Eroubin, 40a; cf. Tos. Berachot, 3, 13. 

3. F. Rosenthal, dans la 3 e édition de Graetz, Geschichte der Juden, IV, p. 471. 

4. Mischna liosch Haschana, 4, 5 ; Sifra, Emor, 11, 3-4. 

5. Pareillement la Tossefta Menahot, 6, 12. 

T. LXIV, n» 128. 12 



178 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

terminer par un verset des Prophètes 1 . Pourquoi cette faveur 
réservée à cette dernière catégorie de livres, sinon précisément 
parce qu'ils renferment les prédictions messianiques ? Pareille- 
ment il ne devait prendre que ceux qui intéressent la communauté 
d'Israël, et non ceux qui expriment seulement des demandes parti- 
culières 2 . C'est qu'il ne s'agissait pas du salut personnel, mais du 
sort de la nation. 

Mais, dira-t-on, quelle preuve a-t-on que l'encadrement dont il a 
été question plus haut soit justement celui qui figure aujourd'hui 
dans les Rituels de prières ? L'objection est d'autant plus spécieuse 
que, dans l'organisation du culte synagogal, l'officiant jouissait 
d'une grande liberté ; seuls étaient fixes le début et la conclusion 
de la prière, qui en marquaient l'esprit. Bien mieux, nous savons 
que pendant plusieurs siècles, les ministres officiants étaient seuls 
à réciter ces paragraphes additionnels 3 . 

A. cette objection, il va une réponse péremptoire, que nous avons 
indiquée déjà : si ces prières, avec leur caractère universaliste, 
n'avaient pas déjà reçu leur forme définitive avant la réaction qui 
suivit la destruction de la nationalité juive, jamais docteur du 
Talmud n'en aurait composé de pareilles, car l'esprit qui les 
anime subit une longue éclipse. Il a fallu le respect qui s'atta- 
chait aux formules consacrées par la tradition pour qu'elles aient 
traversé sans altération la période d'affaiblissement des idées 
prophétiques. 

Ainsi, la discussion de la thèse de Geiger nous a permis de serrer 
le problème de plus près et d'arriver à une certaine précision : le 
Rituel des prières de Rosch Haschana existait déjà au i er siècle de 
l'ère chrétienne, et comme le morceau relatif à la Akèda en est une 
partie intégrante, on peut assurer que la doctrine qui l'inspire était 
déjà populaire à cette époque. 

Cette doctrine, il est bon maintenant de la déterminer. 

D'après les termes du Rituel, le mérite du sacrifice d'isaac vaudra 
à Israël la délivrance finale. C'est une autre forme de la croyance 
à la vertu du mérite des patriarches, comme nous l'avons déjà 
dit. Les auteurs des poésies synagogales en ont eu le sentiment 
exact, car ils ont donné le nom de Akèda à des compositions qui 
célèbrent parfois, non plus le sacrifice d'Isaac, mais celui des 

1. Mischna Rosch Hascliana, 4, 6. 

2. Rosch Haschana, 32 ô, passage qui appartenait vraisemblablement à La Tossef'ta. 

3. Voir Ginzberg, Geonica, II, p. 46-47 ; Tour, Orah Haytjim, 591. 



LE SACRIFICE D ISAAC KT LA MOKT DE JESUS 179 

générations qui se sont immolées pour la gloire de leur Dieu '. 

Comme seuls les pèches d'Israël retardent l'avènement de l'ère 
nouvelle, le mérite de la Akèda doit avoir pour effet d'expier ces 
pèches. La Akèda a donc une vertu expiatoire. 

Cette vertu joue aussi quand les Israélites sont accablés d'une 
calamité quelconque, provoquée, comme il va de soi, par leurs 
fautes. 

Associée à la fête de Rosch Haschana. la vertu de la Akèda devait 
naturellement varier avec les différentes significations données à 
cette fête. En ce jour, Dieu ne juge pas seulement la collectivité 
des Israélites, mais fixe le sort de chacun d'eux. La Akèda est donc 
invoquée par chaque fidèle pour l'expiation de ses péchés indi- 
viduels. Au fur et à mesure que se reculait l'avènement de l'ère 
réparatrice pour Israël, il était naturel que le souci du salut 
personnel prît plus de place dans les préoccupations. Aussi 
finalement est-ce ce souci qui l'a emporté. 

Dans cette évolution de l'idée primitive, il n'y a rien que de natu- 
rel et il est inutile pour l'expliquer d'avoir recours à l'hypothèse 
d'un emprunt. Cet emprunt, d'ailleurs, aurait été contracté avec 
une singulière gaucherie, car, si l'on avait voulu dresser en face 
du «fils de Dieu» un fils de patriarche, c'est Isaac toujours qui 
aurait tenu ce poste. Or, en réalité, c'est plus souvent le mérite 
d'Abraham qui est célébré et invoqué que celui de son fils. 



III 



Il est superflu de rappeler la place qu'occupe dans la théologie 
chrétienne le dogme de la rédemption. 

A la vérité, les Évangiles n'en font pas mention; jamais Jésus ne 
représente sa mort prochaine comme une expiation volontaire des 
péchés de l'homme 2 . C'est l'apôtre Paul qui a fait pénétrer cette 
conception dans le christianisme, dont elle est devenue le centre 3 . 
Encore est-il à remarquer qu'il ne la mentionne jamais formelle- 

1. Ces sortes de compositions ont vu le .juin- de bonne heure, avant l'Islam proba- 
blement puisqu'il en existe une sans rime p*»i 172- "jrPN. Même, d'après Sclierira 
(D^TaDTl Hilinp, |». 107 ; cf. Znnz, Synag. Poésie, p. 138) et Maharil (Dip PID^bn, 
83), ce morceau aurait été rédigé à l'époque des Amoraïm (HMTirn pal). 

2. Ce silence est surtout frappant là où l'on attendrait justement cette déclaration, 
par exemple au moment de sa crucifixion. Les paroles de la Cène n'ont aucunement 
cette signification . 

3. L'apologétique chrétienne cherche en vain à nier celte vérité. 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ment dans les discours que lui prêtent les Actes des Apôtres 1 . 
Par contre, il y revient à différentes reprises dans ses Épîtres 
authentiques : 

« C'est lui que Dieu avait destiné à être une victime expiatoire 
par la foi en son sang (Rom., 3, 25). 

« ...lequel a été livré pour nos offenses et est ressuscité pour 
notre justification (ib., 4, 25). 

« Mais Dieu a fait éclater son amour envers nous en ce que, 
quand nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. 
Combien plus étant maintenant justifiés par son sang, serons-nous 
sauvés par lui de sa colère (ib., 5, 8-9). 

« Vous êtes morts à la Loi par le sacrifice du corps de Christ 
(ib., 7, 4). 

« Lui qui n'a pas épargné son propre fils, mais qui l'a livré 
pour nous tous (ib., 8,32). 

« Je vous ai enseigné ce que j'ai aussi reçu, savoir que Christ 
est mort pour nos péchés selon les Ecritures (I Corinth., J5, 3). 
« ...qui s'est donné lui-même pour nos péchés, afin de nous arra- 
cher au présent siècle mauvais selon la volonté de Dieu, notre Père 
(Galat.,1, 4). 

« ...qui est mort pour nous, afin que, soit que nous veillions, 
soit que nous dormions, nous vivions ensemble avec lui (I Thess., 
5, 10). » 

La pensée de Paul paraît hésitante : tantôt, c'est Dieu qui livre 
son fils à la mort, effaçant ainsi le mérite de Jésus ; tantôt c'est 
celui-ci qui volontairement se sacrifie pour les péchés des hommes ; 
tantôt, enfin, la mort subie par lui exerce automatiquement son 
action, sans qu'on prête au fils de Dieu le dessein de s'immoler de 
propos délibéré dans le but de racheter les mortels des consé- 
quences de leur chute. 

Cette indécision s'explique. Comme il est facile de s'en rendre 
compte à première vue, Paul s'est fait la conception qui lui est 
chère en se souvenant à la fois du sacrifice d'Isaac — où c'est 
le père qui joue le rôle essentiel — et du chapitre d'Isaïe relatif 
au Serviteur de Dieu — où c'est ce personnage mystérieux qui 
souffre pour son peuple. Ces deux données, se superposant sans se 
confondre, devaient nécessairement laisser quelque trouble dans 
l'esprit. 

1. Actes, 20, 28, et 13, 38-39, ne sont pas très probants : «Pour paître l'Église qu'il 
a acquise par son propre sang .; « C'est par lui que la rémission des péchés vous est 
annoncée et c'est par lui que tous ceux qui croient sont justifiés de toutes choses dont 
vous n'avez pu être justifiés par la loi de Moïse. » 



LE SACRIFICE D'iSAAC ET LA MORT DE JÉSUS 181 

Que Paul ait pensé à ces deux passages de l'Écriture, c'est ce 
que personne ne contestera. Pour la scène du Moria, la référence 
se trahit dans l'emprunt des expressions de la Genèse d'après la 
Septante : Rom., 8, 34, xou lotou Otoiï où* è«pei<xàTo — Gen., 22, 16, 
xxï oùx i<pefo<o xou Oiou aou 1 . Quant au chapitre du Serviteur de Dieu, 
l'apôtre l'a sûrement en vue quand il dit : « Il a été livré pour nos 
olîenses » (cf. Isaïe, 53, 5 et 8) ; ce sont là les Écritures d'après 
lesquelles « Christ est mort pour nos péchés 2 . » 

En voyant le Messie dans le Serviteur de Dieu il interprète peut- 
être Isaïe comme certains Juifs de son temps. Il n'est pas impossible, 
en effet, que des commentateurs aient fait du Serviteur de Dieu le 
portrait du Messie futur, tandis que la masse du peuple attendait 
un Messie glorieux 3 . Une survivance de cette antique interpréta- 
tion se serait conservée dans le Targoum d'Isaïe, qui, s'il n'a été 
rédigé sous sa forme actuelle qu'au iv e siècle, n'en a pas moins 
gardé l'esprit de l'exégèse palestinienne des premiers siècles 4 . 
Cette notion palestinienne se constate encore au if ou au in e siècle, 
quoique bien déformée 5 . On serait tenté de citer encore la Pesikta 
Rabbati, qui en sait long sur le Messie humilié, si l'on ne s'avisait 
que cet ouvrage, de basse époque, rédigé dans le sud de l'Europe, 
est farci d'éléments chrétiens. 

Mais dans le récit de la scène du Moria l'essentiel manque, à 
savoir la portée du sacrifice, ou plutôt la récompense indiquée a un 
tout autre caractère. Au contraire, telle qu'elle est traitée dans le 
Rituel de Rosch Haschana, et justement dans un morceau messia- 
nique, la Akèda prêtait à une comparaison plus suggestive avec la 
mort de Jésus. 

Une fois admis par Paul, le principe de la filiation divine de Jésus, 

1. C'est d'ailleurs l'opinion des anciens commentateurs des Épîtres ; voir, entre 
autres, Origène, In Gènes. HomiL, 8, 8. 

2. Justin, Dialogue avec Tryphon, 43 et passim, insiste beaucoup sur ce point. 

3. L'aveu de Tryphon, dans Justin, n'est vraisemblablement qu'un artifice de polé- 
mique, comme le scénario même du dialogue. 

4. Seulement le Targoum atteste uniquement que certains cercles juifs voyaient en 
ce Serviteur de Dieu le Messie. Mais, loin de le revêtir des attributs douloureux que 
lui prête Isaïe, il en fait un Messie glorieux et transfère ces attributs aux ennemis 
d'Israël. Au dire d'Origène, les Juifs de son temps prétendaient que le Serviteur de Dieu 
désigne le peuple juif (Contr. Cels., I, 55). 

o. Sanhédrin, 98 b, des rabbins disent que le nom du Messie sera « le lépreux de 
la maison de Rabin ». en vertu du verset : « Il a supporté notre maladie, etc. » (Isaïe, 
53, 4). /6., 93 b, R. Alexandre dit que le mot ITTHïTl d'Isaïe (11, 2^ signifie que Dieu 
l'a chargé de lois et d'épreuves comme d'une meule (□"'JTH). II faut aussi rapprocher 
de ces interprétations la donnée agadique d'après laquelle Josué b. Lévi rencontre le 
Messie assis au milieu des pauvres qui supportent des maladies. Sanhédrin, 98 a. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la transposition allait de soi, Dion prenait la place d'Abraham, 
et Jésus celle d'Isaac ; en même temps, la vertu rédemptrice du 
sacrifice d'Isaac passait à la mort du crucifié '. 

Paul, en même temps qu'il fait de Jésus une victime expiatoire, 
offerte comme rançon des péchés des hommes, le considère 
aussi comme l'agneau pascal. « Ne savez-vous pas qu'un peu de 
levain fait lever toute la pâte. Purifiez-Vous du vieux levain, afin 
que vous deveniez une pâte nouvelle et sans levain, car Christ, 
notre Pâqne, a été immolé. C'est pourquoi célébrons la fête, 
non avec le vieux levain, ni avec un levain de malice et de 
méchanceté, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de 
la vérité. » (I Cor., v, 6-8.) Ces mots « car Christ, noire Pâque, a 
été immolé », ne peuvent avoir qu'un sens: jadis, une lois l'agneau 
pascal immolé, il ne devait plus y avoir de pain levé, or Jésus a été 
immolé comme agneau pascal, donc il faut faire disparaître le 
levain. Paul, en assimilant Jésus à l'agneau pascal, a-t-il pensé 
que, de même que l'effusion du sang de cet agneau avait détourné 
des maisons israélites l'ange exterminateur, l'effusion du sang de 
Jésus a sauvé les hommes de la mort spirituelle, ce n'est pas 
impossible, encore qu'il n'insiste pas sur cette idée, qui est deve- 
nue courante dans Justin 2 . Ici encore, comme on l'a vu, cette 
exégèse pouvait s'appuyer sur certaines conceptions juives rela- 
tives au sacrifice d'Isaac : le sang de i'agneau pascal exerça son 
action parce qu'il rappelait le sang d'Isaac, et le sacrifice d'Isaac 
avait justement eu lieu le jour de Pâque. 

Au surplus, l'Église chrétienne, dès le 11 e siècle, marqua nette- 



1. Je laisse de côté l'appui qu'a pu apporter la croyance des Juifs à la puissance 
expiatoire et propitiatoire du mérite et surtout de la mort des justes. 

2. « Car la Pâque, c'était le Christ qui fut ensuite immolé.. C'est le jour de la 
Pàque que vous l'avez emmené, et c'est aussi le jour de la Pâque que vous l'avez cru- 
cifié : c'est écrit. Et de même que le sang de la Pàque a sauvé ceux qui étaient en 
Egypte, de même le sang du Christ préservera de la mort ceux qui ont cru en lui » 
{Dialogue avec Tryphon, cxi, 3). « Le mystère de l'agneau que Dieu a ordonné d'im- 
moler comme pàque était le type du Christ. De même, la prescription de faire rôtir 
L'agneau tout entier : c'était un symbole de la souffrance de la croix dont le Christ 
devait souffrir. L'agneau, lorsqu'il est rôti, est disposé de manière à figurer la croix : 
l'une des broches dressée le transperce depuis les membres inférieurs jusqu'à la tète, 
l'autre au travers du dos et on y attache les pattes de l'agneau » {ib., xl, 1, 3). Jean 

19, 33-36) compare aussi Jésus à l'agneau pascal : « Voyant qu'il était déjà mort, ils 
ne lui rompirent pas les jambes. Or cela arriva aliu que l'Écriture fût accomplie : 
» Aucun de ses os ne sera rompu » (Kxode. 12, 46). Est-ce à l'agneau pascal qu'il 
songe en disant : « Jean (Baptiste) vit Jésus qui venait à lui et dit : Voilà l'agneau de 
Dieu qui ôte le péché du monde » (i, 29 et 36;,. Le même doute s'impose au sujet de 
l'agneau de l'Apocalypse. 



LE SACRIFICE iriSAAC ET LA MOUT DE JÉSUS 183 

ment I(ï lien qui unissait la mort do Jésus au sacrifice d'Isaac. 
L'Épître de Barnabe, 7, 3, est ainsi conçue : « ...parce qu'il devait 
offrir en sacrifice pour nos péchés le vase renfermant son esprit, 
afin que lût accompli l'événement figuré en Isaac offert sur un 
autel o. Irénée [Contra hœr., IV, 5, n° 4) : « Abraham, que sa foi 
poussait à obéir à Tordre de Dieu, offrit son Ois unique et bien- 
aimé en sacrifice à Dieu, pour que Dieu, à son tour, lui accordât le 
bienfait de sacrifier son fils unique et bien aimé pour la rédemption 
de toute sa postérité. » D'après Tertullien (Adversus Judœos, 10), 
Isaac, conduit par son père comme victime à l'immolation et 
portant le bois de son sacrifice, préfigure le Christ. 



La théologie de Paul, opérant sur la mort de Jésus, s'est donc 
élaborée dans une atmosphère propice. Elle a trouvé dans les 
idées juives du temps des matériaux qu'elle n'a eu qu'à mettre en 
œuvre. Mais ici, comme, par exemple, à propos du péché originel', 
le fonds primitif a subi une sorte de renouvellement, qui en a 
modifié la structure. Chez les rabbins d'alors, la théologie était 
reléguée au second plan. En outre, elle avait quelque chose de 
fluide et d'inconsistant. Paul l'a fait passer de la périphérie au 
centre et l'a muée en un système rigide. Ce n'était pas pour rien 
qu'il avait été à l'école des hellénisants : de ses maîtres de la 
Diaspora il avait pris le goût des spéculations mystico-philoso- 
phiques et le besoin d'asseoir ses croyances sur des principes 
intangibles. 

Or, si la croyance en la vertu de la Akèda a servi certainement 
à fortifier l'espérance des Juifs en la miséricorde divine, elle n'a 
jamais pu s'élever à la hauteur d'un article de foi et elle n'a aucune- 
ment marqué de son empreinte ni la théologie ni la vie. Elle ne 
s'est jamais détachée de la croyance — celle-là très ancienne et 
irréductible — à l'influence du mérite des ancêtres. 

Avec sa nature passionnée et ardente, Paul, s'emparant de cette 
donnée, qui éclairait sa conception du monde, en a fait un « mys- 
tère » destiné à confondre la raison. Ce fut, pour la doctrine nou- 
velle, une force, mais aussi une faiblesse. Qu'on lise tous les 
ouvrages qu'a fait naître de nos jours le dogme de la rédemption 2 ! 
Réduite à sa plus simple expression, l'idée d'un Dieu s immolant 



1. Voir notre travail, Le péché originel dans les anciennes sources juives. 

2. Voir J. Rivière, La Rédemption dans la pensée moderne. Revue du Clergé 
français, n°" du lo avril et du !•» mai 1912. 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ou immolant son fils pour la rédemption des pécheurs, c'est la 
figuration du conflit entre la justice et la bonté divines, conflit se 
résolvant par le triomphe de celle-ci sur celle-là. Les rabbins 
représentaient ce mystère d'une façon moins dramatique : Dieu, 
voulant pardonner, quitte son trône de justice pour celui de la 
miséricorde. La tragédie, telle que l'a conçue Paul, a plus de 
grandeur, mais elle prête à des comparaisons avec des mythes 
connus. 

Israël Lévi. 



LA FIGUE EN PALESTINE 

A L'ÉPOQUE DE LA MISGHNA 

(SUITE ET FIN *) 



V. — Espèces de figues. 
Le nom de la figue (ficus carica) est wan 2 , pluriel trawi 3 . Le 

1. Voir Revue, LXII, 216. 

2. La racine ^3 se trouve en araméen et en hébreu (en arabe et en assyrien c'est 
un emprunt). L'arabe, l'éthiopien et l'hébreu (Amos, vu, 14) ont pour le fruit la racine 
j— b ; comp. l'article de Lagarde dans ses Mitteilungen, I, 58 et suiv. — [Hébreu : 
!-î3Nn, nom d'unité (comme H3LÛ3, nbm, nan, TMZtt, HlCnS, r^ttJn^, miH*, 
7V219 t nsnpB, nnUJD, nD^IU:, nt3U3, mi?©, Httpu; ; Brockelmann, Grammatik, 
§ 227), pluriel Q^tfn. Punique : *pn, Bloch, Glossar, 63 ; Lidzbarski, apud 
Gesenius, 14 e éd., s. v. ; Thenae, nom de lieu (?), Solms, p. 84. Assyrien : tittu (?), 
Delitzsch, Handworterbucli, 716 (reproductions sur des monuments assyriens, d'après 
Layard, chez Bonaira, The flora of the Assyrian monuments, p. 14). Syriaque : 
fUL (Sindban, p. 14, l. 12), JU (avec l dur, Nôldeke, Syr. Gr.. § 28), pluriel 

JLJJl, Bar Bahlûl, éd. Duval, 2028, Sindban, 14, 1. 9, 11. Syriaque christiano- 

palestinien: jAu-L, JA-lo pluriel — a_it, Schulthess, 217; Payne Smith, 437, 1. 4. 
Judéo-araméen : tfnD^NFl, NnptfFl (Pseudo-Jonathan sur Gen., xxn, 3, éd. Gins- 
burger), Nn^n, pluriel 'pNn, N^DND et 'paifi, i^ND. Néo-stjriaque : tinâ, 

T S * " 

Maclean, 315. Arabe : y*3 (à Malte aussi, v. Gesenius, Maltes. Sprache, 46), 
reconnu comme un emprunt par Guidi, Délia sede pr., 47, et Fnenkel, Aram. 
Fremdw., 148 (L'arabe tin étant reconnu comme tel, toute la combinaison de Lagarde, 
acceptée par Solms, p. 78 — la culture du figuier provenant du sud-est de l'Arabie — 
s'écroule. Du même coup tombe la combinaison de la culture du figuier en Egypte avec 
ce prétendu point de départ de la culture sémitique du figuier (Hehn, 6 e éd., 101). — 
Solms, 52, signale ti-tin chez un écrivain chinois de la fin du vin" siècle). Persan: 
Rittcr, XI, 539: indschir ; Vullcrs, I, 127: yi^J>\ ; II, 37 : jï ; '. Syr. B. Hebr. List, 
n° 160, 175, faussement : Jtji ^J. PourxoXXa ()U), n« 189, v. Z. D. M. G., XXXIX, 
277. 243; bu> = J£jl 298 (tout le passage) dùxy,, Lôw, p. 390. Bar Bahlûl, éd. 
Duval, 1321 ; Payne Smith, 2583 : ^au-ouaux?) Bar Bahlûl, éd. Duval, 859 ; Low, ibid. 
— Maladie de la figue: cnjxwôr,, arùxaxriç JljJL iaao?, Bar Bahlûl, 1944 ; Payne Smitb, 
2583, 2714. — Pour l'arbre et le fruit, la Septante a o-uxyj et crûxov, pour le fruit cmxY), 
(Tuxecôv, cruxwv. Dans le Nouveau Testament et dans Josèphe (Bell. Jud., Vil, vi, 3), 
tnjxyj désigne l'arbre et aùxov le fruit. Le mot grec n'est pas d'origine sémitique, 
comme le suppose Benfey, Wurzellexikon, s. v. ; v. Lewy, Die semilischen Fremd- 
worter, 22-23.] 
3. Voir les textes plus loin. Le plus souvent Û^ND, parfois Ù^Nn (baraita dans 



186 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

singulier est souvent employé collectivement 1 . Les particularités 
botaniques des figues palestiniennes seront indiquées à propos de 
chaque espèce 2 . 

Il y avait des figues de grosseur 1res diverse 3 ; mais nos sources 
ne permettent pas de reconnaître si elles différaient des espèces 
que nous connaissons '*. On fait ressortir en général leur grosseur 
comme considérable' 1 . Quant à la couleur, elles étaient, comme les 
nôtres, rougeâtres 6 . 

Parmi les différents noms qui s'appliquent aux figues il faut 
distinguer : A, ceux qui désignent les différents stades du déve- 
loppement du fruit, etB, ceux qui désignent les variétés botaniques. 

A. Les trois stades du développement sont indiqués par : 1° tod ; 
2° mbma ttpiû ; 3° towi 7 . 
Le mot rws désigne primitivement le jeune fruit en général, alors 



j. Scheb., 1, 33c, 1, 14). Pour ce qui est du ■* après le M, la Bible a partout, au 
singulier comme au pluriel, la scriptio defectiva. Dans les textes non vocalises, on 
peut dire d'une manière générale, en ne tenant pas compte des exceptions, que le 
singulier est orthographié plene n^Nn, mais le pluriel défective (D^tfn), sous 
l'influence du ■> de la désinence. [Le manuscrit de la Tosset'ta d'Erfurt (éd. Zucker- 
mandel) n'a que par exception le singulier comme le pluriel sans "\ Textes, rtD^NPln) : 
T. fier., n, p. 4, 1. 3; T. Ter., vu, p. 38, 1. 26 ; T. Scheb., i, p. 61, 1. 29 ; n, p. 63, 
1. 4 (fausse leçon des éditions pour ntflDn) ; T. Kil., îv, p. 78, I. 30 ; T. Maas.. n, 
p. 82, 1. 29; p. 84, 1. 12, 23; T. Bicc, n, p. 101, 1. 22 ; ri3Nn : T. Men., ix, p. 526, 
1. 25; T. Ke'l. A, i, p. 570, 1. 15; Û^«n : T. Dem., m, p. 49 1. 17; M. Bicc, n, 
p. 101, 1. 27 ; T. Maas, r., n, p. 83, 1. 5, 17; p. 81, 1. 21, 23 ; p. 82, 1. 29 = T. Béça, 
iv, p. 207, 1. 9 ; T. Soucc, n, p. 193. I. 20 ; T. Ned., iv, p, 279, 1. 13 ; T. fi. M., vin, 
p. 388, 1. 11 ; ix, p. 392. 1. 21 ; T. Edouy., n, p. 457, 1. 31 ; D^Nn : T. Péa, i, p. 18, 
1. 27 ; T. Ter., i, p. 26, 1. 22; n, 27, 1. 3 ; T. Sota, xv, p. 322, 1. 19; T. Yoma, v, 
p. 189, 1, 22. Ces deux orthographes l'une à côté de l'autre : T. fier, iv, p. 9, 1. 1. — 
Gen. r., 13 i. f., p. 126 Theodor : rtDNP, variante D^j^D ; seules les éditions ont 
n^Nn. Gen. r., 31 i. f., p. 287, Arouch et mss. sans i (he ms. Lowe a incorrectement 
ni3\Nn, à cause de my^j .. .rrTV173T Qui précède.] 

1. T. Maas., n, p. 83, 1. 7, 1. 10 : )n» ! 

2. Pour la Palestine moderne, Bauer, p. 144, énumère treize espèces différentes, dont 
les noms ne présentent aucune conformité avec les anciens noms hébreux (tout au plus 
peut-on noter le rapport évident entre (£$}**> et Û^TinC). 

3. T. Ter., m, p. 28, 1. 31 : on y distingue la figue TVpi, n03 et rP3n3 n 3. 

4. On ne peut pas tirer grand chose d'une indication comme celle de T. Maas , n, 

p. 83, i. 5 (-PD *pnb û"»3Kn rabœ rp^n). 

5. j. Scheb., i, 33 6, 1.31 : pourquoi prend-on la figue comme exemple? i*p bs> 

6. j. Maas., i, 48 d, I. 32 : m^nsa d.TB D^KDn 53. Cf. Magerstedt, p. 183. 

7. T. Scheb., iv, p. 67, 1. 17 et s. Ou compare à ce développement celui du sein de 
la femme : rttD, puis bma, enfin btt£ Inb^nb» D^a^O ïlUJbtD), Nidda, v, 7; 
T. Nid., vi, p. 647, 1. 23 (cf. plus haut t. LXII, p. 223, n. 7). Variante bïTD. [C'est 
une faute d'impression.] 



LA FIGUE KN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA M1SCHNA 187 

qu'il ne s'est pas encore développé ' ; niais quand il n'est pas pré- 
cisé par un mot complémentaire, il s'entend uniquement de la 
figue 2 . Quoique les d^d ne soient pas encore de véritables fruits, 
niais seulement des rudiments de fruits, épais et bulbeux, dès 
qu'ils commencent à avoir une apparence mûre, c'est-à-dire rou- 
geâtre 3 , on les mange 4 ; mais on les considère comme de moindre 
valeur 5 . Pour en bâter la maturité, on les enduit d'huile sur l'arbre 
môme et on les transperce 6 , et, s'ils ont déjà été cueillis, on les 
met dans la paille 7 . 
Au stade suivant, les fruits s'appellent mbaia ïvpib 8 . Ils ne sont 

1. Sur H3S voir la note de Low plus haut, t. LXII, p. 234-5, où l'on trouvera les 
textes. Le mot appartient à l'hébreu biblique, Cantique, n, 13, où il faut supposer 
un singulier "rî^D. — Le rapport entre la culture sémitique et la culture grecque 
donne un certain intérêt aux mots trùxov et ficus; voir l;i combinaison de Solms, 
p. 79 et s., surtout la note de Noldeke qui rejette la combinaison pagga = ficus, ibid., 
p. 82. 

2. Low, |». 391. T. Sabb., IV, p. 679, 1. 10. Dans T. Oukcin, ni, 7, p. 687 1. 7, on 
cite les -cil "US [Erreur; lire, avec R.Simson, -|0*i3n "p^r : "1013 "<3S est impos- 
sible ; ce qui serait possible, c'est seulement D'S!;^ "OS, mais ce serait la même 
chose que "idTDl, les rilS^O "SB (rudiments de fruits des figues tardives), les ">3D 
"po:n3?n (poires, pirus communis), les "pbïa'mOïn'pn 's (sorte de poires, Cruslu- 
minum), les 'pttî'ncn '"<d (coings, Cydonia vulgaris), les "pWpyn S D [^"l^Tn^J 
(espèce de nèfle, Cralaegus Azarolus). Voir encore j. Orla, i, 616, 1. 10 d'en bas : 
~~l£n "OD, et San/i., 107a, I. 33 : David jouit de Bethsabé comme d'un fruit non 
mûr (nasl. [Quand, dans l'hébreu de la Mischna, n3D ne désigne pas la figue 
insuffisamment mûre, le mot doit être précisé par un autre ; seul, rî^D signifie 
toujours la figue qui n'est pas mûre.] V. encore j. Scheb., vu, 37c, 1. 9 et 13 d'en bas, 
où il est question d'une sécrétion dite "p}Dn EplU (à coté de *pbyn fllÏÏ et de £H't3 
ï'HpiJJn) ; cf. Orla,], 7 : "pSDTI £pc. — Ce suc est l'exsudation d'un suc visqueux 
(J^T), le sucre de la figue; de même pour les grenades, Pes., 246. 

3. Scheb., iv, 7. Cf. plus haut, ch. m (LXII, 223, n. 5). 

4. T. B. K., vi, p. 356, I. 13 (D"mW3. mTD). 

5. Oukcin, ni, 6 (de même "1013). 

6. Voir plus haut, ch. n (LXII, 222, n. 6 et 223, n. 1). 

7. T. Sabb., xvi, p. 135, 1. 18. 

8. T. Scheb. iv, p. 6i, I. 17, où, d'après Low, il faut lire, avec j. Scheb., v, 35 d, 
1. 28 d'eu bas, ni 7313 prPU3. Le mot nbm: (T. Ber., iv, p. 9, 1. 23) doit toujours 
être précisé. V. Dem., i, 1 ; T. Dem., i, p. 45. 1. 8, où il est question des m?3"13 de 
la mon, ce qui est expliqué dans Ber., 40 6, J. 42, par N""!723 "ÔlEIS ou "HEP 
Np^Tl. Cf. Ber., vi, 3 ; j. Ber., vi, 10c. I. 9 ; j. Maas. r., i, 48a*. Le mot s'emploie 
absolument surtout pour des dattes : Tanhouma, Bemidbar, 15 ; Nombres r., 3 in in. : 

■pbio rrow mbma 'po'nbp"^ d^uti D"n7jn mai? nTr; n73nn ma. Le nom 

de ce stade du développement vient de la tendance qu'ont alors les fruits de tomber 
de l'arbre. La racine 523 « se flétrir », est biblique (Is., xxxiv, 4 . naKP73 n*53"i3). — 
Quant à prPJU, l'étymologie est obscure : Dem., i, 1 ; T. Dem., i, p. 45, I. 8-9 ; j. Dem., 
I, 21c, 1. 27 d'en bas (Eroub., 18a, 1. 30); explication de j. Dem. : "jrrû "ibN 
■pb3»n nnn)3 mfitXT. Low, p. 392. [Les 'prVMÏÏ (Dem., 1, 1 ; T. Don., 1, p. i,5, 
1. 8 ; j. Dem., 1. 21 c, I. 50, 55 : T. Scheb., n. p. 67, I. 17 ; j. Scheb., v, 35o\ 1. 48 ; 
K. Hananel sur R. IL. 156 ; R. Isaac Siponte sur Dem., 1, 1 : Ber., 40 6 ; Eroub., 15a) 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pas non plus considérés comme entièrement mûrs *. Le troisième 
stade est celui des dtnp (par endroits on trouve le terme btttt) 2 . 

B. Noms des variétés botaniques. — Les différents genres de 
figues se distinguent parfois par la couleur. A côté d'une sorte 
« blanche », c'est-à-dire claire, il y en a une « noire », c'est-à-dire 
à teinte sombre 3 . Ce ne sont pas des caprices de l'arbre, mais de 
véritables variétés 4 . 

Gomme fruit utile on relève les ivnt» des biferae b . Une autre 
espèce, peut-être sauvage 6 , est celle des mia maa, appelée par 
endroits jpdtd rvras 7 . Ces figues avaient une teinte claire 8 . Elles ont 
besoin de trois ans pour mûrir 9 . 



sont les ôXuvÔoi comme Guisius l'explique avec raison sur Dem., i, 1. Il renvoie à 
Théophraste, cité par Athénée, m, 77 et s. : ô tô fjtiv auxov ëu/rcpo<j6ev <pépei xoO <pûX).ov, 
tov Se ô>uv6ov elo^tcrôev ; Pline, XVI, 26, 49 : ficos sub folio, grossos veto post folium 
?iasci. V. Schweighâuser sur Athénée, p. 30, et s. Explication du Yerouschalmi : "îbfc* 
"pb^n PT"!P P1N2ÊV llTUZJ. Les grossi sont plus mauvaises que les figues, non une 
sorte particulière, et ce n'est pas non plus ce que signifie HD^NP *p70 (l'explication 
est-elle de R. Yohanan ? de bons textes ne le nomment pas dans Ber., 40 6). Ainsi les 
D^NP sont les fruits qui poussent dans le creux des feuilles, *prPU5 ceux qui poussent 
sous les feuilles. Syriaque JLu^.* J^^j JLjJI xwv y)[xépiov oî ôXuvOoi. Gai., Z. D. M. G., 
XXXIX, 243, oppose J*^?> JLiJi xà twv âpiveœv a\)Y.a.Ibid., p. 290: Jî^j JLi|t = JL=»ol.= 
ô)aiv0oi. P Sm., 66.] Les l^n* 1 *!? ne mûrissent pas bien, parce que le soleil n'y arrive 
que difficilement ; ils poussent jusqu'en hiver, Magerstedt, p. 194. 

1. Ber., 40 6, 1. 8 d'en bas, explique mb313 par KiES ">bU513, qui ne mûrissent 
que par fermentation , c.-à-d. quand elles ont été cachées dans la terre. 

2. Nidda, v, 7. Cf. Nidda, il a, 1. 20 d'en bas, et 47 6, 1. 5. Voir la note de 
M. Lôw plus haut [Bévue, LXII, 223, n. 7). 

3. maab Û"ONP m-Tinra D^NP : Ter., iv, 8; T. Ter., ii, p. 27, 1. 4 ; T.Maaser., 
m, p. 84, l. 18 ; Sanh., 41a, 1. 10 d'en bas. [Figues noires et blanches : Geop., x, 53 ; 
Xeuxoçoua, (xeXavotpaia, Athénée, III, 78a; jL?o— . jLijL, Lôw, 390; Bar Bahlûl, éd. 
Duval, 2029 : ^^LaLi ^s.] 

4. j. m., i, 276, i. 8 : nrob na-wn ^ b? mima rtrsn n-o-inb moN ; 

c'est donc un mélange hétérogène. 

5. Dem., i, 1 : N1DT! bU573 yin "pmttD •prPIOil bS. Comp.T. Dem., i, p. 45, 
1.9; j. Dem., i, 21c, 1. 22 d'en bas, où il est question de prP'Œ «gardés». Ce 
n'étaient donc pas des fruits sans valeur et qu'on abandonnait. 

6. Dem., i, 1 : pbpn. Mais, d'autre part, le contexte de j. Bicc, i, 63 cl, 1. 5 d'en 
bas, montre que les ^21D P"Ij2 sont une bonne espèce. 

7. Dem., i, 1 ; Scheb., v, 1 ; Ab. z., i, 5 ; T. Péa, i, p. 18, 1. 30 ; Sifra, 1056 ; — 
5>TvZÎ P123 : Maaser., ri, 8 ; baraïta dans j. Maasser schéni, i, 50a, 1. 44 ; 49 a, 1. 11. 
Voir l'Appendice à la fin de ce chapitre. 

8. Ab. z., 14a, 1. 9, explique par JKnfcmTï "O^P ; de même Ber.,iQb, 1. 5 d'en 
bas (R. Yohanan, grande autorité en ces matières). Voir encore j. Maasser., i, 49a, 
1. 13 (rroab m© m33); j. B. b., n, i3c, 1. 20 d'en bas (pymu) pm ib^N nn 
•pHTPn) ; Gen. r., xv, i. f. Voir la remarque de M. Lôw dans le même Appendice. 

9. Indication de j. Scheb., v, 35c?, 1. 8 : ptf^ tfbN Pl^l? \n fWtBI n:U5 333 
n"*312D Uîb'D "in^b SON *p"l73})2 jTmTB'i Ces figues sont soumises à la loi de 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 189 

La figue perse est une espèce qui ne mûrit que tous les deux 
ans '. On cite une fois comme variété de figues, à côté des *niD maa, 
Nnb"»N ma 2 . On connaît aussi les 'posiba 3 , qu'on emploie surtout 
pour la cuisson '•. 

Il est douteux que le fruit appelé 0^3 s soit une variété de figues. 



péa, Scheb., v, 1 (comment.) ; T. Péa, i, p. 18, 1. 30, en qui indique une particularité 
anormale de la récolte. 

1. mJO~)D, Scheb., v., 1 ; T. Scheb., iv, p. 65, 1. 20 (Maïmonide, II. Simson : 
nVOID ; éd. Lowe : nVND"1S). De môme Sifra, 105 6: rrnons. L'étymologie 
suppose un rapport avec la Perse (il existe aussi des dattes perses : Nm^OHE "H72n, 
Sabb., 143 a, 1. 28). Quant à la signification, c'est, d'après les commentaires, celle 
d'une espèce de figues. [Comme, en tout état de cause, il ne s'agit pas de figues, je ne 
voudrais pas évoquer, à cette question, toute la question de la persea et je me borne 
à renvoyer aux observations que j'ai présentées dans Z. A., XXIII, 292 et suiv. Il 
existe des figues dites de Mercure, qui ne tombent pas, mais restent toute l'année sur 
l'arbre, v. Herder, Erlâuterungen zum N. T., 102.] 

2. Gen. r., xv. Etymologie obscure ; le Midrasch donne une étymologie populaire 
en rattachant le mot à NmbiK, « deuil ». Levy, I, 83 6, et Jastrow, 70a, le rapprochent 
à tort l'un de ô)ajv6o;, l'autre de nbN e ^ "pbN. — Nous ne saurions décider si, comme 
le croit Jastrow, Nr*>btf, le copeau qui sert à allumer le feu de l'autel (Tamid, n, 4 ; 
Babli, 30 a ; Yoma, 24 6, 1. 17 ; j. Yoma, n, 39c en haut) est du bois de figue et doit 
être rapporté à itfrpbj* ma ; cependant ce mot voisine, dans Para, ni, 9, avec 
n"mn, qui désigne probablement des branches de dattier. [Sur Nrpbtf ma, voir 
Bâcher, Agada der Tannaiten, II, 108 ; Monatsschrift, XL1II, 149 ; Mélanges 
M. Bloch, partie hongroise, p. 61.] 

3. çiêàXewç, Ned., 49a ; 50 6, 1. 31 [Peut-être aussi j. Dem., n, 22 c, 1. 48, 66]. 
V. Low, p. 392. Le même mot se retrouve dans "poaba, Maasser., n, 8 (éd. Lowe 
■pO^ab, dont l'édition du Yerouschalmi de Krotoschin a fait D^D'Ob) et dans *pOlba, 
baratta dans j. Maasser schéni, n, 50 a, 1. 44. L'Arouch, II, 104a, 128 6, 1.3, a 
■pODlba~a. C'est Moussafia (v. Low apud Krauss, II, 139) qui y a reconnu qptêàXiç, 
9t6â).su);, célèbre variété de figues (Athénée, III, 75 c). [Distinguer de ce mot 'PO'lba, 
Oukcin, in, 2 (variantes : ■pOSlba, "poabna, "pODlba), ^03513, 'pDabia, j. Demaï, 
n, 22c, 1. 48, 66]. Dans T. Kil., m, p. 77, 1. 24, l'éd. Zuckermandel lit "pOSb-D, les 
éditions ordinaires et le ms. de Vienne ont *pOEbia, que Zuckermandel, dans son 
Index, identifie à tort avec *pOD"iba et traduit conséquemment par « <piêa).i;, figue ». 
Schwarz, Tosefta Seraïm, p. 168, lit ^O^bin, «oignons », ce qui convient certaine- 
ment mieux au contexte. [Voir cependant Krauss, II, 139.] 

4. Voir plus loin au chap. ix, p. 202. 

5. Ter., xi, 4 (à côté de Û^Nn et de mWU) ; Oukcin, i, 6 ; Houllin, 67 6 en 
haut; T. Ter., v, p. 33, 1. 6 ; j. Ter., vm, 45 6, 1. 9 d'en bas ; j. Orla, n, 62 a, 1. 1 ; 
j. Bicc, m, 65c, I. II. C'est une variété de figues d'après Maïmonide, cité également 
par Low, p. 392. Mais depuis, dans la Jew. Encycl., X, 81a, M. Low traduit par 
Prosopis Slephaniana Spreng. D'après Haï, c'est une variété de porres. Krauss, II, 290, 
considère D^CPba comme une corruption de D^obatf, mot qui serait (p. 44) àxvXoç, 
« gland comestible », sur quoi M. Low met un point d'interrogation. Les D^O^bs 
souffrent des insectes, T. Ter,, vu, p. 37, 1. 28; j. Ter., vm, 45 6, 1. 9 d'en bas 
(•piairn). [Q^crba est là Prosopis Slephaniana (Wild) Spreng. (Acacia heterocarpa 
Delile), Aschersou et Schweinfurth, Flore d'Egypte, p. 71, 184. En arabe u'qeil 
(Schweinfurth), Vilsilldwi (Post : "silt-hildwi) ; les fruits s'appellent fdragh, fdregh, 
d'après Post, 298 : kharembah, junbât, dqûl. Cette plante pousse en Palestine 



190 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Enfin, les termes suivants sont indiqués à tort parles dictionnaires 
comme désignant des sortes de figues ' : "poos*» 2 , 'prnbnbn 3 , «p^ \ 
T\rrû'\ aa-io 6 . 

APPENDICE 

m© man et ya© maa ; rrn^s et mnaïaD. 

[Textes. — yi-Q ma: Gen. r., xv, p. 141 Théodor ; comment, ras. : 
me maa - ynv rvtia, Maasser , n, 8, Arouch, II, 104 a (variante mia) ; 
j. Maasser., i, 49 a, 1. 11 (maab); n, 50a, 1. 44; Schebouol, 126 (variante 
mia maa, Arouch et Tossafot sur Afr. a., 14a) ; — maab 2310 maa, 
j. Maasser.. i, 49 a, 1. 13 = imrn ■pa-'anà mai *p^, j. 6. 6., m, 13c, 

(« waste fields ; common, especially in interior plains ») tout autant que la 
P. spicigera L. (Oken la nomme en allemand Aehrenschelfe ; Leunis ; P. dulcis, 
Kurth : Susshulsenbaum) dans la vallée du Jourdain. Les cosses de plusieurs espèces 
de prosopis sont comestibles [Leunis, § 438 9 ) ; celles de la /'. spicigera L. sont de la 
longueur d'un empan et contiennent en grande quantité une substance brune, fari- 
neuse, comestible, qui a un agréable goût doucereux, comparable au caroube (Oken, 
Botanik 1691). La ressemblance avec le caroube pour le goût est même étonnante 
d'après Ascberson. On ne saurait donc douter que les D^O^ba constamment nommés 
à côté du 2T"in ne désignent la Prosopis. On ne devra pins les énumérer parmi les 
variétés de figues. Dinsmore, N° 652 ] 

1- [NP^NFl = (j-o n'est pas seulement la figue, mais aussi la figue du sycomore 
(Krauss, l. c.)}. 

2. Ab. z., 14a, 1. 2 ; Bechor., 8a,l. 7 d'en bas (Ms. de Munich sur Ab. z. : "paaiE ; 
Aroucb : 'pooa'a)- [C'est la Corclia Myxa L. (voir tout au long Krauss, II, 324), 
jujubier noir, à fruits glaireux et doux, de la grandeur des prunes, bacca sebeslenae, 
qui servent dans leur pays d'origine à la nourriture et à la thérapeutique. Leunis, 
§ 637 3 , n. 8, se trompe en disant que les Persans appellent ce fruit Sapistan, du nom 
d'une ville de Samarie, Sebèsta (lire Sébaste !), flans le voisinage de laquelle cette 
plante croît : elle se nomme sak-bis/an, « mamelle de chien ». V. Brun, 378 : |_Syr. 
7131030, myza, sébestier.] 

3. T. Péa, i, p. 18, 1. 30. Manque dans certaines éditions. Ms. de Vienne (v. 
Schwarz, p. 63) : "pbn?n. Rapproché par Lôw, p. 164, 173, de lL*s»~- , Lathyrus. 

4. Demaï, i, 1 ; T. Demaï, i, p. 45, 1. 8; KiL, i, 4; Ber., 40 b, 1. 5 d'en bas, 
expliqué par ^130 [lire : "Hfcwa]. V. Lôw, p. 283 et s. [La signification de figue est 
impossible pour ce mot. C'est le Zizyphus Lotus Lara., Spina Chr. L.] 'p73"H, 
1?2*H dans T. KiL, i, p. 74, 1. 9, est-il à mettre ici? C'est douteux, eu dépit de 
Jastrow, p. 1474. 

5. Houll., 1366, 1.9. [Houllin, xi, 2 (Babli, 136 6): niDinOi orthographe de 
l' Arouch et des éditions anciennes ; le ms. de Munich a mDinO,les éditions mDintiS. 
Opposé à m*ob, le mot se rapporte à la laine des moutons, non à des figues. Aucun 
lexicographe n'y a d'ailleurs vu les figues; c'est un adjectif, à effacer dans Lôw, 
Pflanzennamen, 392, 1. 14.] 

6. Cant. r., sur i, 6. D'après l'explication [exacte] de Benveniste, apud Krauss, II, 
413, fausse leçon pour N3~IO, « tronçon d'arbre ». [Ce n'est pas le tronçon d'un arbre, 
mais spécialement le tronçon du figuier mûrier, du sycomore ; voir plus bas "pO 
n?2p1D blZJ. Le tronçon d'un sycomore fait pousser un sycomore.] 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 19l 

l. 51. — ma maa, T. Péa, i, p. 18, 1. 30; /)era., i, 1 ; Scheb., v, 1 ; Ab. z., 
i. 5; fl. A. i:W/; SY/ra, 105 6, /ieca., 8a; Gen. r., \, 4, p. 77 Theodor; 
xv, p. 140 Theodor: nnr: vaiaiû miB maa. — Dans le Talmud : ^]^n 
Knen"mn, A. z., L4 à, 1. 0; #e>\, 40/>, 1 5. De là IL Hananel et R Isaac 
Siponte, suv Dem., i, I, et Scheb., v, 1 : p maab a^Kn ibbn mtZJ maa.] 

L'étymologie des deux termes mia maa et yass maa est obscure, mais 
il est certain qu'il y a un rapport entre eux. [Yahuda : Je me L'explique 
tout simplement ainsi : 3»aU3 est une mauvaise transcription de mtfî. 
Dans certains dialectes araméens S se prononce devant les gutturales 
comme 1. La différence entre y et n à la fin des mots est à peine percep- 
tible même pour un Oriental. Il faudrait donc prononcer :'3î! «souwwa». 
Après coup, je remarque qu'on trouve aussi la leçon yailDj. [Low : 
Gomme confirmation de la justesse de cette explication, comparera»aiZ3 na, 
II Sam., xi, 3, 12 ; II Rois, i, 15 et s , avec yro n: I Ghron., 5 (Septante : 
eraêee). R. Isaac Siponte, sur Maasser., n, 8, lit 9TB maa pour yaïïî. 
Pour l'explication de maa, voir la remarque touchant rrn'piD maa, au 
chap. xi.] 

Dans T. IVed.. v. p. 280, 1. 18 et s., yatî et mm s'interchangent sans 
être distingues. A en juger par les variantes — les éditions ordinaires et 
le ms. de Vienne ont partout 3>ao —, c'est ce dernier mot qui paraît être 
primitif, tandis que mïï pourrait être une glose introduite dans le texte, 
f Voici ce qu'il en est : Primitivement la baraïta avait partout yaia maa, 
comme dans les éditions et dans le ms. v, ce qui est confirmé par j. Ned., 
îx, 41 e, 1. 53 et suiv. En liabylonie on lisait, en enseignant la baraïta, 
mia maa au lieu de yaia maa (Ned., 27 a), et c'est grâce au souvenir de 
cette variante que la leçon ma s'est glissée par deux fois dans le ms. 
dErfurt, où pourtant le "*aia primitif est resté intact dans la dernière 
proposition, à la ligne 20. 

Dans j . Scheb., v, 35 d, 1 9, on donne pour expliquer TlTB maa le mot 
!"PTC3S. L'étymologie de Levy, qui le rapproche de mTJVt2D, est insoute- 
nable, mais il n'en est pas moins fort singulier que ce mot ne soit employé 
pour désigner la queue (au lieu de VP" 1 ^) qu'en parlant des 3>aiZ3 maa, 
Ab. z., i, 5 ; j. Ab. z , 39 d, 1. 35 ; Ab. z., 14a, 1 10 : rmaiOtil, a la ligne 
suivante corrigé en ■jmrmE'iîaai Cf. Krauss, II, 441. L'étymologie reste 
obscure. Dalman, Wôrterbuch, 318 a (« olive » est une erreur pour 
« figue ») veut dériver le mot du grec Ttcrupiç, en pensant à l'enduit blanc, 
farineux produit par la glucose qui sort du fruit et se dessèche. Mais 
ce ne peut être un critérium caractéristique de l'espèce. [Kien à faire 
avec l'idée de Dalman. - ïtt^e, Arouchnxmca^D, est donné par R. Ha- 
nanel, qui explique « en grec rwrpo^D » ; R. Isaac Sip.,arf toc. ûn , ti:' , d : 
sur Demaï, i, I : rWrû^B Comme il ne s'agit pas de la queue, une 
combinaison avec maïUS est hors de place et le mot doit désigner une 
sorte de figues. Parmi les espèces connues de l'antiquité, le plus naturel 
est de penser aux 7rtxpt8ia d'Athénée, III, 78a, et jusqu'à nouvel ordre on 
peut admettre que ♦rpTHp^s a été corrompu en m^û"^. Le motmzaiùaa 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(qui n'a rien à faire avec TrxôpOoç, Wiener, édition du Commentaire de 
Maïmonide sur Ab. z.) en est complètement distinct et est, comme 
nbûlïa», un excellent mot sémitique. La bonne leçon dans la Mischna 
Ab. z., i, 5, est irnrvna'iaDa (c'est celle de R. Hanancl). La leçon 
rmaiBBI est due à l'enseignement de R. Yohanan, car comme il dit for- 
mellement qu'on a lu ■JFPm'iO'ODa, il pensait apparemment à une autre 
leçon dans la Mischna. Mais, en réalité, le dire complet de R. Yohanan, 
dans j. Ab. z., 39rf, 1. 35, donne la correction : lïTm^aittsa m ta maa 
ISrmb&IttTaa ■pbwntaat'Wl ; il ne se rapporte donc nullement à nraiDD, 
mais à l pbl3 , nr33£' , N, comme le remarque avec sa perspicacité ordinaire 
le commentaire Yefê Enayim sur le passage cité du Babli. Ztschr. f. Assyr., 
XXIII, 276]. 

VI. — Conservation. 

Les figues se prêtent à la conservation 4 . Aussi ne sont-elles pas 
soumises à la loi de péa 2 . 

Les fruits cueillis dans le champ sont ramassés dans des paniers. 
Le nom ordinaire du panier à figues, comme du panier à fruits en 
général, est nbabs 3 . Souvent même ce mot désigne, d'une manière 
fréquente et sans l'addition de eps'wi, la récolte de la figue 4 . 

Les paniers sont de grandeurs très diverses. Un grand contient 
plus d'une fiao (demi-epha), un moyen, plus d'un apnn 5 (trois kab) 

1. T. Péa, i, 18, 1. 27 et s. (DTpb "pO"* 33*3113 Û^Nnil). 

2. Péa, i. 2, 3, 4. 

3. D^NP nbaba : Maass., n, 4 ; T. Maass., n, p. 82, 1. 20, 30 ; p. 83, 1. 2 et s. ; 
T. Ter., ni, p. 28, 1. 29, 30 ; T. Dem., vm, p. 59, I. 33 ; p. 60, 1. 5; btfJ nbabs 
Û^Nn : Kidd., h, 7 ; — pluriel, Bernai, vu, 6 ; T. Dem., vm, p. 59, 1. 31 ; Ned., 
vin, 4 ; j. Ned., vm, 41a, 1. 10 (nibaba). Contenant des 23U3 r»133 : T. Ned., v, 
p. 280, 1. 18. Sur la forme, voir Krengel, Rausgeràt der Misnah, p. 42-43. [nbaba : 
Demaï, vu, 6 ; j. Dem., i, 21c, 1. 63 : Maass., i, 5 ; Sabb., xx, 3; xxi, 1 ; j. Sabb., 
xvn, 16 6, 1. 45; Eroub., ni, 8; j. Soucc, n, 52 d, 1. 73; KéL, xvi, 2; xxn, 9; 
T. Sabb., xiv, p. 131, 1. 11 ; T. Makhch., n, p. 675, 1. 9. — Pour figues : Ter., iv, 6 ; 
j. Ter., il, 41 d, 1. 10, voir plus haut. — mtf3 ZlbabS : Maass. r., iv, 2 (avec des 
figues) ; Edouy., iv, 10.] 

4. T. Maass., n, p. 84, 1. 20 : 715353 ÛJpibn. Comp. Ter., iv, 6, où le mot est 
employé à côté de mm33 et de mS^O et par conséquent se rapporte sûrement à la 
récolte de la figue. V. aussi Ned., vm, 4. 

5. [Toujours et partout 2p"in, sans trace d'un i ou d'un e après r (la tradition 
manuscrite est constante): j. Ber., 2c, 1. 60 == Gen. r., xv, 2, p. 137 Theodor = 
Taanit, 10a; j. Sabb., m, 6c, 1. 4; xvm, 16c, 1. 58; T. Béça, m, p. 205, 1. 25; 
T. Sota,, m, 295, 1. 21 ; j. Sota, i, 17a, 1. 31; b. Sola., 8 b ; T. Baba Batra, v, 
p. 405, 1. 17; b.B. B., 89 6, 90a, 103a; Arach., 25 a; Sifra, 75a 1 , 1. 10=Sa66., 
59a, et parall. La signification de trois kab résulte du rapprochement de HNO. Dp"in 
et O^ap, dans T. Maass. r., n, p. 83, 1. 7 (j. Maass. r., n, 49 c, 1. 75: ntabtf3 
T3p)i T - B. B., v, p. 405, 1. 14, et de Tamid, m, 6 ; v, 4. — Pluriel: Û^ap^n ; 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 193 

et môme celui qu'on considère comme petit contient encore plus 
de deux kab '. Il peut donc y entrer, suivant le cas, de cent à mille 
ligues 2 . Les paniers appelés bo :? et ncip ' sont également employés 
pour les figues, ceux-ci sans doute plus rarement à cause de leur 
grandeur \ 

Les figues desséchées se conservent dans des paniers (bs) \ dans 
des cruches (ts) 7 , ainsi que dans des tonnelets qu'on peut fermer 8 . 

D'autres paniers et récipients pour la conservation et le transport 
des figues sont : «■'bas, panier qui se ferme et où on met des figues 
séchées 9 , bmn, qui est fait aussi pourrecevoir les figues séchées 10 . 
Pournb^tt 11 , on doit se représenter un sac qui est attaché au dos 

j. B. K., vi, 5 6, 1. 2. — Araméen : "nj'Hl Nnpin, Yeb.,6ia ; Guitt., 30a; Kidd., 
lia; Ab. z., 18a. — La vieille explication par np -(- "HD (P>. Guerschom, Arouch, 
Ilaschi), et la dérivation d'un hypothétique *xpixapo:, imaginé par les lexicographes 
talmudistes, sont également impossihles. On ne peut pas accepter non plus l'expédient 
auquel a recours Jastrow, à la suite de Herzfeld, eu supposant que le mot signifiait 
primitivement deux kab et a pris plus tard le sens de trois kab. La décomposition de 
"ITin, J»o»L, en m -f- "nn (Jastrow) n'est pas plus admissihle. Hultsch, Métrologie, 
2 e éd. (1882), ne connaît comme mesures trinaires que Tpty/nvixov, TpCfASTpo;, Tpîoyoov 
et -rpiTsû:. Il évalue la contenance du kab à 2.021 litres (p. 456).] 

1. T. Maass. r., n, p. 83, 1. 6-8. Voir la remarque précédente. 1 sea fait 6 kab, 
soit environ 13 1 , 12. 

2. T. Dem., vm, p. 6), 1. 2. Cf. j. Ter., n, 41 d, I. 18 (90 figues). 

3. Dem., n, 5 ; T. Dem., m, p. 50, 1. 13 ; Scheb., i, 2 ; T. Ter., iv, p. 30, 1. 27 ; 
Maasser r., m, 2; Maass. schéni, ni, 6. Sert ausssi pour la récolte. Voir Krengel, 
op. cit , p. 42. 

4. Maas., m, 2. — Voir Krengel, p. 41. 

5. Ils contiennent d'ordinaire 3 sea (40 litres environ") ; j. Sabb., vin, lia, 1. 22. 
Les plus grands, d'une contenance de 40 sea (à peu prés 520 litres), T. Ter., vi, p. 36, 
1. 8, n'entrent même pas en ligne de compte pour les figues. 

6. T. Ter., iv, p. 30, 1. 27 ; baraïta, dans j. Ter., n, 41 cl, 1. 8. 

7. Ter., iv, 10. Cf. Krengel, p. 51. 

8. T. Ter., m, p. 29, 1.17 : mn^TIS b*5 PVan ; singulier: Oliolot, vi, 2; 
Sabb., xxii, 3. De même pour les gâteaux de figues, T. Scheb., vm, p. 72, 1. 18 : 

nrana im« "poïiDT 

9. Kél., xvi, ? : miavtt bt2 N"baD (Maïmonide : ?T»bû3B) ; T. Sabbat, xn, 
p. 128, 1. 6 (variante NX33D). C'est le grec TwreXXa. V. Krengel, p. 45 ; Krauss, II, 
437. Ou peut l'ouvrir en le déchirant, ou plutôt en le disjoignant (3Hp) et le rattacher 
ensuite (TUp). Haï explique par "jptf HHOIp, c'est-à-dire, d'après Fleischer (Levy, 
iv, 226), iVlbN rnSI? = ^-^1 *y°ï> [Pluriel: yo\y>, Bar Ali, n° 3024]. Quant 
au mut n:*ion dans Ke'lim, xvi, 5, il ne désigne pas, contrairement aux commentaires, 
un panier a figues. V. Krengel, p. 45. 

10. Sabb., 146a, 1. 2!»: m"iai"l3 bl3 mbmn ; peut également se fermer, car on 
dit à ce propos "mm 3^7)073- D'autres passages, se rapportante l'emploi [ordinaire] 
de cet objet pour des"dattes, sonl réuuis par Krengel. p. t'i. n. 4. — Voir l'Appendice 
à la fin de ce chapitre. 

11. Lév. r.. xxv, S : Koh. r ., n, 20 : •p;"«n nbviTa. L'animal qui sert au trans- 
port est Pane. [Yahuda : Peut-être le mot est-il en rapport avec mb3H (biblique et 
mischnique). On doit entendre par ce mot une grande toile attachée des deux cotés, 
T. LX1V, (T 128. 13 



194 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de l'animal chargé du transport et qui, par le poids de son contenu, 
pend des deux côtés '. 

APPENDICE 

fervm. 

[Les textes sont réunis par Krengel, p. 45 ; il n'en manque que quel- 
ques-uns, bmn : Kéiim, xvi, 5 ; j. Maas. schêni, iv, 54d, 1. 43 ; j. Ket., 
vin, 32 6, 1. 16, 21 (Sur Oukcin, n, 2, v. Pflanzennamen, p. 124). — bmn 
rhttn bîïï : T. Kélim, B. M., vi, p. 585, 1. 1 ; Pesikta, 163 a, 1. 3 (Bâcher, 
Ag. d. Pal. Amor., III, 60, propose inutilement tmEn bia bmn, car 
mwn est un nom collectif) = Lévit. r , x, 5. A côté de cette expression: 
nïlÛYia 9C9 fcobBB : T. Sa66., xni, p. 128, 1. 6 = j . Sabb., vi, 7 cf, 1. 7 (lire 
de même vu, 10 c, 1. 39 == x, 15 a, 1. 45 = j. Maas. schéni, i, 52 d, 1. 29, 
où il faut aussi restituer partout fmSTÛ bttî «"«bas pour û^nïïn b© 'd). 
— "p^ba Nb?û Nintt bmn : j. Sabb., i, 4 6, 1. 48, 49 (Sabbat, 20 a : 
"prsn:*). — Pluriel, mbmn : Sabb., 20 a ; ni"Wl*ja bsn D^n?:n bffi mbmn, 
146a (R. Hananel, Arouch, ms. Munich; éditions : biïïi rn*iinha blZJ 
O^nTsn ; comme bmn ne s'emploie ailleurs que pour les dattes, il faut lire 
ici D"n»n en premier lieu) ; c'est improprement qu'on dit ici bmn au 
lieu de m-iavu V© arbùs. 

Dans Bar Bahlùl, éd. Duval, 531, le mot ^JSo* est ainsi expliqué: 

lL*o£*3 v*.-| JLijoûNa.^ ».a^v Ibidem . jJu»o? o) IL-oL £s+s IU>j. 

/dem, 673 : |*»*ol.? U-*o* (Fraenkel, sur Brockelmann). Arabe : <\Xà^:>, 
Bar Ali, 3023; pluriel : J^J^à, Bar Ali, 3024. C'est un panier à dattes 
tressé avec des feuilles. Bar Ali, 3023, 3024 : <jojâ. ^ J^xS Ji^i>JJ 

semblable au vase dans lequel on vend des fruits, comme le vase 

remplie de fruits, par exemple, et suspendue au dos de la bète de somme. C'est ce 
qu'on voit souvent en Orient.] [La bonne leçon est ribyifa, araméen NbN3"T?3- 

t T : - t t : - 

Midrasch hagadol (Kohut, Aruch completum, additions, 48). La véritable explication 
est donnée par Yahuda. Midr. Hag. : gf^.] 

1. Les termes suivants sont isolés : fi^banp, Lév. r., xxv : NbC2~)p (var. b^Ulp) 
1^j\Sn ; Gen. r., lx. Krauss, II, 567, grec xapTa).o;. [Bar Bablùl, éd. Duval, 531, 
n. 6 : Ju* J.b T s pour figues]. — n5N073, j. Dem., i, 21 d, 1. 17 d'en bas (1. 13: 

fi 

NP3073 ; éd. Jitomir : Nn:N072 [),&j..mso, « panier » ; voir l'Appendice]. — tibO-O, 
Tanhouma, Kedoschim, S : D^Nn nboboa ^b^n PN nilD est une faute de 
copie ou d'impression pour rfrobD des manuscrits (Low) et est à rayer. [L'édition 
de Buber, p, 76, a correctement ïlb^b^.] 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 195 

nommé <*XàJ^*xJi, dans lequel on vend en Egypte les dattes fraîches 

Haï (iaon, cité par YArouch, dit : bp*j bs5 nTnfra imN ptrtafà *bft 

■WW irûra tm« JWlptl "^sw ^bmn z->nb û^n72n imN "tw^ei 

n&b "«fû "jm» ^oawi m bmn jnifta jrM ^îaaroa mtair tr-van Nbmn 
lap-i" 1 . Ibidem, encore une fois Nbmn d'après Haï, sur Kélim, îm. De 
même un gaon dans les Consultations, éd. Harkavy, p, 230 (explication 
de ■nom «maiia) : bpi bttî ■pVara Nirr ■«bai D-n^n si» mbmn iNip: 
STWO imx pbTîSUB, — Haschi, sur Sabbat, 81 b; Baba Mecia, 89a. — 
L'identité de bmn et de lL*oL, Nbmn, est garantie par Haï Gaon et 
acceptée par Fraenkel, 79. 

bmn est un vase dans lequel les dattes sont empaquetées, mais qui ne 
sert ordinairement qu'une fois ; c'est donc seulement un emballage fait 
de feuilles de palmier, C'est ce qui ressort de Kélim, xvi, 5 ; T. Kélim, 
B. M , vi, p. U85, 1. 1 ; T. Sabb., xm, p. 128, 1. G, mais surtout de Pcsilila, 
163 a, ]. 3 : le rmn une fois vidé ne sert plus à rien.] 



VIII. — La figue séchée. 

Les figues qui ne sont pas mangées fraîches * subissent une pré- 
paration qui en fait soit des figues « séchées » (rm:m:i et msmrp 2 ), 
soit des gâteaux de figues (ttbm) 3 . Les figues d'un même champ 
sont, d'ordinaire, toujours préparées de la môme manière *. 

i . — Pour obtenir des nmxvtt 8 , on met les ligues entières, avec 



1. Le mot rîj^Nn désigne d'une manière prégnante la figue fraîche, Biccourim, 

m. 3 : rmana n^a» D^p-imm o^a-ann D^au owipn- 

2. Voir les textes plus loin. Les ni^^p sont des figues qui ont été scellées sans 
queue (après qu'on a coupé la queue) [tandis que nT-tf-Hi sont des figues séchées 
entières.] 

3. Voir le chap. suivant. 

4. On en l'ait ou des mj*£p, ou des rVfWtti ou de la nb'Q'T (T. B. M., ix, 
p. 392, 1. 21) ; chaque localité a en cela ses usages constants. — Mais du même 
champ certaines ligues sont mangées fraîches et certaines sèches (baraïta dans Sabbat, 
45 a ,1. 38). 

5. [n~iiin3 (vocalisé correctement dans un ms. arabe de Maïmonide à Berlin), 
singulier : ' T. Ter., vu, p. 38, 1. 25 ; Sabb., vu, 4; ix, 7 ; j. Sabb.. i, 2 c, 1. 15-18; 
Eroub., vu, 8; KéL, xvn, 7; Meïla, iv, 5; j. Schebouol , i, 32c, 1. 69; singulier 
et pluriel : j. Hor., i, 46a, 1. 32 : singulier par erreur pour pluriel : T. Toh., i, p. 661, 
I. 23 ; j, Eroub.. iv, 22a, 1, 33 ; T. Meïla, i, p. 55S, 1. 24 ; pluriel par erreur pour 
singulier: Sifrê, II, 297, p. 127/;. — Mesure : Kél., xvn, 7; Sabb., vu, 4; ix, 7; 
T. Suhh.. vm, p. 120, 1. 8-10; Eroub., vu. S; Meïla, iv, 5 (rtTj'Ô'J — m3i:na — 
7Î03) ; mai-p ^n : j. Sabb., i, 2c, 1. 15-18 ; j. Scheb., i. 32 c, 1. 69 ; B. B., 53 6 ; 
rvnrmaa mVO mnn : Kélim, ta, 2. Gardée dans la man : Sabb., xxii, 3 ; 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les queues, sur le toit 1 ou su rie séchoir (nspiE) 2 et on les y amasse 
en tas pour les exposer à l'action du soleil. Le tas s'appelle n^p"i73 3 
ou ïwi* 1 . Ce mode de préparation a pour but de produire des 
ligues sèches, entières et séparées. Mais il arrive que, sous l'action 
du soleil, le jus sort du fruit et transforme le tas en une masse 
solide (d») 3 . On couvre parfois le tas avec de la paille 6 ; il est 
probable qu'il s'écroule souvent et qu'on doit alors le réamonceler 7 . 
Naturellement, les ligues, en séchant, se réduisent de volume 8 . 
Quand le tas est entièrement sec , on doit séparer les fruits qui se 



j. Sabb., vu, 10 c, 1. 41 ; j. Eroub., m. 21a, 1. 40 (KéL, m, 2; iv, 2) ; Okol , vi, 2. 
— T. B. M., ii, p. 373, 1. 21 (Krengel, Hausgeràt, p. 48, n. 11). — 'y bïî arbOB 
(rpbûS, Maïmonide, éd. Derenbourg) : T. Sabb., xn, p. 128, 1. 6. — "ûTpn bttJ 'y : 

T : — : ' 

Meïla, m, 6 ; T. Meïla, i, p. 558, 1. 24. — Nourriture, quantité employée : 3p "^n, 
Kélim, iv, 2 ; np : Péa, vm. 5 ; Ket., v, 8; '3 ^nu: : T. B. M , iv, p. 380, 1. 4. 
Chargé sur bateau, Ab. z., v, 2. — Avec 2"»j"^n : Bicc, ni, 3 ; j. Bicc, m, 65a, 
1. 25 ; Maass., m, 9 : Ter., xi, 4 ; T. Ter., iv, p. 30, 1. 28 ; Oukcin, i. 6 ; T. Béça, 
iv. p. 207, 1. 7 ; T. B. M., xi, p. 397, 1. 13. Avec , pp-|B£ : T. Béça, iv, p. 207, 1. 7 ; 
T. Toh., i, p. 661, 1. 22. Avec nbm : Pea, vm, 5 ; Ter., n, 4 ; xi, 1 ; T. Scheb., 
vi, p. 70, 1. 26 ; T. Béça, i, p. 202, 1. 23 ; Nazir, n, 1 ; T. B. M., xi, p. 397, 1. 13 ; 
Ket., v, 8. Avec D"H7ûn : Dem., v, 5; T. Eroub., iv, p. 142, 1. 2, 4. — Verbes : 
'33 T"ïD», j. Maass., n, 50a, 1. 16 (bTOn ? T. B. M., vrai, p. 388, I. 5) ; 131"! : 
Maas., i, 8 ; 0"H : in, 4 ; tpj : Sabb., xvn, 2 ; nvy : T. B. M... xi, p. 397, 1. 13 ; 
bBÏDI bbl3 : Z)era., v, 5; ^3^7273 : T. Toh , i, p. 661, 1. 23; "ppbn73 : j- Eroub., 
iv, 22a, 1. 23.] Le mot a passé en grec xà yàpyapa (rare), v. Sachs, Beitràge, I, p. 53 
et s. D'ordinaire la figue sèche s'appelle en grec Inyjxï. Lôw, p. 392, cherche aussi à 
rapprocher de rm;n^;t l'arabe ^Uw,.^, cité par Fleischer (Levy, T, 437a) et qui signifie 
une olive tout à fait mûre. [Dozy, s. v.} 

1. T. Yom tob, iv, p. 207, 1. 7 : nnjns Imï3*b 133 IDttnb ib^H ; T. Maas. 
r., n, p. 83, 1. 9 (cf. p. 84, 1. 2) ; baraïta dans Sabbat, 45 a, 1. 38. 

2. Pour des melons (rPtDStf) : Maas., i, 5 ; pour des figues : Maasser, m, 2 ; 
T. Maasser, n, p. 83, 1. 17 : j. Maasser, ni, 50 6, 1. 16 d'en bas ; Maas. schéni, ni, 6; 
T. Ter., iv, p. 30, 1. 28 (où les n*n3"n3 du *ni:pi?3 s'opposent aux trrPNn 
ïlbsbSD-tD) ; j. Ter., n, 41 d, 1. 10. — !-|£pl72 est primitivement l'endroit séparé où 
l'on sèche les figues; mais déjà dans les deux derniers passages cités on ne voit pas 
s'il ne s'agit pas du tas lui-même. Le sens de « tas » est certain dans Para, vu, 12 ; 
Béça, 26 6, 1. 6 d'en bas (^D"^ ri£pT?3) ; Maasser, m, 2 ; la note antépénultième de 
ce chapitre (comp. ^3^72) pour les olives. 

3. Voir la note précédente. 

4. T. Maasser, u, p. 84, 1. 2 (s'emploie aussi pour les oignons et les caroubes) ; 
cf. Sabbat, xvn. 2. 

5. T. Oukcin, n, p. 687, 1. 27. Sur Dtf, v. Monatsschrift, 1906, p. 723. 

6. Moëd Katan, n, 5 : tapa m^Stpn PN "psnTa. Cf. T. Taanit, iv, p. 220, 

i. 8 : mj^spa isrra. 

7. Ibid. : \*iyn. Le Talmud bahli, 13 6, 1. 18 et s. explique *psn73 par ""iSlbpK, 
« recouvrir d'une manière clairsemée » et, ce qui est exact, "p33'7J par imN ÏTZJiy 
i"l3 "P723. 

8. T. Ter., iv, p. 30, I. 28 : dix mi mi 5 du tas (n£p*173) valent, pour la terouma, 
autant que neuf fraîches de la corbeille. 

9. Béça, 26 6, 1. 6 d'eu bas : H53"T3 n^pïTJ. 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCHNA 197 

sont collés'. Dans les figues sèches ainsi préparées, il se trouve 
aussi des vers 2 . 

Les m-iana sont séchées avec leurs queues; ou le note expressé- 
ment 8 . A cause de leur fréquence elles servent souvent de mesure, 
en matière rituelle 4 . On pouvait aussi les offrir comme prémices à 
la place de figues fraîches 5 . 

Pour enlever les figues sèches on se sert de pelles (nD-tttt) 6 de 
bois ou de métal 7 . 

2. — Par pv^p on doit entendre des figues qui, après l'ablation 
des queues, sont séchées et réunies en masse 8 . Il se peut qu'on ait 

1. T. B. M., vin, p. 388, I. 5: 5*73 î j- B. M., vil, li ô, I. H d'en bas: -piD. 
[b"J"ia est un terme technique pour les dattes ; pour les figues qu'on doit détacher 
l'une de l'autre parce qu'elles collent en séchant on emploie t-)D72 : j. Mans., il, 50a, 

1 16 = j. B. M., vu, 11 6, 1. 60. Le texte de la Tossefta, qui concorde ici aussi avec 
b. B. M , 89a, doit être complété ainsi : m")51"ia3 T1D»m D'HEPa bilan.] 

2. T. Ter., vu, p. 37, 1. 28 : "n^bin. De même pour les dattes. 
o. Oukcin, i, 6; Ter., xi, 4: 's "ixpi^. 

4. Pour le sabbat: Sabbat, vu, 4; ix, 7. Au pluriel: Kélim, ni, 2; xvn, 4 
T. Sabb., vm, 120, 1. 8-10; — mail 3 ^n : B. B., 55 b, LU; j. Scheb., i, 32 c, 
1. 69. 

5. Biccourim, m, 1 ; j. Bicc, ni, 65c, 1. 23. Dans ce cas on les couronnait de 
figues fraîches. 

6. Sabb., xvn, 2: py-irman pn !ta Epiab ns'Ha». cl Joël, i, n. [a propos 

de ce passage de Joël, il faut faire remarquer, avec Levy, III, 21 b, que rmiD doit 
signifier « figues séchées » ; dans Ter., iv, 10, ce mot désigne les figues sèches prises 
une à une par opposition à une masse écrasée de figues.] 

7. j. Hag., ii, 78 6, 1. 22 d'en bas. 11 n'est pas dit formellement que ce sont des 
pelles pour figues. 

8. Ter., iv, 10; T. Taan., iv, p. 220, 1. 10 (pour faire des gâteaux de figues) ; 
T. Ter., v, p. 34, 1. 1 (variante : rî3H2Tp) : Béça, 3 b, 1. 3 d'en bas ; j. Scheb., iv, 
356, I. 18 ; Machsch., vi, 2 (on. les apporte sur le toit). — Dans T. Kélim, III, îv, 
p. 593, 1. 35, il faut, avec H. E. W. lire rî^jip pour n3H2tp ; dans Maas., 
n. 7, au lieu de riJ'^p" ri3"û, il faut ~£"»:£p PJ'iî, « temps de la coupe » (comp. 
plus haut, Bévue, LXII, 229, n. 1). [mJ^Tp : 'p NlO^b, Ter., iv, 10 (opposé à 
mms) ; T. Ter., v, p. 3i, l 1 et s ; j. Ter., iv, 43a, 1. 42 (opposé à b"12P3> — 
mniD, P*mD- - nb^m blJPJ de la Tossefta) = Béça, 36 (mvo, bidPJ) ; 
Zeb.. 73 a ; — T. B. M., ix, 392, 1. 21 et s. (nb^SI, mjn^p, nTWMl) ; j. Scheb., 
iv. 35 6, 1. 18: . ..fitblS ^ir» PVSp b"D«b TT 1 "psia 'n [Ned., 62a: 
myiatpBH "ibspirHB). — Variante pn^Xp dans Maas., m, 4. M. A., u, 5 : 
S5pa '-pn yzwn ; Taan., iv, 5: m^Sp "•JX'lp = T. raan., iv, p. 220, 1. 5: 
'pn CjP"IN) lDn?:T ; T. Taan., iv, p. 220, l, 8; j. Taan., iv, 68 6, 1. 56 et suiv. ; 
b. Taan., 28a : b'O (Toss. : «pr^ ip^j) pn a niDD "ibbn my^p ay» mffi^b 

pssbo tbn) irasbta nensna nb"<a-i *bi:P3> ^:d) ^ma-û nirr ">bya ttbai 

"ir-TPD bo ^5*31 (R. Hananel : nb*m bû Pi;'^p ÏPTTSyb). Machsch., vi. 

2 : my^p ; t. 7c6 Fom, n, p. 686, 1. '2: ni:-ip) ^i? rai: . ..nbw b-\^y 
n?^p «bw ami hy m^asN fflbsj n* îwn; Sifrêli, 316, 1356 : «am Nie 
rûinw my^sp nb*a hpni . ..-pr ypcrr . ..n^an "je Piyxp "»b. — Les 

Piy*2Sp sont des figues séchées (Haï, sur Machsch. : py^a" 1 a^^P 1 , mais non 



198 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

donné le même nom au fruit destiné à eet usage *. Le couteau qui 
sert à couper les queues s'appelle nsptt 2 . 



VIII. — Le GATEAU DE FIGUES. 

Avec les figues on fait, d'une part, des rvnarfl, d'autre part des 
gâteaux de figues, nb^nn 3 . Cependant le gâteau de figues s'obtient 
aussi bien avec les figues fraîches qu'avec les figues sèches nom- 
mées rvwirp 4 .. 

Pour obtenir la ribm 5 , on prend les figues séchées, quoique pas 

séchées une à une (mTTlD, qui, séchées, s'appelleraient n'HJi'Hà) : après que les 
queues ont été coupées (Raschi,, sur Be'ça, 3 6), les figues séchées par couches, sont 
entassées dans des tonneaux (Sifrê). Si on les tourne en forme de miches de pain, 
elles prennent aussi le nom de nb^Sl (voir le chapitre suivant). Mais la vraie nb n 3l 
se fait plutôt avec des figues fraîches écrasées (Arouch, s. v. : QTlb Q^KnniSD 

ne bijpJD orra yww d^th ûm« ^>3?»i mero^a ims piama). Saint 

Jérôme (Onom., 17, 1. 21 Lag., sur Diblathaim = 7iâ).arai eorum = p. 54, l. 5; 
comp. Deblatha et Debelam, p. 51, 1. 9; p 57, 1. 16: palatae) explique: « massas 
quas de recentibus ficis confingere soient, quas Hebraei deblathan, Graeci rca/àra; 
nuncupant ».] 

1. Peut-être dans M. K., h, 5 ; sûrement dans Maas., m, 4, d'après la leçon 
m^STp (au lieu de m^lip). Comp. le passage très obscur (v. Schwarz, ad loc. cit., 
p. 327) de T. Maas. r., h, p. 84, 1. 1: Krr »b (variante n"ILT£p) m£ixp N£72 
1H2 (?) V^p- D faut à tout le moins lire m^llp. — Même cas pour riNpO"!?}, 
v. Monatsschvift, 1906, p. 716» 

2. Une expression ordinaire pour désigner la fin de l'été (delà cueillette des figues, 
yp<) est nnanapan lbDp">^7Û : T. Bernai, i, p. 45, 1. 13; j. Dem., i, 21 o, 1. 53; 
NecL, vin, 4 (dans le Babli : nb-Dp^) ; j. Ned., Ha, 1. 11 («bl D^Nn mJH£p73 
D"OD^ m3HSIp73) ; b. Ned., 616, incorrectement -ibsiP^Û. — Dans la Bible (Isaïe, 
xliv, 13) le mot signifie certainement un couteau, v. Barth, Nominalbildung, § 169c. 
— Dans Scheb., vin, 6; j. Scheb., vin, 38 6, 1. 25 (Sifra, 1U6«), le mot est employé 
autrement : (1. y"l£p?3) n£pi733 plN VXïp "P N (parallèlement à mn). Il est sûr 
qu'il s'agit d'un couteau ; comp. plus haut, Revue, LXII, 229, n. 3 et 4. — Les 
formes niipiTS et JHSipTJ s'échangent souvent; dans Men., 546 en haut, 55a, 1. 5, 
il faut, au lieu de 3H]£p73, lire m^plE, « endroit où l'on sèche ». — 11 peut y 
avoir eu aussi un verbe Jiip avec le sens particulier de « faire des mrsp » : 
Maas , m, 1 (1. 3H3tpb) mxpb "H^m LTj"'Nn T33>ttn ; c'est l'explication des 
commentaires. Le verbe se retrouve encore dans T. Taan., iv, p. 220, 1. 5; baraïta 
dans Taan., 28 « : rflSJ^p "'Jillp ; très probablement aussi dans Maas., n, 7, et 
Para, vu, 12 (lire Jl]£pb pour mitpb)- Le verbe dénominatif tiré de rUPKp a été 
souvent confondu, à cause d'une certaine conformité dans le sens, avec ri-Ép? 
o. tailler ». 

3. T. Scheb., vi, p. 70, 1. 26. — Avec les fruits de l'année sabbatique ou ne peut 
faire qu'une nb*2H : T. Scheb., vm, p. 72, 1. 17, et passage précédent. 

4. Voir plus haut au chap. vu, dans la note de Lovv sur m""^];. 

5. nb^yii pluriel mr^m, voir les textes donnés ci-dessous par Lôw, fj aus \ A Bible 
le pluriel est Û'^.m : I Sam., xxv, 18 ; 1 C/ir., xn, 40 ; on trouve la forme détective 
nbm dans I Sam., xxx, 12 ; II Rois, xx, 7 ; Isaïe, xxxvm, 21. Racine : bai ; arabe 



LÀ FIGUE EN PALESTINE À L'ÉPOQUE DE LA MISG1INA 199 

tout à fait \ et on les comprime fortement (oTi) 2 .On les presse dans 
un tonnelet (mnn) 3 ou dans une cruche (*d) 4 , à moins qu'on ne 
leur donne une autre forme. Ainsi, on mentionne le modèle rond 
(bi:p3>) 5 , obtenu à laide d'une forme appelée ïTïttE 6 . Ces gâteaux 

Joj. : araméen Knbyii Nrib^in (j. Dem., II, 21c, 1. 37). De là peut-être le grec 
7ra),â6r), v. Lcwy, Fremdworter, p. 77, mais aussi Prellwitz, Etym. Wùrterbuch, 
p. 349. [J^»?, P. Sm., SOS; Card., 226 : ^^i ^ xo^iN 3 i £Ubl. Syriaque )&£», 
pluriel |1Sj, « placenta frcaria ». Bar Ali, 3025 : Jù'Jl» J^oj (j^l ^. Bar Bahlûl, 
éd. Duval, 402; P. Sm., 541 : )^2> ()^i>j). Néo-syriaque diwtla, pluriel dibli, « a 
cake of honey, eggs, flouF and butter » (Maclean). — Explication, Bar Ali : : )^=>> 
Ll*i-s c Tt n I f lijL; »1 peuse à une dérivation de 11*. rx.il. Il donne (n° 2023) J 1 ^»» 
panier tressé avec des feuilles de palmier et dans lequel on comprime le gâteau de figues. 
!K-> « j est le persan J^-h) = U*^f, « liscella (icuum », b^ST (Meguilla, 26 6 ; ib^ST, 
variante iba-if; Hal. Gued., p. 228, 1. 9 : ibwtT). P. Sm., 1074 : J^o) (1140) n'est 
pas d'origine persane (Fleischer, apud Levy, 1, 510). — Textes pour nb^m : T. Sabb., 
vin, p. 121, 1. 13 ; T. Béça, i, p. 202, 1. 23 ; Gen. r., xxxi, 14 (p. 287 Theodor), 
Tanhouma, Noah, 2 Buber (apud Theodor, l. c.) ; n?" , 3'îi1 : Demaï, n, 1 ; T. Scheb., 
vi, p. 69, 1. 15 ; p. 70, 1. 26 ; Sabb., xvn, 2; Nazir, n, 1 ; T. Naz., n, p. 284, 1. 25; 
j. Naz., n, 51 d, 1. 24 ; b. Naz., 9 a ; nb"<313 : T. Sabb., xn, p. 128, 1. 11 ; ttb^mS : 
Pes., 87 b; "jnb^m : Machsch., i, 6; rîTSTin btJ nb^m : Para, xi, 3 ; T. Para, 
xi, p. 639, 1. 28 ; rnb^p '"! : T. Keritot, i, p. 562, l. 37 ; b. Kerit., 13 6 et 6 pas- 
sages parallèles; n^ttU? 'l : j. Kil., vi, 30c, 1. 11 ; Kél., x, 2; T. Teb. Yom, n, 
p. 686, 1. 5; Midr. hagadol, apud Theodor, Gen. r., p. 278, n; 'T "idd : Scheb., 
i, 2-3; 'i yx "psa : T. Taan., iv, p. 220,1. 8 {'l bffi nntt m£D: j. Taan., iv, 68 6, 
L 59; 'i ib"i:P3> : b. Taan., 28 a, 1. 31) ; 'i H053 • Péa, vin, 5; KeL, v, 8 (environ 
400 grammes, d'après Petuchowsky, ad /oc); 'l bw 3H£p73 : T. Sabb., xiv, p. 103, 
1. 25; j. Sabb., xvn, 16a, 1. 52; b. Sa66., 123 6; '"j bœ bnW (sic: Arouch, la 
Tossefta et le Yerouschalmi ont le »i); Ter., n, 1; Sabb., xvi, 5; O/ioZ., vin, 1 ; 
7V6. Fom, n, 3; St/ra, 21 t/, l. 17 ; j. Ter., iv, 6a, 1. 74; 'i bl^3f = T - ïer., 
m, p. 29, 1. 17; v, p. 34, 1. 2; Sa66., 93a, 1. 1 ; 'l tb^iy : Ter., iv, 8; 
j. Ter., iv, 43a, 1. 34 ; T. Soucea, m, p. 197, 1. 20; j. Soucea, 54a", 1. 9; T. Meïla, 
i, p. 558, 1. 12; B. M., n, 1 ; j. B. M., n, 8 6, 1. 56 ; T. Te6. Yom, n, p. 686,1. 2. Le 
pluriel mb^m, inexactement pour nb"^"! dans Y Arouch citant Nazir, n, 1 (comme 
il résulte d'ailleurs de Men., 816, 103 a). — mb"01 à côté de n*n;n-)3 (Péa, vm, 5; 
Ket , v, 8) : T. Ter., m, p. 29, 1. 17; T. Scheb., vi, p. 69, 1. 15; p. 70, 1. 26 ; Nazir, 
n, 1; à côté de D"H72n : Dem., n, 1; de PD nD1"lD : Dem., v, a; — avec *7nn(72) : 
Sa66., xvn, 2; T. S«66., xn, p. 128, 1. 1 ; avec pD"173 : T. Béça, i, p. 202, 1. 23; 
avec n3""l3 : T. Teb. Yom, n, p. 686, 1. 5, v. comment, dans Téd. Romoa]. 

1. Voir Magerstedt, p. 197. [Le gâteau de ligues grec se fait avec des ligues séchées à 
demi, qui, saupoudrées de poudre de thym, sont ensuite écrasées et séchées au four]. 

2. Béça, 3 6, en bas: bi:PJ> ^D 53> rtOUC m^ïp NIG^b; Ter. y iv, 10 : DT7 
"IDfi *D hy nWWp N10"»b; T. Ter., v, p. 34, 1. 1. — Les nVI^VTÛ sont aussi 
écrasées ("QM ou om) dans un tonnelet : Maas., i, 8; m, 4; T. Maas., n, p. 82, 
1. 17, 23 (avec les pieds); j. Maas., n, 49a", L 29 d'eu bas; mais des figues séchées 
ne deviennent pas une masse compacte, une n^3"J. 

3. T. Ter., v, p. 34, 1. 1 et s. : rnnn ^D by [man, mils, 9VP7, par opposi- 
tion à ntlIlB : j- Ter., iv, 43 a, 1. 42 = Béça, 36; Zeb., 73a]. 

4. Ter., iv, 10. 

5. Maas., i, 8 (le. verbe). 

6. Ibid.; Ter., iv, 11, 12. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

portent le nom de bir* 1 ; l'autre nom qu'on trouve, ïrVm -oa 2 , 
montre qu'ils étaient plats et ronds. Peut-être bi;p* désigne-t-il 
non seulement le gâteau, mais aussi le cercle qui donne la forme 3 . 
D'autres formes sont celles du cône, analogue à une ruche (rrma) ', 
et celle de la brique (pb?a) 5 . Dans la masse, qui n'est pas d'une 
bien grande valeur 6 , on peut reconnaître parfois les différentes 
nwstp 7 . Si elle se brise, on la pétrit à nouveau 8 . 

Les gâteaux de figues peuvent avoir les dimensions les plus dif- 
férentes 9 . Us sont parfois si grands qu'un seul homme ne peut pas 
les porter' . D'ordinaire, ils sont assez grands pour suffire à 
plusieurs repas H . Des gâteaux plus petits (tp) se faisaient parfois, 
semble-t-il, en écrasant des m^sp dans le mortier l2 . 

Cette préparation des figues a lieu naturellement à la môme 
époque, dans la même contrée 13 , car elle dépend du temps de la 
cueillette principale. 

Le goût du gâteau de figues est doux 14 , ce qui peut tenir en 
partie à ce qu'il est poli avec de la sève de la vigne (ou même du 
figuier) 15 . Il est parfois si gros 16 et si mou qu'on peut envisager la 

1. Outre les textes cités par Low dans la note au commencement de ce chapitre, 
on trouve ïlb^an 5U3 blA^ dans T. Sabb . ix, p. 122, 1. 8; nb^ai ^ÏW? dans 
T. Soucca, m, p. 197, 1. 20; T. Ter., m, p. 29, 1. 17; Taan., 28a, 1. 31. Cf. T. Maas. 
schéni, v, 95, I. 4 [I. blJPy]; T. B. M., il, p. 373, 1. 22; Teb. Yom., u, p. 686, 1. 2 

Ci btt bara, i. -i tjijpj); t. Meïia, i, p. 558, 1. 12 d ibwao ©np y^). 

2. Scâeb., i, 2-3. 

3. Béça, ob en bas; cf. p. 198, n. 5 et p. 199, n. 3. 

4. T. Ter., v, p. 34, 1. 1 et suiv. : milD ^D b* ; j. Ter., iv, 43a, 1. 43. Pour 
l'explication, voir Schwarz, ad loc, p. 272 6. [Les figues, après avoir été sécliées et 
écrasées, étaient tournées en masses carrées ou recevaient une forme conique, comme 
nos pains de sucre. Voir Bottiger, Kleine Svhriften, 111, 319, n.]. 

5. Ter., iv, 8; saint Jérôme sur Osée, i, 3 ( « in modum laterum »). 

6. C'est ce qu'on voit par B. M., n, 1. 

7. Teboul Yom, n, p. 686, 1. 2 : v\n inSpE bj ^P^ 73 ibcîttD nb^SI ^SM^9 

njn^p N573 ami ba> myass obtD "•ai* bma. 

8. tf. M., vu, 7, l^bl^^^ 10HDD3- 

9. Ter., iv, 8. Cf. Scheb., i, 2. De Boçra il en venait de petits, j. B. M., u, 8 b, 
1. 56 : mX373 'pnfcn BfTJT p 1N:: B" 13 N^a~m fiprnJP*. Voir plus haut, 
fleyue, LXII, 231, n. 4. 

10. T. Sabb., ix, p. 122, 1. 10. 

11. Sabb., xvi, 3 (v. comment ); Sabb., 93a en haut. 

12. T. Taan , iv, p. 220, 1. 8 : -psa Tia ; j- Taan., iv, 68 6, 1. 59 : nn* mDD 
nb"m bU3; baraïta dans Taan., 28a, 1. 31 : marOED nb^3"I "0^2 ^DŒ mtîjb 

la^sro >yo wm na^aobiD. 

13. Afaas., m, 4 : DHN ^33 311 10TT ON miaiia N1T72. 

14. l'es., 87 6 en haut : nb^mD ban "«sa npirrMIZÎ [Nnbana V73 n Dai dans le 
Targ. Yerousch., Nombres, xxxin, 40. provient de ce passage du Talmud]. 

15. Maas., i, 8 : iapibrPt273 bwJH. 

16. KéL. x. 2 : nrM nbia"! ; T. ZVô Kom , n, p. 686, 1. 5 : j. KiL, vi. 30c, 
1. 11. V. Magerstedt, p. 198. 



là figue en Palestine a l'époque de la misciina 201 

possibilité de l'utiliser comme colle pour un vase brisé'. Mais, en 
général, et quoiqu'on puisse en tirer, aussi bien que des prwna, 
du jus en le pressant fortement 2 , il est si dur qu'il faut un cou- 
teau 3 , une hache 4 ou une cuiller de bois :i pour le réduire 6 et 
qu'il peut rester assez longtemps dans l'eau sans être hors d'usage 7 . 
Les morceaux ou tranches du gâteau de figues s'appellent Tibc 
nb-Q-i 8 . 

IX. — La figue dans l'alimentation. 

Le figuier étant un des arbres fruitiers les plus répandus de la 
Palestine, la figue et les mets qu'on en tire comptaient, comme à 
Rome, parmi les objets de consommation les plus communs 9 . 
Toutes les parties du fruit, la queue exceptée, peuvent être man- 
gées ,0 . Même les pointes des jeunes pousses (mm) se prêtent en 
certaines circonstances à la consommation H . Mais les feuilles de 
l'arbre sont impropres à la nourriture 12 . 

1. KéL, x, 2. 

2. T. Scheb., vi, p. 69, 1. 16. 

3. "pD3 : T. Yom Tob, i, p. 202, I. 2 ; — nb^3"I 513 SniTptt : T. Schabb., xiv, 
p. 130; j. Schabb., xvn, 16a, I. 52; b. Sabb., 1236. Comp. plus haut au chap. vu, 
p. 198, q. 2. 

4. DTTTp : Sabb., xvn, 2 ['in PN ^innb) ; T. Sabb., xn, p. 128, 1. 11 : 

i . b nim "pannEi . 

5. C'est ainsi, sans doute, qu'il faut comprendre 11"1D yy dans T. Yom Tob, i, 
p. 202, 1. 23. 

6. Mêmes textes (pue ceux de l'avant-dern. note. — p—,072 : T. Yom Tob, l. c. (les 
mH31~l} et les •pDinn sont réduits en petits morceaux quand des vieillards veulent 
en manger). 

1. Machsch., i, 6 : (Maïm.) 'pnp-orj ^373 3*733 ^nb^l 1273:212 (Haï : 
•pp^-lp^D ; Krauss, Lehnworler. II, 293 ; "J^ip^O est correct), à cause des sicaires. 

8. Dem , v, 5; Maas., m, 4 (parallèlement à pd nO"HS). — Dans l'hébreu 
biblique : I Samuel, xxx, 12. 

9. Les figues sont mentionnées presque dans toutes les discussions halachiques où 
il est question de comestibles, p. ex., Ned., ni, 2; T Ned., iv, p. 279, I. 12 : "msrî 
"Tuba D^rNP" "po. N?N mON ]"»N Y^pH V 3 i a,ltres exemples dans les notes qui 
vont suivre. — D'après Pline, XV, xix, 21, les figues sèches remplacent le pain. Comp. 
le proverbe « romain » (^?3Ti3 frTnp WVp) cité dans lier., 62 6, 1. 1 : *p:3T73 13 
"p3T "pDNl "O^Nn ^Sn, ne sulor ultra crepidam ! [Tesch. ha-Gueon., éd. 
Harkavy, p. 213 ; Arouch, VIII, 203 : le fils doit garder le métier de son père. Raschi, 
ad loc, l'entend autrement. Goronel a ^pViîD à la place de ^73113, qui est fort bien 
attesté.] 

10. Gen. r., xr.vi, in. : nxpi3» N?N nbïOS !"lb T^ "IT.1 HÎPKnn r>72 [Pseudo- 
Ben Sira, apud Lôw, p. 3.] 

11. T. B. K., vi, p. 356, 1. 13. — Ces pousses tendres servaient aussi chez les 
Romains comme légume (Pline, xv, 34). 

12. T. Yom Kipp., v, p. 189, 1. 22. — Chez les Romains le feuillage servait comme 
fourrage (Pline, XVI, 37 ; Columelle, VI, in, 6 . 



202 • REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Alors que les fruits ne sont pas encore mûrs, mais forment des 
bulbes — c'est ce qu'on appelle les tr» —ils se mangent déjà 1 . 
On les prend quelquefois avec du pain 2 . En été, les figues mûres 
fraîches constituent un aliment ordinaire 3 . On les mange à l'arbre 4 
et on les tend comme rafraîchissement au voyageur qui passe 5 . 
Le travailleur des champs en mange en les cueillant 6 . Les gour- 
mets en enlèvent d'abord la peau et ne mangent que la pulpe 
douce 7 . Les figues tardives (ms^ioTa), pour devenir mangeables, 
doivent être bouillies 8 . 

Les figues fraîches se conservent à peine deux jours ; aussi ne 
peuvent-elles jamais devenir un objet de consommation à bas prix 
pour le peuple au même degré que les figues sèches ou les gâteaux 
de figues. 

Les figues sèches, généralement répandues 9 , servent surtout à 
l'alimentation des classes inférieures du peuple i0 . Dans les temps 
de détresse on les distribue aux pauvres, comme chez nous les 
pommes de terre et le pain H . 

Les gâteaux de figues jouent aussi un rôle important dans l'ali- 
mentation populaire 12 . On les distribue aux pauvres 13 ; on en 
donne à un homme vorace pour le rassasier 14 . Le mets appelé 
fiocb se prépare principalement à l'aide de figues rà . 

1. T. B. K., vi, p. 35.6, 1. 13 (quoique ce ne soit pas des "p~n73} PITS)- ^es 
Palestiniens avaient peut-être déjà à cette époque la prédilection pour les fruits non 
mûrs qu'on observe aujourd'hui dans le pays (Schneller, p. 273 et s.). 

2. Scheb., iv, 7 ; j. Scheb., iv, 35c, 1. 2. 

3. T. Soucca, h, p. 193, 1. 20 ; T. Maas., n, p. 83, 1. 5. 

4. Maass. r., m, 2 : n^Krin }12. 

5. T. Maass. r., il, p. 82, 1. 14. 

6. Maass. r., m, 2 ; baraïta dans j. Maass. sche'ni, il, 50a, 1. 44: 'po^boS ÏTIÎ12 
2XI5- m333 bDÊ*"* £Ô (1. 'pOD'nnD). — Gliez les Romains c'était, à cause du bon 
marché, la nourriture des esclaves. 

7. T. B. M., vin, p. 388, 1. 11 ; j. B. M., vu, 116, I. 58 : Km NbtB") 6lb]r fcÔ'J 
DTNP3 (EppB ■; j- Maass. r., n, 50a, 1. 58. 

8. rpra : j. Scheb., iv, 35c, 1. 19 {]DD^72 frOntt ^2D7j}. 

9. Voir, par exemple, T. Naz., n, p. 284, 1. 24. 

10. Les ouvriers : Meïla, ni, 6; Dem., vu, 3. 

11. T. Dem., x, p. 54, 1. 11; T. Eroub., iv, p. 143, 1. 18. — A une époque de 
disette la reine Hélène fait venir de Chypre des cargaisons entières de figues séchées, 
iffxàowv (Josèphe, Antiq., XX, n, 5). 

12. Cf. Gea. r., xxxi, i. f. : Noé prit avec lui des gâteaux de figues dans l'arche 
pour la nourriture. Exemple d'école : T. Nazir, n, p. 284, 1. 24 et s. 

13. Dem., v, 5 (nb'Xl ^n^D). La mesure est déterminée dans Péa, vin, 5 : 
d'après une opinion c'est une mine ; d'après l'autre, c'est la moitié (OTS) d'une mine. 

14. T. Sabb., vin, p. 121, 1. 13 (Olftbin), avec référence à I Sam., xxx, 12. Sur 
cette maladie, v. Preuss, Biblisch-talmudiscke Pathologie und Thérapie, p. 29. 

15. Avec des "pQDlbn (voir à la fin du chap. v, plus haut, p. 189, n. 3). Expliqué 
dans Ned.j 50 b, 1. 33 : "Hsb 1in373 "pn^JH TNm W73 (Krauss, II, 318 : Xouà;) ; 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA M1SCHNA 203 

Il semble qu'on faisait avec les figues une boisson analogue à la 
bière d'orge '. Le jus gluant des figues fraîcbes est appelé miel (Je 
ligues -. 

On attribue au gâteau de figues employé comme emplâtre une 
certaine vertu curative 3 . 

Enfin, les figues servent pour la nourriture des animaux 4 . 



X. — La figue dans le commerce. 

Étant donnée la surproduction de la Palestine en fait de figues :i , 
il est naturel qu'on ait fait un commerce actif de ces fruits. Sur 

B. M., 84 6 en haut ; Sabb., 37 6. cl. L [tfisb signifie un pot et au figuré (comme ce 
mot et comme l'allemand « Schùssel ») un mets. On parle de soixante sortes de mets 
[H. )l.. Ma), de millle sortes (Ned., 50 b). Comme dans ce dernier texte c'est un mets 
de ligues, la tradition (Arou'ch et llaschi sur B. M. et sur Sabb., 37 b) y voit, mais 
probablement à tort, un mets préparé avec des figues.] — Le mot fcnsb doit peut-être 
être retrouvé dans NXE&, j Scheb., n, 34a, 1. 69. [Azoulaï a la bonne leçon r!ODa> 
et E Fulda la bonne explication nTHpl DDb, « pot ». Il s'agit de ^mb et non de 
ligues. Dans j. Péa, vm, 21. a, 1. 63, Frankel lit aussi NODa, où il voit un jeu de 
mots avec nsb. Dans les deux passages le sens, est celui de pot. Cependant le 2£ des 
éditions est peut-être appuyé par le Vsb, n^D^ 1 de Lév. f'»»nj 7 (xn, 2), dont Krauss 
le rapproche.] 

1. Pes., 107 a, I. 23. La leçon y est corrompue; lire " l 4^n(l) N"D'0- Manuscrit 
de Munich : "^n. 

2. KeL, 1116, I. 2 et 4 d'en bas : D^Nn bïî 13221 et ^"WiE RTD3VÎ. Comparer 
Meg., 6a, 1. 31 et s. (réalisation de la promesse d'une «terre de lait et de miel»). 
Plus répandus étaient le miel (331) des dattes et celui des raisins ; c'est le dernier 
qu'on doit voir presque toujours dans le miel de la Bible (Bauer, p. 56 et s.). — Un 
mot de sens douteux est celui de "J^bx, j- Péa, vu, 20 6, 1 27, où "[^nan "021, 
a miel des abeilles », est opposé à "p^Dsn '£21 ; comp. j. Sabb,, vu, 10a, 1. 47 ; 
"PP1731S p^bat (une espèce de dattes ?). 

3. Il Rois, xx, 7 (Isaïe, xxxvm, 21); employé pour la guérison d'Ezéchias. Cf. 
Preuss, Malerialien zur Geschichle der biblisch-tahnudischen Medizin, p. 22. 
Chez les Romains c'était un remède à usage interne et externe (Magerstedt, p. 191). 
[Les anciens médecins grecs employaient les feuilles comme compi esses contre les 
tumeurs et les verrues. Aujourd'hui encore on se sert des ligues pour des cataplasmes 
emollieuts et des tisanes pectorales]. Les Palestiniens de nos jours cherchent à guérir 
les blessures saignantes avec le jus de ligues noires non encore mûres (Bauer, p. 217). 
[Vauuda : Les ligues sèches cuites dans le lait s'emploient aussi avec succès contre les 
maux de dents, notamment l'inflammation des gencives.] [Les ligues figurent dans le 
Régime de Maimonide, mW-jan n^~:n, 15-17.] 

4. T. Scheb., v, p. 69, v. 1 ; T. Yo?n lob, iv, p. 207. 1. 10 (les branches avec les 
figues) ; Gen. r., xxxi (.Noé a dans l'arche des gâteaux de figues pour les hommes et 
les animaux) ; Ket., 1116, 1. 4 d'en bas (pour les chèvres, mais seulement dans le but 
d'expliquer la promesse du « pays de lait et de miel »). [Yaulda : On prétend que ce 
fourrage rend le lait meilleur et plus doux.] Chez les Grecs, on s'en servait pour 
nourrir les bœufs, les porcs et les oies à l'engrais ; le foie des oies enflait ainsi 
(Magerstedt, p. 176). 

5. Cf. Herzfeld, Handelsgeschichle, p 97. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tous les marchés on vend des figues fraîches 4 . Les figues séchées 
sont un article courant d'exportation 2 (les figues fraîches, qui se 
gâtent vite, ne s'y prêtaient pas). On les achète au séchoir 3 , pour 
en faire des gâteaux de figues 4 . L'importation des figues se fait — 
sans doute en temps de disette seulement — par voie de mer 3 . 
De grands magasins servent, dans les villes, à la conservation des 
gâteaux de figues 6 . 

Les figues se vendent soit d'après le nombre 7 , soit à la mesure 8 . 
Quelquefois aussi on les pèse ,J . Dans le dernier cas, on pèse le 
poids brut avec le panier; puis on pèse le panier pour obtenir le 
poids net 10 . On mentionne occasionnellement le "pttib comme petite 
monnaie, moyennant laquelle on se rend adjudicataire de paniers 
avec figues H . 

Les figues séchées se vendent aussi au poids 12 , à la mesure n 
ou d'après leur nombre M . Le gâteau de figues ne se prête, de par 
sa nature, qu'au premier mode 13 . En fait de poids, on men- 
tionne occasionnellement la mine italique ,6 , la mine et la demi- 

1. Ber., 62 6, 1. 7 (c'est le proverbe cité plus haut, dans la première note du 
cli. ix ; il montre que le commerce des figues était une occupation ordinaire). 

2. T. Scheb., iv, p. 67, I. 10. On les apporte à Jérusalem comme prémices : j. Bicc, 
m, 65 c, 1. 23; cf. T. Taan., iv, 220, 1. 8. 

3. T. Maass., n, p. 83, 1. 17. 

4. Ibid., p. 82, 1. 23. 

5. Ab. zara, v, 2 (nPDD3 m")5T"l3 N"Qn) ; Josèphe, Antiq., XX, n, 5 (à une 
époque de disette). 

6. T. Scheb., vin, p. 72, 1. 17 et s. (l2tnX). 

7. Dans un panier (nbobo) : Scheb., vin, 3. — Cf. T. Dem., vin, p. 59, 1. 16 ; 
T. Ter., m, p. 28, I. 24 et s.; j. Ter., n, 41c/, 1. 5. Dans tous ces cas il s'agit de 
terouma et de maasser, mais on peut l'étendre par analogie au commerce. 11 est pro- 
bable que les figues fraîches sont surtout comptées, tandis qu'on mesure ou qu'on pèse 
les sèches. C'est du moins ce qui se fait aujourd'hui en Palestine. 

8. 7TV2 '• T. Ter. et j. Ter., II. ce. 

9. T. Ter., I. c. 

io. t. Ter., m, p. 28, i. 28 (mnba rfrobs, m:p"n). 

11. T. Dem., m, p. 50. 1. 14 ("paT?); j. Dem , n, 23 a, I. 49 ("jEa, altération de 
pfllV. R. Simson de Sens sur Dem., n, 5, a liTO^b. D'après Krauss, Lehnworter, 
II, 311, c'est vou[a;juov, avec permutation des liquides n et l. 

12. La seule mesure qui soit indiquée est N"IÙ23 (Krauss, II, 313-4: poids de 
douze onces) et, chose curieuse, toujours avec m^^p; Ter., iv, 10; T. Ter., v, 
p. 34, 1. 1 ; Beça, 3 6 en bas; Taan., 28a, 1. 26 et suiv. Pluriel : *p*"]a" , T 71^72, 
j. Ter., iv, 43 a, 1. 44. Sur N^ab, v. Jew. Encycl., XII, 486 (égale en poids une 
mine). 

13. Péa, vin. 5 ; Ket., v, 8 (mian; 3p). Plus général : mE, T.Ter.,iv, p. 30, 1. 26. 

14. T. Ter., ibid. 

15. Cf. le Targoum sur I Sam., xxv, 18 et II Sam., xvi, 1. 

16. Scheb., i, 2, 4 : ""pba^K HD70 D^iaiZ) nb^m HDD. Cf. Jew. Encycl., XII, 486 
(contenait 100 dinars et équivalait à 341 k., 077 st.). — Il y aurait lieu de se demander 
si le mot "|DD n'implique pas l'idée d'une indication de poHs déterminé. Dans j. Sanh. i 
i, 19 a* en haut, le poids du -QD est évalué à 60 N"*ab = 60 H3^. 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA M1SCHNA 205 

mine '. — Il est difûcile de dire si l'on doit attacher de l'impor- 
tance aux indications de prix, qui sont toujours des exemples 
d'école et non des cas pratiques. D'après ces indications, on peut 
avoir pour un as (un peu moins de 4 centimes) dix fruits 2 ou cinq 3 , 
dans quelques localités quatre ou trois seulement *. Naturellement 
il faut tenir compte de la grosseur et de la qualité des différentes 
espèces; néanmoins les prix moyens étaient certainement bien plus 
bas. En achetant des figues, on doit s'accommoder d'en trouver dix 
pour cent de véreuses 5 . — On ne trouve aucune indication de prix 
pour les figues séchées — dont il est dit seulement qu'elles valent 
moins que les dattes 6 — et pour les gâteaux de figues, mais la 
valeur en est faible, surtout pour les gâteaux 7 . 



XL — Le sycomore. 

11 nous reste à étudier un parent du figuier, le sycomore 
(ïlBptt) 8 . 

1. Péa, vin, S (r?3*3 et DIE). 

2. Maasser, n, 6 (dix figues qu'on se choisit : T3 HIDN'U). 

3. Maass., n, 5; T. Ter.,, n, p. 83, 1. 14 et s. 

4. Maass., n, 5 (dans la "pi-m n:> à Jérusalem). 

5. b. b., vi, 2 (nNE3 m?binE 1TDJ). 

6. Eroub., 29 6, 1. 35 [^12 D"n73D) ; Ket., 80 a, 1. 1 (Raschi). 

7. B. M., ii, 1. — L'indication d'après laquelle trente livres de figues séchées coû- 
taient un as l'année du triomphe de Métellus est exagérée (Magerstedt, p. 64). 

8. [Ficus sycomorus L Dinsmore, N° 1758. V. Ascherson et Schweinfurth, 
Flore d'Egypte, 141 ; Hehou, 6* éd., 375 ; Joret, I, 111 ; Solms-Laubach, 
Die Hcrliunft des Feigenbaums, p. 97 et s. — Textes : n72p'sD?f. Gen. r., 
xii, 6, p. 105 Theodor ; 'O à côté de rHT ; B. B., v, 6; de 21 "in • T. Scheb., ni, 
p. 65, 1. 8; j. Taan., i, 646, 1. 32 ; j . Ab. z., m, 43a, 1. 22; B. M., 117 a ; B. B., 
Il, 7, 11 ; T. B. B., i, p. 399, I. 10 ; B. B.. iv, 14 d, 1. 18 ; T. Ab. z., vu, p. 470, 1. 8 
(variantes : DIT, ©lin); T. Men., ix. p. 526, l. 24 ; — riDUm '10 : j. B. B., iv, 
14o\ 1. 18; "»3««i:ilO 'UJ : T. Ab. z ., vi, p. 470, 1. 8 ; riWpV m33 : Dem., i, 1 ; 
'ffl nbnna : Scheb., iv, 5 ; T. Scheb., m, p. 65, 1. 5, 6; B. B., iv, 8 ; Nidda, 86: 
j. Nidda, 49 a, 1. 49; 'i25 bu: mDTU : Gen. r., xxv, 3, p. 242 Theodor; '^j mTiET : 
T. B. B., m, p. 402, 1. 20 ; 'tB (3Ï5) pD : Kil., I, 8 ; vi, 4 ; T. Kil., i, p. 74, I. 11; 
iv, p. 78, 1. 31 ; T. Scheb., ni, p. 65, 1. 8 ; B. B., iv, 9 ; 'lO h'O Û"*SJ : T. Men., 
ix, p. 526, 1. 24 ; 'tB blO H1TD : T. Arach., v, p. 549. 1. 27 ; mip, pD, nnip : 
fftï.. VI, 4; A'tï,, iv. p. 78, 1. 31 ; '© mip : B. M., ix, 9 ; T. B. M., ix, p 393, 1. 8 ; 
'© blO mip : T. S'caeô., m, p. 65, 1. 1 ; 'tfj blO miip : Scheb., iv, 5; T. Zebah., 
xi, p. 497, 1. 4, 6; T. Men., xm, p. 533, 1. 30 (T. Pes., n, p. 160, 1. 19 : riTTES) ; 
'ffi blO tpiO : T. Nidda, vi, p. 648, 1. 20; T. Mikv., vi, p. 658, 1. 25 ; '« ^CniO : 
j. Taan , i, 64 6, 1. 32; j. ,46. z.,ui, 43 a, 1. 22 ; — D^ttpïJ : Scheb., ix, 2 ; T. Scheb , 
vu, p. 71, 1. 24; Scheb., ix, 38a 1 ; B. M., 117 6; Ned., 38a.] Le singulier u'existe 
pas dans l'hébreu biblique. Araméen : NT^pC ; syriaque: Uaa. [JùqAji : Z.D. M.G., 
XXXIX, 298 ; ^-^^w ^i^. : Lam. r., i, 16, t. Geiger, Jûd. Zeitschr., VI, 152 ; )^. 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En Palestine, le sycomore est un indice caractéristique des 
dépressions (iib^si») * et se trouve surtout dans la Galilée infé- 
rieure 2 . 

Les sycomores se plantent à une plus grande distance de la ville 
que d'autres arbres 3 . Des sarments de vigne grimpent souvent 
autour de leur tronc \ comme autour du figuier. L'arbre atteint un 
âge extraordinaire 5 et cette longévité peut avoir contribué à le 
faire adorer comme Àschéra, de quoi les sources tannaïtiques ont 
conservé des réminiscences assez claires 6 . 

L'arbre n'était pas cultivé pour ses fruits, mais pour son beau 

J*o3 : Bar Bahlùl, éd. Duval. 1115 ; l*uL* *2l£jz.>o. : ibid.; Bar Bahlûl, 1321, 2005; 
Payne Smith, 2583 : Ivirt* ; Audo, 596 : *i^l ; Schwally, Idioticon, 98 ; Schul- 
thess, 214 : l^i-co*.. La voyelle u fait penser à aùxov, dont Benfey a rapproché 
siqmâ (Solms, p. 80). Voir Low, p. 386; Tristram, Natural Ristory of the Bible, 
p. 397. Grec : <ruxou.opsa (Luc, xix, 4). De là le grec ouxxàfMvo; (Lewy, Fremdwôrter, 
p. 23). Cf. Z. D. M. G., I. c. : cnjxà[u--o; (transcrit en syriaque 1*1.0*. o»oMj). 
Encore dans la Septante <ruxàu.ivoç, arbre, désigne la ficus sycomorus, mais paraît 
s'appliquer en même temps au mûrier, Munis nigra ou alba. Ce n'est que plus tard 
que les noms se différencient. Ficus sycomorus devient le Guxàfxivoç « égyptien », cf. 
Psaumes, lxxviii, 47, ou est désigné par la nouvelle dénomination de auxojxopéa. Mais 
la confusion reste dans la langue parlée ; les deux mots sont employés alternativement 
par Josèphe pour désigner la ficus sycomorus (p. ex. Antiq., XIII, xn, 3). Cf. Luc, 
xvn, 6 avec xix, 4, où le sycomore est appelé crux2u.tvoç et crvxou,opéa. 

i. Scheb., ix, 2 : iinnnrs b'i'bJt "papra bnstt enwû br>; Ned., 38 a, 1. 5 d'en 

bas (sur Amos, vu, 14) : ftb^DtïSa "<b 'pTSp^a ; T. Scheb., vu, p. 71, 1. 24. Par contre, 
le dattier est un indice des dépressions profondes (p735*) : T. Scheb., ibid. Cf. Lôw, 
p. 387, et Vogelstein, Landwirtschaft, p. 7. Les régions de la Palestine qu'on consi- 
dérait comme Ïlbstt5 et qui, partant, produisaient des sycomores, se voient dans 
j. Scheb., ix, 38 d, 1. 25-8 d'en bas (comp. Neubauer, p. 59-61) ; ce sont les contrées 
suivantes : la plaine de Darom (Neubauer, p. 47), la ï-rbDUO de la Bible (Josué, xi, 
16 ; d'après Rosenmùller, Bib. Naturgeschichte, I, 283, la plaine le long de la Médi- 
terranée ; Biblische Geograghie, II, i, 151 : probablement le littoral plat depuis Jaffa 
jusque vers Gaza; n, 322) ainsi que Heschbon et les environs avec les localités de 
bî'a 01723, "pJ'72 b?3 n"3, l pa ,, "l (depuis Emmaùs jusqu'à Lydda, v. Neubauer, 
p. 100). Naturellement les frontières se confondent. Ce sont en partie les mêmes régions 
où les sycomores poussent encore aujourd'hui en grande quantité : dans la plaine de 
Philistée et dans celle de Gaza au Carmel (Bauer, p. 273 et 276). 

2. Scheb., ix, 2 (voir la note précédente). 

3. De même les caroubiers : T. B. B., i, p. 399, 1. 10; B. B., Il, 7 ; B. M., 117 a, 
1. 27. Cf. Lewy, A bba Saul [Jahresberichi der Lehranstalt fiir die Wissenschaft 
des Judenturns, 1876), p. 35. où l'auteur réunit avec concision les données essentielles 
sur le sycomore. 

4. KiL, vi, 4; T. KiL, iv, p. 78, 1. 32. 

5. Gen. r., xn, 6 [p. 105 Theodor, v. la note de l'éditeur] : ritI513> 1T?I ntopïDÏI 
Ï13S5 mW3 U5U0 flNa. 

6. T. Ab. z., vi, p. 470, 1. 8 : 373133*51 i:tf~Dw3 ÏT2plZ5 (lire, d'après la variante, 
"^"laiD ou ■y*î83£5). [11 faut lire avec Lunez, Kaftor vu-Férah, I, 158 : Î331321B 
sans conjonction, car autrement on aurait quatre aschéra. On doit donc chercher dans 
le Carmel une localité appelée ^^"1 (ou ^""N).] 



LA FIGUE EN PALESTINE A L'ÉPOQUE DE LA MISCI1NA 207 

bois ', Les fruits 2 du sycomore s'appellent rraptt man 3 ou rrpttta 4 -\ 

1. Dans la Bible : I Rois, x, 27 ; — B. M., ix, 9 ; li. M., 1176, 1. 22; T. Scheb., 
m, p. Go, 1. 1 ; v. aussi les textes cités dans la première note de ce chap. et dans les 
notes qui vont suivre. C'est pour cette raison que le sycomore compte comme "jb*N 
p-lO- Voir aussi Lewy, l. c. (cf. Kil. t vi, 4, 5 ; B. B., iv, 8, 9) ; Rosenzweig, Das 
Wohnhaus in der Mischnah, p. 7. — La plupart des objets de bois conserves dans 
les Musées sont faits de bois de sycomore (A. Braun, Ueber die im Konigl. Muséum 
zu Berlin aufbewahrten P/lanzenreste aus allagyptischen Griibern, Vortrag in der 
Silzung der Berliner Anthropologischen Gesellschafl, 15, iv, 1871 ; dans la Zeit- 
schrift fur Ethnologie, 1877, p. 299). 

-. ÏTEpS] niTD ; T. Arachin, v, p. 549, 1. 27. 

3. Dem., i, 1, d'après Mai mon i de, qui cite aussi l'identité avec ^;t. Dans 
Ber., 40 6, 1. 4 d'eu bas, on explique par "bmi (Ms. Munich : ^bm*7 ^tfh). [Tous 
les textes témoins ont "ôm*"» "^NH (Rabbinowicz et Elia Wilna, ad loc, Coronel, 
Betk Nathan, a "'Nubin "^Nn), c'est-à-dire, d'après l'explication autorisée de 
R. Yobanan, des figuiers greffés sur des platanes : d'après Ge'op., X. 52 et 76 (cf. 
Niclas, ad loc), le figuier est greffé etç u/ûtravov. L'explication de Kohut, III, 67 6, II, 
1296, est erronée. R. Yohanan veut entendre par HTOplIÎ ftl*3\ non les fruits des 
sycomores, comme Maïmonide, mais ceux des figuiers greffés sur des platanes. Il n'en 
est pas moins certain que les nïïp'JÎ DTD3 sont les figues du sycomore. C'est le i ^sI^ 

dans JLo) AuJai h»l £u.3< Li3? a, JLiâ» o>. K -~.i2>* *£>, (Uio *d, Lo;.j> o, )«^t o. 
On s'explique ainsi yaiB mï3 (rH3) et miB '3. — Kaflor va-Férah, 85a: mD3 
n?jpii: ~ ^ *•>-"= 75 '131 D ^Nn, « figues de Pbaraon » (Wœuig, p. 281). Sur 
!l?jp123 P133, v. Low, p. 387 (cf. Pes. r., 4 a, et la note de Friedmann). 

4. Ce fruit est mentionné dans Pes., iv, 8 : ILînpn b'O nVT723 (dans l'éd. Lowe, 
iv, 9, nVWU est une faute d'impression) ; T. Ter., v, p. 33, 1. 6 : P"pT!ÛJh l^linm ; 
T. Pes., n, p. 160, 1. 4, 10, 19 [le ms. d'Erfurt, 1. 10 et 19, vocalise p*PT?33 en pensant 

• — — 

à nivoU] ; j. Pes., iv, 316, 1. 32 : j. Pe'a, 20c, I. 36; baraïta dans Pes., 56a, 1. 10 
d'en bas/et Men., 71, 1. 6 d'en bas : !lJ3pt3 bim m~in b'O nVT733, — partout 
le pluriel, qui suppose un singulier rPT733. Le verbe T73S dans T. Scheb., i, 11 
(éditions et ms. de Vienne, apud Zuckermandel ; manque dans le ms. d'Erfurt) est à 
rayer et à corriger en QT3, avec Ab. z., 50 6 (R. Hananel ; Consultations des Gueonim, 
éd. Cassel, 396) et j. Scheb., n, 33c/, 1. 38 (d'après Lewy, I, 319). 11 faut en rappro- 
cher TTT72^, un fruit de ce genre, dans Lam. r., sur i, 5 (Arouch "pT7j3) [éd. Buber, 
p. 68; traduit inexactement par bïD DD] et ïi^TITttX un mets fait avec ces figues, 
dans j. Maass. schéni, n, 53 6, 1. 11 ; j. Yoma, vin, 45a, 1. 12 {" , "73i^) ; j. Scheb., 
m, 346, 1. 67 (rY^n^S), les deux derniers passages étant à corriger d'après le premier 
[Si TTT723 dans Lam. r., est exact, il faut lire dans les trois textes du Yerouscbalmi 
N^TYPDS ; le * est venu du mot précédent N^jT*nN '< le contraire s'est produit pour 
le 1 dans j. Scheb. : MfnsrWI rP"n723]. L'arabe a, de y*^, tiré ^nL, ficus 
sycomorus. [y^lL. , Dozy, s. v. ; Rosenmiiller, 281 (y£tâ <-~ft»â^ Likkouté 
kadmoniot, 215; Steinschneider, Ileilmiltel der Arabet\ 329: Mowa/faq, 78 ; dju 
mmeiz : Forskal PL, 180 ; Post, 730 ; en Epypte guimmeyz (Ascherson et Schweinfurth : 
« cultivé partout et soi-disant subspontané ») ; Z. D. P. V., xxn, 18 [dschummez, 
dschimmez). C'est un emprunt en arabe (Fraenkel, 140). Payne Smith 2063 : 
(£yJ\ ]**& pour |A.?oJbo (?) ; Bar Bahlùl : jUaoa^. — Faut-il en rapprocher le nom 
de lieu "1T705 ? Bœttiger, Topogr. Le.ricon zu Josua, 238, donne luxâpuvov.] 

5. Lewy, l. c , p. 36, a définitivement établi, [tour ce mot, la signification de 
t fiirues du sycomore ». contre celle de « fruits de fécondation », qu'on a voulu y voir. 
D'où ce résultat important : le caroubier et le sycomore sont, malgré leurs fruits, 
considérés comme piO "S^tf, parce qu'on les plante avant tout à cause de ieur bois, 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ils n'arrivent à parfaite maturité que si on leur fait, peu de temps 
avant la cueillette, une piqûre ou une incision '. 
Les arbres sont abattus au-dessus de la racine 2 , ou celle-ci est 

B. £., ii ? 7 ; iv, 8, 9 ; B. £.,276; Kil., vi, 4, 5 ; T. KiL, iv, p. 78, 1. 31-32; j. Orla, 
i, 60c, 1. 15 d'en bas; Dem., i, 1 ; Scheb., iv, 5. Les nVTE} ou fruits de sycomore 
consacrés au Temple passaient pour permis à Jéricho, car comme ce n'étaient pas eux 
mais les bois (les poutres : mTlp) qu'on voulait protéger contre les violences, la 
consécration portait naturellement sur les branches et non sur les fruits (T. Zeb., xi, 
p. 497, 1. 4 ; T. Men.. xm, p. 533, 1. 30V [A. la phrase îûTpH btO nVTW3 ^TTUfll 
de la Mischna de Pesahim, iv, 8 (=j. Pes., iv, 316, 1. 32 ; j. Péa, vu, 20 c, 1. 36 ; 
T. Pes., ii, p. 160, 1. 6, 10, 19), les mots complémentaires n72piD 31131 3 Tin 3U3 dans 
Pes , 56a et Men., 71a, sont une addition erronée du tanna citant d'après mi 1121 
HTDplIîm dans B. Z?., n, 7 et 13 (cf. iv, 8, 9). Il ressort sans le moindre doute de 
T. Men., xm, p. 533, 1. 30 ; T. Zeb., xi, p. 497, 1. 4, qu'il s'agit de sycomores et non 
de caroubiers, comme Lewy, /. c, l'a victorieusement démontré.] 

1. C'est le sens de 033 (l'arabe ^~b signifie figue) ; la racine s'est également 
conservée en éthiopien; (dans Amos, vu, 14: O^pïî obl3,ce que la Septante rend 
par xviÇoov cuxàu-iva « incisant les figues du sycomore », c'est-à-dire les rendant mûres 
au moyen de l'incision. Lagarde, Mitleilungen, I, 68-9 ; Solms, p. 75 ; Hehn, 6 e éd., 
p. 100, admettent qu'il s'agit de la fécondation (caprification) ou d'une manipulation 
analogue. Ils oublient que ce ne peut être un métier. — Sur l'opération de l'incision 
voir Théophraste, II, 8 : elle ne mûrit pas si on ne la gratte pas superficiellement ; 
c'est pourquoi on la gratte avec des clous de fer, après quoi elle mûrit en quatre jours. 
De même Pline, XIII, vu, 14 (Lenz, p. 430). Afin d'obtenir une maturité parfaite des 
fruits, on les pique ou on les incise quelques jours avant la cueillette, en partie pour 
permettre à l'air chaud de pénétrer à l'intérieur, en partie pour laisser s'écouler un 
jus amer que les figues contiennent (Woenig, p. 281). Aujourd'hui l'incision des fruits 
du sycomore est générale (Riehm, p. 979). [La figue non piquée s'appelle bât, k^o 
(Z. D. M. G., Ll, 295, sur Bina, « mûre »). — Le obl3 biblique a été considéré 
comme dénominatif de l'arabe et de l'éthiopien balas, « figue » (Bochart, Hiero- 
zoicon, I, 283; Gesenius, Thésaurus, 213). Forsk, 179, a noté «JIj, baeles, pour F. 
morifolia (Solms, p. 75). Solms, p. 9, signale encore en Italie un mot bolas, qu'il 
rapproche de balas. Le rapport n'a pas besoin d'être nié, mais il n'en est pas moins 
inexact de traduire, comme Solms, p. 75, et, à sa suite, Hehn, 6 e éd., p. 100, les mots 
d'Amos par : « celui qui fait au sycomore une opération semblable à celle qui est 
usitée pour le figuier ». Lagarde, Mitteilungen, i, 59, traduit 0*33 « ein Caprificie- 
render » et ajoute : « la figue du sycomore est piquée, incisée afin de mûrir ». Dans 
la 14 e édition de Gesenius, on lit : « cultiver des figues, celui qui incise des figues du 
sycomore, c'est-à-dire qui hâte leur maturité par l'incision ». La dernière explication 
est seule exacte. Au sujet de la racine 053, Lagarde dit encore, l. c, p. 68 : « Il 
ne me parait pas impossible que ce vocable étrange en sémitique ne soit nullement 
sémitique à l'origine, mais indien. » C'est à cette remarque en l'air que se réfèrent 
la 14 e éd. de Gesenius et d'autres pour « l'origine étrangère » de 023.] [Yahuda : En 
Orient les sycomores poussent très souvent près des puits. Les bergers s'occupent de 
l'incision des fruits pendant que leurs troupeaux paissent ou s'abreuvent. obl3 
D^TOpw n'est pas un métier à part, mais ce peut être l'occupation accessoire d'un 
berger ; c'est ce que voulait dire Amos. Du reste, cette opération n'a rien à faire avec 
la fécondation. La figue du sycomore est incisée pour pouvoir mûrir, autrement elle 
se dessèche ou se flétrit. Il se peut qu'on ait aussi appelé 023 la même opération 
faite sur les figues.] 

2. Dl} (D723), Kil.,n, 4. 



LA FIGUE EN PALESTINE A L EPOQUE DE LA MISCHNA 209 

enlevée en même temps '. Le tronçon qui reste dans la terre après 
l'abatage, et qui repousse ensuite, s'appelle "po 2 ; un tronc qui n'a 
jamais été abattu est dit rnspra nbin:: 3 . 

Le bois est coupé en planches ou en madriers * avec une sorte 
de scie ou de couperet 3 . Avant de s'en servir, on doit enlever 
l'écorce de chaque morceau de bois et le polir 6 . 

On peut aussi couper des branches de sycomore. Une brandie 
non encore travaillée s'appelle quelquefois mena 7 . Étant peu esti- 
mée, elle n'est pas chère 8 . Quand on enlève ainsi des branches à 
l'arbre, on veille à ce qu'elles soient toutes enlevées uniformément 
à la môme hauteur 9 . 

Comme le sycomore a une épaisse ramure, on peut jouir de la 
fraîcheur de l'ombre en se tenant sous ou sur l'arbre 10 . Pour la 
même raison on ne doit pas, si l'arbre est à la limite d'un champ, 
en laisser dépasser la couronne sur la terre voisine, dont il pour- 
rait priver les productions de la lumière du soleil H . 

Félix Goldmann. 



1. Ibid.; 1D")'QJ2, T. Scheb., m, p. 65, 1. 8. Les arbres sont très profondément 
enracinés dans le sol, comme il ressort de j. Ber., ix, 14 a, 1. 31-32. 

2. Kil.,i, 8 ; T. KiL, i, p. 74, 1. 11 ; p. 78, 1. 31 ; B. B., iv, 8, 9 ; T. Scheb., m, 
p. 65, 1. 9. L'explication est de M. Low [Sur *pO, voir mon article sur ,U.»J \+s> dans 
a Zeitschrift fur Asst/riologic, XXIII, 286.] 

3. B. B., iv, 8; Scheb., iv, 5. T. Scheb., m, p. 65, 1. 6, explique fcO'û fi*& 
rr , ?3" , 72 rt^iipD- Voir avant tout Nidda, 8 6, 1. 33. 

4. "103, T. Soucca, i, p. 192, 1. 18 (il est vrai qu'il ne s'agit pas de Î173PÏ5) ; 
rmp, KiL, vi, 4; T. KiL, iv, p. 78, 1. 31, etc. (voir les textes dans la première note 
de ce chap.). 

5. Scheb., iv, 6. 

6. pv?nn, T. Scheb., m, p. 65, 1. 2. 

7. j. Ab. z., ii, 40c, 1. 33 ; Gen. r., xxv, 3, p. 242 Theodor. 

8. Ibid. Le Midrascli compare souvent l'insignifiant Saiil à une branche de syco- 
more [Gen. r., il, in init.; lxiv, in in.). 

9. ï">-\ir>, T. Scheb., m, p. 65, 1. 2. 

10. Cf. Luc, xix, 4. 

11. B. B., n, 13. 



T. LXIV, is° 128. 14 



LE COMMENTAIRE DE SCHERIRA 



SUR « BABA BATBA » 



On sait que le gaon Scherira a écrit quelques commentaires ou 
« explications de mots » (en arabe ûndîn mi25) sur différents traités 
du Talmud 1 , sur Berachot 2 , sur Sabbat 2 , sur le chapitre vu de 

1. V. Derenbourg, Opuscules d'Abou-l-Walîd, p. cvi, n. i; Bâcher, Leben und 
Werke des Ibn Ganach, p. 85 ; Lewin, dans Jahrbuch der Jùd,-Lit. Gesellschaft, 
VIII, 343 (cf. Poznanski, dans Z. f. H. B., XV, 170). 

2. S. ha-Ittim, 248 : « 1 i n 125 3 "1 "173 -lEfitt V'T "^tt 5h 173 125"^D "J^- .. 
...ÏT125"I""P53. Pour "H^n 1. 'n — b»33n, comme Tossafot Der., 8 6 ; Tossafot de 
Sire Léon, etc. Haï et Scherira ne seraient pas en désaccord sur un poiut qui touche 
à la vie des académies. Peut-être est-ce ici le lieu de citer Tanhoum Yerouschalmi, 
S. v. ION (Bâcher, p. 41): f 1 fiO N 1 "> n 125 m bfitpn . • .mOfiO "IK n3">E03 
fiO"DS8 NlH -ICN Nin "nDD"l Nin b"T (d'après une copie obligeamment com- 
muniquée par M. Eiseubeth, rabbin de Sedan. 

3. Aboulwalid, aux articles suivants : 172N et 3Û2n (sur Sabbat, 105 ; dans 
VArouch, s v. ^N 3 au nom de Haï), 12)13 (sur 156), riD^DIl (sur 78a), bsO (sur 
12a), nn^ (sur 54a), 053 (sur 76 6], ni253n (sur 110 6 : Nn^in inN "131, ce que 
VArouch, s. v. "iZjn 3 explique aussi par rrnun "lb ttS^IIÎ TTn, suivant la juste 
remarque de Derenbourg, l. c, et contrairement à Poznanski , /. c), izy (sur Sabbat, 
55 6, ou bien pris au commentaire de Ba6a Batra, v. plus loin), T£.y (sur 123 6), 
-p125 (surv, 1), -)ni25 (sur 104 6); Séfer ha-Ittim, p. 15: "j 1 tf 5 NVll!) 1 3 ^ 3 "H 
1125 "I -| * B 3 ^371 3P3 ^733 (sur 21 a), p. 27 : b"T "pan N 1 "> H 125 ^311 
...nii'U p"ID3 'îD 15m b"D "ptO i«rO i7Q3; cette dernière explication 
est citée textuellement au nom de Haï dans VArouch, s. v. Tî, et par Salomon 
b. Adret, Hiddouschim sur Sabbat, 18, s. v. fc*3n ";K73 et tfmn N"lHp NH : 

miD p n s n aroia viÉUtn 1 i n a ^n 'nb et ^n i a •< a n '■>& p 

ï"5 ""p 23 p "I D 3. Albarceloni lui-même cite également le commentaire de Sabbat au 
nom de Haï, p. 302, 304, 337, 339-340 et 347, de même qu'il connaît le commentaire 
de Haï sur Berachol, p. 34-36. Ainsi aussi Aboulwalid cite au nom de Haï le 
commentaire de Sabbat dans les articles T|73 (sur 80 6), "i!3 (sur 816), "U^ (sur 77 6), 
33115 (sur 87 a) et 53125 (sur 77 6) et celui de Berachol à l'article nbiSSn (sur 43). 
La liste de livres (./. Q. R., XIII, 54) dont il va être question mentionne un commen- 
taire de Haï sur Sabbat. J'examinerai ailleurs les rapports de ce commentaire avec 
celui de Hananel. 



LE COMMENTAIRE DE SCHERIRA SUR « BARA BATRA » 211 

Guittin \ sur Baba Batra, et cela sur trois chapitres de ce 
traité. Ce dernier commentaire est cité dans une vieille liste de 
livres 2 : usa 'm arm© 'nb «nna 1» . .p^2 'a Vs 'îa-iT» 'pp^ta nba», 
« un volume (contenant) : 1° le Yerouschalmi (sur Tordre de) 
Nezikin; 2° le commentaire de trois chapitres 3 de Baba Batra 
(dans le Babli) par R. Scherira et R. Haï ». 

Ce commentaire de Scherira est probablement le plus ancien de 
ses ouvrages à nous connus, mais c'est aussi celui dont les histo- 
riens savent le moins 4 . Il est pourtant cité assez souvent et nous 
possédons même l'indication de la date de sa composition : c'est, 
on le verra tout à l'heure, l'année 1284 de l'ère des Séleucides, soit 
la cinquième année du gaonat de Scherira (qui a commencé en 
I ~279). A cette date, Haï n'était pas encore Ab-bêt-din (il ne le devint 
qu'en 1292), mais il contresignait déjà, à ce qu'il semble — peut- 
être en qualité de ttesch Kalla — les consultations de son père; 
aussi notre commentaire lui est-il attribué en même temps qu'à 
son père dans la liste des livres précitée et sans doute aussi, 
comme on va le voir, dans VArouck. 

Nous avons conservé de ce commentaire des citations tirées des 
chapitres i et n. 

Citations du chapitre i. 

1 . S. ha-Estkkol, éd. Auerbach, II, 76: 'sa n n ^ ma an a"ai 
nspi vns» nîs irmsiû nnn ^rvm an *a*j annaas (llô) •psmran 
. . .iïia^, tandis que le ms. Carmoly (74a) et le ms. de Paris 5 ont : 

rrnoaa psrniDn 'sa ^an àyrsiô b"i Nina *n •< a n b -i^&m 
[ma] arnta pTai -ina:>?2 nrpn vnaMâ ns ïnnnDia nnn toni» an ^an 
■^na ^si ...\bt»bib ^ u;" 1 "*?a2 Nn->7:in nmaaio .fttifàa na^n "p5*ri 
ni»» tons «mari rmoaa ^ s n vj n 'sa S"t a-nva irai 

i. Abouhvalid, aux articles bCN (sur Guittin, 6S/>), naa (sur 69b) et ninn (sur 
70 a) ; c'est sans doute du dernier passade qu'est également tirée la citation à 
l'article n?n3<\ contrairement à ce que disent Bâcher et Poznanski (je ne comprends 
pas comment ce dernier réclame le passage et pour Béça et pour Oukcin). A ce 
commentaire se rapportent peut-être les citations de VArouch, aux articles "jp 1 : 
• ••Olttbp bp 773'a '*B ^Rîl am (sur 6 a) et HTOT "13: ^n an ttmfs HT 
1"lfc« (sur 57 a). 

2. Jew. Quart. Rev., XIII, 54. Je traduis autrement que Lewin ; cf. Poznanski. 

3. pins est un pluriel de p~iD suivant l'arabe. Il ne doit rien manquer après ce 
mot. 

4. Lewin ne connaît (pie le texte du S. ha-Eschkol, II, 76. 

5. Je dois la copie de ce passage à l'amabilité de M. Albeck. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

.ttbiyb» «maa «bi tttse «n^ni -:• haï 'la^aa ^:n p^a irr? 
. ..nro ma 13nD1. 

2. Albarceloni, Commentaire du S. Yecira, p. 25 (sur B. B., 10 b) : 
ïWTab û^innm ntaab û"wb* "paybi b"T psa Nina 1 3 ^ a n 'isn 
b"T "»N73p wman» ynuîia 2 aN p cp-p an diu:7û irr* m&w ïamiK -itsn 
...rmrp am rrap a\-vn min 1 an bc nan barrxjizj n»b rr«Trn b"T; 
d'après R. Hananel, dans l'^rowcA, 5. t\ laa : "«a "îizn^B û^iÈum 
...Erra nbap. 

3. S. ha-E$chkol, II, 37 (=Ittour, II, 23a, Lemberg), sur B. B. f 
14 a : ont* ia n^a 'naa 'E&n jhv< ^\n qbpa *«n NTilffl an nrao 
...pm Nirs ^a acm [ïtom an) bina. 

4. VArouch attribue le commentaire de Baba Batra à Haï ou à 
un gaon 3 dans les quatre articles suivants : db^OE (sur B. B., 26 : 
mnbn mnbn na ici» bibn bma dd->d7û J n an n '■*), "pT (sur 4a : ïit. . . 
. . ."pac îawa), pi (sur 46: . ..N3D1 . . .Krn '■* 'paat ^sn am) et 
na ' 2 ( sur 8a... ame^ iona } i n a bu: nna izjitb) . 

5. C'est peut-être du commentaire de Baba Batra, sur 17a — 
et non de celui de Sabbat, 556 — qu'est tirée cette citation 
d'Aboulwalid, s. v. uy : ana *ïbtf ûbpbaa Nina an n^c nSsi 
muba ib* mnbN na. 

Citations du chapitre iï. 

6. Ittoitr, I, 91 o\ Venise, sur/?. #., 226 (^av'na abn f-man» ato"»b): 
rnbai NnaTiTaa N:72ip (ycrpK=0mK ^an ni^ïï 13"» an anan 
mpaïai Nra *Ka pa^pw [«na ^pns ï-pbiaa ■>na7:] i"di nra m n a 
.•psi» Np^rn «rraton i-vu pnbna ...nsaa «an n* (ômnia 'n) '^dt san n? 
&*bn] prnanja nts-ô nxn?ab -pnuïrw ûbioa prn jsa^bn tabnab «n»! Iran 
■nr»a mœ» [■pmana rjbnan "ot 'na 4 . L'auteur de VIttour a sans doute 
tiré la date de l'en-téte de ces explications, qui ont certainement 
été mises par écrit sous l'orme de consultation. Il a fait de môme 
pour une consultation du gaon Amram, en transportant la date 
portée au titre (Ginzberg, Geonica, 236) à un seul passage (11, 68a, 
Varsovie). 

1. R. Juda Gaon, v. Halberstam dans son édition du Commentaire du S. Yecira, 
p. 284, où ce texte est cité partiellement d'après le manuscrit de Paris. 

2. Sans doute Y'atf (contre Halberstam, l. c.) ; abréviation fréquente de ce titre, 
v. Lewin, Jahrbuch, VU, 285 et ma remarque, ibid.,lX, 288; quant à n*IC<73 13"\3T"1N 
l^S" 1 ^, c'est ici encore R. Juda Gaon (Halberstam, L c). 

3. VArouch attribue à Haï des consultations de Scberira et de Haï, p. ex. aux 
articles m^JB (= Consultations des Gueonim, éd. Harkavy, n" 416) et bina 
Cp&Wn '•*D=ibid., n° 253). 

4. Sur quoi ittour : . ..-otn nnyx i«n nna [^OBbN] i3^am n"Ti. 



LE COMMENTAIRE DE SCHERIRA SUR « BABA BATRA » 213 

7 . I bidon, 92 a : BTOip ïia ut ^-rm awia NViïï 13"» a 1 anai 
.fwiai rnaioa ïi"n»i (22a) "pp-ps mbisa ^or '-i rma ^"retn 
.«p-pB "«bisa Jnbs ^na rb:i wa ...*ot 'n (186) 'pp-ps ;a^-ia isnaKi 
«n ip^a «bi jpbo Knb^ai &M3*a3 (en-nia h) 'sai*-. 

8. /£/>/., 92 b : »b (18«) 8an Nina 'TOipi -i72Npi Nnnû i3^n 

•ppTPDn 1?£331 p73 'CWn TraJ N31 b© p^Oip '23131 «piTD N^?33 

rr'&n .^733 [?»robn] ]iN3i m ara a («Tnra '-)) nr^pi ...ipiec 
wN3-q jyna* nma ..."pnnan spbo Np^ pan 73*. 

9. Schitta Mekoubbëcet, sur 19«, du « Se fer [ha-Hochma] de 
R. Baruch b. Samuel » de Mayence : isain 'ib )in) NTnra am 
naa fnrra û^m .i.^ob ■p'Hsi . ..«in. 

Du chapitre in je ne connais aucune citation, s'il s'agit bien du 
troisième chapitre, ce qui n'est pas nécessaire : les consultants ont 
sans doute choisi ce qui était pour eux difficile à comprendre, et 
l'on pourrait penser au chapitre v, qui contient beaucoup de mots 
araméens peu connus. Cette hypothèse paraît s'appuyer d'une 
citation d'Abouhvalid, qui dit à l'art, tr : s"d N"rnra a-ib p^em 
bsaa ^a-iy "prabai D^r «nara-nD ©tpbi (Ms. : «ttd; de même 
dans le 5. ha-Schoraschim). Il s'agit probablement de Baba Batra, 
73 a : rttoto vnn ïrb l^nD 3 . On a vu qu'Aboulwalid a peut-être 
utilisé aussi les explications du premier chapitre. 

Quoi qu'il en soit, nous avons des explications de Scherira sur 
trois chapitres de Baba Batra, écrites en l'an 1284 des Séleucides 
(973) et qui sont aussi attribuées à Haï par YArouch (comp. la liste 
des livres). Nous avons vu de même qu'on mentionne un commen- 
taire de Scherira sur Bcrachot, alors que nous savons, d'autre 
part, que Haï en a écrit un 4 . De même encore on cite un commen- 
taire de Scherira sur Sabbat, et des fragments qui en sont cités le 

1. Sur quoi VU tour observe : fcfcÛTV^D n NH ''OBbK "^anb TPO &riZ3p1. 

2. uutour. observe: mbri tnaob «103*1 n"n "*B3i mb'H '"«sa "jb «marn- 

3. En tout cas pas d'un commentaire de Houllin (Bâcher, Poznanski). VArouch, 
s. v. mfiPbc explique sur Sabbat, 52 : ù^TD" 1 "pi Nm3T13 "jr; CWD. Cette 
explication peut donc avoir figuré dans le commentaire de Scherira sur ce passage de 
Sabbal. De même la citation d'ibu Gayyath, 1, 68, n'est pas tirée d'un commentaire 
de Soucca (Poznanski, /. c), mais d'une consultation, conservée en partie (Geonica, II, 
241). C'est aussi d'une consultation qu'est extraite la citation du Tanhouma, Meçora, 
8 (3V TDy irtwX b"T "JINS KT113 lî^anb BTTDi v. Poznanski, l. c), consultation 
conservée dans Ilalachot Pesoukot, éd. Mu Mer, n° 82 (avec l'en-tète "^Nn m) et 
Schaaré Teschouba, n° 172. 

4. Outre les citations d'Ibn Gayyath, I, 14, et des auteurs postérieurs (v. Ginzberg, 
Geonica, I, 111), il faut tenir compte de celles d'un contemporain un peu plus jeune, 
R. Nissim, dans son MafLéali (éd. Vienne, 1847), sur BerachoL, 19 (15 a) et 49 
(23 a). 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sont ailleurs au nom de Haï dans son commentaire du même traité ] . 
Enfin, j'ai montré ailleurs 2 que le recueil des Consultations de 
Gueonim édité par Cassel nous a conservé, aux numéros 72-73, un 
fragment d'un commentaire de Hagiriga ; or, tandis qu'un commen- 
taire de ce traité par Haï nous est attesté, les mots ^vin "^sb ibai» 
"i:-»3N ma rmïT ("irons =) (à la fin du n° 72) nous ramènent à Sche- 
rira. On doit donc se demander si toutes les citations des commen- 
taires de Berachot, Sabbat et Haguiga faites au nom de Haï ne 
doivent pas être attribuées, en réalité, à Scherira, d'autant plus 
qu'il n'est pas rare de trouver attribuées à Haï des consultations 
signées par Scherira et par Haï 3 . Car il me paraît tout à fait invrai- 
semblable que Scherira et Haï aient écrit des commentaires sur 
les mêmes traités et que le fils ait utilisé, dans les siens, ceux de 
son père. Si nous attribuions tous ces commentaires à Scherira, 
nous y gagnerions encore de pouvoir expliquer les nombreuses 
contradictions déjà signalées par les « Rischonim » entre ces 
commentaires, notamment celui de Berachot, et les consultations 
de Haï 4 . 

Berne, le 8 août 1912. 

I. N. Epstein. 



1. Outre les citations très nombreuses dans les Hiddouschim de Salomon b. Adret 
et dans YArouch {s. v. pncK, N"ltf, bina, '©"lima, "1735, p^T, nu 1 , IDI^^a, 
©1572, NnbDPE, TlD*, iy\ D™9, ^n-1, ^23115, nnn) (v. Ginzberg, Z. c), voir 
R. Nissim, op. cit., 28 6-29 a, 30 a, 33a, 44a et 54a, R. Hananel (du vivant de 
Haï) sur Sabbat, 19 b et surtout sur 115 a Cpfi«n ">Nn îa^S"! m '"<DS3 I^Nll 
1>'b !ns^1 ÏTTP bN")©" 1 *12), une consultation de Kairouan (Consultai ions des 
Gueonim, éd. Lyck, n° 59 = S. ha-Ittim, 222) : mi^D WrtK WTOD •DN3STQ1 
Nj72m et une liste de consultations, dans Geonica, II, 56, n° 25 : ft:b "prPTrn 
• ..n31Z5 ^IZÎTT^Da (le n° 18 de cette liste se réfère aune consultation de Haï, v. éd. 
Harkavy, 328). 

2. Jahrbuch der Jùd.-Lit. Gesellschaft, IX, 224 et s. 

3. V. p. ex. ibidem, p. 225-226 et 240, n. 1, et plus haut, p. 212, n° 3. 

4. Outre les exemples réunis par Aptowitzer, dans ~]3n V"1N73 !"ID"l2£r?, I, 96 et s., 
v. encore Ibn Gayyath, I, 44 et S. ha-Ittim, 288 : 'i£*i nrO ("^NTÎ 'n) ÏT^Dia Sim 
. .-.ï"pb' v l mD-lD (cité aussi par Salomon ben Adret, Hiddouschim, 12 6), par 
opposition à la consultation de Haï citée ibidem et qui se retrouve dans Schaarr 
Teschouba, n° 151. — Cf. ce qui a été dit au commencement de cette étude sur les 
commentaires de Sabbat et de Guittin. J'étudierai ailleurs le commentaire de Tohorot 
attribué soit à Scherira, soit à Haï. 



CATALOGUE DES ACTES 

DE 

JAIME P, PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 
(1213-1291) 

(suite 4 ) 



ACTES DE PEDRO III (1276-1285). 

908. — Pedro III a appris du Juif Jacob Abnuba que Berenguero Dal- 
mau, bailc de Valence, a chargé Ferrer de Apiaria, juriste de la ville, de 
juger le procès intenté par le baile audit Juif au sujet d'une concession 
fuite à Jacob Abnuba par Mosse Alconstanti, alors baile de Valence, et 
l'autorisant à fabriquer du savon ; Berenguero Dalmau refuse de compa- 
raître par devant le juge Ferrer de Apiaria ; le roi mande à ce dernier de 
procéder comme de droit. — Valence, 23 avril 1282. 

Reg. 46, f° 83. 

909. — Pedro III à son très cher neveu l'infant don Sancho, fils aîné 
et héritier du roi de Gastille. Sicard Folquin, marchand de Narbonne, qui 
fait le commerce dans la terre du roi d'Aragon, a exposé à ce dernier que 
des ofticiaux castillans ont saisi à la foire de Alcala [de Hénarès] des 
étoffes et des sommes d'argent sur P. Fillol et P. de Montpezat, employés 
de Sicard Folquin, sous prétexte que le Juif Açach Axarquin, sujet de 
Pedro III, que Sicard Folquin avait adjoint à ses employés pour faciliter 
leurs opérations en Castille, était réputé détenir certains biens de son 

1. Voyez Revue, t. LX, p. 161, t. LXT, p. 1, t. LX1I, p. 38, t. LXIII, p. 245 et t. LXIV, 
p. 67. 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

coreligionnaire David Amascaran, lequel avait pris la fuite en emportant 
de l'argent appartenant au roi de Castille, et, de plus, sous prétexte que 
dans les quittances que ledit Acach recevait des dimiers et péagers de 
Castille, il faisait inscrire son nom et celui de son frère Abraphim ; or, il 
appert des déclarations des receveurs des péages de Valence et de Mur- 
viedro que le marchand narbonnais et ses employés se sont acquittés des 
droits de péage pour huit étoffes teintes en écarlate {grand), une teinte 
en rouge, cinq « préteintes », pour vingt-huit étoffes blanches de Nar- 
bonne, lesquelles étoffes ont été importées en Castille par les employés 
dudit Sicard ; c'est le produit de la vente d'une partie de ces étoffes et les 
ballots restant à vendre qui ont été saisis à Alcala, bien que ledit Açach 
ait juré qu'il n'était que le courtier de Sicard, et que d'autre part, ni lui, 
ni son frère Abraphim ne détiennent aucun dépôt de David Amascaran. 
Pedro III a fait prêter serment à Abraphim relativement à ce prétendu 
dépôt; il prie donc l'infant don Sancho de faire restituer aux employés 
de Sicard les étoffes et l'argent qui leur ont été enlevés; il est inadmis- 
sible, en effet, que sur de simples soupçons, des marchands, des com- 
merçants étrangers surtout, soient entravés dans leurs opérations et 
leurs marchandises confisquées; quelle que soit la suite que l'infant 
donnera à sa requête, le roi l'en remercie. — Valence, 24 avril 1282. 

Reg. 44, f° 229. — Publ. : Pièces justificatives, n e XIII. 

910. — Pedro III a reçu de Benbenist Abenpezat, Juif de Daroca, une 
plainte contre son coreligionnaire Aaron Abinafia qu'il accuse de le 
molester injustement à propos de certaine créance, bien que ledit Ben- 
benist se déclare prêt à compter avec Aaron Abinafia et à s'acquitter 
envers lui, si à l'issue du règlement de comptes il se trouve lui devoir 
quelque chose; le roi mande au justice et à l'alcaide de Daroca de pro- 
téger le plaignant, si ce qu'il déclare est la vérité. — Valence, 27 avril 1282. 

Reg. 46, f° 83 v°. 

911. — Pedro III mande au baile de Barcelone de contraindre les 
Juifs de la ville à faire cuire leur pain au four de dame Valencia, femme 
de G. Grunn, conformément à la concession à elle faite par Jaime I er et 
lui donnant même le droit de construire un second four, si le premier ne 
suffisait pas à la cuisson du pain des Juifs. - Même date. 

Reg. 46, f° 86 v". 

912. — Pedro III mande au baile de Saragosse, qui a intenté un procès 
au Juif Alazar Avinlacemi, passible de certaine peine, de ne pas con- 
traindre ledit Juif au paiement de cette amende, puisque Alazar se déclare 
prêt à se soumettre à la sentence du juge commis à l'examen du procès. 

— Même date. 

i 

Reg. 46, f< 86 v°. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDHO 111 ET ALFONSO 111 217 

913. — Àssach Avenrros et sa femme Mira, Juifs de Valence, recon- 
naissent devoir à Arnaldo Uenau, au nom du roi, 250 sous réaux de 
Valence puur la dîme du vin qui a été affermée l'année précédente; ladite 
Mira jure par Dieu et sur les cinq livres de Moïse ; elle souscrit, ainsi 
que son mari ; parmi les témoins : Alauçar de Saragosse, Juif. — Valence, 
28 avril 1282. 

Parch. de Pedro III, n° 351. 

914. — Pedro III reconnaît devoir au Juif royal Açach El Calbo 450 
sous de Jaca pour prix d'un cheval de poil bai qu'il lui a acheté l'année 
précédente à Calatayud. — Valence, 30 avril 1282. 

Reg. 52, f° 27. 

915. — Pedro III confirme le compte que lui rend Creschas Astruch, 
secrétaire du calljuich de Barcelone, en son nom et au nom de ses col- 
lègues, Salomon d'en Abraham, Bonhora Vives et Bonafos Vidal, sur le 
tribut de 4.205 sous, 8 deniers barcelonais que doivent fournir les Juifs 
de la ville et collecte de Barcelone, étant bien entendu qu'une prime de 
19 deniers barcelonais doit être versée pour chaque livre melgoricn. — 
Tortose, 14 mai 1282. 

Reg. 51, P29 v. 

916. — Pedro III, au terme du compte rendu par Mosse Ravaya, donne 
quittance aux secrétaires de Barcelone de 9.509 sous barcelonais pour le 
montant du tribut. — Même date. 

Reg. 51, f° 29 t°. 

917. — Pedro III donne quittance de diverses sommes pour le tribut 
annuel à Salamon d'en Abraham, Bondia Vives, Gresches Astruch et 
Bonafos Mel, secrétaires du call juich de Barcelone. — Même date. 

Reg. 52, f°« 29 v°-30. 

918. — Pedro III reconnaît devoir 1.500 sous de Jaca à Jacob Abinro- 
drig, Juif de Téruel, et lui en donne assignation sur les revenus des 
alfondiques royales de Téruel et Sarriôn. — Port Fangos, 4 juin 1282. 

Reg. 51, f° 31. 

919. — Pedro III mande à ses fidèles aljamas des Juifs du royaume 
d'Aragon de payer pour le tribut le montant habituel et à un de ses 
scribes d'user de contrainte à l'égard des récalcitrants. — Port Fangos, 
6 juin 1282. 

Reg. 59, f° 4 v°. 

920. — Note mentionnant que le procès pour dette pendant entre 
Açach de Abaf'arna, Juif de Calatayud, d'une part, Benito de Ullana, M. de 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pararrolles, Riu Biloch, d'autre part, a été confié à Jimeno P. de Gorget. 
— Tortose, 8 juin 1282. 

Reg. 59, f° 5. 

921. — Pedro III a appris que Bartolomé Thomas, mérine de Sara- 
gosse, a saisi sur dame Elvire P., veuve de noble P. Martinez de Lima, 
une cour sise au lieu dit « Albalate », laquelle feu Jahuda de Gavaleria 
avait vendue audit Martinez sans avoir payé au roi le tiers du prix de 
vente, droit exigible pour toute aliénation de possession juive; le roi 
mande au mérine de citer à comparaître par devant lui le même jour les 
héritiers de Jahuda et le répondant fourni par ce dernier à P. Martinez, 
pour leur réclamer le paiement du droit de tiers, à moins qu'ils ne pro- 
duisent un titre les en dispensant. — Ascô, 12 juin 1282. 

Reg. 59, f° 9 v°. 

922. — L'infant don Alfonso mande à son cher A. Taverner, juge de 
la cour royale [de Lérida], d'examiner l'affaire d'Issach d'en Zarch, de 
Belshom Momet, de Belshom Levi et de Vidal Tauler, Juifs de Besalû, 
qui se sont vu confisquer certains manses au nom du roi par Jimeno 
P. de Salanova. — Lérida, 28 juin 1282. 

Reg. 59, f° 16. 

923. — Don Alfonso a appris que son cher Bartolomé Thomas, baile de 
Saragosse, a intenté un procès aux aljamas des Juifs de Saragosse et 
d'Alagôn pour non paiement du droit de tiers que ledit baile affirme 
appartenir au roi sur le produit des ventes consenties par les commu- 
nautés juives ; comme lesdites aljamas prétendent être exemptées par pri- 
vilège de ce droit de mutation, l'infant mande au baile d'assigner aux 
communautés un juge qui ouïra leurs raisons et fera parvenir à don 
Alfonso les résultats de l'enquête sous pli scellé de son sceau. — Même 
date. 

Reg. 59, f° 19 v°. 

924. — Don Alfonso mande à Portaler Adhemar de faire observer 
l'azuna en faveur d'Assach Avençabarro, de la femme de Çalema de Qua- 
tortze, de Mosse Abcnafino, de Çulema, fils de Jucef de Quatortze, de Jacob 
Zadoch, de Jucef Alaçano et Jafuda El Saig, dans le procès qu'ils ont à 
soutenir contre Salomon de Quatortze. — Même date. 

Reg. 59, f° 21. 

925. — Don Alfonso mande à Bartolomé Thomas, baile de Saragosse, 
de mettre à exécution la sentence rendue par Albert de Lavanya, docteur- 
ès-lois, et confirmée par m A. de Torre, chancelier du roi, dans le procès 
qui s'était élevé entre l'aljama des Juifs de Saragosse, d'une part, les fils 



catalogue des actes de jaime i er , pedro 111 et alfonso m 219 

de Jahuda de Cavalleria et autres Juifs de la même ville, d'autre part. — 
Lérida, 29 juin 1282. 

Reg. 59, f» 21. 

926. — Don Alfonso mande au « ealmédine ! » de Saragosse de prier 
de sa part les créanciers des fils de Jahuda de Cavalleria d'accorder un 
sursis d'un an à leurs débiteurs, ainsi qu'aux répondants de ces derniers : 
Jucef Avenbruc, Jahuda Almeridi et Sento de Grenade, Juifs de Saragosse, 
étant donné surtout que le roi a souscrit des engagements vis-à-vis des 
fils de Jahuda de Cavalleria et de leurs répondants. — Même date. 

Reg. 59, f° 22. 

927. — Don Alfonso, informé que les Juifs de Saragosse Abraffim Aben- 
juzaf et Samuel Zadich ont fait choix pour arbitre de leur coreligion- 
naire Jenton Assibili, mande à ce dernier de procéder conformément à la 
teneur de la transaction arbitrale. — Même date. 

Reg. 59, f° 23. 

928. — Don Alfonso constitue ses procureurs en vue du procès que 
soutient le roi pour certains manses contre Issac d'en Zarch, Belsom 
Momet, Belsom Levi et Vidal Tauler, Juifs de Besalû, et dont le règlement 
a été confié à l'examen de A. Taverner, juge ordinaire du roi. — Lérida, 
30 juin 1282. 

Reg. 59, f° 22. 

929. — Don Alfonso, à la requête de Reina, femme de Samuel de 
Forn, Juif de Cervera, laquelle lui a exposé que son mari était en train 
de dissiper ses biens, qu'il se refusait à pourvoir à son entretien et qu'il 
se proposait d'introduire une demande en répudiation contre elle, mande 
au baile de Cervera de contraindre ledit Samuel à pourvoir à la subsis- 
tance de sa femme et à lui garantir son droit sur sa dot et son douaire, 
le tout conformément au droit hébraïque. — Au château de Pons, 3 juillet 

1282. 

Reg. 59, f° 23. 

930. — Don Alfonso, sur l'affirmation produite par Samuel Enoch, Juif 
de Cervera, suivant laquelle, par privilège du roi Pedro III, son père, les 
Juifs catalans sont justiciables d'un juge juif pour tous les différends qui 
s'élèvent entre eux, mande au viguier de Tarragone ou à son lieutenant 
à Villafranca de commettre un Juif compétent et versé dans le droit 
hébraïque au jugement du procès pendant entre Samuel Enoch, d'une 
part, Issach Biona et Bonjuha de Xinta, d'autre part, au sujet d'un dépôt 
d'argent confié à ces derniers par Samuel et sa femme. — Même date. 

Reg. 59, f° 23. 
\. Çrtlmédine, chef de l'administration d'une cité. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

931. — Don Alfonso notifie au baile et à la cour de Lérida la proroga- 
tion d'échéance, de la Saint-Michel à Pâques, pour une dette de 1 .500 sous 
de Jaca, qui a été consentie par le roi Pedro III à l'abbé d'Ager, débiteur 
de Mussa Xicatella, Juif de Lérida, et leur mande de ne pas contraindre 
jusqu'à Pâques ledit Mussa, débiteur à son tour de pareille somme à 
l'égard de son fils Vidal. — Lérida, 20 juillet 1282. 

Reg. 59, f° 64. 

932. — Mention d'une lettre de créance mandatée à P. de Trilles sur 
l'aljama des Juifs de Fraga. — Lérida, 26 juillet 1282. 

Reg. 59, f» 46 v°. 

933. — Don Alfonso prie l'aljama des Juifs de Montclûs de vouloir 
bien contribuer au subside de 700 sous de Jaca que l'aljama de Barbastro 
lui a spontanément offert à la suite de la demande de prêt que l'infant a 
adressée à toutes les aljamas de la terre royale en vue d'acheter des che- 
vaux et des vivres destinés au roi, son père. — Huesca, 28 juillet 1282. 

Rear. 59, f 49 v°. 

934. — Don Alfonso mande à l'alcayde d'Egea d'appliquer, s'il y a lieu, 
le droit et l'açuna des Juifs dans le procès que Jucef fils de Barceyllar, 

, Juif d'Egea, a intenté à Assach Cohen, Salomon Navarro, Iscarael, fils 
du rabbin Jocef Mosse de Basia, et Bics, fils de Jacob de Bics. — Luna, 
30 juillet 1282. 

Reg. 59, f° 52 v°. 

935. — Don Alfonso mande à son fidèle P. de Fraga de ne recourir à 
la contrainte vis-à-vis de l'aljama des Juifs de Monzôn que pour la per- 
ception des 1.500 sous qu'ils ont offerts en vue du ravitaillement du roi, 
et encore cette contrainte ne pourra-t-elle s'exercer que huit jours après 
l'avertissement. — Huesca, 31 juillet 1282. 

Reg. 59, f° 50 v». 

936 — Don Alfonso notifie à l'aljama des Juifs de Jaca la demande 
de chevaux et victuailles faite par son père et lui demande un prêt de 
5.000 sous de Jaca. — Même date. 

Reg. 59, f° 50 v°. — Inmq. : Is. Cariai, Gli archivi e le biblioleche di 
Spagna, Palermo, 1884, 2 vol. in-8°, t. II, p. 130. 

Semblables demandes aux Juifs de Lérida (3 000 sous barcelonais), de 
Monzôn (1.500 sous de Jaca), de Barbastro (700), de Huesca (1.000), de 
Egea (500), de Luna (100), de Saragosse (4.500 sous de Jaca), de Valence 
(3.000 sous réaux en don et 2.000 en prêt). 

Reg. 59, f' 51. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 221 

937. — Don Alfonso mande à tous les Juifs qui ont accoutumé de 
payer leur contribution d'impôt avec l'aljama de Monzôn de verser leur 
quote-part de subside de 1.500 sous offert par cette aljama pour le ravi- 
taillement du roi Pedro III en vivres et chevaux. — Même date. 

Reg. 59, f- 52. 

938. — L'infant don Alfonso mande à l'aljama des Juifs de Barbastro 
de ne pas pousser les Juifs de Mouzôn à contribuer avec elle pour le 
payement du subside des chevaux et des victuailles. — Huesca, l #r août 
1282. 

Reg. 59, f° 52. 

939. — Mention de l'envoi d'une lettre aux Juifs de Uncastillo, leur 
enjoignant de payer 250 sous de Jaca pour le susdit subside. — Egea, 
3 août 1282 . 

Reg. 59, f° 53 v°. 

940. — Sommes à lever du même chef : 4.000 sous sur l'aljama de 
Daroca, 1.000 sur celle de Téruel, 2.000 sur celle de Tarazona, 500 sur 
celle de Borja, 2.000 et 400 sur celle d'Alagôn, 1.000 et 200 sur celle de 
Tauste. — Egea, 6 août 1282. 

Reg. 59, f° 55 v°. 

941. — D. Alfonso mande à toutes les aljamas juives d'Aragon de faire 
observer le privilège concédé par son grand-père Jaime I er et confirmé 
par son père Pedro III à Isçach de Portella et à ses enfants relativement 
à leur quote-part des peites, tributs et autres contributions royales. — 
Même date. 

Reg. 59, f° 55 v°. 

942. — D. Alfonso mande au mérine, au baile et au justice d'Egea de 
contraindre l'aljama des Juifs d'Egea à observer les prescriptions ci-après 
édictées par son père Pedro III relativement aux aljamas des Juifs d'Ara- 
gon : 1° droit pour chaque aljama de choisir deux à sept prud'hommes 
qui puissent connaître des procès entre Juifs, ainsi qu'ont coutume de le 
faire les aljamas de Saragosse et de Huesca; 2° obligation imposée aux 
aljamas d'Aragon pour le payement des subsides royaux de déposer dans 
« l'arche l » leur part contributive par sou et par livre et de prêter ser- 
ment, le tout conformément aux dispositions prises à Saragosse par deux 
Juifs idoines de chaque communauté. — Egea, 7 août 1282. 

Reg. 59, f° 56. 



1. Arche : espèce de coffre où étaient centralisées les contributions versées par les 
Juifs. 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

943. — D. Alfonso mande à Bartolomé Tomas, mérine de Saragosse, 
en réponse à sa lettre, qu'il lui plaît que dans le procès intenté par ledit 
mérine aux Juifs de Saragosse, ces derniers soient assignés à compa- 
raître par devant l'infant le mercredi suivant à Huesca. — Même date. 

Reg. 59, f° 56 v°. 

944. — Mention de l'envoi d'une lettre à l'aljama des Juifs d'Egea, 
enjoignant à cette communauté de répondre pour le payement des 
500 sous du subside à Pelegrin d'Exolos. — Egea, 9 août 1282. 

Reg. 59, f° 58. 

945. — D. Alfonso mande à Garcia P., justice de Sarinena, de recouvrer 
les 500 sous de Jaca que l'aljama des Juifs de Jaca a offerts pour sa part 
de contribution au subside des chevaux et des victuailles. — Huesca, 
13 août 1282. 

Reg. 59, f° 58 v°. 

946. — D. Alfonso mande à m e J. P. de Saragoçano qu'il lui confie le 
règlement du procès pendant entre Juan de Vaqués, Lorenzo de Vaqués, 
Jaime, portionnaire 1 en l'église San Martin de Téruel, demandeurs, d'une 
part, et le Juif Jacob Avenrodrich, d'autre part, au sujet de certaine cau- 
tion que les demandeurs ont fourni vis-à-vis de Jacob pour Bernardo de 
Conja et dont ils prétendent s'être libérés. — Huesca, 17 août 1282. 

Reg. 59, f° 76. 

947. — D. Alfonso confie à Jimeno P. de Salanova, juge royal, le règle- 
ment de l'appel interjeté au roi, son père, par Abrafim Avensora, Juif de 
Saragosse, au sujet de la condamnation qui a été prononcée contre ce 
dernier par les adélantades des Juifs de Saragosse, appelés en hébreu 
« borurim ' », pour avoir diffamé lesdits adélantades; l'infant mande au 
juge de régler cette affaire, nonobstant quelque menace de peine ou 
d'alatma, et d'absoudre Abrafim Avensora de l'alatma si, par hasard, les 
adébantades la lui ont infligée. — Huesca, 19 août 1282. 

Reg. 59, f° 67 v°. 

848. — D. Alfonso mande à P. Martinez de Artasona, justice d'Aragon, 
de remettre à Muca de Portella les 4.500 sous qu'il a reçus ou doit rece- 
voir des Juifs de Saragosse pour le subside des chevaux et des victuailles. 
— Huesca, 20 août 1282. 

Reg. 59, f° 66 v°. 

1. Portionnaire : bénéficié de cathédrale ne recevant que demi-prébende (Du Gange, 
sub verbo). 

2. Voir plus bas, n° 974. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 223 

949. — D. Alfonso mande au même de ne pas empêcher les Juifs de 
Saragosse de se faire rembourser les créances souscrites à leur égard. — 
Même date. 

Reg. 59, f° 67 v°. 

950. — D. Alfonso mande au juge de Calatayud de maintenir Assach 
Dulpuscam, Juif de cette ville, en la possession de maisons et de vignes 
qui ont appartenu à Andrés de Albuxet et à Paseasia, sa femme, et qui 
ont été vendues audit Assach par la cour de Galatayud pour désintéresser 
les créanciers d'Andrés et de sa femme, à la condition, toutefois, que 
l'acheteur s'engage à faire complément de justice. — Même date. 

Reg. 59, f° 68. 

951. — D. Alfonso, ayant appris que sur la somme de 2.500 sous de 
Jaca que l'aljama des Juifs de Galatayud a promis de verser à Muça de 
Portclla et à P. de Sona pour le subside des chevaux et des victuailles, 
cette communauté demeure encore débitrice de 500 sous, mande à ladite 
aljama, sous peine du double, de payer les 500 sous à Domingo de Figera. 
— Saragosse, 24 août 1282. 

Reg. 59, f° 72. 

952. — D. Alfonso mande à tous ses officiaux de veiller à ce que 
certains chevaliers ne s'opposent pas aux opérations des Juifs de Sara- 
gosse qui écoulent à Saragosse ou dans d'autres lieux le blé qu'ils récol- 
tent dans différentes localités; pareille défense ne peut s'appliquer que 
s'il s'agit de régions où toute exportation est interdite. — Saragosse, 
25 août 1282. 

Reg. 59, f° 74. 

953. — D. Alfonso, ayant appris que Martin Ferrandez de Sayas grève 
son fidèle Issach El Galvo et d'autres Juifs de l'aljama de Galatayud à 
rencontre de tout droit et de l'açuna, lui mande de se conformer à 
l'açuna dans les cas accoutumés. — Même date. 

Reg. 59, f° 74. 

954. — D. Alfonso, mande aux adélantades des Juifs de Saragosse de 

connaître des dommages causés à Issach El Galvo du fait de certaine 

tacane promulguée par l'aljama des Juifs de Galatayud, et sïl a été 

procédé injustement contre lui, d'y remédier comme de droit. — Même 

date. 

Reg. 59, f» 74 t\ 

955. — D. Alfonso mande au baile et aux adélantades des Juifs de 
Galatayud de n'entamer aucune procédure contre Assach El Galvo, et, 
s'ils l'ont déjà fait, de la suspendre. — Même date. 

Reg. 59, f° 74 v°. 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

956. — D. Alfonso ayant appris de Salomon de Cavalleria et de ses 
frères que leur père Jafnda avait obtenu pour lui et sa famille de la com- 
munauté juive de Saragosse une tacana ou alatma valable pendant douze 
ans et portant dispense de contribuer avec les autres Juifs aux tailles ou 
exactions prescrites par la communauté, mande aux adélantades et à 
l'aljama des Juifs de Saragosse d'observer ladite exemption jusqu'à l'ex- 
piration du terme prévu par le règlement y relatif. — Même date. 

Reg. 59, f° 74 v°. 

957. — D. Alfonso prie les adélantades et l'aljama des Juifs de Sara- 
gosse de ne confier aucune fonction pendant deux ans à leur coreligion- 
naire Quomim. — Même date. 

Reg. 59, f° 75 v°. 

958. — Quittance à l'aljama des Juifs de Saragosse de 4.500 sous de Jaca 
pour le subside des chevaux et des victuailles. — Saragosse. 27 août 1282. 

Reg. 59, f° 75. 

959. — D. Alfonso prie les adélantades de l'aljama juive de Saragosse 
de ne pas contraindre leur coreligionnaire Jahuda Goluf à remplir l'office 
de juge. — Saragcsse, 28 août 1282. 

Reg. 59, f° 79. 

980. — Mandement adressé à P. Martinez de Artasona, justice d'Ara- 
gon, au sujet de créanciers juifs, qui exigeraient des débiteurs de Guforis 
des intérêts usuraires {La plus grande partie de ce texte est rongée par 
les vers). — Saragosse, 30 août 1282. 

Reg. 59, f° 77. 

9 31. — D. Alfonso a été informé par les adélantades, les secrétaires et 
l'aljama des Juifs de Valence que Gervian de Riera les a contraints par la 
violence à verser pour le subside des chevaux et des victuailles la somme 
de 5.000 sous réaux; or, d'après les instructions de l'infant, la contribu- 
tion ou subside devait être proportionnée au montant du tribut annuel; 
l'aljama de Valence ne devait donc être soumise qu'à une taxe de 3.000 
sous; l'infant reconnaît le bien-fondé de la plainte et se déclare débiteur 
à l'aljama de Valence de la surtaxe de 2.000 sous. — Saragosse, l« r sep- 
tembre 1282. 

Reg. 59, f° 78. 

962. — D. Alfonso, ayant appris que Mahomat de Burbagena et Maho- 
mat de Burxenta ont engagé à certain Juif de Téruel des livres et autres 
objets en garantie d'un emprunt, mande au baile de Téruel de pousser le 
créancier à restituer le gage, pourvu que les débiteurs s'acquittent de 
leurs obligations, capital et intérêt. — Même date. 

Reg. 59, f» 80. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME l or , PEDRO III ET ALFONSO III 225 

963. — D. Alfonso, en informant Gcrvion de Riera qu'il fait remise 
de 100 sous sur les U00 que les Juifs de Murviedro lui ont promis, lui 
mande de ne leur en réclamer que 400. — Saragosse, 2 septembre 1282. 

Reg. 59, f» 78 v. 

964. — D. Alfonso mande an justice et aux jurés de Fonz de permettre 
à Jucef Avenbruc, Juif de Saragosse, d'apporter dans cette ville le froment 
et autres espèces de blé qu'il récolte dans le territoire de Fonz. — Même 

date. 

Reg. 59, f° 82 v». 

965. — D. Alfonso a appris que Sulema de Quatortze, Juif de Gala- 
tayud, condamné à l'amende par Alberto de Lavania, juge royal, dans 
son procès avec Garcia Alvero, exécuteur testamentaire de Gil Garcende 
de Sagra, s'est retiré sans autorisation du tribunal et s'est absenté dans 
les parties de Navarre; l'infant prie le justice de Tudela de faire ramener 
ledit Juif devant son juge. — Saragosse, 3 septembre 1282. 

Reg. 59, f° 93 v°. 

966. — D. Alfonso a été informé que Rabi, Juif de Galatayud, se pro- 
pose d'intenter une action à son débiteur Mahomat de Burbâgena et de 
demander son emprisonnement pour insolvabilité ; l'infant mande au 
justice de Galatayud de ne pas appréhender ledit Mahomat pour dette, 
sauf, cependant, pour le créancier le droit de recouvrer sa créance sur 
les biens du débiteur. — Saragosse, 4 septembre 1282. 

Reg. 59, f° 79 v°. 

967. — D. Alfonso confie à Jacob de Biayna, jurispérite de Gervera, la 
cause de l'appel qui a été interjeté à l'infant par P. Pinos de la sentence 
interlocutoire rendue par P. Andrés, jurispérite de Gervera, dans le procès 
pour dette que le créancier juif Suyllam Içach avait intenté audit P. Pinos 
et à son père. — Même date. 

Reg. 59, f° 81 v°. 

968. — D. Alfonso mande à Umbert [de Lavanya] de ne recevoir à 
titre de rétribution pour la sentence qu'il a rendue contre le Juif Mosse 
Alcostanti que 50 morabotins d'or. — Saragosse, 5 septembre 1282. 

Reg. 59, f° 83. 

969. — D. Alfonso a reçu la plainte de Samuel Sânchez Avenyafia, 
Juif de Saragosse, qui lui a fait connaître que son coreligionnaire Abrafim 
Avenjuçaff refuse de lui restituer un dépôt de 2.300 sous de Jaca, en pré- 
textant qu'il l'a égaré ; l'infant mande au çalmédine de Saragosse de faire 
une enquête et, s'il y a lieu, d'obliger Abrafim à restitution. — Saragosse, 
8 septembre 1282. 

Reg. 59, f° 88. 
T. LXIV, n« 128. 15 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

970. — D. Alfonso a appris que certains habitants de Saragosse se 
sont obligés à l'égard du Juif Golltiff, comme répondants d'Estevan Ferra 
et de ses fils, pour une dette de 130 kaffices de froment; l'infant mande 
au çalmédine de Saragosse de contraindre au payement débiteurs et 
répondants, quitte à faire rembourser les intérêts usuraires, si le créan- 
cier a outrepassé le taux légal. — Saragosse, 14 septembre 1282. 

Reg. 59, f° 98. 

971. — D. Alfonso mande au baile de Barcelone de contraindre Aaron 
Levi, Juif de cette ville, à restituer une charte que son coreligionnaire 
Astruch Jacob Sixô lui a remise en dépôt. — Lérida, 19 septembre 1282. 

Reg. 59, f° 102 v°. 

972. — D. Alfonso a appris que Vidal de Gervera, Juif de Cervera, a 
chargé Bonanat de Llopera de recueillir à sa place certains revenus que 
G. de Arera a coutume d'exiger dans le territoire de Gervera et qu'il a 
obligés audit Vidal ; l'infant mande au viguier et au baile de Cervera de 
pousser Bonanat et ses biens à compter avec ledit Vidal. — Barcelone, 
29 septembre 1282. 

Reg. 59, f° 108. 

973. — D. Alfonso accorde un sursis de six mois à Astruch Jacob Sixô, 
Juif habitant de Tortose. — Même date. 

Reg. 59, f 108. 

974. — L'infant don Alfonso, fils aîné et lieutenant du roi d'Aragon, 
a appris que quelques-uns de ses fidèles de l'aljama des Juifs de Girone 
apportent des entraves à l'élection, qui a coutume d'être faite avec alatma 
et interdit (vetito), des adélantades, appelés en hébreu « berurim 1 de 
tamoz » ; l'infant mande à ses fidèles de l'aljama de procéder à la nomi- 
nation des adélantades à la majorité des voix et conformément à la 
teneur des privilèges concédés par son père et les rois précédents. — 
Barcelone, 6 octobre 1282. 

Reg. 59, f° 115 v°. 

975. — D. Alfonso mande aux bailes, viguiers, cours, justices, çalmé- 
dines, juges et autres officiaux d'ajouter foi, comme à des originaux, à 
toutes les transcriptions de privilèges royaux concédés à l'aljama des 
Juifs de Barcelone qui seront faites par un notaire public et contre- 
signées par le baile, le viguier ou quelque autre officiai. — Barcelone, 
15 octobre 1282. 

Reg. 59, f° 131 v°. 
1. Voy. plus haut, n° 947. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIMK l* r , PEDRO III ET ALFONSO III 227 

976. — D. Alfonso mande au justice de Murviedro de ne pas con- 
traindre et de ne pas laisser contraindre Martin, boucher de cette ville, 
ainsi que ses débiteurs et ses répondants, à payer les dettes qu'il a 
contractées par acte public -à l'égard de Samuel Passarell, Salamon de 
Torre et Azmel de Tarazona, Juifs de Murviedro, pourvu qu'il s'en 
acquitte moitié à la Noël 1282 et moitié à la Noël 1284. — Barcelone, 
18 octobre 1282. 

Reg. 59, f° 131. 

977. — D. Alfonso a reçu la supplique de Juân de Rodens, qui se dit 
accusé à tort d'avoir frappé à coups de pierres la Juive Bonfat, femme de 
Bonjueu, habitant de Lérida, laquelle est morte des suites de ses bles- 
sures; dénoncé à la cour de Lérida par le mari et d'autres Juifs, Juân de 
Rodens a été cité; mais il n'a pas comparu; au bout de vingt jours, la 
cour, selon l'usage de la cité de Lérida, l'a mis au ban; cependant, les 
médecins, chirurgiens et physiciens * chargés par la cour de Lérida 
d'examiner le corps ont reconnu que ladite Juive était décédée de mort 
naturelle et qu'elle avait été emportée par la fièvre et la dysenterie; par 
acte public Juân fut désinculpé de l'accusation de meurtre, mais demeura 
coupable de coutumace ; supplié de le relever de cette peine, l'infant lui 
accorde des lettres de rémission. — Barcelone, 20 octobre 1282. 

Reg. 59, f° 137. 

978. — D. Alfonso mande au justice de Jâtiva de contraindre Mosse 
Almari, Juif de cette ville, qui, en retour d'un prêt de 1.800 sous réaux de 
Valence, a engagé des maisons par acte hébraïque à Samuel, alfaquim et 
scribe mage du roi pour l'arabe, à s'acquitter de sa dette ou à remettre 
les maisons engagées. — Barcelone, 21 octobre 1282. 

Reg. 59, f° 130 v°. 

979. — D. Alfonso mande à Bernardo, scribe royal et collecteur du 
tribut des Juifs de Girone, de verser, sur le produit de sa recette, 1.000 sous 
barcelonais à noble R. de C[abrera], à qui le roi en a fait l'assignation 
sur les revenus de Girone et plus spécialement sur les impôts de la 
juiverie. — Barcelone, 26 octobre 1282. 

Reg. 59, f« 139 v°. 

980. — D. Alfonso a reçu Astruga, veuve de Isach Lïop, qui lui a 
présenté deux lettres scellées du sceau royal, où il était dit que, le roi 
ayant appris que ledit Isach et sa femme, qui possédaient certaines 
maisons mises en gage par Goig, mère de ladite Astruga, étaient menacés 
d'un procès par Santo, leur beau-frère et frère, ordre était donné au 

1. Le medicus et le physicus soignaient plutôt les maladies et les fièvres, le chirur- 
gicus les plaies et les blessures (Du Cange, sub verbis). 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

baile et au viguier de Barcelone de maintenir lesdits en possession de 
leurs maisons, pourvu qu'ils prissent l'engagement de faire au plaignant 
complément de justice ; l'infant mande au baile de Barcelone de faire 
observer les décisions de son père; de plus, D. Alfonso a appris de ladite 
Astruga qu'elle a confié les actes concernant lesdites maisons à Salamon, 
Juif de Perpignan, et que ce dernier les a remis aux fils de Santo ; l'in- 
fant mande au baile de rechercher si les actes en question doivent être 
restitués à la veuve de Isach Llop. — Barcelone, 28 octobre 1282. 

Reg. 59, f° 140 v». 

981. — D. Alfonso fait connaître à l'aljama des Juifs de la ville et col- 
lecte de Barcelone qu'en vue de faire face à une situation difficile, où il 
s'agit de l'honneur et de l'intérêt du roi et de son peuple, Pedro III a été 
obligé d'implorer l'aide pécuniaire des Juifs et de ses autres sujets, et 
qu'il a fixé à 100.000 sous barcelonais le subside qu'il compte recevoir 
de toutes les aljamas de Catalogne ; l'infant mande à l'aljama de la ville 
et collecte de Barcelone de s'acquitter de sa part de contribution, concu- 
remment avec les autres communautés de Catalogne, dans le courant du 
mois de décembre. — Barcelone, 3 novembre 1282. 

Reg. 59, f° 147 v°. 

982. — D. Alfonso mande à l'aljama des Juifs de Girone d'envoyer 
des procureurs à Barcelone pour y discuter avec les représentants des 
autres aljamas la répartition du subside entre toutes les communautés 
juives de Catalogne. — Même date. 

Semblables mandements aux aljamas de Lérida, Tortose Monzôn,Fraga. 

Reg. 59, f° 147 v°. 

983. — D. Alfonso mande de faire maintenir en faveur des Juifs 
Jahuda Avencaoga et Samuel de Régal l'obligation et la vente, qui leur 
ont été consenties par G. de Timor, de certaine quantité de safran à pré- 
lever sur les revenus du château de Pals, en vertu d'une assignation qu'il 
leur avait faite. — Même date. 

Reg. 59, f° 151. 

984. — D. Alfonso mande à l'aljama des Juifs de Valence de s'ac- 
quitter dans le courant de décembre, avec les autres aljamas du royaume 
de Valence, de sa part de contribution au subside de 30.000 sous réaux 
qui a été imposé parle roi sur les Juifs de tout son royaume. —Même date. 

Semblables mandements à l'aljama des Juifs de Jâtiva, Alcira, Gandia, 
Burriana, Murviedro et Segorbe, qui devront envoyer des procureurs à 
Valence, avec mission d'y procéder à la répartition du subside entre les 
communautés du royaume de Valence. — Même date. 

Reg. 59, f°« 151 v°-152. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 229 

985. — D. Alfonso mande aux aljamas des Juifs de la ville et de la 
collecte de Saragosse de verser dans le courant de décembre leur part de 
contribution au subside de 50.000 sous de Jaca imposé sur les aljamas du 
royaume d'Aragon. — Même date. 

Reg. 59, f° 156 v°. 

986. — D. Alfonso mande à l'aljama des Juifs de Huesca d'envoyer ses 
procureurs à Saragosse pour y procéder à la répartition du subside entre 
les communautés du royaume d'Aragon. — Même date. 

Semblable mandement aux aljamas des Juifs de Jaca, Barbastro, Tara- 
zona, Borja, Egea, Tauste, Alagén, Galatayud, Daroca, Téruel, Montclûs, 
Ruesta, Luna, Monzôn. — Même date. 

Reg. 59, fo.156 v°. 

987. — D. Alfonso mande à Jimeno P. de Salanova d'envoyer à 
A. Taberner les pièces du procès relatif à la saisie de certains manses, qui 
a été faite par ledit Jimeno sur Issach d'en Zarcb, Belshom Momet et 
Belshom Levi, Juifs de Besalû, sans oublier la procédure d'enquête qui a 
été dressée à ce sujet. — Barcelone, 4 novembre 1282. 

Reg. 59, f° 146 v°. 

988. — D. Alfonso mande au lieutenant de justice de Valence de faire 
arrêter Bernardo Rogé, dénoncé comme meurtrier d'Abrahim Ahinuç, 
Juif de Dénia, puis de rechercher diligemment la vérité et de procéder 
enfin comme de droit. — Barcelone, 5 novembre 1282. 

Reg. 59, f° 149. 

989. — D. Alfonso a appris que G. de Orera, chevalier, a obligé au 
Juif Vidal de Cervera, en garantie d'un emprunt à lui consenti par ce 
dernier, les revenus dont il jouit dans Ja ville et le territoire de Gervera, 
et que ledit Vidal a chargé de la perception G. Bonanat de Lopera, de 
Cervera ; l'infant mande au viguier et au baile de Gervera de maintenir 
ledit Vidal dans la possession desdits revenus, de permettre à Bonanat de 
les recueillir et de contraindre G. de Orera et Bonanat de Lopera à payer 
à Vidal les revenus susdits. — Barcelone 17 novembre 12S2. 

Reg. 59, f' 163. 

990. — D. Alfonso a été informé par son fidèle Juân P. Çabata, baile 
de Cervera, que la cour de Villafranca a emprisonné, à la réquisition du 
baile, le Juif Vidal Azday, pour vol commis à Gervera; l'infant mande à 
la cour de livrer ledit Juif à Juân P. Çabata pour que le châtiment qu'il 
mérite lui soit infligé. — Lérida, 29 novembre 1282. 

Reg. 95, f° 169. 

991. D. Alfonso mande au çalmédine et au mérine de Saragosse de 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

maintenir en leur droit Mosse Çuyllam et son fils Abrahim, Juifs de Sara- 
gosse, et de ne pas permettre qu'ils soient grevés, pourvu qu'ils s'engagent 
à faire au plaignant complément de justice. — Lérida, 1 er décembre 1282. 
Reg. 59, f° 172 v°. 

992. — D. Alfonso, ayant appris que l'aljama des Juifs d'Egea avait 
promulgué une tacana ou alatma portant qu'il ne serait pas fait de taxa- 
tions entre Juifs avant une époque déterminée, mande à cette aljama, 
nonobstant ladite alatma, de payer dans le courant de décembre leur 
part de contribution au subside de 50.000 sous de Jaca imposé sur les 
Juifs du royaume d'Aragon. — Huesca, 10 décembre 1282. 

Reg. 59, f» 178. 

993. — D. Alfonso mande aux adélantades de l'aljama des Juifs de 
Lérida de ne plus grever, à rencontre du droit et de l'azuna des Juifs, 
Aczach Azamia et sa sœur Sol, Juifs de Lérida. — Huesca, 13 décembre 1282. 

Reg. 59, f° 180 v°. 

994. — D. Alfonso confie à Bn. G. de Pinells, jurispérite de Barcelone, 
le règlement du procès que Ysach, fils de Jucef [Azdjay, Juif de Barce- 
lone, intente à son fils Jusef, en raison de l'administration des biens 
dudit Jucef. — Barcelone, 1 er janvier 1282/3. 

Reg. 59, f 190. 

995. — D. Alfonso a été informé par Buschet Mardoffay, Juif de 
Valence, que Pedro de Soria, portier du roi, a mandé à Berenguero de 
Conques de recevoir en compte toutes les tètes d'aiglettes {aqueltarum), 
conformément à l'ordonnance de Pedro III ; il mande audit Berenguero 
de se conformer à l'ordonnance royale. — Barcelone, 3 janvier 1282/3. 

Reg. 59, f° 192. 

996. — D. Alfonso mande à l'aljama des Juifs de Barcelone de ne pas 
pousser tacitement les Juifs de Monzôn ou leurs biens à contribuer avec 
elle pour le payement du subside qu'il leur demande, si ce n'est de la 
même manière qu'il a été procédé pour le versement du subside de l'ar- 
mada. — Même date. 

Reg. 59, f 192. 

997. — D. Alfonso mande à tous les Juifs qui ont accoutumé de peiter 
avec l'aljama des Juifs de Monzôn de payer leur quote-part de la contri- 
bution que ladite aljama doit fournir à l'infant. — Même date. 

Reg. 59, f° 192. 

998. — D. Alfonso prie ses fidèles Salomon d'en Adret, son fils Issach 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 231 

et les fils de ce dernier Adret et Salomon, Juifs de Barcelone, d'accorder 
un sursis jusqu'à la Noél à leurs débiteurs Ceraldo de Torre, chevalier, 
et les habitants de Sentboy (?), paroisse de ce dernier ; il les en remercie 
beaucoup par avance. — Même date. 

Reg. 59, f° 193. 

999. — D. Alfonso ayant appris que Mosquet Merdofay, Juif de- 
Valence, et son procureur ont obtenu « droit tacite par défaut de droit l » 
devant la cour de Tortose pour certaines dettes que deux habitants de 
Tortose avaient souscrites au profit de feu son père Apim Mardofay, 
mande au sous-viguier de Tortose qu'à défaut de la cour de cette ville, il 
fasse exécuter les deux débiteurs. — Barcelone, 4 janvier 1282/3. 

Reg. 59, f" 193. 

1000. — D. Alfonso informe deux portiers royaux qu'il a fait remise 
à toutes les aljamas juives de 40.000 sous réaux sur le subside de 200.000 
qu'elles avaient à fournir ; pour les aljamas du royaume de Valence, le 
dégrèvement est de 5.000 sous et la somme à verser est de 20.000. — Bar- 
celone, 5 janvier 1282/3. 

Reg. 71, f° 129 v°. 

1001. — D. Alfonso fait remise aux aljamas des Juifs d'Aragon de 
15.000 sous réaux ; leur quote-part de subside ne sera plus que de G0.0C0 
sous réaux. — Même date. 

Reg. 71, f» 129 vo. 

1002. — D. Alfonso, fils aîné du roi, mande à son fidèle Bn., scribe, 
de prélever au profit d'un particulier 20.000 sous barcelonais sur les 
contributions juives et de retenir 1.000 sous pour la rétribution de ses 
fonctions de scribe. — Barcelone, 7 janvier 1282/3. 

Reg. 71, f° 129 v°. 

1003. — D. Alfonso informe l'aljama des Juifs de Fraga qu'il a confié 
à m e R de Resalii, archidiacre de Tierrantona (?) en l'église de Lérida, le 
procès pendant entre ladite aljama et les communautés juives de Cata- 
logne au sujet de la répartition à faire entre elles des taxes royales ; il 
lui mande de comparaître devant ledit juge; il lui fait connaître, d'ail- 
leurs, qu'il a déjà mandé aux aljamas des Juifs de Catalogne de la 
contraindre à ester en droit par voie d'alatma et de vet. — Barcelone, 
9 janvier 1282/3. 

Reg. 60, f° 1. 

1. Obtenir droit tacite par défaut de droit, c'est obtenir gain de cause, le défen- 
deur refusant de faire droit. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1004. — D. Alfonso confie à me R. de Besalû, archidiacre de Tierran- 
tona (?) en la cathédrale de Lérida, le règlement du procès pendant entre 
l'aljama des Juifs de Fraga, d'une part, les aljamas de Barcelone, Girone, 
Lérida, Tortose, Monzôn, d'autre part. — Barcelone, 12 janvier 1282/3. 

Reg. 60, f° 2 v°. 

1005. — D. Alfonso accorde une remise de 20.000 sous barcelonais 
aux Juifs de Catalogne sur les 100 000 qu'ils devaient verser pour leur 
part de subside ; leur contribution est donc fixée à 80.000. — Barcelone, 
14 janvier 1282/3. 

Reg. 71, f* 130 v°. 

1006. — D. Alfonso mande à Sébastian Delmas, sous-viguier de Tor- 
tose, de faire remettre au Juif Samuel Rabi la contribution qui revient à 
celui-ci en raison de l'acquisition par lui faite l'année précédente des 
revenus de la bailie de Tortose. — Barcelone, 18 janvier 1282/3. 

Reg. 60, f° 3. 

1007. — D. Alfonso informe Isach Salves, Juif de Girone, qu'à la suite 
d'excès perpétrés par plusieurs de ses coreligionnaires, il envoie à Girone 
R. de Toylan, juge de la cour royale; il lui mande de faire la lumière sur 
les maléfices commis et au besoin d'ouvrir une enquête. — Barcelone, 
21 janvier 1282/3. 

Reg. 60, f° 8 v°. 

1008. — D. Alfonso mande à R. de Toylan de faire une enquête contre 
P. Faytum de Tarazona et quelques autres Juifs de Girone dénoncés à 
l'infant et de les punir en leurs personnes et dans leurs biens. — Même 

date. 

Reg. 60, f° 8 v°. 

1009. — Pedro III vidime et confirme sur la présentation qui lui en 
est faite par m e David de Palerme, médecin juif, serviteur de la chambre 
royale et fidèle du roi, agissant en son propre nom et au nom de ses 
frères et neveux, héritiers de feu m Busach, médecin juif de Palerme, le 
privilège scellé qui a été concédé à m e Busach et à ses descendants par 
l'empereur Frédéric au camp devant Brescia, l'an 1237, au mois de 
novembre, 11 e indiction, et confirmé ensuite par Manfred, roi de Sicile, 
au mois d'août 1258, lr e indiction ; le privilège de l'empereur Frédéric 
porte que ledit Busach est exempté, pour prix de services rendus, lui et 
sa descendance, de tous les dons, prêts, exactions, collectes et presta- 
tions que les Juifs de Palerme sont tenus de fournir au roi. — Messine, 
24 janvier, 11 e indiction, 1282/3. 

Reg. 54, f 09 202 v°-203. — Publ. : Bartolomeo e Giuseppe Lagumina, Codice 
diplomatico dei Giudei di Sicilia, Vol. I, part. I, Palerme, 1884, in-8°, 
pp. 26-28 {Documenti per servire alla storia di Sicilia publicati a cura 



CATALOGUE DES ACTES HE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 233 

délia Societd siciliana per la storia patria, vol. VI, fasc. I, 1885; vol. XII, 
1N!)0), d'après De rébus regni Sicilise, documenli ineditl eslratti dalV 
Archivio délia corona d'Aragona e publicati dalla sovrintendenza agit 
Archivi délia Sicilia, p. 314. 

1010. — D. Alfonso a appris que Berenguero de Entensa a dépossédé 
les créanciers juifs Vidalon, fils de feu Benvenist de Porta, Abrahim 
Abenafia, Juccf Abenafia, Mosse Abenafia et Samuel Vidal, des revenus de 
Gastellnovo qu'il leur avait obligés en garantie de certains emprunts; il 
mande au procureur du royaume de Valence de rétablir lesdits en pos- 
session du gage de leur prêt. — Barcelone, 25 janvier 1282/3. 

Reg. 60, f° 14 v°. 

1011. — D. Alfonso adresse un mandement semblable à Simon de 
Gironella, viguier de Tarragone, qui a assigné à ses créanciers Issach 
Solam et Issacb Biona les revenus de Fautero. — Même date. 

Reg. 60, f° 14 v. 

1012. — Pedro III ordonne aux maîtres portelains 1 de Sicile, au-delà 
du Salso, sur les instances des Juifs Joseph de Galo et Fudrone de Canino, 
de ne pas contraindre les Juifs de San Marco à payer au-delà du tarif 
convenu pour Tannée en cours sur les revenus de la Teinturerie de ladite 
terre et de la bailie des Juifs de San Marco. — Messine, 27 janvier 1282/3. 

Publ. : B. e G. Lagumina, Codice diplomatico dei Giadei di Sicilia, 
vol. I, part. I, pp. 29-30 (d'après De rébus regni Siciliae, p. 315). 

1013. — Pedro III ordonne aux syndics de la communauté de San 
Marco, au parlement de Gatane, de ne pas contraindre les Juifs de cette 
terre à payer au-delà de ce qu'ils ont coutume de verser pour les subven- 
tions générales, les prêts et les collectes. — Même date. 

Publ. : Lagumina, pp. 28-29 (d'après De rébus regni Siciliae, p. 314). 

1014. — D. Alfonso mande aux viguiers de Barcelone et de Girone de 
contraindre les Juifs Vidal Navarro et Saïaaion Navarro, frères, à restituer 
les 11 livres 18 sous barcelonais que Bn. Pascal leur a confiés en dépôt 
par acte écrit. — Barcelone, 28 janvier 1282/3. 

Reg. 60, f« 17 v°. 

1015. — D. Alfonso a appris que ses fidèles de l'aljama des Juifs de 
Saragosse ont jeté l'alatma et le vet contre Jahuda Buscho pour le punir 
d'avoir dit qu'ils grevaient l'aljama des Juifs de Ruesta dans la réparti- 
tion du subside imposé sur les Juifs de la couronne; il mande à ses 
fidèles de ne pas prononcer l'alatma ni d'entamer aucune procédure 

1. Maître portelain : dignité du royaume de Naples et des Deux-Siciles. 



234 REVUE DES ÉTUDES JUIVES • 

contre ledit Jahuda et ses biens, pourvu qu'il contribue au pavement du 
subside selon ses facultés. — Barcelone, 29 janvier 1282/3. 

Reg. 60, f° 19. 

1016. — D. Alfonso mande à Garcia P., justice de Serranyon (?), de 
déléguer à sa place F. de Foller dans la perception des sommes que doi- 
vent verser les Juifs de Monzôn en raison du subside imposé sur les Juifs 
de Catalogne ; il lui prescrit en même temps d'apporter à Barcelone tout 
ce qu'il a reçu des Juifs de Huesca, de Barbastro et autres lieux. — 
Barcelone, 30 janvier 1282/3. 

Reg. 60, f° 19 v°. 

1017. — D. Alfonso mande au baile de Barcelone de confier à un 
Juif idoine et non suspect aux parties, pour qu'il y mette fin conformé- 
ment au droit hébraïque, le jugement du procès en divorce pendant 
entre Samuel de Forn et Reina, fille de Vidal de Espana. — Barcelone, 
3 février 1282/3. 

Reg. 60, f° 33. 

1018. — Entre autres concessions faites à la cité de Girone, le roi 
établit que les Juifs de cette ville paieront la moitié des frais qui seront 
engagés pour l'amélioration des défenses de la Cité, ainsi qu'on a cou- 
tume de le faire depuis longtemps. — 8 février 1282/3. 

Indiq. : Girbal, Judios de Gerona, p. 15 (d'après Archivo municipal, Per- 
gaminos de reaies concesiones) . 

1019. — Le roi ordonne aux Juifs de Jaca, comme à ceux de Girone, 
de contribuer pour la moitié, avec les infanzones et les ecclésiastiques, 
à la réparation de toutes les tours et murailles des châteaux et forte- 
resses. — 1283. 

Indiq. : Amador de los Rios, II, 13 (d'après reg. 60, f° 78). 

1020. — D. Alfonso a appris que Raimundo Jonchera, habitant de 
Valence, a reçu en dépôt d'Abrahim Exarchino, Juif de Valence, du 
« moratellum 1 » blanc appelé ahassen, une certaine somme et des 
étoffes; comme ledit Abrahim doit partir au service du roi, de même que 
son fidèle Samuel, alfaquim du roi, l'infant mande audit Raimundo de 
ne remettre le dépôt et de ne mettre en vente le « moratellum » que par 
ordre du propriétaire. — Palamos, 9 février 1282/3. 

Reg. 60, f° 25 v». 

1021. — D. Alfonso a été informé par son fidèle Samuel, alfaquim du 
roi, que, malgré le privilège à lui concédé par Pedro III et portant que 

1. Moratum : mélange de Tin et de mûres ; moretum : espèce de drap sombre. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 235 

ledit Samuel et ses parents étaient autorisés à porter tel vêtement qu'il 
leur plairait, l'aljama des Juifs de Jâtiva, excipant d'une tacana ou règle- 
ment décrété par elle, empêche David Allevi, Abrahim Abenavies et Jucef 
Avengalell, cousins de Samuel, de porter des vêtements en étoffe de 
couleur et certains autres ornements, l'infant mande à l'aljama des Juifs 
de Jâtiva de permettre à tous les parents de porter les vêtements qu'ils 
voudront nonobstant tout règlement en sens contraire. — Palamos, 
10 février 1282/3. 

Reg. 60, f° 25. 

1022. — D. Alfonso mande à l'aljama des Juifs de Valence, confor- 
mément à la décision prise par le roi avant son départ pour la guerre et 
portant que ceux qui l'accompagneraient ne pourraient être contraints 
au payement des tailles ou exactions pendant tout le temps qu'ils demeu- 
reraient à son service, de ne pas user de contrainte à l'égard de Jahuda 
fils d'en Vives, qui a accompagné Pedro III en Barbarie et se rend main- 
tenant avec lui en Sicile. — Même date. 

Reg. 60, f° 25 v°. 

1023. — D. Alfonso mande à Féliz de Guardia, juge de Figueras, de 
faire parvenir au juge royal A. Taberner par le porteur des présentes le 
texte de l'enquête que ledit Féliz de Gardia a fait faire contre Abraham 
de Torre, Juif de Figueras. — Palamos, 27 février 1282/3. 

Reg. 60, f 29. 

1024. — D. Alfonso mande à Bn. de Prat, juge de Girone, d'adresser 
au juge A. Taberner les procédures que ledit Bn. de Prat a faites contre 
Abraham de Torre, Juif de Figueras. — Même date. 

Reg. 60, f° 29. 

1025. — D. Alfonso a appris que les Juifs de Valence, lorsqu'ils sont 
cités devant la cour de cette ville, ne prêtent pas le serment dans les 
formes prévues par le for de Valence et les privilèges royaux y relatifs ; 
il mande à Umberto de Lavania, juge royal, d'obliger les Juifs de Valence 
à se conformer au for et aux privilèges. — Barcelone, 24 février 1282/3. 

Reg. 60, f° 36. 

(A suivre.) 

Jean Régné. 



NOUVEAUX DOCUMENTS 



SUR JOSEPH NASSY, DUC DE NAXOS 



L'histoire de Joseph Nassy, l'ancien marrane Jean Miquez, est 
suffisamment connue. Cependant il s'en faut que tous les docu- 
ments relatifs à ce personnage aient été mis au jour. Cette histoire 
n'est pas close, et j'ai des raisons de croire qu'elle ne le sera pas 
de sitôt. 

De nouveaux documents sur Nassy m'ont été gracieusement 
donnés h par mon excellent ami Salih Safvet Bey, capitaine de fré- 
gate de l'Etat-Major de la marine impériale et membre de l'Institut 
d'histoire ottoman. Safvet Bey, historien des plus distingués, a, 
depuis la proclamation de la Constitution, mis en lumière un grand 
nombre de faits se rapportant à l'histoire ottomane. 

Ces documents consistent en des copies des lettres et des ordres 
impériaux que les sultans Suleyman le Magnifique, Sélim II et son 
successeur adressent au roi de France, au roi de Pologne, au 
Bey d'Egypte, à Pialé Pacha, amiral de la flotte turque, et aux 
Cadis de divers districts dans le but de protéger les intérêts de 
Nassy. 

Sous Suleyman le Magnifique nous voyons déjà Nassy posséder 
les titres de Frenk Bey Oglou « (prince européen), de mutéférik » 
(noble, distingué) et de nédim (favori). Il use de son influence pour 
faire intervenir le Sultan dans l'affaire des 150,000 écus que la 
France lui devait et qu'il ne parvenait pas à se faire payer. Suley- 
man, se rendant au désir de Joseph, adressa à Charles IX, roi de 
France, trois lettres, dont la troisième porte la date du 23 mars 1565 
(voir document n° I). 

1. Ils sout extraits des Archives de la Sublime Porte. Ils sont rédigés en turc. 



NOUVEAUX DOCUMENTS SUR JOSEPH NASSY, DUC DE NAXOS 237 

A l'avènement de Sélim II, Nassy devint tout-puissant. Le grand 
vizir Mohamed Sokolli, quoique très puissant, lui aussi, devint 
jaloux de l'influence dont jouissait Joseph auprès du sultan. Ainsi 
nous voyons l'ancien marrane obtenir des ordres impériaux for- 
çant ceux des habitants du duché de Naxie qui demeuraient à 
Constantinople à regagner leurs foyers, et ce, dans l'unique but 
de leur faire payer, en qualité d'originaires des îles formant le 
duché, l'impôt auquel ils pouvaient se soustraire par suite de leur 
séjour à l'étranger. 

Tout en obtenant cet ordre, Nassy faisait déléguer à Naxos le 
Cadi de Chio avec mission de procéder au recensement des Gyclades 
et d'établir la liste des personnes en état de payer le haradj (impôt) 
(voir documents n 08 II et III). 

Joseph Nassy paraît, dans nos documents, avoir été un grand 
brasseur d'affaires. Il s'était fait affermer par Sigismond II (Auguste), 
roi de Pologne, le commerce de cire de ce pays et avait chargé le 
Juif Gianemore (?) de s'occuper de l'exploitation de cet article. 
Cependant, comme les conditions du contrat n'avaient pas été 
observées par les autorités polonaises, le favori de Selim fit inter- 
venir dans l'affaire celui-ci, qui adressa une lettre au roi de 
Pologne, pour le prier de faire sauvegarder ses intérêts (voir 
document n° IV). 

Quelque temps après, Joseph faisait, par ordre impérial, inter- 
dire le transit par le Bosphore des navires chargés de vin venant 
de Crète et se rendant en Moldavie ; il obtenait lui seul la concession 
du passage annuel, par le Bosphore, de mille tonneaux de vin pour 
la Moldavie et faisait enlever aux marchands de vin leur permis 
de transit quant à ce commerce (voir document n° V). C'est le 
médecin David (?) qui fut délégué auprès du Sultan pour obtenir 
le monopole du transit du vin crétois par le Bosphore. 

L'adresse et la puissance du duc de Naxos apparaissent encore 
dans ses démarches pour empêcher les Musulmans de s'établir dans 
les Cyclades. En effet, Joseph ne voulait pas avoir affaire à des 
Mahométans, lesquels pouvaient, le cas échéant, lui créer des 
embarras, refuser de s'acquitter des impôts que les habitants des 
Cyclades lui payaient, et craignait, de ce chef, l'intervention du 
grand vizir Sokolli, qui pouvait le desservir auprès de Selim II, 
en cas d'un différend entre lui et les Musulmans établis, ou en 
train de s'établir, dans les îles de son duché. C'est ainsi que, pour 
éviter tout ce qui pourrait nuire à ses intérêts et entraver ses 
projets, il obtint un ordre impérial qu'il fit adresser à l'amiral 
Pialé Pacha, avec mission d'interdire par la force le séjour des 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Musulmans parmi les infidèles, dans des villes où il n'y avait ni 
communauté musulmane nombreuse, ni mosquée (voir document 
n° VII). 

Le même Pialé Pacha fut chargé, à la suite d'un ordre impérial 
obtenu par Joseph Nassy,de débarrasser les Cyclades des corsaires 
qui les infestaient (voir document n° VI) et les Cadis de Roumélie 
et d'Anatolie furent invités, toujours à la demande de l'ancien 
marrane, à prendre les mesures nécessaires pour mettre la main 
sur Ducna (?), ancien gouverneur du duché de Naxie, lequel 
complotait avec Venise et Rome contre ces îles (voir document 
n° VIII). 

De tout ce qui précède on peut se faire une idée de la puissance 
de Nassy. On savait que des séquestrations de marchandises de 
navires battant pavillon français eurent lieu au profit de Joseph 
à l'effet de faire rentrer celui-ci dans sa créance de 150,000 écus 
que la France lui devait. Or, le document n° IX élucide ce 
point. 

D'après ce document, ordre fut donné au beyler beyi d'Egypte 
et au bey d'Alexandrie de ne séquestrer pour le compte de la 
créance de Nassy que le tiers de la cargaison des navires français 
venus au port d'Alexandrie, si toutefois cette cargaison avait une 
valeur de 1,000 florins. Cet ordre, donné aux beys d'Egypte, leur 
avait été plus d'une fois répété. 

La mort de Sélim II mit fin à la puissance de Joseph, bien que 
le nouveau monarque Mourad III le maintînt dans les mêmes 
fonctions. Quand Nassy mourut, la mémoire de celui qui dans les 
firmans de Suleyman le Magnifique et de Sélim II avait été qualifié 
de « modèle des notables et des princes de la nation juive » 
n'était plus respectée. Dans un ordre impérial transmis au Cadi 
de Naxos (voir document n° X), à propos de l'ancien lieutenant 
de Joseph, Francesco Goronelo, on parle de la mort de l'ancien 
duc de Naxos en ce langage trivial : « Le Juif nommé Joseph 
a crevé. » 

Constantinople, 30 août 1912. 

Abraham Galante. 



NOUVEAUX DOCUMENTS SUR JOSEPH NASSY, DUC DE NAXOS 239 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



Lettre au roi de France. 

Vous ayant adressé, il y a quelque temps, deux lettres impériales à 
propos des 150,000 écus or dus au Frenk Bey 0(jlou % Joseph Nassy, le 
modèle des notables de la nation mosaïque et un des muté/'ërik 3 de mon 
fils Selim, que Dieu prolonge sa vie, il nous revient que la susdite 
somme n'a pas encore été payée et ce, sous prétexte de certains inconvé- 
nients. Cette fois-ci, lorsque notre lettre impériale vous parviendra, nous 
vous prions de prêter, en signe de justice et de loyauté et en témoignage 
d'amitié envers nous, votre précieux concours pour le règlement, sans 
aucun retard, de cette dette et d'en remettre le montant au porteur de 
notre lettre impériale. 

Le 26 Chaaban 972 (23 mars 1565). 



II 

Ordre au Cadi 4 de Galata 8 . 

Le duc de Naxos, Joseph, est venu portera notre connaissance que des 
rayas deNaxie, qui se trouve en sa possession, viennents'établir à l'intérieur 
et à l'extérieur de la dite circonscription (Galata) et causent, de ce chef, 
un déficit aux revenus des îles. Si le fait est tel qu'il est rapporté, j'ai 
prescrit que tu ordonnes à ceux des insulaires qui viennent des îles en 
possession du susnommé et qui ont leur domicile dans la zone relevant 
de ta juridiction, de retourner chez eux. Si après cet ordre, il est constaté 
qu'ils ne sont pas rentrés chez eux, ou qu'ils sont allés en pays étrangers, 
ils seront poursuivis. J'ai donné le présent ordre pour qu'ils en soient 
instruits. 

Ecrit à Andrinople, le 22 Djemazi-ul-ewel 975 (24 novembre 1567). 



1. Le texte turc de ces pièces sera publié dans une autre Revue. 

2. Prince européen. 

3. Noble, distingué. 

4. Juge au tribunal religieux. 

5. Un des principaux districts de Constantinople. 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

III 

Ordre au Cadi de Chio. 

J'ai ordonné que tu te rendes personnellement auprès des infidèles des 
îles en possession du duc de Naxos et que tu leur imposes le haradj i en 
procédant au recensement de toutes les maisons, sans faire de distinction 
entre les mariés et les célibataires. Une fois le recensement fait et le 
haradj imposé, lu en dresseras la liste, que tu cachèteras et que lu trans- 
mettras au pied de mon trône impérial. Sois juste et intègre lors du recen- 
sement, évite de protéger qui que ce soit et de soustraire n'importe qui au 
payement du haradj. 

Le 27 Djemazi-ul-ewel 975 (29 novembre 1567). 

IV 

Lettre impériale au roi de Pologne. 

Le Juif Gianomore, possesseur d'un firman et faisant partie de l'entou- 
rage de Joseph, duc de Naxos et modèle des princes de la nation juive, a 
porté à notre connaissance que vous avez affermé l'exploitation du com- 
merce de la cire produite dans votre vilayel (province) à d'autres personnes 
qu'à lui et qu'à ses associés, tandis qu'ils (Gianomore et ses associés) sont 
munis du permis d'exploitation que vous leur avez délivré d'après vos 
lois et que, se fondant sur ce permis, ils (Gianomore et ses associés) se sont 
engagés dans des achats et ventes et ont fait des frais importants. Us 
nous ont, par conséquent, adressé une pétition, nous priant de faire le 
nécessaire pour assurer l'exécution du contenu du permis et pour leur 
éviter toute immixtion dans leurs affaires. Gomme nous avons tenu tou- 
jours à couvrir de nos bienfaits ceux qui se sont distingués par leur fidé- 
lité et leur dévouement à notre trône, nous attendons de votre part, vu les 
bons rapports de sincérité et d'amitié qui vous lient à Gonstantinople, le 
nid de Justice, à ce qu'il soit agi conformément au permis en leur posses- 
sion et que leur moukataa* leur soit restituée et qu'elle devienne leur 
propriété. Nous désirons, en outre, que le permis relatif aux douanes et à 
autres choses ne leur soit pas contesté et que sa mise à exécution ne 
souffre pas d'entraves. 

Le 17 Ramazan 975 (17 mars 1568). 



1. Impôt payé par les rayas. 

2. Partie affermée, partie concédée. 



NOUVEAUX DOCUMENTS SUR JOSEPH NASSY, DUC DE NAXOS 241 



Ordre à Pialé Pacha ', aux caclis de Constant inopte * et au commandant 

de ta forteresse de Yeni-Hissar 3 . 

Joseph, actuellement duc de Naxos, ayant délégué auprès de moi le 
médecin David pour porter à ma connaissance que, ayant obtenu l'ordre 
impérial de laisser passer parles rives du Bosphore mille tonneaux de vin 
qu'il achète tous les ans a l'île de Crète et qu'il expédie en Moldavie, 
d'autres rayas font le même commerce et disent être possesseurs d'ordres 
pareils. 11 demande donc, par pétition, qu'on lui accorde le monopole de 
ce commerce. J'ai ordonné que, lorsqu'il voudra faire passer, tous les ans, 
par le Bosphore mille tonneaux de vin de provenance Cretoise et à desti- 
nation de Moldavie, personne n'ose l'en empêcher et le contrecarrer et que 
ceux qui disent : nous avons comme lui (Nassy) du vin, soient repoussés et 
non entendus. En outre, tu dois leur reprendre les ordres (permis) qu'ils 
possèdent, les mettre dans un sac que tu cachèteras et me transmettras. 
Tu dois leur faire savoir que dorénavant le vin qu'ils essaieront de faire 
passer, malgré cet ordre, par le Bosphore sera confisqué. Tu es chargé, 
par conséquent, de me faire savoir tous les détails y relatifs. 

Le 20 Ramazan 975 (20 mars 1568). 



VI 

Ordre à Pialé Pacha. 

Joseph, duc de Naxos et modèle des princes de la nation juive, a délé- 
gué auprès de moi un messager pour porter à ma connaissance que le 
corsaire Chaaban Réis fait des descentes dans la Naxie, captive des Zumi ' 
et pille leurs biens, et que d'autres corsaires suivent son exemple et pro- 
voquent du désordre. Vu ce qui précède, j'ai ordonné que tu envoies des 
lettres aux commandants des navires qui se trouvent dans ces parages, 
pour leur recommander d'user de tous les moyens, afin de pouvoir mettre 
la main sur le susdit Chaaban Réis. auquel on devra, après vérification 
des faits qui lui sont imputés, infliger une correction exemplaire, de 
façon qu'elle puisse servir d'exemple à ceux qui se permettraient de semer 
le désordre et de commettre des excès abominables. Aussi déploie tes 
efforts louables pour débarrasser les rives de mon pays des incursions des 
corsaires, pour y faire régner la tranquillité et assurer à nos sujets le 
repos et le bonheur. 

Le 23 Ramazan 975 (23 mars 1568). 

i. Amiral de la flotte turque. 

2. Dans le texte turc, les cadisde Constantinople sont désignés sous le nom « haslar ». 

3. Sise sur la côte d'Europe du Bosphore. 

4. Non musulmans. 

T. LX1V, a» 128. 16 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

VII 
Ordre à Piaié Pacha. 

J'ai appris que des soldats et d'autres personnes continuent à séjourner 
parmi les infidèles de Naxie et ne cessent de molester les rayas et de 
causer des troubles, et ce, contrairement à l'ordre impérial que j'ai donné 
pour défendre aux Musulmans de séjourner parmi les infidèles, dans les 
villes où il n'y a pas de mosquées et une nombreuse communauté musul- 
mane. Ayant entendu dire que, malgré cette défense, certains individus 
persistent à y séjourner et à molester mes rayas, j'ai ordonné que, si les 
faits sont tels qu'ils sont rapportés, et en vertu de mon ordre précédent, 
tu éloignes et chasses des îles où il n'y a ni mosquées ni une nombreuse 
communauté musulmane ceux qui vivent parmi les infidèles et qui 
molestent mes rayas. Quant à ceux qui persistent dans leur manière 
d'agir, tu en dresseras la liste et me la transmettras. 

Le 23 Ramazan 975 (23 mars 1568). 

VIII 

Ordre aux Cadis de Roumélie et d'Anatolié. 

Joseph, duc de Naxos, a adressé une lettre à mon trône impérial, par 
laquelle il porte à ma connaissance que le traître nommé Ducna (?), 
ancien gouverneur de Naxie, se trouve depuis longtemps en relations 
avec Venise et avec le Pape de Rome, que, durant son voyage à Venise, 
on lui a alloué une pension de 200 florins, que dans son voyage à Rome, 
le Pape lui a alloué une pension de 1.400 florins, et qu'actuellement il se 
trouve en compagnie de quelques-uns de ses partisans aux alentours de 
l'île de Naxos où il intrigue avec quelques-uns de mes rayas et ce, dans 
le but de semer la révolte dans la ville. J'ai ordonné que chacun de vous 
tâche de mettre la main sur lui et de l'emprisonner, dans le cas où il se 
trouverait dans un endroit compris dans la sphère de votre juridiction 
respective. Veillez seulement à ne pas provoquer sa fuite, car vous en 
serez punis. Exercez, par conséquent, une stricte surveillance. 

Le 16 Zilhidjé 975 (13 juin 1568). 

IX 

Ordre au Beyler-beyi d'Egypte. 

Le Bey d'Alexandrie Mehmed, que sa gloire soit éternelle, a adressé une 
lettre au pied de mon trône impérial, par laquelle il me fait savoir que, 
conformément à mon ordre impérial, la mesure relative à la perception 



NOUVEAUX DOCUMENTS SUR JOSEPH NASSY, DUC DE NAXOS 243 

de l'argent pour le compte de la dette que la France doit au duc de Naxos 
a été étendue aux autres négociants, ce qui cause des préjudices aux 
revenus de l'Echelle (douane). Or, ceux qui ont pris en fermage l'Echelle 
sont les mêmes qui Tout affermée autrefois et qui, en vertu de mon ordre, 
impérial, ont accepté les conditions relatives à la perception dans les 
navires français de l'argent dû au duc de Naxos. Ainsi donc, j'ai répété 
l'ordre au bey d'Alexandrie et lui ai fait savoir de retenir graduellement 
et pour le compte de la dette, le tiers des marchandises des navires bat- 
tant pavillon français, si celles-ci ont une valeur totale de 1.000 florins 
et sans causer, de ce chef, des préjudices aux revenus de l'Echelle. J'ai 
ordonné, en outre, que lorsque cet ordre te parviendra, tu veilles à ce 
que le tiers des marchandises des navires battant pavillon français, mar- 
chandises ayant une valeur de 1 000 florins, soit graduellement retenu et 
perçu pour le compte de la dette et qu'on se garde de confisquer toute la 
marchandise. Quanta ceux qui disent que cette mesure peut causer des 
préjudices aux revenus de l'Echelle, ils parlent contre les conditions sti- 
pulées a cet effet. Mon ordre s'applique seulement aux navires français et 
non aux navires vénitiens, ragusains et autres ; fais appliquer la loi avec 
justice. 

Le 6 Redjeb 970 (25 décembre 1568). 



Ordre au Bey et au Cadi de Naxos. 

Toi, Cadi tu m'as adressé une lettre pour m'in former que les rayas de 
cette île sont venus à ton Divan pour te dire que le Zumi Franeeaco 
Goronelo, lieutenant et intendant du Juif Joseph qui a été autrefois duc 
de Naxos et qui a crevé, a une conduite pacifique et que certains indivi- 
dus cherchent à l'attirer vers eux en lui envoyant des choses de nature à 
le compromettre. Ils (les rayas) demandent qu'aucune injustice ne soit 
commise contre lui et prient, ainsi que tu le dis, d'obtenir, par ton entre- 
mise, un ordre à cet effet. Si réellement, il n'est pas impliqué dans le 
fait qu'on lui attribue, et si on le moleste contrairement à la loi, défends- 
le contre toute injustice et veille à ce que la loi soit observée. 

Année 996 (1587). 



LES JUIFS 



ET 



LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 

(1789) 



(suite *) 



Jusqu'à présent nous avons vu les Juifs, plus exactement ceux 
de l'Est, dans un rôle passif. C'est d'eux qu'où parle, ce ne sont 
pas eux qui parlent dans les cahiers de 1789. Qu'on les plaigne ou, 
ce qui est beaucoup plus fréquent, qu'on les accuse, ils apparais- 
sent toujours comme des victimes ; ont-ils été aussi des acteurs ? 
Alors que l'attention se portait sur eux et qu'une partie de l'opinion 
demandait une réforme de leur sort, ont-ils pu élever la voix, eux 
aussi? Et qu'ont-ils réclamé et sous quelle forme? — Quant aux Juifs 
du Midi, qui ne figurent pas dans les cahiers de leurs provinces, 
ont-ils eux-mêmes recherché le silence et voulu se faire oublier ? 
ou quelle part ont-ils prise aux élections et à quel titre? 

Après avoir examiné ce que pensaient des Juifs et ce que vou- 
laient d'eux les auteurs directs ou indirects des cahiers de 1789, 
nous avons à rechercher ce que les Juifs, de leur côté, ont fait et 
dit à l'occasion de la grande consultation électorale, en distinguant 
maintenant ceux de l'Est, dits « Allemands », et ceux du Midi, dits 
« Portugais ». 

III. — Les opérations électorales et les Juifs. 

D'après l'article 24 du Règlement général du 24 janvier 1789 
« tous les habitants composant le tiers état. . . ayant un rôle séparé 

1. Voir plus haut, p. 89 et 8. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉKAUX 245 

d'impositions seront tonus de s'assembler à reflet de rédiger le 

cahier de leurs plaintes et doléances et de nommer des députés » ; 
l'article 25 portait qu'à ces assemblées « auront droit d'assister tous 
les habitants composant le tiers état, nés Français ou naturalisés, 
âgés de vingt-cinq ans. domiciliés et compris au rôle des impositions, 
pour concourir à la rédaction des cahiers et à la nomination des 
députés ' ». Les Juifs de France satisfaisaient-ils à ces conditions ? 
Quand on lit les cahiers de 1789, cahiers primaires et cahiers 
secondaires, ceux qui sont favorables aux Juifs et surtout ceux qui 
leur sont hostiles, on a l'impression que les Juifs ne prennent 
aucune partaux opérations électorales, qu'ils ne sont pas considérés 
comme des concitoyens, bref qu'ils ne sont pas Français. Peut-on en 
dire autant des Juifs du Midi, dont il n'est pas question dans les 
cahiers ? Peut-on môme le dire de ceux de l'Est ? En d'autres 
termes, les Juifs établis en France à la veille de la Révolution 
étaient-ils Français aux yeux de la loi ? C'est une question qu'il 
importe de tirer au clair pour savoir si les Juifs pouvaient, s'ils 
devaient être convoqués 2 . 

\ 

r 

Etat des Juifs de France en 11 89. 

En principe, les Juifs n'avaient aucune existence légale dans le 
pays. Bannis à perpétuité, en 1394, par Charles VI, dont l'édit 
avait été renouvelé par la Déclaration royale du 23 avril 1615, ils 
n'avaient aucun droit à se trouver en France. Loin de reposer sur 
une base légale, leur séjour était une violation de la loi. « Exclus 
en principe, dit M. Mon in de ceux de Paris, on les tolère au moyen 
de cette fiction qu'ils ne font que passer, qu'ils s'en iront un jour 

■1. Brette, I, 70-77. 

2. Cette question n'a été examinée, à notre connaissance, que par M. Maignial, La 
question juive en France en 1789 (Paris, 190-'i), qui conclut que les Juifs étaient 
en 1789 des étrangers en France. Mais sa thèse est viciée du l'ait qu'il confond les 
Juifs de 17S9 avec ceux du XIV e siècle, les Juifs proscrits en France avec ceui admis 
dans certaines provinces et même les Juifs du Midi avec ceux de l'Est. Touchant le 
point qui nous occupe présentement, il écrit que le gouvernement a eu tort d'autoriser 
les Juifs « à présenter des cahiers de doléances, à voter pour Télectiou des députés » 
(p. 146) ; mais les Juifs du Midi ont fuis part à la convocation générale sans autorisa- 
tion spéciale du gouvernement et ceux de l'Est ont reçu une autorisation spéciale 
pour prendre part à une convocation particulière. Avant cet auteur, uu autre juriste, 
X. Gasnos, Étude historique sur la condition des Juif* dans l'ancien droit fran- 
çais (Angers, 1897), avait assuré que le règlement de l'a convocation « spécifiait que 
les Juifs devaient y prendre part (à l'élection des députés) ainsi qu'à la rédaction des 
cahiers » (p. 231), ce qui est matériellement inexact : aucun des actes officiels relatifs 
à la convocation ne mentionne les Juifs. 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

» 

ou l'autre, comme s'en vont forains, bohémiens, vagabonds'. » 
Ainsi les Juifs de Paris, n'étant pas même domiciliés, ne pouvaient 
être touchés par la convocation et ils ne le furent point. Ne le 
furent pas davantage ceux qui s'étaient glissés dans bien des villes 
de province, où la police fermait les yeux sur leur séjour clan- 
destin, mais qui étaient traqués par la justice, à la requête des 
corporations, dès qu'ils se montraient. A l'intérieur de la France, 
les Juifs n'étaient pas des étrangers, c'étaient des proscrits. 

Mais à Metz, mais en Alsace, mais en Lorraine, les Juifs étaient 
établis lors de la réunion de ces pays à la couronne et les rois de 
France avaient maintenu le statu quo, officiellement à Metz, formel- 
lement en Alsace, implicitement en Lorraine. La France pouvait 
aussi peu considérer ces Juifs comme des étrangers que la Russie, 
ceux de la Pologne, lorsqu'elle s'empara de ce pays. Les Juifs étaient 
là au moment de la conquête, ils devenaient les sujets du roi. Sans 
doute ce noyau s'était considérablement accru par l'immigration, 
mais les nouveaux venus s'étaient agrégés aux communautés exis- 
tantes et avaient été régulièrement admis parles seigneurs. C'étaient 
seulement ceux qui ne se mettaient pas en règle qu'on pouvait 
expulser comme vagabonds. Telle paraît avoir été la jurisprudence 
constante des intendants et du gouvernement. Les lettres-patentes 
du 10 juillet 1784, qui réglaient la condition des Juifs en Alsace, 
commençaient par exclure les étrangers, ainsi distingués de la 
population stable, domiciliée. De même, quand Louis XVI les 
exempta du péage corporel, c'est parce qu'il lui répugnait de 
laisser subsister une taxe aussi humiliante « sur aucun de ses 
sujets». Sans doute encore, les Juifs étaient frappés de nombreuses 
incapacités civiles et civiques, mais il ne faut pas confondre les 
droits politiques avec la nationalité. Les Juifs étaient des sujets 
inférieurs, des sujets déchus, ce n'étaient pas des étrangers. Si 
quelques-uns d'entre eux, comme Cerf Berr, demandaient et obte- 
naient des lettres de naturalité, c'est pour que la qualité de 
régnicole leur fût reconnue même dans l'intérieur de la France et 
pour que, même en Alsace, elle leur assurât la jouissance des 
droits dont ils étaient privés en tant que Juifs. 

Les Juifs d'Alsace — et moins encore ceux de Metz — ne se 
considéraient pas comme des étrangers; ils tenaient à établir qu'ils 
étaient régnicoles, on le verra précisément dans le mémoire qu'ils 
adressèrent au gouvernement pour prendre parla la convocation. Ils 
avaientleurs communautés, leurs syndics, ilsétaient traités séparé- 

1. Revue des Études juives, XXIII, 85. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 247 

ment au regard de l'impôt et en partie au regard de la justice, mais 
c'étaient là des concessions de l'autorité, des privilèges, comme on 
disait — pauvres privilèges ! — qui venaient de ce que le gouver- 
nement leur laissait la liberté du culte et de ce que les populations 
ne voulaient pas être confondues avec eux. Pour caractériser cette 
constitution particulière, à laquelle ils tenaient parce qu'elle leur 
permettait de résister à l'hostilité générale et parce que tout le 
monde alors tenait à ses privilèges, ils se qualifiaient de « Nation 
juive », mais ils avaient soin d'ajouter « régnicole ». Du reste, le 
mot de « nation » n'avait pas le sens qu'il a aujourd'hui. On disait 
couramment, par exemple, la « Nation picarde » et Mirabeau 
adressa ses lettres à la « Nation provençale ». N'oublions pas que, 
si la royauté a fait l'unité politique, c'est la Révolution qui a fait 
l'unité nationale de la France et que le particularisme, sous toutes 
ses formes, était fortement accusé dans la France de l'ancien 
régime, surtout en Alsace et presque autant dans le duché de 
Lorraine. 

Les populations au milieu desquelles les Juifs vivaient les consi- 
déraient, il est vrai, comme des étrangers, et les députés de 
l'Alsace traduisaient ce sentiment à l'Assemblée Constituante en 
qualifiant les Juifs d'étrangers. S'ils voulaient dire par là que les 
Juifs s'isolaient, menaient une vie à part, c'était soutenable, mais 
insociabilité et particularisme ne sont pas synonymes de différence 
de nationalité, et quand Reubell, avec l'aplomb qu'il montra dans 
toute cette affaire, affirma, au cours du débat de 20 juillet 1790, que 
les Juifs de Metz étaient des étrangers, une voix lui répondit tout 
net : « Ce n'est pas vrai 4 . » 

Quelques années avant la Révolution, Lacretelle, plaidant pour 
deux Juifs messins, établissait ainsi que les Juifs sont Français et 
régnicoles, au moins dans les provinces de l'Est : « Il n'y a aucune 
de nos provinces où ils n'aient des établissements. Ils sont, à la 
vérité, exclus de tous les autres lieux. Mais là où on leur a ouvert 
un asile, ils sont habitants; ils sont sujets du roi; ils vivent 
soumis à nos lois, protégés par elles ; ils promettent fidélité au 
gouvernement ; ils lui payent des impôts ; ils n'ont aucun des 
caractères dont l'on a marqué les étrangers parmi nous ; ils succè- 
dent les uns aux autres ; le fisc n'a aucune prise sur eux que dans 
les cas de mort civile ; ils contestent devant nos tribunaux, sans 
être obligés de donner caution pour leur solvabilité. Ils sont, si 
l'on veut, une nation à part, une nation dégénérée, à qui la gloire, 

1. V. Archives parlementaires, XVII, 218. 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ni l'honneur, ni rien de tout ce qui flatte le cœur de l'homme ne peut 
appartenir... Ils sont donc des sujets du roi ; ils font continuelle- 
ment avec lui le pacte commun, qui est soumission d'une part et 
sûreté de l'autre. — Je ne parle cependant ici, Messieurs, que de 
ceux qui sont nés en France, qui y habitent. Pour les autres, il 
n'est pas douteux qu'ils ne soient de vrais étrangers * ». — Plaidoyer 
d avocat, dira-t-on ? Ce n'est pas si sûr. Les clients de Lacretelle 
avaient levé des brevets en vertu de la loi de 1767, qui favorisait 
les étrangers ; leur cause était tout aussi bonne, l'avocat a soin de 
le faire remarquer, s'ils n'étaient pas nationaux. 

Ainsi, vis à-vis de la loi, de l'État, aux yeux du gouvernement 
français, les Juifs de l'Est n'étaient pas des étrangers, au sens légal 
du mot. Pour reprendre les termes du Règlement, ils étaient domi- 
ciliés et, s'ils n'étaient pas compris au rôle des impositions des 
communautés chrétiennes, ils étaient imposés, d'après un rôle 
spécial. 

Si les Juifs de l'Est n'étaient pas des étrangers, ceux du Midi 
l'étaient encore moins? Assurément Cependant un doute était 
possible à leur égard. Ils élaient venus s'établir au xvi e siècle 
dans un pays qui était depuis longtemps fermé aux Juifs et ils s'y 
étaient fait recevoir en qualité de marchands espagnols et portu- 
gais, c'est à-dire d'étrangers. Au xvn e siècle, un jurisconsulte 
autorisé les considérait comme des « aubains qui, par privilège, 
sont exempts du droit d'aubaine* ». Il ajoutait, il est vrai, que les 
descendants de ces nouveaux venus devaient être régnicoles et les 
lettres-patentes de 1550 étaient effectivement assimilées à des 
lettres de naturalité. En 1758, le procureur-général du Parlement 
de Bordeaux estimait que « les Juifs doivent être regardés dans ce 
royaume et autres pays de la domination de Sa Majesté comme 
régnicoles, et comme tels, capables de tous effets civils, en vertu 
des diverses lettres-patentes qui ont été accordées par nos rois 
depuis plusieurs siècles... Je ne pense pas que les Juifs qui ont 
un domicile fixe en France puissent être considérés comme 
aubains 3 ». Cet avis du procureur général était donné dans une 
affaire où le fisc voulait s'emparer de la succession d'un Juif décédé 
aux colonies, comme si les Juifs étaient des étrangers au moins en 
dehors du ressort du Parlement de Bordeaux. A plusieurs reprises 
le fisc renouvela ses tentatives, mais chaque fois il fut débouté. 

1. Plaidoyers (Bruxelles, 1775), p. 15-17. 

2. Les œuvres de M e Jean Bacquet, édition in-f° de Paris, 1688, p, 670. 

3. Beaufleury, Histoire de rétablissement des Juifs à Bordeaux et à Bayonne 
(Paris, an VIII), p. 116; Th. Malvezin, Histoire des Juifs de Bordeaux, p. 228-229. 



LES JUIFS ET IA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 2i9 

Mais si les « Portugais » avaient pu voir contester leur qualité 
de régnicoles, tandis que les « Allemands » avaient toujours été 
considérés officiellement comme sujets du roi, les premiers l'em- 
portaient néanmoins sur les seconds. Ils avaient fini par s'entendre 
en général avec leurs concitoyens chrétiens et leur ambition était 
d'être et de paraître le plus Français possible. L'un de leurs 
notables écrivait en 1788 : « Il a toujours été dans nos principes de 
nous assimiler aux autres citovens du rovaume en tout ce qui 
peut dépendre de nous 1 .» Au contraire, les Juifs « allemands » 
menaient une existence à part, repoussés par les populations au 
milieu desquelles ils habitaient et dont ils se distinguaient non 
seulement par leur culte, mais encore par leur genre de vie. 

Nous aboutissons ainsi à cette conclusion imprévue : on pouvait 
douter que les « Portugais » fussent Français et que les « Alle- 
mands » ne le fussent pas. De là vint que les premiers faillirent 
être écartés de la convocation et que les seconds faillirent y être 
admis. Mais on voyait que les « Portugais » étaient socialement des 
Français et que les « Allemands » n'avaient pas l'air de Français. 
De là vint que les premiers participèrent à la convocation générale 
et que les seconds prirent part à une convocation particulière. 

Juifs « portugais ». 

Les Juifs « portugais » tenaient naturellement à faire ressortir 
qu'ils étaient électeurs et éligibles. Dès le 18 avril 1789, un de leurs 
notables pouvait écrire au conseiller d'Etat Dupré de Saint-Maur, 
ancien intendant de Guyenne, membre de la commission consti- 
tuée sous la présidence de Malesherbes pour améliorer le sort de 
tous les Juifs de France : « Ce qui a mis, Monsieur, le comble à 
notre satisfaction, c'est l'article 20 du règlement de convocation 
aux États généraux, qui nous rend partie constitutive de l'État ; et 
d'après lequel le corps de notre nation, ayant reçu sa lettre d'invi 
tation de la part des officiers municipaux, a nommé quatre députés, 
au nombre desquels était notre sieur David Gradis, MM. Furtado, 
Lopès-Dubec et Azevedo. M. David Gradis a été lui-même élu par 
ses concitoyens un des quatre vingt-dix réservés à la ville de 
Bordeaux, et qui à ce titre, a été admis dans toutes les assem- 
blées des trois ordres, et dans toutes celles du tiers état de la 
sénéchaussée et de la ville ; avec une suffisante approbation 
générale pour n'avoir manqué que de peu de voix pour être un 

1. Malvezin, p. 247. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

des quatre députés aux États généraux 1 ». L'auteur de la lettre 
ajoute que cette admission s'est opérée avec « agrément ». Mais 
on ne voit pas en quoi le Règlement de convocation du 24 janvier 
avait comblé les vœux des Juifs de Bordeaux ; il n'était pas 
question d'eux dans ce document et nous verrons, au contraire, 
qu'ils n'en bénéficièrent pas sans peine. Les autres renseigne- 
ments sont à retenir ; les témoignages du temps ne font que les 
confirmer. Ainsi « les quatre députés de la Nation juive portu- 
gaise de Bordeaux qui ont concouru à la nomination des repré- 
sentants de cette ville à l'Assemblée Nationale » adressèrent à 
Grégoire, le 14 août 1789, une lettre rendue publique, dans 
laquelle ils insistaient sur l'égalité qui règne à Bordeaux entre 
Juifs et chrétiens et qui a éclaté « dans une multitude d'associations 
de commerce et de bienfaisance, dans la nomination de l'un de 
nous au nombre des quatre-vingt-dix électeurs de la ville 2 » . 
Ils auraient bien voulu qu'on ne s'occupât point d'eux. Quand la 
Constituante, après un long débat sur les Juifs, eut ajourné sa 
décision, les Juifs de Bordeaux (auxquels se joignirent ceux de 
Bayonne), alarmés d'un ajournement qui remettait tout en cause, 
envoyèrent à Paris des députés porteurs d'une Adresse pour établir 
leur qualité de régnicoles. Une des preuves qu'ils en donnent 
est leur participation aux élections pour les États généraux. 
« Dans toutes les occasions nous avons assisté aux assemblées 
publiques comme citoyens et comme négociants; mais, pour nous 
borner à l'heureuse révolution qui va faire prendre à la France une 
face nouvelle, nous avons (en vertu d'une lettre des officiers muni- 
cipaux adressée à notre syndic) concouru à toutes élections qui 
ont précédé celles des représentants de la Nation par six députés. 
Ces députés ont eu plusieurs voix pour devenir électeurs ; et le 
sieur David Gradis, l'un d'eux, ayant réuni le nombre de suffrages 
suffisant, a été admis au nombre des quatre-vingt-dix électeurs de 
la ville de Bordeaux ; il a, en cette qualité, souscrit plusieurs des 
adresses qu'ils ont eu l'honneur de présenter à l'auguste Assemblée 
Nationale... Quels titres plus recommandables pourrait-on exiger 

1. Lettre publiée par Malvezin, p. 253-254, qui l'attribue à David Gradis; mais 
celui-ci y est cité à la troisième personne; elle a dû être écrite en son nom. 

2. Sur cette lettre, voir au chap. iv de la présente étude. Grégoire a puisé à cette 
lettre en écrivant dans la INotice historique qui précède sa Motion en faveur cies 
Juifs : «Les Ktats généraux ayant été convoqués, les Juifs Portugais... ont figuré dans 
les assemblées électives. A Bordeaux quatre d'entre eux ont été choisis pour concourir 
à la nomination des représentants à l'Assemblée nationale : MM. David Gradis, électeur, 
Furtado l'aîné, Azevedo et Lopès du Bec; quelques voix seulement ont manqué au 
premier pour être député à l'Assemblée nationale » (p. iv). 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 251 

pour reconnaître en nous la qualité de citoyens actifs ? pourrait- 
on même en imaginer de plus respectable quo celui d'avoir 
concouru à la formation de l'augusto Assemblée qui doit irrévoca- 
blement fixer notre sort? » Ces faits riaient prouvés par les 
documents suivants, dont l'inventaire suit l'Adresse et apporte 
d'utiles précisions : « Lettre de convocation pour l'assemblée des 
différentes corporations de la ville de Bordeaux pour la nomination 
des députés à l'Assemblée Nationale, en date du 25 février, adressée 
par >1M. les officiers municipaux au syndic des Juifs portugais ; 
parçjjle lettre de convocation au syndic des Juifs avignonnais ; 
liste des députés des corporations de la ville de Bordeaux, dans 
laquelle les. six députés juifs sont compris avec le nombre de voix 
que chacun d'eux a eu pour être électeur ; verbal de l'admission 
des députés juifs du Bourg-Saint-Esprit-lès-Bayonne à l'assemblée 
primaire de la sénéchaussée de Ta r tas, avec les lettres de M. le 
Garde des Sceaux, qui établissent le droit des Juifs à toutes repré- 
sentations comme citoyens français ; en conséquence ils ont 
concouru dans cette sénéchaussée à la nomination des députés à 
l'Assemblée Nationale 1 . » Noter la différence : les Juifs de Bordeaux 
ont été invités, ceux de Saint-Esprit ont dû se faire admettre. — 
Tout en faisant cause commune avec leurs frères de Bordeaux, 
ceux de Bayonne chargèrent l'agent de la Nation à Paris, David 
Silveyra, de défendre leur cause. Silveyra publia en leur nom une 
Adresse pour le maintien du droit d'électorat et de celui d'éligi- 
bilité, « dont ils ont déjà fait usage pour la composition de l'illustre 
Assemblée qui va prononcer sur leur sort 2 ». — Cet argument fit 
impression sur la Constituante : à la séance du 28 janvier 1790, 
Talleyrand rapporta favorablement la requête des « Portugais », en 
faisant ressortir qu'ils avaient « concouru en dernier lieu à l'élec- 
tion des députés à l'Assemblée », et de Sèze, député de Bordeaux, 
vint défendre les électeurs qui avaient influé sur sa nomination. 
« Les Juifs de Bordeaux, ajouta-t-il, ont exercé la plénitude des 
droits de citoyens actifs en concourant comme électeurs à l'élec- 
tion des députés de l'Assemblée Nationale et si quelques-uns 
d'entre eux ne siègent pas dans cette assemblée, le hasard seul 
les a privés de cet honneur, que leur patriotisme, si souvent 



1. Adresse à V Assemblée nationale (Archives nationales, AD XVII 48 ; imprimé), 
p. 3-4, 7-8. 

2. Adresse présentée à l'Assemblée nationale par les députés des Juifs espa- 
gnols et portugais établis au Bourg-Saint-Esprit-lès-Bayonne [Bibliothèque natio- 
nale, Ld 8 »50], p. 3-4. 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

déployé dans toutes les crises de la France, leur eût mérité 1 . » 
Ce que les Juifs de Bordeaux et leurs défenseurs ne tenaient pas 
à dire, c'est que l'admission des « Portugais » dans les collèges 
électoraux ne se fit pas sans opposition. Ce fait, ignoré jusqu'à 
présent, nous est attesté par une lettre du maire et des juratsde la 
ville au ministre, en date du 28 février 1789 2 . Après l'avoir informé 
du cours normal des opérations électorales, ils ajoutent : 

La seule difficulté qui se soit présentée jusqu'à présent regarde les 
Juifs établis en cette ville ; ils ont des lettres de naturalité, qui semblent 
leur donner droit à la convocation. Mais les autres corporations marquent 
la plus grande opposition à admettre les Juifs parmi elles et désirent que 
l'on retire l'invitation qui avait déjà été envoyée à la corporation des 
Juifs portugais. Nous nous concilierons avec M. l'Archevêque et M. le 
Commandant pour lever cette difficulté à la satisfaction de toutes 
parties. 

D'après ces textes nous pouvons reconstituer ainsi ce qui s'est 
passé à Bordeaux. Cette ville était de celles où, d'après l'article 26 
du Règlement général (l'article visé plus haut), les habitants 
devaient s'assembler d'abord par corporations, « à l'effet de quoi 
les officiers municipaux seront tenus de faire avertir, sans minis- 
tère d'huissier, les syndics ou autres officiers principaux de chacune 
desdites corporations, pour qu'ils aient à convoquer une assemblée 
générale de tous les membres de leur corporation... Les corpora- 
tions d'arts libéraux, celles de négociants, armateurs et généra- 
lement tous les autres citoyens réunis par l'exercice des mômes 
fonctions et formant des assemblées ou des corps autorisés, nom- 
meront deux députés à raison de cent individus et au-dessous, 
quatre au-dessus de cent, six au-dessus de deux cents et ainsi de 
suite 3 ». En vertu de cet article, les officiers municipaux envoyèrent 
le 25 février une lettre de convocation au syndic des Juifs « portu- 
gais » comme aux syndics des autres corporations. Les Juifs de 
Bordeaux formaient-ils une corporation ? Comme il fallait bien 
s'adaptera l'organisation du temps, leur groupement ressemblait à 
ce qu'on appelait alors les corps et communautés ; leur chef 

1. V. Archives parlementaires, XI, 363 et s. — La dernière phrase est une allu- 
sion a David Gradis, chef d'une maison d'armateurs qui avait rendu des services 
signalés lors des guerres maritimes sous Louis XV. Voir en dernier lieu J. de Maupas- 
sant, dans la Revue historique de Bordeaux et du département de la Gironde, 
(1909), n°" 3 et 4. 

2. Archives nationales, B A 22, dossier 2, p. 1 ; autre exemplaire dans le dossier 16, 
pièce 1. 

3. Hrette, I, 77. 



LES JUIFS ET Là CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 253 

prenait le titre de syndic, ils observaient les formes des corpora- 
tions. Mais on peut légitimement douter qu'ils constituassent une 
corporation, car ils étaient réunis non « par l'exercice des mêmes 
fonctions », de la même profession, mais par l'exercice de leur 
culte commun et l'accomplissement de leurs devoirs religieux 1 . Il 
est vrai qu'à ce compte, ils auraient pu être convoqués individuel- 
lement avec les autres habitants du tiers état qui ne se trouvaient 
compris dans aucun corps (article 27 du Règlement). Aussi bien 
n'est-ce pas là, à ce qu'il semble, la difficulté que firent surgir les 
autres corporations ; leur vive opposition venait plutôt d'une 
autre source : elles ne voulaient pas être traitées sur un pied 
d'égalité avec les Juifs, auxquels elles ne reconnaissaient pas tous 
les droits civiques. De fait, les Juifs étaient encore frappés de 
certaines incapacités : ils ne pouvaient faire partie des Chambres 
de commerce, ni occuper des charges municipales. Mais, par 
contre, la municipalité considérait les lettres-patentes accordées 
aux Portugais et renouvelées de règne en règne — les dernières 
en date et les plus larges étaient celles de 1776 — comme des 
lettres de naturalilé. Nous ne savons pas comment le conflit fut 
apaisé 2 , mais la suite montre qu'on fit entendre raison aux corpo- 
rations et qu'elles cédèrent sans que le gouvernement eût à 
intervenir. Sans doute l'archevêque et le gouverneur s'entremi- 
rent. On peut croire aussi que la position sociale de quelques 
notables juifs et la considération dont ils étaient entourés firent 
impression sur les opposants. Non seulement la « corporation » des 
« Portugais » vit sa convocation maintenue, mais encore celle des 
« Àvignonnais », qui était constituée à part et qui avait obtenu en 
1780 des lettres-patentes analogues à celles de 1776, fut également 
convoquée. La première, d'après le nombre de ses membres présents 
à l'assemblée, put nommer quatre députés ; la seconde n'eut droit 
qu'à deux 3 . Les deux députés « àvignonnais » ne nous sont pas 
connus. Les quatre « portugais » étaient des notables de la commu- 
nauté. D'Azevedo, nous ne savons rien de plus. Abraham Furtado, 
seul, n'était pas un commerçant, mais un homme de lettres (mort 

1. Après la Révolution, les Juifs de Bordeaux s'opposèrent à la mise en adjudication 
d'un de leurs cimetières, alléguant qu'ils ne formaient pas une corporation dont la 
nation aurait pu s'approprier les biens. 

2. Le dossier des Archives nationales ne contient aucune autre indication. Les 
Archives départementales de la Gironde et les Archives communales de Bordeaux ne 
paraissent pas avoir de dossier sur cette affaire (communications de MM. les archi- 
vistes^. 

3. De là vient qu'on parle tantôt de six députés (des Juifs de Bordeaux), tantôt de 
quatre seulement (des « Portugais »). 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en 1817); plus tard, il joua un rôle comme présidentde l'Assemblée 
des notables de 1806 et comme rapporteur du Sanhédrin de 1807. 
Au moment où nous sommes, il faisait partie de la commission 
présidée par Malesherbes avec son ami Salomon Lopès-Dubec, un 
des « anciens » de la Nation, qui appartenait à une des principales 
familles juives dé Bordeaux ; il devait également être membre 
de l'Assemblée des notables (il mourut en 1838). Le plus marquant 
était l'armateur David Gradis, qui venait de prendre la direction de 
la maison Gradis, une des plus considérables de la place de Bor- 
deaux. Il mourut en 1811, laissant la réputation d'un philanthrope 
et d'un penseur 1 . Grâce sans doute à sa haute position commer- 
ciale, Gradis fut désigné par le suffrage des députés des corporations 
et des autres habitants comme l'un des quatre-vingt-dix électeurs 
que le Règlement général avait accordés à Bordeaux pour former 
l'assemblée du tiers état de la ville et prendre part aux assemblées 
de la sénéchaussée. Cependant, en suite d'un règlement particu- 
lier du 15 mars, ces quatre-vingt-dix électeurs choisirent séparément 
quatre députés sur les huit auxquels avait droit la sénéchaussée de 
Guyenne. Dans cette nouvelle élection Gradis faillit encore passer ; 
il ne lui manqua que peu de suffrages pour être élu. Un déplace- 
ment de quelques voix et les Juifs de France — entendons-nous : 
les Juifs « portugais » — auraient été représentés aux États géné- 
raux, à l'Assemblée Nationale. Graetz s'est demandé ce qui se serait 
passé si Gradis avait siégé à la Constituante 2 . Les Juifs « portu- 
gais » n'auraient pas été inquiétés, mais les Juifs « allemands » 
auraient peut-être été désavoués par leurs frères du haut de la 
tribune. 

Si les Juifs de Bordeaux paraissent avoir eu raison sans trop de 
difficulté de l'opposition qui s'était dessinée contre leur admission 
aux assemblées électorales, ceux de Bayonne, ou plus exactement 
du bourg Saint-Esprit-lès-Bayonne, ne s'en tirèrent pas à si bon 
compte. Les négociations furent longues et le ministre dut inter- 
venir. Ici, l'élection du premier degré ne se faisait pas par corpo- 
rations; tous les habitants devaient être convoqués les uns avec les 
autres, rédiger en commun le cahier de doléances et élire ensemble 
leurs députés. Or, dans ce gros bourg (aujourd'hui faubourg de 
Bayonne), les Juifs étaient relativement fort nombreux et, si l'on 

i. Ces indications biographiques d'après Malvezin, passim (voir à l'Index). Sur Fur- 
tado v. aussi VEloge de Michel Berr (Paris, 1817) et la Notice reproduite dans les 
Arckives Israélites. 1841, p. 362. 

2. Monatssckrift fur Gesch. u. Wiss. d. Jud., XXIV (1875), 457-8. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 255 

avait appliqué alors la représentation proportionnelle, la population 
chrétienne aurait été représentée pour une part notable par eux *. 
Cette anomalie (dans les idées d'alors) aurait suffi, en dehors même 
de la condition spéciale des Juifs, à provoquer l'opposition des 
habitants chrétiens, qui leur étaient hostiles et qui appartenaient 
la plupart à une autre classe. Aussi y eut-il beaucoup de « tirage». 
Ces difficultés nous sont révélées par la correspondance du lieu- 
tenant de la sénéchaussée de Tartas avec le garde des sceaux (de 
qui relevaient toutes les questions relatives à la convocation des 
Etats généraux, opération de Tordre judiciaire). La sénéchaussée 
de Tartas, oubliée dans le Règlement général du 24 janvier, fut 
admise à députer directement par un règlement du 19 lévrier. Les 
opérations électorales devaient être dirigées par le sénéchal d'Albret 
ou par son lieutenant 2 . Celui-ci était le baron de Lalugue 3 . À la 
date du 14 mars, il écrit au ministre que les Juifs de Saint-Esprit 
se sont plaints à lui d'être repoussés par leurs citoyens chrétiens*: 

La Nation juive portugaise établie par lettres-patentes au bourg Saint- 
Esprit-lès-Bayonne a député devers moi pour me représenter que le juge 
des lieux et les habitants des lieux ne voulaient point les appeler ni com- 
prendre dans leurs assemblées, ni recevoir le cahier de leurs doléances. 
Je les ai reçus aussi honnêtement que j'ai su, en les assurant qu'on leur 
rendrait justice et qu'on ferait exécuter à leur égard tout ce qui peut, dans 
le Règlement du 24 janvier, favoriser leurs prétentions. Mon opinion à cet 
égard, Monseigneur, est que la réclamation de ces Juifs est fondée. 
L'article 25 du Règlement ne me paraît laisser aucun doute à cet égard; 
ils ont une existence civile dans le royaume, l'exercice public de leur 
religion leur est permis au bourg Saint-Esprit, ils y ont une synagogue ; 
ils exercent tous les droits du citoyen, puisqu'ils acquièrent chaque jour 
des propriétés de toute espèce sous l'autorité de la loi qui les a admis 
dans le royaume ; enfin, ils paient l'impôt comme tout autre citoyen. Ils 
ont donc intérêt à la chose et sont fondés à demander à être convoqués 

1. Coût été encore plus fort s'il était vrai que les Juifs l'emportaient par le nombre 
sur les chrétiens de Saint-Esprit, où il y aurait eu, d'après le Dictionnaire de 
d'Expilly {s. v. Bayonne, I, 419 b; 1762) 3.500 Juifs contre 2.300 chrétiens : les Juifs, 
convoqués avec les chrétiens, les auraient majorisés et la paroisse aurait été représentée 
par des Juifs ! Mais on va voir que les Juifs n'étaient pas aussi nombreux, du moins 
en 1789. Beaufieury estime qu'il y en avait alors environ 1.000 individus des deux 
sexes. 

2. Brette, I, 135-6. 

3. Ou Laluquc ? M. Brette, II, 53, n. 2, le confond avec Brunet de Latuque, député 
protestant de Nérac. 

4. Archives nationales, B A S0, liasse 195, dossier 2, pièce 6 (copie dans B III, 
tome 146, p. 46). Nous avons modernisé l'orthographe et modifié quelquefois la ponc- 
tuation de ces documents et de tous ceux que nous publions. 



2H6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

surtout après l'article 25 du Règlement. J'ai l'honneur de vous soumettre 
mon opinion, Monseigneur, et je vous conjure de me fixer sur cet objet. 
Votre réponse peut m'arriver à temps. 

Ainsi le premier obstacle était venu des chrétiens de Saint- 
Esprit, qui, soutenus par le juge du lieu, ne voulaient pas recon- 
naître les Juifs comme électeurs au même titre qu'eux. Les Juifs 
prétendaient remplir les conditions de l'article 25 du Règlement de 
la convocation, étant « nés Français ou naturalisés. . . domiciliés 
et compris au rôle des impositions ». Ils réussirent à convaincre 
du bien-fondé de leur réclamation le lieutenant de la sénéchaussée. 
Mais ce dernier reçut d'autres renseignements, et d'une source 
différente ; c'était un autre son de cloche, qui le rendit hésitant, 
en faisant naître une nouvelle difficulté. A une lettre en date du 
21 mars il ajoute en post-scriptum 1 : 

Depuis ma lettre écrite, Monseigneur, j'apprends des détails plus cir- 
constanciés de l'état de Bourg Saint-Esprit. Il est composé de plus de mille 
feux, on compte sa population de six ou sept mille habitants. La nation 
juive portugaise en forme le tiers. Elle se régit par des lois qui lui sont 
particulières; elle s'impose elle-même et ne peut avoir rien de commun 
avec le régime du bourg. Cette nation doit-elle être convoquée avec les 
autres habitants, former son cahier de doléances en commun ou bien 
doit-elle s'assembler et faire son cahier de doléances en particulier ? Dès 
lors par qui devra-t-elle être présidée? par le juge des lieux, à la police 
duquel elle est soumise, ou bien être présidée par son syndic? Enfin, 
n'aurait-elle aucun droit à envoyer 2 à l'assemblée des Etats généraux? 
Encore devront-ils être en proportion de sa population? J'ai l'honneur 
de vous demander la réponse la plus prompte sur tous ces objels. J'ai eu 
l'honneur de vous faire part de mon opinion. 

Il s'agissait maintenant de savoir non seulement si les Juifs de 
Saint-Esprit seraient convoqués, mais encore, dans l'affirmative, 
comment ils seraient convoqués. Toute cette affaire donnait bien du 
fil à retordre au pauvre lieutenant. Il presse le ministre de lui com- 
muniquer ses instructions. Il revient à la charge le 24 mars, puis 
le 28 : il attend avec impatience la solution des difficultés qu'il a 
soumises 3 . 

Et voici qu'il en surgit de nouvelles. A combien de députés les 
Juifs ont-ils droit? Peut-on les considérer comme convoqués par la 

1. Ibidem, pièce 10 (Bill, p. 65). 

2. Le mot n'est pas bien lisible ; on dirait « influer ». D'ailleurs, cette phrase se 
concilie mal avec la suivante. 

3. Ibidem, pièces 11 et 12 (Bill, p. 69, 72). 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 257 

publication à l'église paroissiale ou, puisque ce sont des Juifs, 
la publication doit-elle être faite pour eux le samedi, à la syna- 
gogue ? Nouvelle lettre du lieutenant le 31 mars ' : 

Le juge du Saint-Esprit me propose deux difficultés par le dernier cour- 
rier. J'ai l'honneur de vous les soumettre... La seconde difficulté vient 
de la Nation juive portugaise. Le juge demande si le Hèglement, les lettres 
de convocation et mon ordonnance 1 doivent être lues et publiées à la 
synagogue et à son issue le jour du sabbat ou si la publication qui en sera 
faite à Saint-Etienne doit suffire. J'ai eu l'honneur de vous faire connaître 
à peu près leur nombre. Le juge demande combien ils doivent avoir de 
députés. J'ai l'honneur de vous soumettre ces difficultés. Je vais écrire 
au juge que je lui ferai part de la solution que vous aurez la bonté d'y 
donner. 

La réponse du ministre est datée du 26 mars 3 : 

. . . Vous avez pensé avec raison que dès que les Juifs portugais du 
bourg Saint-Esprit-lès-Bayonne y jouissent d'un état civil autorisé par 
lettres-patentes, qu'ils y acquièrent des propriétés sous l'autorité de la loi 
et y contribuent aux impositions, ils remplissent tout ce qu'exige l'ar- 
ticle 25 du Règlement du 24 janvier dernier et doivent être convoqués 
parmi les autres Français dont parle cet article. 

Le ministre approuvait donc l'opinion émise par le lieutenant 
dans sa lettre du 14 mars et faisait droit à la réclamation des Juifs : 
ceux-ci sont Français et doivent prendre part à la convocation. Mais 
la réponse ministérielle ne levait que la principale difficulté. Restait 
à savoir si les Juifs seraient convoqués à part et combien de députés 
ils éliraient. Tout en donnant son avis personnel, le lieutenant prie 
le ministre de trancher ces questions, dans une nouvelle lettre, qui 
doit être du 4 avril 4 : 

... "Vous avez daigné lever une difficulté concernant la Nation juive 
portugaise établie au bourg Saint-Esprit-lès-Bayonne, mais il en reste 
encore bien d'autres à lever. J'ai eu l'honneur de vous en proposer déjà 
quelques-unes par le dernier courrier. Je vous en soumis deux princi- 
paux (sic), que le juge de Saint-Esprit a fait naître. J'en attends la 
solution. 

1. Ibidem, pièce 13 (Bill, p. 75). 

2. Les lettres adressées par le roi à chaque bailli ou sénéchal d'épée en vue de la 
convocation des États généraux et l'ordonnance de cet officier ou de son lieutenant 
convoquant les habitants de chaque communauté. 

3. Ibidem, pièce 7 (B III, p. 50). 

4. Ibidem, pièce 3 (Bill, p. 23). Elle porte la date du 4 mars, mais c'est un lapsus, 
car elle se réfère à celle du 31 mars et à la réponse du 26 mars. 

T. LX1V, n° 128. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'antipathie naturelle et forte qu'il y a entre cette nation et les chrétiens 
et de ceux-ci envers elle ne me paraît pas permettre qu'on puisse les 
assembler et les réunir sans prévoir bien des inconvénients ; mais d'un 
autre côté, il me paraît y en avoir au moins autant à leur faire tenir ces 
assemblées séparées. Cependant, il me paraît y avoir une raison pour ce 
dernier parti, que je puise dans le Règlement. Ils ont un rôle séparé, ils 
forment par conséquent une communauté particulière. Si vous adoptez 
cette opinion, que je ne fais que vous proposer, il me semble que le 
nombre des députés qu'ils pourront envoyer doit être en proportion de 
leur population dans le même bourg, c'est-à-dire du tiers, et par consé- 
quent ils ne devront avoir qu'un député sur trois d'après les renseigne- 
ments que j'ai eus sur ce bourg et dont j'ai eu l'honneur de vous 
faire part. 

Impatient, caries délais vont expirer et le sénéchal « s'annonce 
toujours et n'arrive jamais », le lieutenant renouvelle ses demandes 
le 11 avril * : 

... J'attends la solution aux autres questions que j'ai eu l'honneur de 
vous proposer et je pense toujours que la Nation juive portugaise du bourg 
Saint-Esprit, ayant un syndic et un rôle séparé, doit être assemblée sépa- 
rément du reste des habitants dudit bourg. Cependant, je ne déciderai 
rien que d'après vos ordres. Mon opinion me paraît conforme au 
Règlement. 

La réponse du ministre ne partit que le 14 avril. Elle se réfère à 
la lettre du 31 mars 2 : 

... Le parti que vous avez cru devoir prendre pour le bourg du Saint- 
Esprit est fort sage. Dès qu'il n'y a pour ce bourg d'autre église parois- 
siale que celle de Saint-Etienne, c'est au prône de cette église que doit 
être faite la publication. . . 

Je vous ai répondu relativement à la convocation des Juifs portugais. 
Quant à la forme de cette convocation, les lettres et l'ordonnance ne 
doivent point être lues à la synagogue et la publication qui en sera faite à 
Saint-Etienne devra suffire. Je ne puis qu'approuver le parti que vous 
prenez de les convoquer séparément, pour prévenir les discussions que 
la différence de culte pourrait occasionner. Le nombre de leurs députés 
devra être relatif à leur population et fixé d'après les proportions du 
règlement. 

Ainsi, le ministre donnait raison au lieutenant sur tous les points 
au sujet desquels il avait été consulté. Les Juifs, dissidents, devaient 

1. Ibidem, dossier 3, pièce 7 (B III, p. 110). 

2. Ibidem, dossier 2, pièce 4 (Bill, p. 35). 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 259 

être convoqués à part des autres habitants, mais sans publication 
spéciale, — répugnait-il de publier officiellement ces actes solonnels 
dans une synagogue ? Ils nommeraient autant de députés que leur 
nombre leur en donnerait le droit, soit, d'après l'article 31 du 
Règlement, au nombre de «■ 2 à raison de 200 feux et au-dessous, 
de 3 au-dessus de 200 feux, de 4 au-dessus de 300 feux et ainsi de 
suite. » Les Juifs de Saint-Esprit obtenaient, en définitive, ce qu'on 
avait accordé à ceux de Bordeaux, avec cette nuance — indifférente 
en l'espèce — qu'ils étaient traités comme une communauté, non 
comme une corporation. 

Que se passa-t-il alors ? Le dossier qui contient la correspondance 
entre le lieutenant de la sénéchaussée de ïartas et le garde des 
sceaux ne nous dit plus rien f . Mais ici s'intercale un renseignement 
précieux fourni par Malvezin, malheureusement sans indication de 
source : « Le juge de Saint-Esprit se refusa à recevoir la dépêche 
du grand sénéchal d'Albret qui lui ordonnait de convoquer la 
communauté juive. Sur la requête de celle-ci, le baron de Batz, 
grand sénéchal d'Albret, ordonna au syndic de Saint-Esprit, 
M. Larré, ou à tout notaire, d'appeler par députation la nation 
portugaise à l'assemblée. Cette communauté, convoquée avec 
l'ensemble des habitants du bourg Saint-Esprit, protesta de son droit 
de réunion particulière et de nomination de députés spéciaux ; et, 
après s'être retirée le même jour, 19 avril, dans le lieu ordinaire de 
ses réunions, procéda devant notaire à la nomination des députés 
qui devaient porter ses cahiers à Tartas, chef-lieu de la séné- 
chaussée. Ces députés furent Jacob Siiveyra, Furtado jeune, 
Benjamin Tavarès et Mardochée Lopès Fonseca 2 . » Voilà qui n'est 
pas très clair, après ce que nous avons vu jusqu'ici. On dirait que le 
baron de Batz, grand sénéchal d'Albret, désigné pour la sénéchaussée 
de Tartas 3 , et qui avait uni par rejoindre son poste, ne savait pas ce 
que son lieutenant avait fait et ce que le ministre lui avait écrit. Il 
ordonne au juge de Saint-Esprit de convoquer les Juifs, sans doute 
avec les autres habitants du bourg ; le juge refuse, — est-ce parce 



1. Ni les Archives départementales des Landes (département dont dépend Tartas), 
ni celles des Basses-Pyrénées, ni les Archives communales de Bayonne n'ont de dossier 
sur cette affaire, d'après les communications des conservateurs de ces dépôts. 

2. Th. Malvezin, Histoire des Juifs à Bordeaux, p. 254-255. H. Léon, Histoire des 
Juifs de Bayonne, copie Malvezin, comme toujours. Beaufleury, Histoire de l'établis- 
sement des Juifs à Bordeaux et à Bayonne, p. 143, note, fait allusion à cette affaire; 
mais visiblement il ne connaît que le titre de la pièce justificative cité dans l'Adresse 
des Juifs de Bordeaux à l'Assemblée nationale. 

3. Brette, II, 53. 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'ils devraient être convoqués à part 1 ? Le grand sénéchal les fait 
alors convoquer par le syndic ou par notaire. Mais les Juifs, qui 
avaient d'abord voulu faire ligure, comme électeurs, avec les autres 
habitants et au même titre et qui s'étaient plaints au lieutenant de 
la sénéchaussée de ce que leurs concitoyens chrétiens ne voulaient 
point être réunis avec eux, tiennent maintenant, conformément 
d'ailleurs à la décision ministérielle, à se réunir à part, se fondant 
apparammentsurce qu'ils forment une communauté distincte et ont 
un rôle d'impôts séparé. Ils se sont aperçus que, mêlés aux habi- 
tants chrétiens montés contre eux, ils seront majorisés et n'auront 
aucun député qui les représente. Ils se réunissent donc entre eux 
par devant notaire — pour que leur réunion et la régularité de 
leurs opérations soient officiellement constatées — et nomment 
quatre députés, ce qui montre qu'ils comptaient plus de 300 feux. 
Ces quatre députés, dont nous ne connaissons que les noms — le 
quatrième était peut-être le même que Fonseca neveu, qui repré- 
sentait les Juifs de Bayonne dans la commission de Malesherbes — 
se rendirent aussitôt à Tartas avec le cahier de doléances de leurs 
électeurs. Mais ils ne furent pas admis sans difficulté à l'assemblée 
du tiers-état de la sénéchaussée. Le conflil reparut et il fallut une 
séance d'après-midi pour l'aplanir. C'est ce que nous apprend ce 
passage du « procès-verbal de l'élection des deux députés du tiers », 
à la date du 22 avril 2 . 

Attendu que la séance de relevée de hier fut occupée à recevoir les com- 
parution, dire et réquisition des quatre députés de la nation portugaise 
du bourg Saint-Esprit-lès-Bayonne, et dont les droits par eux prétendus 
à raison d'une députation propre et particulière pour leur communauté 
furent par nous renvoyés à être discutés avec quatre commissaires dudit 
bourg Saint-Esprit, ainsi que du tout appert par le verbal particulier sur 
ce par nous dressé le dit jour d'hier... 

Les députés des chrétiens de Saint-Esprit — ils étaient au nombre 
de dix — prétendaient que la paroisse seule avait été légalement 
et valablement convoquée et qu'elle était seule en pouvoir d'envoyer 
des députés à l'assemblée du tiers; les députés juifs ne devaient 

1. On se rappelle que ce juge avait refusé de convoquer les Juifs, d'après la plainte 
de ceux-ci au lieutenant, relatée par cet officier dans sa lettre au ministre du 14 mars. 
Ceci suggère l'hypothèse que le refus dont parle Malvezin est le même et que par 
la dépêche du grand sénéchal d'Albret il faut entendre l'ordonnance du sénéchal, 
envoyée en son nom par son lieutenant, en vue de la convocation dans chaque com- 
munauté. Ce point demande encore à être éclairci. 

2. Ibidem, dossier 6; même acte dans C 24, dossier 156, pièce 2 (copie dans Bill 146, 
p. 214-215). 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 261 

donc pas être admis. Ces derniers soutenaient qu'ils représentaient 
régulièrement la communauté juive, laquelle avait droit à unedépu- 
tation particulière. Le sénéchal, au lieu de s'en rapporter a la lettre 
ministérielle, qui favorisait la seconde thèse, invita quatre des 
députés chrétiens à s'entendre avec les quatre députés juifs. Pour 
ceux-ci, la représentation était surtout une question de dignité et 
d'équité, car eussent-ils été plus nombreux et tous admis, ils 
n'auraient pu influencer sensiblement ni le cahier de doléances du 
tiers, ni l'élection de ses députés. Ils acceptèrent donc un com- 
promis, qui fut consigné dans un « verbal * ». 

En quoi consistait ce compromis? On admit les députés juifs, 
maison n'en admit que deux au lieu de quatre. En effet, le « procès- 
verbal » déjà cité, énumérant les noms des électeurs dont on faisait 
l'appel, donne tout à la fin ceux-ci : « S r Silveyra et Fonseca, 
députés de la Nation juive portugaise du Saint-Esprit. » J'avoue 
que, quand on parcourt ce long grimoire en style et en écriture 
d'huissier, on ne trouve pas sans quelque émotion, parmi ceux qui 
ont pris part au grand acte d'où est sorti une France nouvelle, ces 
deux « députés de la nation juive portugaise. » 

Juifs « allemands ». 

Aux difficultés éprouvées par les Juifs de Saint-Esprit et même 
par ceux de Bordeaux pour figurer dans les élections à côté des 
autres habitants du tiers on peut mesurer l'opposition à laquelle se 
seraient heurtés les Juifs de l'Alsace, des Évèchés et de la Lorraine 
s'ils avaient paru aux assemblées électorales côte à côte avec les 
chrétiens. Sans doute ceux-ci ne se seraient pas bornés à coucher 
sur leurs cahiers des vœux violents, mais impuissants : les Juifs être 
traités sur le même pied qu'eux ! Ils le leur auraient fait voir. Même 
si les Juifs avaient tenu des réunions séparées, mais officielles, leurs 
concitoyens n'auraient pu le supporter, et qu'eût-ce été dans les 
communautés — il y en avait, notamment en Alsace — où les 
Juifs étaient plus nombreux que les paroissiens? Quand on se 
rappelle l'effervescence et les troubles qui éclatèrent dans ces 
pays au début de la Révolution, lorsqu'on put craindre que les 
Juifs ne seraient plus considérés comme des parias, on doit estimer 
que, dans l'intérêt de leur sécurité, il valait mieux qu'ils fussent 
oubliés dans la convocation des États généraux. 

1. C'est ce verbal qui était annexé, comme pièce justificative, à l'Adresse des Juifs 
de Bordeaux et de Bayonne à l'Assemblée nationale (voir plus haut). 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais, objectera-t-on, qui songeait à les convoquer?— Et pourquoi 
pas ? demanderons-nous à notre tour. Nous croyons avoir montré 
que les Juifs « allemands » remplissaient les conditions légales 
pour concourir à la rédaction des cahiers et à la nomination des 
députés. Nous ne savons pas s'ils s'y attendaient; mais ce qui nous 
paraît décisif, c'est que la question fut posée. Nous sommes, en 
effet, en mesure d'établir que, dans les provinces où ils étaient 
régulièrement établis, on pensa aies convoquer. 

A Sarreguemines, dans la Lorraine dite allemande, où les Juifs 
étaient aussi mal vus qu'en Alsace, le marquis de Chamborant, 
grand-bailli, soumet au ministre, le 14 février, cette question entre 
autres 1 : 

Les Juifs, nombreux à Sarreguemines, ayant une synagogue, comment 
seront-ils traités ? 

J^a réponse du ministre, qui ne nous est pas connue, fut certai- 
nement négative, comme il résulte de deux autres cas. 

A l'autre extrémité de la province, dans un bailliage qui fut 
réduit à Bar-le-Duc, à Etain, Rollin, lieutenant de mairie et de 
police, demande au ministre le 6 mars 2 : 

Nous avons sept à huit Juifs, nés en France, âgés, domiciliés ici et 
payant impositions. Ont-ils le droit d'assister aux assemblées en vertu de 
l'article 25 ? Il semble que non, parce que leur naissance est subordonnée 
aux lois qui ne les tolèrent en cette province que comme étrangers, 
qu'ils ont un rôle d'impositions particulier entre eux pour toute la 
province et ne sont pas compris dans le rôle de nos impositions; qu'on ne 
les regarde pas comme bourgeois; qu'ils ne participent ni aux bénéfices, 
ni aux charges et ne paraissent jamais aux assemblées de ville. Cepen- 
dant, on nous objecte que, quoiqu'ils n'eussent jamais payé d'industrie, 
la Chambre des comptes les a, l'année dernière et la présente, compris 
dans la liste des corps sujets à cette imposition et qu'ils paient. Cette 
circonstance peut-elle faire décider en leur faveur ? 

On hésitait donc à Etain. Les Juifs en question étaient nés en 
France — Rollin n'ose pas dire nés Français — âgés de vingt-cinq 
ans, domiciliés et contribuables. Ils étaient même soumis, depuis 
1788, à l'impôt du vingtième d'industrie (sur le produit des profes- 
sions), pour lequel ils étaient couchés sur le même rôle que leurs 
concitoyens et confrères, tandis qu'ils acquittaient les autres 
impôts d'après un rôle commun à tous les Juifs de la province. 

i. Archives nationales, B A 77, bailliage de Sarreguemines, 1, pièce 8. 
2. Archives nationales, B A 19, liasse 12, pièce 4. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 263 

Mais le lieutenant croit que leur naissance, c'est-à-dire leur origine 
juive, fait d'eux des étrangers dans la province ; il eût été bien 
embarrassé de citer les « lois » qui les qualifiaient de tels. Ils 
n'étaient pas bourgeois, mais ce n'était pas nécessaire. Une raison 
plus valable était qu'ils n'avaient jamais pris part jusqu'alors aux 
assemblées des habitants, mais ce n'était pas une condition légale ; 
c'était une question de fait, non de droit. 

La question de droit] fut résolue par le ministre dans le sens 
suggéré par le lieutenant 1 : 

Je pense comme vous que les Juifs ne doivent pas être convoqués, ni 
conséquemment admis aux assemblées. 

Mais en Alsace? En Alsace ce fut mieux encore. Non seulement 
la question fut posée, mais encore elle fut d'abord résolue à leur 
avantage. Les commissaires pour la convocation des États géné- 
raux (qui remplaçaient dans cette province les baillis et sénéchaux 
d'épée) et leurs lieutenants se demandèrent — ceci se passait à la 
fin de février — si les Juifs devaient être convoqués. On peut 
assurer que, s'ils avaient cru légalement possible de les exclure, ils 
l'auraient fait. « On décida, dit l'abbé Gh. Hoffmann 2 , qu'ils 
seraient considérés comme habitants ou manants. Cette solution 
ne plut pas à tout le monde : « Si j'avais suivi mon inclination, 
écrivait M. Laquiante à M. Ghauffour 3 , je me serais décidé dans 
votre sens; mais il faut obéir. Du reste, la crainte de les voir élus 
ne m'épouvante guère, en raison de leur petit nombre et de la 
haine que vous convenez qu'on leur porte, etc., etc. » Si nous ne 
nous trompons, conclut l'abbé Hoffmann, M. Laquiante était l'avocat 
de la nation ! » Nous le croyons aussi, surtout si, par nation, on 
entend les Alsaciens. Mais si Ghauffour, qui appartenait à une 
famille où la haine des Juifs était héréditaire, n'avait pas voulu 
admettre ceux-ci, quelle était au juste l'opinion de Laquiante ? 11 
semble qu'il en avait deux, l'une comme Alsacien, l'autre comme 
fonctionnaire. 

En effet, Laquiante, consultant Necker sur quelques difficultés, 

1. Ibidem, pièce 5. 

2. Les élections aux Etats généraux (Colmar-Belfort), dans la Revue d'Alsace, 
1904, p. 521, note. 

3. Laquiante. juge royal de la citadelle de Strasbourg, fonctionnait comme lieute- 
nant du commissaire pour les districts réunis de Haguenau et Wissembourg ; Louis- 
Ignace Chauftour le Jeune, avocat au Conseil de Colmar, exerçait les mêmes fonctions 
pour les districts de Colmar-Sélestadt. La décision s'appliquait donc à la basse comme 
à la haute Alsace ; elle était commune a la province. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lui demande — la question n'était donc pas tranchée définitive- 
ment? — le 6 mars 1 : 

Si les Juifs établis dans les villes, bourgs et communes de l'Alsace où 
ils ont des syndics généraux approuvés 2 , des préposés particuliers, des 
rabbins de départements juges patentés par le roi 3 , qui, par lettres- 
patentes y jouissent aussi d'une existence légale et qui contribuent en 
une certaine proportion aux impositions de la province, doivent concourir 
aux délibérations comme de simples citoyens ou sur le pied de corpora- 
tions particulières. 

Il ajoute qu'en attendant la réponse du ministre, il en passera 
provisoirement par l'avis du maréchal de Stainville, gouverneur 
de la province. 

M. Ed. Séligmann, citant cette lettre, assure qu' « en posant la 
question, Laquiante sollicitait une réponse qui lui permît d'exclure 
les israélites des assemblées électorales 4 ». On dirait que M. Sélig- 
mann a pénétré le sentiment intime le Laquiante, tel qu'il le tradui- 
sait à son collègue Chauffour. Et pourtant aucun doute n'est 
possible sur l'interprétation. Dans les termes où la question est 
posée, elle suggère une réponse affirmative. Elle ne fait valoir que 
les titres favorables aux Juifs, notamment le statut légal à eux 
octroyé par les lettres-patentes du 10 juillet 1784. L'hésitation ne 
porte que sur un point : les Juifs seront-ils convoqués avec les 
chrétiens ou séparément ? 

Néanmoins, le ministre répondit^ : « Les Juifs ne peuvent parti- 
ciper à aucun de ces avantages », c'est-à-dire qu'ils ne peuvent être 
admis aux assemblées comme les luthériens. 

Cette fois la décision ministérielle était grave. Elle excluait de la 
représentation, non pas une poignée d'individus, mais une popula- 

1. Archives nationales, B A 11, liasse 6, dossier 7, pièce 2 ; un résumé de cette lettre 
— préparé pour le ministre? — dans la pièce 3. 

2. Les lettres-patentes de 1784 avaient supprimé le titre de syndic général, mais 
on n'y prenait pas garde. Voir pins loin. 

3. Il est intéressant de savoir quels étaient alors ces rabbins-juges. D'après YAlma- 
nach d'Alsace d'Oberlin (1789, p. 230, et années précédentes), c'étaient : 1° en haute 
Alsace : Suessel Moyse, à Ribeauvillé, établi par lettres-patentes du roi; Jacob Mayer, 
substitut, à Rixheim, par arrêt du Conseil souverain d'Alsace; 2° en basse Alsace : Jac. 
Gouguenheim, à Haguenau, par lettres-patentes du roi et du duc de Choiseul; Wolff 
Reichshofîer, à Bouxweiler, par lettres-patentes du landgrave de Hesse-Darmstadt ' 
Simon Horchheim (jusqu'en 1786 inclusivement : Lion Aaron), à Mutzig, par lettres- 
patentes du cardinal de Rohan ; Benj. Hemmerding, à Niederehnheim (Nidernai), par 
lettres-patentes du directoire de la noblesse de la basse Alsace. 

4. La justice en France pendant la Révolution (Paris, 1901), p. 160 et s. 

5. Archives nationales, ibidem, pièce 1 (brouillon ou minute, non daté). 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉHAUX 265 

tion de plus de vingt mille âmes. Sans doute avait-on estimé en 
haut lieu que, si les Juifs d'Alsace étaient sujets du roi, c'étaient 
des sujets d'une qualité inférieure, qu'il ne convenait pas de les 
faire figurer dans l'assemblée de la nation et moins encore de 
reconnaître à leurs groupements un droit qui appartenait aux 
paroisses et communautés. 

En définitive, les Juifs d'Alsace, comme ceux des Evêchés et 
de la Lorraine, étaient exclus de la convocation. Mais, s'ils ne 
pouvaient être convoqués officiellement, ne devaient-ils pas essayer 
de se faire entendre a l'heure où tous les sujets exprimaient leurs 
vœux et leurs doléances, où toutes les victimes du régime récla- 
maient la fin de l'arbitraire et des abus? C'était l'avis de leur noble 
défenseur, de l'abbé Grégoire, qui venait de publier ou qui allait 
publier son Essai sur la régénération des Juifs, primé au concours 
de Metz. Le curé d'Emberménil écrivait à un juif messin, Isaïe Bing, 
avec qui il était lié ' : 

Emberménil, 23 février 1789. 

Dites-moi donc, mon cher, à la veille des États généraux, ne devriez- 
vous pas vous concerter avec d'autres membres de votre nation pour 
réclamer les droits et les avantages des citoyens? Plus que jamais 
voici le moment. Vous savez que le roi avait déjà demandé à M. de 
Malesherbes un mémoire sur le peuple juif 1 ... 

Il est possible que Bing ait suivi le conseil, que les syndics des 
Juifs a allemands » se soient entendus et qu'ils aient décidé une 
action commune, dont ils chargèrent le plus influent d'entre eux, 
Cerf Berr. Mais celui-ci était de taille à prendre une initiative. 
Quoiqu'il ne fût que le dernier des trois syndics des Juifs d'Alsace 3 , 
il était actif et dévoué comme pas un. Grâce à sa fortune et à ses 
relations, il jouissait d'un certain crédit, qu'il mettait au service de 
ses frères. Il s'était beaucoup remué lors du scandale des fausses 
quittances et de la suppression du péage corporel. C'était bien cet 

1. Lettre publiée dans les Archives israéliles, 1844, p. 416 (reproduite par G''aetz, 
Geschichte, XI, 202, n. 2 ; Lémann, L'entrée des Juifs dans la société française, I, 
446). La provenance de l'original n'est pas indiquée. Bing n'est pas nommé dans la 
lettre, mais on ne saurait douter qu'il soit bien le destinataire. Dans une note de son 
Essai (p. 219), Grégoire l'appelle « mon cher Bing ». Sur Bing, le premier littérateur 
des Juifs français dits « allemands », voir la note au ebap. n {Revue, LXIII, 196, n. 1). 

2. Grégoire lui-même correspondit à ce sujet avec Malesherbes, à ce qu'il nous 
apprend dans ses Mémoires, éd. Carnot, I, 331 (Paris, 1837). 

3. D'après Y Almanach d'Alsace d'Oberlin, les préposés généraux des Juifs étaient 
alors : Aaron Mayer, doyen, à Mutzig, Lehmann INettre, à Rosbeim, et Cerf Béer. 
Celui-ci était sans doute le dernier en date. 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aigle que l'enragé Hell dénonçait, dès 1778, dans son libelle 
anonyme, qui veillait sur tous ses aiglons, prêt à courir au 
secours de celui qui serait atteint. Cerf Berr, qui demeurait alors à 
Paris, n'était pas homme à négliger une circonstance aussi favo- 
rable que la convocation des États généraux. 

Ce qui est sûr, c'est qu'il eut un véritable mandat des Juifs des 
trois provinces de l'Est. En leur nom un Mémoire fut envoyé à 
Necker, qui était alors, avec le simple titre de Directeur général des 
linances, le chef réel du gouvernement. Ce document capital, 
par lequel les Juifs « allemands » demandaient à faire entendre 
leur voix dans cette circonstance solennelle, est resté inédit. En 
voici le texte *. 

MÉMOIRE 

pour la nation juive régnicole établie dans les généralités 
de Metz, d'Alsace et de Lorraine. 

La convocation des États généraux a pour objet principal d'assurer la 
dette de l'État du consentement des contribuables et par des opérations 
concertées avec eux. 

11 résulte de là qu'il ne peut se trouver dans le royaume aucune classe 
de contribuables qui n'ait le droit d'avoir un ou plusieurs représentants à 
l'Assemblée nationale. 

Les Juifs des généralités de Metz, d'Alsace et de Lorraine forment dans 
chaque province une communauté qui tient sa constitution du souverain. 

La synagogue de Metz, fondée dès 1567, a obtenu en 1603, en 1632, en 
1657, en 1718 des lettres-patentes dont différents arrêts de 1634 et de 1636 
ont ordonné l'exécution. Un arrêt du Conseil d'État de 1779 a assuré plus 
particulièrement aux syndics le pouvoir de répartir entre les Juifs de 
leur ressort la somme à laquelle se trouvait réglé le droit de protection à 
payer par chacun d'eux annuellement. 

Quand l'Alsace a passé sous la domination française, des ordonnances 
de 1672, de 1674 et de 1680 ont assuré aux Juifs alsaciens la même exis- 
tence qu'à ceux de Metz. 

Dans ces deux provinces la nation a ses rabbins qui (ce sont les termes 
des lettres-patentes) « connaissent de toutes contestations de Juifs à 
Juifs et de ce qui concerne leur police, religion, coutumes, cérémonies et 
impositions ». Les jugements des rabbins se portent par appel au Parle- 
ment de Metz et au Conseil souverain d'Alsace. 

1. Archives nationales, B A 11 (Alsace), dossier 7, pièce 10. Autre exemplaire dans 
B A 52, bailliage de Metz, 1, pièce 9. L'existence de ces deux exemplaires et leur classe- 
ment dans les dossiers peuvent faire croire que les Juifs de chacune des trois pro- 
vinces envoyèrent une copie du Mémoire. Mais il est plus probable que Cerf Berr l'envoya 
à plusieurs ministres (Necker et le garde des sceaux?). 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 267 

A l'égard des Juifs de Lorraine, également réunis en commun a uté, ils 
tirent leur droit de la déclaration de 1721 et de L'arrêt du Conseil de 17:53. 

La Nation juive établie dans ces trois provinces sous la protection du 
Roi, y supportant les charges de l'Etat suivant la part qui lui est 
assignée, réclame comme un avantage dont aucun régnicole ne peut 
être privé la faculté de concourir à la restauration de la chose publique. 
Voici d'ailleurs quels sont ses droits pour paraître aux Etats généraux: 
t° La Nation juive des trois provinces comprend environ cinq mille 
familles: cette classe d'hommes, dont on ne s'est point occupé dans les 
convocations bailliagères, est assez considérable pour ne pas se voir 
oubliée. 

2° Les Juifs qui la forment sont régnicoles français ; sujets du Roi, 
établis en France depuis longtemps sous la protection de l'autorité souve- 
raine qui leur a conservé leurs rits et leur juridiction particulière Cette 
nation jouit du bénéfice des lois civiles du Royaume, puisque ceux qui la 
composent transmettent leurs biens soit à titre de succession, soit par 
testament, faculté dont sont privés les étrangers. 

3° La différence de religion ne peut être un motif pour exclure de 
l'assemblée des sujets du roi soumis aux charges publiques, puisque la 
contribution dont toutes les classes de citoyens sont tenus n'a rien de 
commun avec leur dogme. 

4° La loix (sic) nouvelle, infiniment sage, concernant les non catho- 
liques, bénéficie à toutes les sectes étrangères à la catholicité et a pour 
principal objet, en leur assurant un état en France, de les faire concourir 
à la prospérité du royaume. 

5° La nation juive est en possession de rendre des services considé- 
rables à l'Etat ; c'est elle qui, le plus souvent chargée de la fourniture 
des armées et de celle de l'intérieur du royaume, s'est portée toujours 
avec un zèle infatigable a seconder les vues du gouvernement. 

Cette exactitude, dont souvent les généraux ont eu à s'applaudir, est 
devenue, par les privilèges dont on l'a récompensée, un motif d'encou- 
ragement pour ceux qui avaient l'espoir d'obtenir ces distinctions. 

Si cette nation industrieuse parvient à faire entendre sa voix aux États 
généraux, elle fera ses efforts pour contribuer au bien public et étendre 
surtout vers le Nord les rapports de commerce de la France. 

Enfin, pour tâcher de concilier toutes les convenances et ne point 
blesser les préjugés, la Nation juive demande à être représentée par un 
ou plusieurs des députés aux États généraux choisis par elle: Elle 
donnera à ces représentants les autorisations nécessaires pour qu'ils 
puissent au nom de tous les Juifs régnicoles concourir à la prospérité 
générale de l'État. 

Cette requête n'est pas rédigée avec beaucoup d'art, mais le ton 
en est digne plus encore que l'exposé n'en est habile. Outre les 
renseignements sur la condition légale des Juifs, elle nous fait 



268 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

connaître les titres qu'ils se croyaient à participer à la convocation. 
Ils sont régnicoles et soumis aux lois du royaume ; leur culte et 
leurs rabbins sont reconnus (il n'est pas question des syndics 
généraux qui, sans titre légal, avaient été supprimés en 1784 pour 
l'Alsace et qui n'existaient pas dans les deux autres provinces). Ils 
appartiennent à une religion dissidente ; mais, outre que l'édit de 
1787 sur les non-catholiques a abaissé, sinon supprimé, les barrières 
confessionnelles, la différence de religion ne les empêche pas de 
contribuer par l'impôt aux charges de l'État. S'ils ont droit, ils ont 
également intérêt à être représentés aux États généraux: ceux-ci 
sont destinés à accorder des subsides au gouvernement (c'était le 
but de la convocation) et les Juifs sont des contribuables, assez 
nombreux pour ne pas être négligés, — le chiffre qu'ils donnent est 
plutôt trop faible que trop fort. Enfin, le pays est également inté- 
ressé à cette concession, car, si on les encourage, ils agrandiront 
leur commerce, pour le plus grand bien de la France'. Cependant 
ils ne demandent pas à être représentés, eux Juifs, au même titre 
que les autres sujets; n'ont-ils pas été écartés déjà des convocations 
bailliagères ? S'ils ne peuvent envoyer leurs propres députés aux 
États généraux, qu'on leur permette seulement de confier leurs 
intérêts à un ou plusieurs députés chrétiens qu'ils choisiront. Il 
n'est pas difficile de deviner à qui ils pensaient : à Grégoire, peut- 
être aussi à Rœderer. A ce député, ou à ces députés, ils donneront 
mandat pour défendre les intérêts généraux du royaume. Sans 
doute ne renonçaient-ils pas à les charger aussi de transmettre 
leurs doléances à eux. Le procédé était ingénieux. 

Le Mémoire des Juifs n'est pas daté, mais il doit être contempo- 
rain (ou antérieur de quelques jours) d'une Note que Cerf Berr fit 
passer le 9 avril et qui est ainsi conçue 2 : 

NOTE. 
9 avril 1789. 

JUIFS. 

Ne conviendrait-il pas de solliciter un arrêt du Conseil qui ordonnât 
aux Juifs d'Alsace, de Lorraine et des Trois-Evêchés, de choisir entr'eux 
deux députés, et deux autres à Paris, pour représenter tous les Juifs du 
royaume, excepté ceux de Bordeaux et de Bayonne ? 

1. Cet argument, un peu naïf dans son habileté, a été développé par un avocat, 
Godard, dans la Pétition pour les Juifs établis en France, qu'il rédigea en janvier 
1790. Les Juifs de France ne sont pas devenus tous des Cerf Berr, mais ils ont pris 
une part notable a la prospérité économique du pays. Il vaudrait la peine d'écrire 
cette histoire, au moins pour les provinces de l'Est. 

2. Archives nationales, ibidem, pièce 6. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 269 

Ces députes s'assembleraient chez le S r Cerf Bcrr, leur syndic général, 
connu du gouvernement, pour délibérer de concert avec lui et former 
leurs cahiers, qu'ils remettraient ensuite à un ou plusieurs députés aux 
États généraux, chargés de leurs pouvoirs et de représenter la nation 
juive. 

S'il n'était pas possible d'obtenir un arrêt de convocation, les Juifs 
espèrent que le ministre voudra bien autoriser le S r Cerf Bcrr à faire 
assembler les Juifs des trois provinces, pour choisir des députés qui se 
rendront à Paris, pour y délibérer de concert avec le S 1 ' Cerf Berr, 
comme il est dit ci dessus, sur les intérêts de la nation juive, qui sont 
les mêmes que ceux du reste du royaume. 

Cerf Berr complète, précise ici la demande des Juifs «allemands»: 
que ces derniers, aussi bien ceux de l'Est que ceux de Paris, soient 
ou bien invités par un arrêt en forme du Conseil du roi, ou bien 
autorisés tout simplement par le ministre, à choisir des députés à 
raison de deux par province. Ces députés se réuniront à Paris chez 
lui, Cerf Berr, en sa qualité de syndic général (comme s'il portait 
officiellement ce titre), pour rédiger un cahier de doléances, qui 
sera transmis, avec un pouvoir en règle, à un ou plusieurs députés 
aux États généraux. 

Ne recevant pas de réponse, il écrivit à Necker une lettre, 
tâchant d'émouvoir le ministre tout-puissant sur le sort malheu- 
reux des Juifs, qu'en ce moment môme les chrétiens d'Alsace et de 
Lorraine dénonçaient si violemment dans leurs cahiers et qui 
avaient plus que jamais besoin de se défendre contre le fanatisme 
de leurs accusateurs ' : 

Paris, le 15 avril 1789. 
Monseigneur, 

Les Juifs des trois provinces d'Alsace, de Lorraine et des Trois-Èvêchés 
s'étaient flattés que le Conseil de Sa Majesté daignerait répondre favora- 
blement au mémoire qu'ils ont pris la liberté de vous adresser. 

Justement alarmé, Monseigneur, par le silence du Conseil et par les 
bruits qui se répandent que les cahiers des députés des trois provinces 
renferment différentes propositions tendantes à resserrer les chaînes de la 
nation juive, je viens en son nom, et comme syndic général des Juifs de 
ces trois provinces, implorer en leur faveur la justice du Roi et la vôtre. 

1. Ibidem, pièce 8. Cette lettre a déjà été publiée dans l'ouvrage intitulé Notes et 
documents concernant la famille Cerfberr recueillis par un de ses membres 
[R. Levylier], [Il (Paris, 19D2), p. 32-33. Nous la reproduisons ici pour la commodité 
du lecteur, ce livre n'ayant pas été mis dans le commerce. Elle est, du reste, assez tou- 
chante pour mériter qu'on la relise Elle a été dictée par Cerf Berr, sinon écrite de sa 
main, comme le dit cet auteur; la signature seule est originale. Les pièces 6, 8 et 10 
sont de la même écriture. 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

L'avilissement dans lequel les Juifs sont tombés, Monseigneur, l'opprobre 
auquel ils sont dévoués par le préjugé, ne peuvent satisfaire le fanatisme. 
Ce fléau ne cessera de les poursuivre qu'après les avoir exterminés. Caché 
sous l'apparence du bien public, il frappera des coups d'autant plus sûrs 
que les objets majeurs dont l'assemblée des États généraux va être 
occupée ne lui permettra pas de le démasquer, en discutant des proposi- 
tions qui, au premier coup d'œil, peuvent paraître avantageuses et en 
sont par conséquent plus dangereuses, à moins que des personnes intéres- 
sées à la chose et sans cesse surveillantes ne soient chargées de défendre 
la cause des Juifs devant l'assemblée nationale '. 

C'est dans cette vue, Monseigneur, que les Juifs sollicitent un arrêt du 
Conseil qui leur ordonne de nommer des députés pour venir discuter 
conjointement avec moi les intérêts de la] nation juive et prier un ou 
plusieurs députés aux États généraux de défendre ses droits, qui sont 
ceux de l'humanité opprimée. 

11 est temps encore, Monseigneur, de sauver une nation qui a toujours 
donné les plus grandes preuves de fidélité et de zèle pour la patrie et qui 
a fait le bien toutes les fois qu'on ne l'en a pas empêchée; mais dans peu 
il n'y aura plus de remède et ceux même qui seront cause de sa destruc- 
tion seront étonnés du mal qu'ils auront fait. Hâtez-vous donc, Monsei- 
gneur, d'arrêter les effets de l'intolérance destructive, et de sauver des 
malheureux qui seront infiniment utiles à l'État lorsque l'État leur 
donnera une existence politique. 

La justice, l'humanité, l'intérêt national, tout milite en faveur des Juifs. 
Pourrait-on, oserait-on les condamner sans les entendre ? Non, Monsei- 
gneur, les races futures n'auront point à imputer un tel forfait à un peuple 
doux, humain, à un Roi bienfaisant, à des ministres justes, et la cause 
de l'intolérance ne prévaudra pas. 

Vous daignerez, Monseigneur, avoir pitié de nous, et m'autoriser soit 
par un arrêt du Conseil, soit par un ordre signé de votre main, à faire 
assembler les Juifs des trois provinces, à l'effet de nommer des députés 
qui, conjointement avec moi, prieront un ou plusieurs députés aux États 
généraux de veiller à ce que nous ne soyons pas les victimes du 
fanatisme. 

Je suis, avec le plus profond respect, Monseigneur, votre très humble et 

très obéissant serviteur. 

Cerf Berr 

Monseigneur Necker. 

Infatigable, Cerf Berr écrivit une requête analogue an comte de 
Puységur, ministre de la guerre, qui avait dans son département 

1. On disait déjà Assemblée nationale. On trouve pour la première fois l'expression 
dans un arrêté du Parlement de Toulouse du 21 janvier (Brette, I, p. xxn et n. 1). 

2. Cerf Berr signe toujours ainsi : le nom hébreu (en caractères judéo-allemands) 
dans le paraphe du nom fiançais. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 271 

les provinces frontières. Puységur la transmit à Necker, avec une 
lettre d'envoi, dans laquelle il se déclarait favorable à la demande 
des Juifs 1 . 

A Versailles, le 21 avril 1789. 

J'ai l'honneur, Monsieur, de vous communiquer une lettre par laquelle 
le S r Cerf Béerr {sic), syndic des Juifs domiciliés en Alsace, en Lorraine 
et dans les Evêchés, demande, en leur nom, qu'on les autorise, première- 
ment à nommer des députés pour délibérer avec lui sur les demandes ou 
représentations qu'ils peuvent avoir à faire dans la circonstance présente, 
deuxièmement à remettre le résultat de ces délibérations à un ou plu- 
sieurs députés aux États généraux qu'ils prieraient d'y défendre leurs 
intérêts. 

Il me semble qu'il n'y a aucun inconvénient à ce qu'ils soient entendus 
et qu'il serait injuste qu'ils ne le fussent pas. 

Si tel était également votre avis, il serait nécessaire de déterminer la 
forme tant des assemblées particulières où seraient choisis les députés 
dont il s'agit que de l'assemblée générale où ils se réuniraient. 

Puységur. 
M. le Directeur générai. 

La question fut soumise à la commission spéciale qui avait été 
constituée pour régler toutes les difficultés relatives à la convoca- 
tion 2 . Les commissaires firent droit à la requête présentée par les 
Juifs et on rédigea à la chancellerie un projet de lettre pour en 
informer les « syndics des Juifs des trois provinces de Lorraine, 
d'Alsace et des Evêchés ». Puis le rédacteur se ravisa : communi- 
quer officiellement avec les syndics des Juifs par-dessus la tête des 
intendants, c'était tout de même trop. Du reste, y avait-il des syndics 
généraux dans les trois provinces ? La lettre fut donc corrigée et 
adressée aux intendants de Metz, d'Alsace et de Lorraine 3 : 

Sur les représentations faites par le syndic général des Juifs établis 
dans les trois provinces de Lorraine, d'Alsace et des Evêchés, le Roi trouve 
juste qu'ils puissent faire présenter, dans un mémoire commun, leurs 
doléances et leurs vœux à l'occasion de la convocation des États généraux. 

1. Ibidem, pièce 5 (autographe). Le commencement de cette lettre, contaminé avec 
la lin de la Note du 9 avril, est publié, avec une cote inexacte, dans l'ouvrage précité, 
p. 31, de sorte qu'on n'y comprend rien. — La lettre de Cerf Berr à Puységur ne figure 
pas au dossier, ayant été renvoyée à son destinataire. 

2. Voir Brette, I, 367 et s. Cette commission, présidée par le garde des sceaux, se 
composait de quatre conseillers d'État et d'un maître des requêtes, auxquels on adjoignit 
Goster, homme de confiance de Necker. Son rapporteur était Delessert. Rappelons que 
la convocation des Etats généraux était un acte de l'administration judiciaire. 

3. Ibidem, pièce 4. Nous indiquons les corrections en caractères italiques. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pour remplir cette mesure, propre à leur procurer l'assurance qu'ils 
auront été entendus et qu'ils auront ainsi participé à la faveur que les 
circonstances actuelles procurent à tous les habitants du royaume, le Roi 
veut bien permettre que les Juifs de voire généralité en qui se trouvent 
compris soit un même syndicat ou communauté soient appelés par leur 
chef ou syndic suivant les formes usitées parmi eux pour leurs élections, 
nominations et autres affaires communes, sans plus d'éclat et sans autre 
formalité. 

Ainsi réunis, ils dresseront le mémoire de leurs doléances et choisiront 
entr'eux deux députés qui se rendront à Paris chez leur syndic général. Là, 
les députés des trois provinces réduiront conjointement avec lui en un 
seul les trois mémoires qui auront été apportés; ils me présenteront ce 
mémoire, que je mettrai sous les yeux du roi ; Sa Majesté jugera s'il y a 
lieu de le faire communiquer aux États généraux et statuera sur leurs 
demandes dans son conseil l . 

Je vous prie de leur faire connaître ces dispositions par les voies 
ordinaires ; j'en fais informer leur syndic général. 

• 

Ainsi, ni arrêt du Conseil, ni avis de Necker à Cerf Berr : une 
dépêche du garde des sceaux aux intendants des trois provinces 
de l'Est où les Juifs sont établis. Rien pour Paris : les Juifs 
« allemands » de la capitale, tolérés à titre précaire, ne sont pas 
domiciliés et ne peuvent être représentés. Mais les autres Juifs 
« allemands » obtiennent en somme gain de cause. Ils se réuni- 
ront pour formuler leurs vœux et nommer des députés. Ceux-ci se 
rencontreront à Paris chez Cerf Berr (auquel on laisse le titre qu'il 
avait pris dans sa lettre à Necker) et mettront leurs demandes en 
commun. Seulement le gouvernement ne veut pas que les Juifs 
procèdent à ces opérations avec trop de solennité et leurs cahiers 
ne seront que des mémoires. Enfin et surtout, le mémoire définitif 
ne sera pas confié à un député aux États généraux, comme il avait 
été demandé ; il sera remis au ministre, qui statuera sur sa com- 
munication éventuelle aux États. On avait probablement estimé 
qu'un député, chargé par ses électeurs d'un mandat, ne pouvait 
pas représenter en même temps d'autres mandants. De plus, on ne 
confère pas un droit aux Juifs, on leur accorde une faveur, dont ils 
doivent user discrètement. 

Nous ne savons pas au juste quand cette décision fut prise 2 . Elle 
doit être, à un jour près, du 15 mai — les États généraux venaient 

1. Le texte primitif portait ici : « statuera... suivant sa sagesse sur vos demandes, 
qui seront sans doute présentées de manière à mériter sa protection ». 

2. L'auteur des Notes et documents..., p. 33, la résumant, lui donne la date du 
15 mars, ce qui est sans doute un lapsus. 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 273 

déjà de se réunir, — car à cette date, Necker la fit connaître au 
ministre de la guerre par la lettre suivante ! : 

Versailles, le 15 mai 1789. 

A M. le comte de Puységur. 

J'ai l'honneur, Monsieur, de vous renvoyer la lettre du S r Cerf Béer 
(sic) que vous avez bien voulu me communiquer. Sur les représentations 
de ce syndic des Juifs d'Alsace, de Lorraine et desEvêchés, et d'après l'avis 
de MM. les commissaires du Conseil, M. le garde des sceaux a écrit aux 
intendants des trois généralités d'avertir les Juifs que le Roi permet qu'ils 
soient appelés par leurs chefs ou syndics suivant les formes usitées parmi 
eux, pour leurs élections, nominations et autres affaires communes, sans 
plus d'éclat et sans autre formalité : qu'ainsi réunis, ils dressent le 
mémoire de leurs doléances et choisissent entr'eux deux députés, lesquels 
se rendront à Paris chez leur syndic général ; que là, les députés des trois 
provinces réduisent conjointement avec lui les trois mémoires qui auront 
été apportés en un seul, que M. le garde des sceaux mettra sous les yeux 
du Hoi et que S. M. jugera s'il y a lieu de le faire communiquer aux États 
généraux et statuera sur leurs demandes dans son Conseil. 

Le même jour, Necker avisait Cerf Berr lui-même de la décision 
prise, en en précisant la portée 2 . 

Versailles, le 15 mai 1789. 

A M. Cerf Béer, syndic général de la nation juive. 

Vous m'avez fait parvenir, M., des mémoires pour la partie de la Nation 
juive des intérêts de laquelle vous êtes chargé à Paris 3 , et qui désire faire 
entendre ses doléances pendant la tenue et par le moyen des Etats géné- 
raux. Ses demandes ont été examinées par MM. les commissaires du Con- 
seil que le Roi a chargés de traiter les affaires relatives à la convocation 
et il a été décidé, sur leur avis, que s'il n'est pas possible d'admettre la 
nation juive à avoir des représentants particuliers aux Etats généraux, il 
est cependant juste que, dans le moment où toutes les doléances sont 
accueillies, les siennes parviennent aussi à être entendues. Il a été arrêté 
en conséquence que Messieurs les intendants de Metz, de Lorraine et 
d'Alsace avertiront les Juifs que le. Roi leur permet de s'assembler sous la 
présidence de leurs chefs ou syndics, et suivant la forme usitée parmi 

i. Ibidem, pièce 7. 

2. Ibidem, pièce 9. Publié dans le volume précité, page 34 ; reproduit ici plus com- 
plètement et plus correctement d'après l'original. 

3. On dirait que Cerf Berr est l'agent, à Paris, des Juifs « allemands ». 

T. LXIV, n° 128. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

eux pour leurs élections, nominations et autres affaires communes, sans 
plus d'éclat et sans autre formalité ; de dresser, ainsi réunis, le mémoire 
de leurs doléances et de choisir entre eux deux députés qui se rendront 
à Paris chez leur syndic général pour y réduire, conjointement avec lui, 
en un seul mémoire, les doléances qu'ils auront apportées. Ils présente- 
ront ensuite ce mémoire à M. le garde des sceaux, qui le mettra sous les 
yeux du Roi. S. M. jugera s'il y a lieu de le faire communiquer aux Etats 
généraux et statuera sur leurs demandes dans son Conseil. Je suis persuadé, 
Monsieur, que vous donnerez au Roi, dans cette occasion, de nouvelles 
preuves de votre zèle ordinaire pour son service. 

Que firent alors les Juifs, autorisés à se réunir officieusement 
pour rédiger leurs cahiers et nommer leurs députés? C'est un affli- 
geant témoignage de l'indifférence du judaïsme français pour sa 
propre histoire que l'ignorance où nous sommes sur ce qui se passa 
alors parmi eux. C'est à Grégoire que nous devons demander 
quelques maigres renseignements. Dans la Notice historique qui 
précède la Motion en faveur des Juifs et qui a été écrite après le 

14 octobre 1789, on lit : « Les Juifs d'Alsace, de Lorraine et des 
Trois-Évêchés, Allemands d'origine, ne jouissent pas des droits de 
citoyens ; mais le ministère, voulant alléger leurs peines, leur a 
permis en avril dernier de s'assembler dans chacune de ces pro- 
vinces par devant leurs syndics, à peu près dans la forme réglée 
pour les élections des bailliages, de rédiger leurs cahiers de dolé- 
ances et de nommer deux députés pour chaque province. Ont été 
choisis : MM. Goudchaux Mayer-Cahn, Louis Wolf, députés de 
Metz et des Trois-Evêchés ; D. Sintzheim, S. Seligman Witters- 
heim, députés d'Alsace; Mayer-Marx, Beer-Isaac-Beer, députés de 
Lorraine 1 .» Dans la Motion elle-même, Grégoire donne la date 
plus exacte de mai 1789 et dit que les Juifs se sont assemblés par 
devant leurs syndics « en la manière accoutumée 2 ». Un des 
députés, Berr-lsaac Berr, confirme ce renseignement dans sa 
Lettre à Févêque de Nancy' 6 . Les députés des Juifs se consi- 
déraient comme « nommés légalement par eux en vertu d'une 
permission du Roi », comme ils disent dans l'Adresse qu'ils 
présentèrent à l'Assemblée Nationale le 31 août. 11 semble qu'en 
Alsace au moins, les Juifs se mirent en campagne avant le 

15 mai, car nous apprenons fortuitement que Marx Berr, le 
fils aîné de Cerf Berr, envoya le 7 mai des lettres de convoca- 



1. Motion en faveur des Juifs, p. v. 

2. Ibidem, p. o. 

3. Lettre du S* Berr-haac-Beir. . ., p. 3-4. 



LES JUIFS ET LÀ CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 275 

tion à Strasbourg 4 . On tint, suivant l'usage, une diète (Vom) 2 . 
Les députés ainsi élus, investis de la mission de porter les dolé- 
ances et les espérances de vingt-mille parias juifs au moment où 
la France entière se régénérait, ne nous sont connus qu'en partie. 
Louis Wolf était un des receveurs de la communauté de Metz 3 . Le 
rabbin David Sintzheim était un beau-frère de Cerf Berr; le futur 
président du Sanhédrin, le premier grand-rabbin de France était, à 
ce qu'il semble, assez large d'idées pour l'époque '*. Son collègue 
Wittersheim fut remplacé peu après par un fils de Cerf Berr, Théo- 
dore. Mayer-Marx était un beau-frère de Théodore Cerf Berr : on se 
croirait en famille. Mais le plus remarquable de tous était Berr- 
Isaac-Berr, manufacturier de Nancy, parce qu'il comprit le mieux 
les droits et les devoirs des Juifs émancipés. Fils lui-même 
d'un riche banquier, il était né en 1744; à côté d'une instruction 
profane alors remarquable, il avait acquis une certaine culture 
rabbinique à l'école de Jacob Perl, rabbin de Nancy. Il était syndic 
des Juifs de cette ville 3 . 

Avant d'examiner les vœux que les Juifs avaient consignés dans 
les cahiers remis à leurs députés, nous devons parler d'un docu- 
ment qui se rapporte à la convocation des Juifs. Il a été publié par 
Ghassin comme émanant des Juifs de Paris . Etant donné le rôle 
que ces derniers ont joué sous la Bévolution, une requête d'eux à 
lin de représentation serait d'un intérêt majeur. Mais voici le 
texte, plus fidèle que celui de Chassin " : 

Requête de David Silveyra, syndic et agent général de la Nation juive 
espagnole et portugaise, adressée à M. le Garde des sceaux. 

Monseigneur, 
David Silveyra, syndic et agent général de la Nation juive espagnole et 
portugaise, demeurant à Paris, rue Haute-feuille, faubourg Saint-Germain, 
Hepiésente très humblement à Voire Grandeur donne (sic) occasion à 

1. Voir Revue des Éludes juives, LX, 239. 

2. Sur le peu qu'on sait de l'organisation intérieure des communautés jui\es en 
Alsace, v. Is. Loeb, Annuaire des Eludes juives, II, 167 et s. Le travail reste à faire 

3. Annuaire des Etudes juives, II, 123. 

t. Voir en dernier lieu Ginsburger, Revue des Etudes juives, LIX, 106 et s. 

5. Voir Carmoly, Revue orientale, III, 62-63 ; comp. Gb. Pfister, Histoire de 
Nancy, t. 111. passim. Ce Juif français mériterait une monographie. 

6. Cb.-L. Cbassin, Les élections et les cahiers de Paris en 1789, I (1888', 131-152. 

7. Archives nationales, Bill, 171, p. 212-215 (copie); en annexe les lettres patentes 
de 1776 et le modèle du certilicat d'identité et de légitimation (pie Silveyra délivrait 
aux Portugais. 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tous les hommes qui résident sur le territoire de France de faire leurs 
représentations et leurs doléances. Les Juifs ne sont point exceptés de 
cette faculté universelle, surtout les Juifs français ou naturalisés connus 
sous le nom de portugais et autres patentés à l'instar des portugais ; et 
cela est tellement reconnu que Votre Grandeur a daigné écrire aux Juifs 
d'Alsace en la personne du sieur Serf Berr, leur syndic, pour qu'ils 
eussent à tenir dans chacune de leur communauté (sic) des assemblées, 
élire leurs représentants, composer et présenter leurs cahiers de dolé- 
ances. Votre Grandeur n'a pas eu la bonté d'accorder la même faveur aux 
Juifs espagnols et portugais, sans doute parce qu'elle a cru qu'ils vivaient 
sous le même régime et n'avaient tous qu'un seul et même syndic. 

Le suppliant a l'honneur de vous représenter que la Nation juive espa- 
gnole et portugaise est gouvernée par un régime particulier, elle est 
totalement distincte des Juifs des autres nations ; elle s'est retirée en 
France lors des prétentions que causa en Espagne et en Portugal l'établis- 
sement de l'Inquisition ; elle y a été admise régulièrement par des lettres- 
patentes de 1550, renouvelées de règne en règne jusques à et compris 
celui de notre monarque bienfaisant ; elle a par cela seul plus de droits 
aux bontés et à la justice du souverain ; et pour faire valoir ses réclama- 
tions, il est nécessaire qu'elle soit assemblée dans tous les lieux où elle 
a des établissements, comme la Guyenne, le Béarn, la Provence, Paris, 
etc., etc. 

Mais elle [ne] peut le faire régulièrement sans l'autorisation expresse 
de Votre Grandeur. 

Ce considéré, Monseigneur, il vous plaise faire adresser au suppliant la 
lettre portant autorisation et ordre nécessaire pour que la Nation juive 
espagnole et portugaise soit assemblée dans chaque lieu de ses établisse- 
ments, pour élire des représentants et présenter leurs (sic) doléances, il 
en sera pénétré de la plus respectueuse reconnaissance. 

Chassin se demande s'il fut « fait droit à cette requête dans les 
Règlements de Paris du 28 mars et du 13 avril, reconnaissant le 
droit électoral aux « naturalisés » sans distinction d'origine ni de 
religion. Aucun document, ajoute -t-il, ne prouve qu'une réponse 
quelconque ait été donnée, ni que les Juifs établis dans la capitale 
soient intervenus autrement que par cette lettre du syndic Silveyra 
dans les élections aux derniers Etats généraux ». La question doit 
être résolue par la négative, car la permission accordée à Cerf Berr 
pour les Juifs « allemands » et mentionnée dans la requête, est 
postérieure aux règlements en question. Il faut donc chercher autre 
chose. L'allusion à Cerf Berr est une piste. La requête n'est pas pré- 
sentée par les Juifs de Paris, mais pour les Juifs «portugais », aussi 
bien pour ceux de Bordeaux et de Bayonne que pour ceux d'entre 
eux qui avaient essaimé à Paris, en Provence, etc. David Silveyra 



LES JUIFS ET LA CONVOCATION DES ÉTATS GÉNÉRAUX 277 

était le syndic de ceux de Paris et l'agent, dans la capitale, de tous 
les «Portugais» de France *. Or, ceux-ci, qui se croyaient supé- 
rieurs aux «Allemands » et les tenaient à distance 2 , ne pouvaient se 
faire à ridée d'être privés d'une faveur accordée à leurs « frères 
inférieurs ». Puisque les «Allemands » sont convoqués entre eux, 
ils veulent l'être aussi, et ils y tiennent d'autant plus que les « Alle- 
mands » pourraient demander, comme ils l'ont déjà fait, à leur être 
assimilés. Silveyra ne paraît pas, du reste, avoir connu la portée 
de la concession accordée aux «Allemands ». Il est difficile de dire 
si les Juifs de Bordeaux et de Bayonne, qui avaient déjà pris part à 
la convocation générale, auraient profité de l'autorisation sollicitée 
par Silveyra, ni s'ils avaient autorisé celte démarche de leur agent. 
Quoi qu'il en soit, il ne fut donné aucune suite à cette démarche, 
parce que les Juifs « portugais » de Bordeaux et de Bayonne avaient 
participé aux opérations électorales de leurs localités et que les 
autres, n'étant pas domiciliés, ne pouvaient pas y participer. 

Ainsi, les quelques centaines de Juifs demeurant à Paris n'étaient 
admis à la convocation sous aucune forme et nous en avons vu la 
raison. Mais les trois ou quatre mille « Portugais » domiciliés dans 
le Midi figurèrent, non sans peine, il est vrai, à côté de leurs conci- 
toyens et les quelque vingt-cinq mille « Allemands » de l'Est, après 
avoir failli exercer le même droit, furent autorisés, sur les repré- 
sentations de Cerf Berr, à prendre part à une convocation parti- 
culière et officieuse. Les «Portugais» furent traités en Français, 
les «Allemands» en Juifs. Les uns et les autres furent considérés, 
inégalement d'ailleurs, comme sujets du roi; étrangers, ils n'au- 
raient eu aucun titre à être représentés. Quand la Révolution 
viendra, elle n'aura pas à naturaliser les Juifs, elle aura à les 
émanciper. 

{A suivre.) 

M. Liber. 



1. Voir sur lui L. Kahn, Les Juifs de Paris sous la Révolution, p. 133-134, 136. 

2. A Paris, notamment, les « Portugais » et les « Allemands » ne vivaient pas en 
lionne intelligence et le prédécesseur de Silveyra, Péreire, avait eu maille à partir 
avec Cerf Berr. 



NOTES ET MÉLANGES 



HERNIE INGUINÀLE-FROMELE 

En Alsace, les Juifs, par manière de plaisanterie, appellent 
l'hernie inguinale du nom de « Fromele ». D'où vient que cette 
appellation, qui est tout simplement, en Alsace, le diminutif 
d'Avrohôm (Abraham), a été appliquée à l'infirmité en question? 

On sait qu'en Alsace, les Juifs ont l'esprit ironiste et aiment à 
mêler à leur langage l'humour, les jeux de mots. Une des formes 
de cet humour apparaît fréquemment de la façon suivante : comme 
ils désignent très souvent un objet, un événement, une idée, par 
un terme hébreu, il leur arrive, lorsque le terme hébreu se trouve 
par hasard figurer dans une expression connue du Rituel ou de la 
Bible, de prononcer non seulement ce mot hébreu dont ils ont 
besoin, mais de dire, plus ou moins complète, toute l'expression 
où figure ce mot. 

Ce phénomène très habituel se reproduit même lorsque le 
terme employé n'est pas hébreu, mais rappelle par sa contexture 
un mot hébreu faisant partie d'une expression connue et familière. 

Voici, pris entre cent, quelques exemples de ce fait : 

\° Soldat se dit en Alsace pn (homme sans avoir). Le pluriel de 
ce mot est D*p"^. Alors, en parlant d'un soldat, on dit volontiers, 
d'un air humoristique et en jouant sur le premier de ces mots : 
-pDbE ûp"n, expression du Rituel journalier dont le sens (ne nous 
renvoie pas les mains vides de devant Toi) ne rappelle nullement 
l'idée de soldat; 

2° Pieds se dit en hébreu îybm. Donc très souvent, en parlant 
de pieds, on dit avec une intonation malicieuse l'expression du 
Rituel de Kippour jnnb o^bin (Pardonne-nous d'avoir péché en 
dirigeant « nos pieds vers le mal »); 



NOTES ET MÉLANGES 279 

3° Voiture se dit en allemand Kotscbe. Ce mot évoque le mot 
wanp du Qaddich, et alors, malgré la sainteté de l'expression qui 
contient ce vocable, on résiste rarement, en parlant d'une per- 
sonne roulant carosse, au plaisir de lancer, comme une boutade 
attendue, cette expression entière niïi ^nn «iznip (Le saint béni 
soit-il !) ; 

4° Chat se dit en Alsace Katz. Pour plaisanter, on dira, en par- 
lant d'un chat "«na ^n « £p » (Je suis dégoûtée de la vie), excla- 
mation de Rebecca découragée et qui, on le voit, n'a pas grand 
rapport avec le félin domestique; 

5° Le mot hébreu din£), qui fait partie, en Alsace, de la langue 
judéo-allemande, signifie « laid ». Or l'hymne de Hanoukka, si 
familière en Alsace à tous les Juifs, commence par le mot ra». 
Donc très couramment pour y désigner une femme qui manque 
de beauté, on prononce d'un ton narquois et en jouant sur le pre- 
mier de ces mots l'expression entière qui commence l'hymne de 
Hanoukka wiia^ "lis wn (ô Forteresse ! ô rocher de mon salut !) 
et qui, évidemment, n'a rien à voir avec l'idée qu'on veut 
exprimer; 

6° Dans le « Traité des Pères », qui fait partie du Rituel ordi- 
naire, il est dit que l'homme qui a fait du chemin pour accomplir 
un devoir et a été empêché d'accomplir ce devoir a, à son actif, le 
mérite de son déplacement. Cette pensée est exprimée en hébreu 
par la phrase suivante : « Il a dans sa main le mérite de la marche 
(effectuée) » Donc, lorsque quelqu'un est tombé par terre de tout 
son long, les mains en avant, et que dans cette posture il a, en 
quelque sorte, l'air de saisir la terre à pleines mains, il n'est pas 
rare d'entendre un témoin de cette chute s'écrier, en donnant au 
mot signifiant marche le sens concret de la chose sur laquelle on 
marche, c'est-à-dire chemin, iTa m^bn "ou: (Il a dans sa main le 
mérile du chemin). 

Un phénomène analogue a eu lieu au sujet du mot Fromele. 
L'hernie s'appelle en allemand Bruch. Or, ce vocable évoque vite, 
dans l'esprit d'un juif possédant l'Écriture et porté aux jeux de 
mots, le mot Tp-ia et spontanément l'expression biblique entière 
D"dk ^"i-q se présente à la pensée, d'autant que cette expression, 
unique dans son genre — la Bible ne nous offre pas un second 
exemple où ^m soit suivi d'un nom de personne — a toujours 
été gravée dans toutes les mémoires. Voici doue la genèse de 
« Fromele » appliquée à l'hernie inguinale : d'abord, au lieu de 
Bruch, ou disait avec une nuance de malice ûn^N *yi*n. Puis on a 
trouvé plus drôle de dire tout court craa, et plus piquant encore 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'employer, avec un grain de tendresse ironique, le diminutif alsa- 
cien de ce nom, « Fromele », comme, du reste, dans la même 
intention, on dit également Bréchle = Brûchlein (une gentille 
petite hernie). 

S. I>EBRÉ. 



MANUSCRITS HÉBREUX DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE 

N° 1408. Ms. incomplet au commencement et à la fin. Recueil 
factice de sujets divers et de différentes mains, mais en caractères 
uniformes, en partie de la première moitié du xnr 3 siècle, et en 
partie du xiv e . Voici rénumération des sujets traités : 

Fol. 1 a : Suite et fin d'un traité d'abatage rituel, ncaTn». 

F. 1 b : Petit lexique (sans titre) des mots d'origine grecque ou 
latine usités dans le Midrasch, selon l'ordre du Pentateuque. 

F. 2 a : "nfyn raNE ms^a rrobn, l'auteur porte d'ordinaire le 
nom abrégé rf*'aW*i. Le copiste, rapportant les avis divers des 
rabbins dans les cas douteux, dit (f. 3 b, col. 1) : « Ainsi l'a entendu 
rp'na'-i au nom de son père R. Yoel et au nom de B'n'izi'n », et sou- 
vent il invoque son aïeul \î"nn r:pT, avant de passer (f. 5 6) aux 
n's ^"W « 18 cas » de terèfa, selon le susdit !ra"en. 

F. 7 a : mmns ^iw, Commentaire des formules de rédaction des 
contrats de mariage, ou autres conventions, avec explication des 
termes araméens et références au Talmud. 

F. 13 b : mrraiD r Oïï, Traité du deuil; règlement en 150 numéros. 

F. 38 a : "prwr mmizin, Polémique entre un théologien chrétien 
et un juif, dialoguée. Après la dernière argumentation chrétienne, 
relatant la résurrection spirituelle de Jésus, la réplique juive 
manque. 

F. 39 a: Dissertation théologique débutant par une citation du 
S. Haémounoth de Saadia, et se terminant par des notes de 
Kabbale. 

F. 47 a : Traité du Calendrier, contenant deux fois la date de ce 
texte : 1° « l'an 4997 de l'ère de la création, en ce moment, tibs*. » 
(= 1237) ; 2° tout le cycle lunaire 264, en dix-neuf ans, soit 4997 à 
5016 (= 1237-1256). 

F. 56 b : Extrait du otid r o, sur la bénédiction du repas. 

F. 57 b : npifi p û^ïiitt, Usages religieux. Suite 87 a. 

F. 68 a : Méditations sur la pénitence. 



NOTES ET MÉLANGES 281 

F. 73 a : Commentaires talmudiques sur Horaïot,Guittin,Tamid, 

Yebamot. 

F. 89 a : aa mabïi, formulaire selon l'école de Troyes, bu; arBi^aa 
o^ina pna . . . 

F. 93 b : i3nn rvra, Persécution des Juifs en 1096. 

F. 94 b : Homélies sur les lectures du Sabbat et d'autres solen- 
nités. 

F. 120 a et 123 a : Deux mrrbo de R Méir at B iD, officiant, avec 
commentaire. 

F. 130 b : mojtfl Diws» 'ts, traduction des termes techniques. 

F. 131 a : Petit vocabulaire alphabétique des mots hébreux rares 
et des termes étrangers dans les livres rabbiniques ; diffère du 
n^pn yr\y. 

F. 137 b : b'p'a'T Ton mw i^a-itt mm«3n, explique les bénédic- 
tions rituelles. 

F. 144a: b inma» "nrai r^ '112 nos bu? nrrvn tid*»», Règles 
pour Pâque. 

F. 146 6 : ûibn nVwiD, conjuration à insbiao, pour détourner le 
mal vu en songe. 

F. 175a jusqu'à la fin : énumération des préceptes positifs et des 
défenses, en 177 numéros, y compris une lacune d'environ 2 ff., 
n° s 129-147. 

Chemin faisant, on rencontre beaucoup de termes allemands; ce 
qui indique où ces pages ont été écrites. Elles sont inspirées par 
les écrits des rabbins de la France du Nord-Est. Les lettres sont 
en caractères rabbiniques primitifs, c'est-à-dire encore presque 
carrés, mais cursifs. Aussi ce ms. est-il de grand intérêt pour la 
paléographie. — Parchemin, 194 ff., la plupart à 2 col., moins les 
ff. 57-86 et 91-174. 

Moïse Schwab. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

ANNÉES 1909 ET 1910 



2. Ouvrages en langues modernes (suite 1 ). 

Jackson (G.). Studies in Old Testament. Londres, R. Culley, 1909 ; in-8° 
de 204 p. 3 s. 6 d. 

Jacob (B.). Die Abzâhlungen in den Gesetzen der Bûcher Leviticus und 
Numeri. Francfort-s.-M., Kauffmann, 1909 ; in-8° de 35 p. M. 1,60. 

Dans un ouvrage antérieur {Der Pentateuch, Leipzig, 1905), dont cette 
brochure est comme un complément, M. J. a soutenu que les données chro- 
nologiques et généalogiques des quatre premiers livres du Pentateuque 
(« Tétrateuque »), ainsi que les relations sur le tabernacle et les fêtes, sont 
dominées par uu système arithmétique, à la base duquel sont le nombres 7, 
12, 30 et 10. 11 veut démontrer maintenant que les dispositions législatives du 
Lévitique et des Nombres sont également, quant à la forme, des combinaisons 
de chiffres, principalement 12 (avec ses multiples) et 70. Un exemple assez 
simple est fourni par le chap. xvm du Lévitique : les unions défendues sont 
au nombre de 24; miy se trouve 12 fois au commencement, nil? 12 fois au 
milieu ou à la fin d'une phrase ; les défenses (verbes avecfcô) sont au nombre 
de 24; les motivations finales commençant par NiH (ÊOTT, TVj7\) sont au nombre 
de 12 ; les noms désignant les degrés de parenté, avec le suffixe de la 2 e per- 
sonne masc. sing., sont au nombre de 24. Les chap. xiii-xiv du Lévitique 
(lois de la lèpre) fournissent un exemple extraordinairement compliqué. 
L'auteur obtient même des chiffres ronds en dénombrant les introductions de 
discours, TVDJ2 bî* 'n '"DT'l, etc. L'irrégularité et l'arbitraire apparaissent 
rarement dans ces calculs. M. J. croit donc avoir découvert « la rythmique des 
discours législatifs, basée sur les chiffres 7(0) et 12, qui correspondent... 
en fin de compte au rythme du temps dans la semaine, le mois et l'année ». 

1. Voyez Revue des Études juives, t. LXII, p. 128 et 278, et t. LX11I, p. 131. 



BIBLIOGRAPHIE 283 

Il ne fait qu'indiquer les conséquences littéraires et historiques «le cette loi, 
mais il en est une qu'il oppose visiblement à la critique en vogue : ni inter- 
polation, ai censure. Quant à nous, nous trouvons trop facile l'ironie du 
critique de la Theolog. Literaturzeitung et, quoique nous ne soyons pas 
convaincu, nous avouons que c'est curieux. 

Jacobus (W.). Standard Bible dictionary. Londres, Funk et Wagnall, 1909; 
in-8° de xxiv + 920 p. 25 s. 

Jahn (G.). Die Bûcher Esra (A und B) und Nehemja, text-kritisch und 
historisch-kritisch untersucht, mit Erklàrung der einschlâgigen 
Prophetenslellen und einem Anhang uber hebraische Eigennamen. 
Leyde, Brill, 1909 ; in-8° de xci + 289 p. M. 10. 

Commentaire textuel. En appendice, liste des noms propres hébreux avec 
leur explication, trop souvent fantaisiste. 

Jahrbuch der Jùdisch-Literarischen Gesellschaft, V (1907-5668). — VI 
(1908-5669). — VII (1909-5670). Francfort, J. Kauffmann, 1908, 1909, 
1910 ; 3 vol. gr. in-8° de m + 384 + 68, m -f 416 -f- 24 et m -f 381 -f 
56 p. M. 12 chaque. 

Jahrbuch fur judische Geschichte und Literatur, herausgegeben vom Ver- 
band der Vereine fur judische Geschichte und Literatur in Deutschland. 
Zwôlfter Band. — Dreizehnter Band. Berlin, M. Poppelauer, 1909, 1910; 
2 vol. in-8° de 276 + 52 et 272 -f 57 p. 

Chaque annuaire s'ouvre par une revue politique et une revue littéraire de 
l'année et se termine par un rapport sur l'activité de la Fédération et des 
sociétés adhérentes. Celui de 1910 est précédé d'une conférence de M. Levin sur 
G. Karpeles, l'organisateur de ces sociétés d'histoire et de littérature juives et 
le fondateur de la Fédération (mort le 17 juillet 1909). 

Le volume de 1909 contient : une conférence de feu M. Lazarus sur le livre 
de Ruth, série de considérations morales et esthétiques ; une étude de 
H. Kornfeld sur le cœur et le cerveau d'après les conceptions bibliques : la 
Bible serait d'accord avec les dernières découvertes de la physiologie en 
accordant la première place au cœur et au sang. — K. Kohler, dans 
une conférence très attachante, montre l'importance du commerce juif 
pour l'histoire universelle à l'époque hellénistique et romaine, à l'époque 
hispano-arabe et à l'aurore des temps modernes, lors des grandes décou- 
vertes ; dans le détail, quelques assertions erronées ou invérifiables : 
l'antiquité de l'établissement de la colonie juive de Kaï-Foung-Fou (p. 99), 
les grandes soieries juives de Lyon (IbicL), les « Rhodanim » d'ibn Khordadbêh, 
(p. 101), les Kalonymides originaires de Grèce et transportés par Othon I â 
Mayence (p. 102), les Juifs de France important les esclaves et les marchan- 
dises dans l'Angleterre barbare (p. 102), ceux du midi de la France artisans de 
la prospérité de Paris et de Troyes (p. 103), — le tout sans compter les 
exagérations inhérentes au sujet. — Une chronique de famille, qui est en 
même temps une sorte de journal, d'itzig Behrend, Juif du Hanovre, fournit 
quelques renseignements curieux sur la vie d'une famille juive, sur l'histoire 
générale et sur la condition des Juifs du pays entre 1800 et 1815, notamment 
sous le règne de Jérôme, roi de Westphalie, et sur Israël Jacobson. C'est 
dommage que le récit soit sans cesse interrompu par les réflexions de l'adap- 
tateur. — S. Lichtenstâdter, qui a vécu dans l'intimité d'Ed. Glaser, retrace 
les principaux traits de la vie et du caractère singulier de cet arabisant, mort 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à Munich le 7 mai 1908. — Enfin, V. Klemperer étudie l'œuvre de Ludwig 
Jacebowski, romancier et poète lyrique, mort prématurément (1868-1900). — 
Suivent des nouvelles. 

Dans l'annuaire de 1910, A. Katz s'efforce de reconstituer la physionomie et 
l'œuvre d'Ezra, en apologiste plutôt qu'en historien. S. Bernfeld s'avise de 
trouver dans les additions de la traduction slave de la Guerre juive, qui éma- 
neraient d'un judéo-chrétien et auraient été écrites primitivement en hébreu, 
des matériaux authentiques pour l'histoire des origines du christianisme. 
Pour en tirer parti, il faut, il est vrai, quelques combinaisons dans le genre 
de celle-ci : les Juifs corrompirent Ponce-Pilate pour obtenir la mise en liberté 
de Barabba, appelé aussi, d'après saint Jérôme, Jésus Barraban, c'est-à-dire 
Jésus, fils de Rabban... Gamaliel ; delà, la légende de la trahison de Judas 
pour 30 deniers. — L. Geiger nous présente Moritz Veit (1808-1864) en tant que 
champion de l'émancipation des Juifs en Allemagne ; ce titre est quelque peu exa- 
géré, car Veit n'intervint que deux fois dans des débats parlementaires pour 
défendre la cause de ses coreligionnaires, et même l'on peut trouver que G. 
ne met pas suffisamment en vue ces deux interventions. — M. Eschelbacher mon- 
tre comment le Talmud peut servir à l'instruction et à l'éducation ; le sujet 
n'est pas toujours serré de près, mais il est habilement présenté et l'exposé 
abonde en fins aperçus. — S. Feist fait une étude comparative des Ariens 
et des Sémites au point de vue ethnographique, linguistique et historique ; 
c'est une orientation excellente et bien au courant. — Pour finir, A. Berliner 
s'occupe du « menu juif ». Après avoir esquissé l'histoire du kiddousch et de 
la habdala, il énumère quelques mets juifs et les usages qui s'y rattachent. 
Le « schalet » ne remonte pas au français « chald » (?) ; la forme ancienne 
est « chalans » (participe du verbe « chaloir »), qui traduit l'hébreu "p72n. 
— Une longue nouvelle — tableau de la vie juive — termine ce volume. 

Jahresbericht (XVI.) der Israelitisch-Theologischen Lehranstalt in Wien 
fur das Schuljahr 1908-1909. Voran geht : Die hermeneutische Induktion 
in der talmudischen Litteratur, ein Beitrag zur Geschichte der Logik, 
von Ad. Schwarz. Vienne, Verlag der Israël. -Theol. Lehranstalt, 1909; 
in-8° de 276 p. 

Sur le 3N ^33 . 

Jahresbericht (XVII.) der Israelitisch-Theologischen Lehranstalt in 
Wien fur das Schuljahr 1909-1910. Voran geht : Antoninus und Rabbi, 
von S. Krauss. Vienne, 1910; in-8° de viu-f-172 p. 

Ce travail de M. Krauss est d'une lecture attachante, et agaçante. Il est 
écrit d'une plume alerte, avec l'entrain de l'enthousiasme et l'assurance de 
l'illusion. Il rappelle le Onkelos und Akylas du regretté Friedmann. Certains 
chapitres sont vivement « enlevés », notamment l'historique delà question 
(p. 70-87), qui a du brio et du brillant, non sans esprit ni finesse. Tout le 
livre se lirait avec le même plaisir, si c'était une œuvre d'imagination. Mais 
c'est une œuvre de science et d'érudition. L'auteur se fâcherait si on consi- 
dérait comme une fantaisie ce qu'il prend pour la vérité historique. Or, le 
lecteur savant se lasse de voir une question scientifique, ou prétendue telle, 
traitée avec une si extraordinaire légèreté de critique, et un historien, ou qui 
veut être tel, échafauder un roman aussi romanesque. Et le charme fait 
place au malaise. Disons-le de suite : pour nous, le problème traité par 
M. K. ne relève pas de l'histoire; une solution historique fût-elle à cher- 
cher, celle de M. K. serait inacceptable, car elle est déjà viciée par la méthode qu'il 
emploie constamment. Il vaut la peine d'y insister, car pour M. K., il y va 



BIBLIOGRAPHIE 285 

de l'histoire juive et de l'histoire romaine, et pour nous, c'est le caractère et 
la valeur historique de l'Agada qui sont en question. 

Trente-cinq textes du Talinud et du Midrasch parlent d'un empereur 
romain Antoninus; presque tous le mettent eu rapport avec le patriarche 
Judal(Rabbi).Quelestcetempereur ? La question a tourmenté les savants juifs, 
depuis Rapoport et Krochmal jusqu'à D. Hoffmann, en passant par Graetz et 
Jost. La solution de l'énigme était réservée à M. Krauss : L'Antonin talmu- 
dique est Avidius Gassius, prétendant à l'empire, et l'Agada nous fait connaître 
sesplansambitieux, ses conspirationsetses alliés, dont Rabin (p.-88). M.Lcszynsky 
a suffisamment réfuté cette identification (voir plus loin, à ce nom) et nous 
n'y reviendrons pas. Mais il faut voir par quelle métbode M. K. arrive à ce 
résultat. Au lieu de faire la critique de chaque texte, d'après son contenu, sa 
date présumée et la compilation qui l'a recueilli, il les classe d'après leur 
sujet, sans tenir compte de leur valeur. C'est tout juste s'il eu écarte quelques- 
uns comme à regret. Il ne voit pas que son n° 6 est un passe-partout (la 
môme anecdote est rapportée ailleurs à Josué b. Hanania), de même son 
n° 32, que son n° 10 ne parle pas d'Antoniuus ; il coupe son n" 13, interprète 
ses n os 16 et 20. Il prend de toutes mains (voir les Maassiyot, p. 48-49, n.) 
et fait flèche de tout bois (voir sa référence de la p. 20, n. 2). Ajoutez à ces 
procédés des rapprochements de textes, des restitutions hypothétiques, des 
inductions psychologiques, des calculs politiques et diplomatiques, et voici le 
résultat : a Les relations qui nous sont parvenues sont autant de pièges qui 
nous guettent et nous sommes les pauvres niais qui nous y précipitons » (p. 73). 
Tout n'est pas à dédaigner dans le livre de M. Krauss et ce qui ne sert pas 
à sa thèse est fort utile. Les observations sur le rôle et l'activité temporelle de 
Rabbi (p. 31) sont judicieuses; ce qu'il dit des rapports de certains rabbins 
avec les rois de Perse (p. 95) mérite considération. Les renseignements sur 
1' « économie rurale » du patriarche (p. 19 et s.) sont bien groupés et d'un 
intérêt réel. Parmi les autres digressions, relevons celle où il réunit les données 
midraschiques sur la richesse de Coré et de Moïse et sur les pierres précieuses 
(p. 14). Quand M. K. se borne à recueillir de 1' « archéologie », nous le 
suivons volontiers. Mais dès qu'il construit de l'histoire, nous nous méfions, 
qu'il s'agisse de la chronologie talmudique (p. 142 et s.) ou d'une guerre des 
Juifs sous Antonio le Pieux (p. 108 et s.). 

Dans le détail on pourrait faire bien des remarques. P. 20, niDN iTOn 
ne peut pas signifier « fermiers du patriarche » (et c'est dommage, car nous 
aurions un équivalent hébreu du nom donné par les Romains au nassi) ; 
p. 26, n. 2, les m "H 33 etlesniD^O sont des figues ; p. 49, lire raison d'Etat 
pour raison cïëtre; p. 52, ïib^nr» miDPD ne peut pas signifier « la conspi- 
ration est dénouée » ; p. 66, la légende sur la naissance de Rabbi nous paraît 
trop récente — de l'époque byzantine — pour fournir des matériaux d'histoire; 
p. 100, il n'est pas prouvé que Bar-Kochba soit le « Simon » des monnaies. 

Jahresbericht des Jiidisch -theologischen Seminars Fraenckcl'scher 

Stiftung. Voran geht : Gescbiehte der Juden in Schiesien. Hcft v : Vom 

Beginn der habsburgischen Herrsçhaft bis znm Ende des scchzehnten 

Jahrhunderts, vom M. Brann. Breslau, impr. Schatzky, 1910; in-8° de 

p. 151-201 -f-LXxn-Lxxxii-f- 15 p., I grav. 

La gravure est une reproduction du frontispice du Pentateuque imprimé à 
Oels (Silésie) en 1530. 

Jalires-Bericht des Ilabbiner-Seminars zu Berlin fur 1007-1908 (5668), 
erstattet vom Curatorium. Mit einer wissenschal'tlichen Beilage von 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

D. Hoffmann : Midrasch-Tannaïm zum Deuteronomium, II (avec titre 
hébreu : D'Haï ISO 53» û^fittn ffima), Berlin, imprimerie Itzkowski, 
1909; in-8° de 264 + 40 p. 

Voir plus haut, à D^fcttn 125"n73. 

Jahresbericht (32.) der Landes-Rabbinerschule in Budapest fiir das 
Schuljahr 1908-1909. Vorangeht : Zur Einleilung in die Halacha, von 
M. Guttmann (Erstes Heft). Budapest (Presbourg, imprimerie Alkalay), 
1909; in-8°de 49 + 46 p. 

Dans ce travail, au titre singulier d' « Introduction à la Halacha », le savant 
auteur s'est efforcé de nous orienter sur la signification et l'étendue de ce 
que désigne le terme « halacha ». En général, les ouvrages isagogiques nous 
l'ont connaître le cadre des monuments de l'antiquité et tout ce qui s'est formé 
autour d'eux au cours des âges. M. Guttmann, lui, ne nous donne pas ce qu'il 
nous a promis. 11 nous renseigne sur la Halacha, il nous en montre le chemin; 
il ne nous y introduit pas. Il a amassé des matériaux, mais quoiqu'il ne lui 
manque ni la conscience, ni la perspicacité, il ne les a pas cette fois suffi- 
samment éclairés. Classer soigneusement des détails, ce n'est pas de la 
science. Le savant doit trouver des lois générales pour les faits particuliers 
que l'expérience a permis de constater. Et de même que le géomètre, pour 
calculer la surface d'une figure, trace des lignes qui disparaîtront ensuite, de 
même, l'édifice achevé, l'échafaudage doit être enlevé ; sans quoi on ne 
découvre pas la façade, ni l'ensemble. 

Examinons maintenant quelques détails. Qu'est-ce que la Halacha ? D'après 
G., c'est toujours — dans le sens étroit aussi bien que dans le sens large du 
terme — la loi, la règle. C'est ce que nous ne saurions lui accorder. Halacha, 
et surtout le pluriel Halachot, signifie avant tout : thèse formulant une dispo- 
sition légale. Exemples : fbiai "^073 mBîflb 11WN3 mabn 71735 

nsTEEa m^pïta» (j. Péa, n. 4) ; p rmïTO "Wttb mabn trusta 

"Dpn rOHna m& (Yalkout, Eccl., 999). Autre exemple instructif : 
n31D73rs yiati tfbtf) 13331 nvb^m mab^r? (j. Bet\, m, 4), des ensei- 
gnements ordinaires qui ne doivent pas être réunis en une Mischna. Cf. 

p. 20, miban mabn, et note 5 ; 17312:3 nabn ïnîawa "^ ba [Sctnh., 

90 6), passages parallèles : n3>1731Z) 131 (Yeb., 97a; Becli., 316). La 
Mischna se compose de Halachot, c.-à-d. de thèses. — bNl731D D12)3 N"PJT 

Nba msoinn ïo abi miann p fcôi mabnn p fcô "plEb vn 

IITobnn *J73 (j- Péa, n, 6) : les Halachot sont les thèses lialachiques, les 
Agadot sont les thèses agadiques , les Tossafot sont les thèses ajoutées, 
mais non reçues, le Talmud est l'enseignement des écoles (cf. Revue, L1X, 
53, n. 3; d'après Bâcher, Agada der Tana'Uen, l 2 , 483, Talmud égale 
Midrasch ;) ibidem : m^ H73 3>~m nnK 181 *pm PHP nzibn PN3 DN 
"in^ "13lb ÏTS^-PbSP. bN. En aucune manière, le terme en question n'a la 
signification primitive de « règle valahle », mais seulement celle de « dispo- 
sition, thèse ». Ainsi, Yohanan b. Nouri est appelé Piabîl bl2) nsip, « coffre 
d'enseignements » (Bâcher, op. cit., 366). — La définition précise du terme 
« Halacha » résulte de certaines distinctions et oppositions. Ainsi « Halacha » 
s'oppose à « Minhag » : 5DK "p^2)m Nb ^H373 D^31tt ïlb p^Cm nabn 

■p'niE "Wiin (Eroub., 626); nabn biaatt ^n-73n (j. B. M., vil, 1). 
« Halacha » s'oppose à ni2)?73 : nabn H3Î31 nvyil n&n [Pes., 66 a; 
j. Sanh., ix, i. f.); m ni2)273 NS^13> nabn (B. B., 130 6). « Halacha» 
peut avoir aussi le sens d' « étude » : tfpibit frO^a Nnabn ; passage paral- 
lèle : tfPI>?3U) (Meg., 28 6 ; Eroub., 65 a) ; 17312)73 P13n?312)1 mabn (Tank., 



BIBLIOGRAPHIE 287 

Ki tissa, 9). « Halacha » s'oppose à « Tora » et prend alors le sens de « Loi 
orale », comme dans ce dire d'ÉIéazar I). Jacob : mbrïD Nb'ù3 "piaaVID 
miro N5U5 ^tt53iyi (j- Bag. } a, 2 ; G. traduit : « on peut prononcer 
une punition en dehors de la norme (?) et de la loi », p. 28) ; '") ^3ri 

tc-nsab -ins mp7aai finp?ab nnpi? rmnfi mmpB 'aa bwnw 
'ian «Varia txyrm nai baa m»N nabm nsc:: mna rmnn 
(j. Kidd., i, 59 1/); anpîan mpia» nabn (Sote, 166); n"nb -nos 
Iïtwhd ba* "pana» ïrnn nm ï»?ro ij* -nD^n nabn rrmnb 

(Ta/i/i., Ki tissa, 16). 

P. 15, les mots 111211373 ^"\T\12 ïiabn "p "1172 "«a (So/a, 22 a) sont traduits 
par G. : « qui tirent de la Mischna des décisions pratiques ». Le sens est 
clair : ceux qui décident d'après leur Mischna sont les destructeurs du monde. 
— P. 19, la phrase '"îm min nSIDlÛ bs H7:K rppTn n"n iïipk 
T1JH mabn (éd. Krot. *73H) (j. Moëd Kat., m, 7) ne peut guère s'expliquer 
comme le croit G. : celui qui enseigne des Halachot et en plus la Tora ; ce 
serait trop forcé. Peut-être le mot *73H. qui parait être la meilleure leçon, 
est-il une abréviation du copiste pour mèOin mi3" mabn ITTin : 
les différents domaines de la science traditionnelle sont indiqués au lieu d'être 
énumérés; c'est comme si on disait : des Halachot à la Tora. Il se peut aussi 
qu'il faille corriger iy\ en mi an : nous aurions alors les trois parties de la 
science de la tradition ; d'après R. Yosê, les Halachot seules suffiraient. 

P. 26, m"np^ mabïi ue signifie pas des « Halachot détachées, indépen- 
dantes » ; la notion de nmpy est éclairée par la phrase tf "ip?3n mpw nabn 
(Sola, 16 6). A noter aussi : nmil îiabïl {Yeb., 14 6; HoulL, 57 6); nrbn 

ncBii (j. Péa, vu, 6). — p. 29, sur mabn naiu:, ajouter : mabn 1121b 

K Lév. r., xix, 2). — P. 45, ajouter: yip nabn IWn (j- Ber., 1, 6); 

nabnn na>apa j. Hag., n, 3). — p. 46, sur nabnn n^aon, t. Pesikta, 
éd. Buher, 9 6 : ûïtd ba» nabn "p^ao» ttto ; nabn rrabyna {Lév. 

r., 13); nabn ntainrû (Jlfirfr. Samuel, 22); 'n nfcC ©TT1 (Can*. ?■., 
vi, 4). Un passage intéressant est celui du Midrasck Sckir ha-Schirim, éd. 
Griinhut, vu, 14 : -|btt D^EP mwitt "ibtt D^tain DW* Da D"nZ5*7n 

"•a^ott n«7ab -,nï3«ao mabn. 

Il serait facile d'augmenter les exemples. Mais ajouter ou compléter ou 
rectifier nous mènerait trop loin. On ne peut pas reprocher à ce travail d'être 
pauvre en matériaux, mais ceux-ci auraient dû être classés avec plus de 
rigueur et passés au crible. Nous avons l'impression que le savant auteur 
n'avait pas achevé de prendre ses notes et s'était mis à l'œuvre avec des fiches 
insuffisantes. Sans rabaisser la valeur de cet ouvrage et sans en déprécier les 
qualités, nous attendons de l'auteur des recherches plus approfondies et plus 
précises. Son œuvre antérieure autorise ces espoirs. — J. Wellesz. 

Jahresbericht (33.) der Landes-Rabbinerschule in Budapest fïirdasScluiljahr 
1909-1910. Vorangeht : Die hebriiische und arabische Poésie der Juden 
Jemens, von W. Bâcher. Budapest (Presbourg, impr. Alkalay), 1910; 
in 8° de 100 -f 56 (avec titre hébreu : pTi iyw) -f 60 p. 
Voir plus haut, à Bâcher. 

Jakob M.). Der Talmudquell. Ausgewâhlte Sagen und Erzâhlungen ans 
dem agadistischen Talmud.Fiir Schule und Haus. Vienne, chez l'auteur, 
1909 ;in-8° de xvi-j-494 p. 

Traductions paraphrasées d'agadot. Populaire. 

Jampel (S.). Vom Kriegsschauplatze der israclitischen Heligionswissen- 



288 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

schaft. Eine gemeinverstandliche Schilderung der Kâmpfe auf dem 
Gebiete der modernen Bibelwissenschaft. Francfort-s.-M., J. Kauffmann, 
1909 ; in-8° de 52 p. M. 0,80 (Tirage à part de la M. G. W. /.). 

Jawitz (W.). Leben und Treiben des Volkes Israël in vorsalomonischer 
Zeit. Auszug aus dem hebràischen Geschichtswerke Toldoth Israël. 
Berlin, chez l'auteur, 1909; in-8° de 11+38 p. M. 1. 
Travail d'une lecture agréable, mais sans critique. 

Jehuda Ha-Levi. Das Buch Kusari nach dem hebràischen Texte des Rabbi 
JehudalbnTibbon herausgegeben, ùbersetzt und mit einem Commentai' 
sowie mit einer allgemeinen Einleitung versehen von D. Gassel. 3. Auf- 
lage. Anastatischer Neudruck. Berlin, Lamm, 1909 ; in-8° de iv-j-444 p. 
M. 9 (Lamm's Bibliotheca Judaica. Sammlung von Neudrucken aus dem 
Gebiete der jûdischen Geschichte und Literatur. Nr. 8). 

Jensen (P.). Moses. Jésus, Paulus. Drei Varianten des babylonischen 
Gottmenschen Gilgamesch. Eine Anklage wider die Theologen, ein 
Appel auch an die Laien. Zweite, wesentlich vermehrte Auflage. 
Francfort-s.-M., Neuer Frankfurter Verlag, 1909; in-8 J de 64 p. M. 1,20. 
— Dritte, abermals bereicherte Auflage, 1910. 

Jessel (E. E.). The unknown history of the Jews, discovered from the 
ancient records and monuments of Egypt and Babylon. Londres, Watts, 
1909; in-8° de 170 p. 3 s. 6 d. 

Joice (G. G.). The inspiration of prophecy. An essay in the psychology of 
révélation. Londres, Frowde, 1910 ; in-8° de v+195 p. 3 s. 6 d. 

Jordan ( W. G.). Biblical criticism and modem thought ; or the place of 
the Old Testament documents in the life of to-day. Edimbourg, Clark, 
1909 ; in-8° de xi -f 322 p. 7 s. 6 d. 

Jouom (P.). Le Cantique des Cantiques. Commentaire philologique et 
exégétique. Paris, Beauchesne, 1909 ; in-8° de vm + 335 p. 5 fr. 
Voirie compte rendu de M. Mayer Lambert, Revue, LVIII, 154—156. 

Jouon(P.). I. Études de philologie sémitique. — IL Notes de lexicographie 
hébraïque. — III. Notes de critique textuelle (A. T.). Beyrouth, Univer- 
sité Saint-Joseph, 1910; in-4° de 134 pages (Tirage à part des Mélanges 
de la Faculté Orientale de V Université Saint- Joseph). 

Voir le compte rendu de M. Lambert, Revue, LXIII, 305-312. 

Jiïdische Fragen. Sammlung von wissenschaftlichen Arbeiten aus dem 
Seminar des Vereins zionistischer Hochschïiler Theodor Herzl in Wien. 
Buchschmuck von O. Rosenfeld. Vienne, R. Lôwit, 1909; in-8° devm-f- 
147 p. M. 2. 

Contient entre autres travaux de courtes études sur J. Berscbadski, par 
E. Tisch, et sur M. Lazarus, par J. Meisl. 

Jugie (M.). Histoire du canon de l'Ancien Testament dans l'Église grecque 
et l'Église russe. Paris, Beauchesne, 1909 ; in-8° de 140 p. 1 fr. 50 (Études 
de théologie orientale, I). 

Réimpression de quatre articles des Echos d'Orient (catholique). 



BIBLIOGRAPHIE 289 

Kahn (A.). Jïidische Dorfgeschichten, Berlin, Poppelauer, 1910; in-8° de 
172 pages. 

Scènes de la vie juive sous forme de nouvelles. 

Kalman (0.). Job konyve a kôzépkor magyarazataban I rész (900-1200). 
Dissertation. Budapest, 1909. 

Le livre de Job dans l'exégèse du moyen âge. 

Kandziora (M.). Das gereimte Bruchstiïck des Bnches der Kônige und die 
entsprechende Prosa Dissertation. Greifswald, 1910 ; in-8°de 153 pages. 

Kann (J. H.). Erez Israël, das jiidische Land. Cologne, Jùdischer Verlag, 
1909; in-8° de vin -f 185 p., ill. M. 5. 

Sioniste. 

Kann (J. H.). Erets Israël ou le pays juif. Bruxelles, Falk, 1910; in-8' de 
149 p., 2 cartes, ill. 

Traduction du précédent. 

Kanter (F.). rn'tD nby. Homiletische Essays iïber zeitgemasse Fragen zu 
allen Wochenabschnitten des Jahres. Francfort-sur-M., J. Kauffmann, 
1910; in-8°de 256 p. 

Karge (P.). Die Resultate der neueren Ausgrabungen und Forschungen 
inPalâstina. Munster, Aschendorff, 1910 ; in-8° de 93 p. M. 1 (Biblische 
Zeitfragen,III, 8-9). 

Karge (P.). Gesehichte des Bundesgedankens im Alten Testament. Erste 

Hàlfte, l.Teil : Die religionsgeschichtliche Môgliehkeitdes Sinaibundes. 

2. Teil : Der Bundesgedanke in den altisraelitischen Geschichtswerken. 

Munster, Aschendorff, 1910 ; in-8° de xx -f- 454 p. M. 12 (Alttestament- 

liche Abhandlungen, herausg. v. J. Nikel, II, 1-4). 

Une partie ou un résumé de cet ouvrage avait paru en 1909 comme disser- 
tation de Breslau (71 p.). 

Karpeles (G.). Gesehichte der jiidischen Literatur. 2. Auflage. Berlin, 
Poppelauer, 1909 ; 2 vol. in-8° de vu -f 492 et v -f 496 p. M. 12,50. 

Karsten (T. E.). Die mitteldeutsche poetische Paraphrase des Bûches Hiob 
ans der Handschrift des Staatsarchivs zu Kônigsberg herausgegeben. 
Berlin, Weidmann, 1910; in-8° de xlvii -f 279 p , 2 pi. M. 11,60 (Deut- 
sche Texte des Mittelalters. XXI. Band. Dichtungen des deutschen 
Ordens, IV). 

Katz (A.). Jossele. Leipzig, G. Engel, 1910 ; in-8<> de 190 p. 

Nouvelle. 

Kaufmann (D.). Gesammelte Schriften. Zweiter Band. Herausgegeben von 
M. Brann. Francfort-s.-M , J. Kauffmann, 1910 ; in-8° de x -|- 434 p. 

Nous avons analysé le premier volume de cette édition, qui est vraiment la 
bienvenue, des œuvres de D. Kaufmann dans la Revue, L1X, 297-9. Ce second 
volume contient, rangées d'après l'ordre historique des sujets, les études les 
plus brillantes du regretté savant de Budapest. D'abord les deux travaui très 
littéraires sur la théologie de Bachia et sur Juda Halévi, celui-ci enrichi 
T. LXIV, n- 128. 19 



290 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

d'additions trouvées dans l'exemplaire de l'auteur, et l'étude très mûrie sur 
l'influence du Guide de Maïmonide (cf. Revue, XXXIX, 155-159; sur le ms. de 
la traduction espagnole de Pierre de Tolède, voir maintenant M. Schiff, La 
Bibliothèque du Marquis de Santillane, fascicule 153 de la Bibliothèque de 
l'Ecole des Hautes Etudes, sciences historiques et philologiques, Paris, 1905). 
Viennent ensuite : l'article si perpicace sur un mouvement messianique en 
1096, les comptes rendus nourris des tomes I et II de la Geschichle des 
Erziehungswesens de Gùdemann, deux notices sur l'épitaphe d'Isaac b. Sché- 
schet à Alger, la série d'articles sur l'histoire de la famille Pisa, deux articles 
sur les martyrs d'Ancône et les représailles des Juifs levantins (les uns et les 
autres ont paru d'abord en traduction française dans cette Revue), enfin les 
deux travaux sur Isaac Schulhof, auteur d'une meguilla sur la prise d'Ofen 
par les Turcs en 1686 (détaché — pourquoi? — du livre sur la prise d'Ofen, ce 
qui fait que les annexes annoncées manquent) et sur Barthold Dowe Burma- 
nia, ambassadeur des Pays-Bas en Autriche, qui défendit généreusement les 
Juifs de Bohême et de Moravie, menacés d'expulsion (1745-6). La seconde par- 
tie du volume contient des sermons et discours. La préface de l'éditeur oriente 
le lecteur. M. Br. présente ce volume aux savants, mais nous espérons bien 
que le grand public ne le lira pas moins. 

Kautszch (E.). Die Heilige Schrift des Alten Testaments in Verbindung 

mit BUDDE, GUTHE, HÔLSCHER, HOLZINGER, KaMPHAUSEN, KlTTEL, LÔHR, MaRTI, 

Rothstein und Steuernagel iïbersetzt und herausgegeben. Dritte, vôllig 
neu bearbeitete, mit Einleitungen und Erklârungen zu den einzelnen 
Bùchern versehene Auflage. Band I, II. Tubingne, Mohr, 1908-4910 ; gr. 
in-8° de vin -j- 952 et vin + 629 p. M. 20. 

Kautzsch (E.). Voir Gesenius. 

Keeble (S. E.). The social teaching of the Bible. Londres, Culley, 1909; 
in-8°de296 p. 2 s. 

Keller(L.). Bibel, Winkelmass und Zirkel. Studien zur Symbolik der 
Humanitâtslehre. Iéna, E. Diederichs, 1910; in-8° de 58 p., ill. M. 0.75. 

Kennedy (A. R. S.). Leviticus and Numbers. Introduction, Revised Version 
with notes, index and map. Londres, Jack, 1910; in-12° de 396 p. 2 s. 
6d. (The Century Bible). 

Kennet (R. H.). The composition of the book of Isaiah in the light of 
history and arehaeology Londres, Frowde, 1910; in-8° de vu -f- 
94 p. 3 s. 

Kennett (R. H.). The church's gain from modem thought as shown in 
Old Testament study. Londres, Longmans, 1910. 6 d. 

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Hebrew, Greek and Roman. Edimbourg, Clark, 1910; in-8° de m -f 8 <> 
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création to the death of Moses. Londres, Hodder, 1909 ; in-8° de 268 p. 5 s. 

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Munster, Aschendorff, 1910; in-8° de iv-f-76 p. M. 2 (Alttestamentliche 
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Longmans, 1910 ; in-8° de 68 p. 

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Zweite, vollstândig neubearbeitete Auflage. Gotha, F. A. Perthes, 1909 ; 
in-8° de xvi -(-589 p. M. 12 (Handbucher der alten Geschichte. I. Série. 
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Ergebnissen mit Berùcksichtigung des Religionsunterrichts dargestellt. 
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Klaar (A.). Uriel Acosta. Leben und Bekenntniss einesFreidenkers vor 300 
Jahren. Berlin, Reimer, 1909 ; in-8° de 169 p. M. 2,50. 

Introduction sur l'importance d'U. Acosta, son caractère et ses théories 
éthiques (?), suivie de VExempla?% traduction allemande et original latin. 

Klameth (G.). Vom Ausbau des zweiten Tempels bis zum Mauerbau Nehe- 
mias (515 bis ca. 441 v. Ghr.). Programm des Staatsgymnasiums. Mâh- 
risch-Ostrau, 1909-1910 ; in-8° de 16 p. 

[Klauber.] La Bible illustrée de Klauber. Scènes bibliques de l'Ancien et du 
Nouveau Testament en cent tableaux artistiques, chefs-d'œuvre du xm e 
siècle, dessins de A. Stockmann, gravés par Klauber frères. Reproduc- 
tion authentique, avec texte de la Bible curieusement disposé en haut 
et en bas de la gravure, avec l'indication numérique des chapitres 
et versets correspondants de la Bible. Saint-Pé d'Ardet, S. Mondon 
(Bordeaux, phototypie Ghambon), [1909]; 100 planches in-4° de 24 
X 32 cm. 

Johann Adolf Stockmann travaillait à Augsbourg vers 1750. Joseph (1710- 
1768) et Johann (1711-1774) Klauber, surnommés « catholici », publièrent 



292 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leurs scènes bibliques en 1757. Au lieu de xm», il faut donc lire, dans le 
titre, xvnr siècle. 

Klein (G.). Derâlteste christliche Katechismus unddie jùdische Propagan- 
da-Literatur. Berlin, G. Reimer, 1909; in-8° de xi -f- 273 p. 

Le dessein de l'auteur est clair : reconstituer la littérature des missionnaires 
juifs aux environs de l'ère chrétienne et retrouver les tendances et comme 
l'idée centrale de ce mouvement de propagande. Mais le chemin qu'il cherche 
à se frayer est plein de détours et de retours en arrière, si bien qu'on se perd 
souvent en cours de route. Voici à peu près la suite des idées. Dans l'ancien 
Israël la religion est représentée par les prêtres, qui veillent sur le culte des 
sacrifices, et par les prophètes, qui prêchent la connaissance de Dieu. A côté 
d'eux agissent les a sages », qui cultivent la science et la poésie didactique. 
Après l'extinction de la prophétie, le Gode sacerdotal réunit la loi, la sagesse 
et la doctrine des prophètes. Cependant une opposition se manifeste; la 
« Hochma » ne peut détrôner la Tora, mais elle prend vis-à-vis d'elle la place 
de la prophétie. Elle donne naissance à l'Agada universaliste, qui, par son 
allégorisme, cherche à gagner les païens au monothéisme éthique du judaïsme. 
Son idéal, i'imitation de Dieu, devient, dans les cercles ésotériques, le mystère 
du « Schem ha-meforasch », indiqué par la formule « Ani ve-hou ». C'est 
l'enseignement de Jésus (d'après saint Jean) et c'est la raison de sa condam- 
nation : il s'était comparé à Dieu. Donc, le programme de propagande juive 
était de faire connaître les voies de Dieu : justice et amour, ce qui n'est autre 
chose que la notion de « Dérech éreç », développée dans le « Tanna de-bê 
Eliahou », dans Philon aussi bien que dans Josèphe, dans le traité « Dérech 
éreç rabba », dans les « OrhotHayyim » ou Testament de R. Eliézer. Le psaume 
xxxiv servait de texte aux missionnaires. Le Pseudo-Phocylide est le plus 
ancien catéchisme à l'usage des païens. Enfin, l'auteur en vient à la «Didachè », 
qui a été le point de départ de ses recherches. Il s'efforce d'en dégager les 
éléments juifs, qu'il trouve naturellement dans la doctrine des voies et qu'il 
retrouve parallèlement dans les « Pirkè de-Rabbi Eliézer». Il était temps qu'il 
s'arrête. 

Les théories de M. Kl. sont encore plus difficiles à apprécier qu'à suivre 
dans leur enchaînement. Elles séduisent parfois dans leurs brillantes généra- 
lisations, mais dès qu'on les serre de près et qu'on les confronte avec les 
textes, le mirage s'évanouit et les vérités démontrées ou acceptables sont entraî- 
nées par les hypothèses vers le néant. Laissons de côté la construction 
initiale d'histoire religieuse, qui est moins affaire de science que de théologie 
« libérale ». Quand il en arrive à la thèse proprement dite, M. Kl. ne la 
soutient qu'au prix d'inductions d'un vague insaisissable ou de références à 
des ouvrages choisis et datés arbitrairement. On ne lui concédera pas l'ancien- 
neté du « Tanna de-bé Eliahou », moins encore celle des « Pirkè de-Rabbi 
Eliézer », ni surtout celle des « Orhot Hayyim », quand même il détruirait 
l'attribution de Zunz à Eliézer de Mayence [xi* siècle] et découvrirait le système 
traditionnel d'Eliézerb. Hyrcanos. La chronologie de la littérature rabbinique 
est assez assurée pour qu'on n'en puisse pas jouer comme avec la Bible. 
Encore si ces Midraschim postérieurs offraient des textes probants ! Mais 
M. Kl. se contente de bien peu ; il se jette sur tous les chapitres qui con- 
tiennent des énumérations de vertus ou de vices et il tire à lui toutes les 
pages qui contiennent le mot « chemin ». Tout cela pour lui, et d'autres 
choses encore, est du « Dérech éreç ». Quant à sa théorie du « Schem ha- 
meforasch» et à son explication de « Ani ve-hou », est-il utile de les discu- 
ter? Il s'en faut de peu que, par ces excentricités, M. Kl. ait compromis ce 



BIBLIOGRAPHIE 293 

qu'il y a de vrai ou de vraisemblable dans sa thèse : l'existence et la persis- 
tance d'idées et de formules générales dans la littérature catéchétique juive, 
tant en Palestine que dans la dispersion, et qui ont passé au christianisme. 

On le voit — et ce serait assez pour valoir des lecteurs à cet ouvrage — 
dans les dernières pages, où l'auteur commente la doctrine des Apôtres, noyau 
de la « Didachù », à l'aide de textes talmudiques et midraschiques. Tous les 
textes qu'il cite ne sont pas probants, mais l'idée générale est juste et beau- 
coup d'exemples aussi. M. Kl. nous paraît avoir été moins heureux dans son 
explication des prières de la Didachè, qu'il rattache trop artificiellement à 
des prières juives ; semblablement, lorsque, dans un appendice, il essaie de 
reconstituer la forme originale du Pater, il perd de vue que cette prière est 
une oraison individuelle, non une « beracha » liturgique, et c'e6t donc mal à 
propos qu'il lui applique les règles de la « beracha ». Ici, comme dans le 
reste, M. Kl. se perd tantôt dans les analogies générales et tantôt s'embarrasse 
dans les disparates particuliers. 

Nous ne pouvons pas nous engager dans une discussion de détail, ni rele- 
ver les citations négligentes (voir p. ex. p. 49, n. 2). Ce livre demande à 
être lu les yeux mi-clos. 

Klein (S.). Beitrâge zur Géographie und Geschichte Galilâas. Leipzig, 
R. Haupt, 1909; in-8° de vin -f 112 p., 1 carte. 

Voici un travail excellent et qui classe tout de suite son auteur. C'est une 
dissertation de doctorat, ainsi présentée à l'Université de Heidelberg : Die 
Barajta der vierundzwanzig Priesterabteilungen, Beitrâge zur Géographie 
und Geschichte Galilœas (Kirclihain, 1909). Le sous-titre indique le but de 
l'ouvrage, le titre en indique l'objet. — Rapoport a reconnu que la kina de 
Kalir "pTiJn nbasan ïiatt)' 1 rtD^N contient une liste des localités habitées 
par les 24 sections de prêtres. Zunz a retrouvé la liste dans une keroba du 
même pour le 9 ab, ro*N ""HDT, et il a signalé l'existence d'un commentaire 
d'Eliézer b. Natan (xn e s.), publié ensuite par Schorr. Le paitan et son com- 
mentateur ont utilisé une ancienne source, dont un fragment s'est conservé 
dans le Yerouschalmi (Taanit, 68 d) et que Zunz a dénommée « la baraïta 
des 24 sections sacerdotales ». M. Kl. s'est proposé de dégager et d'identifier 
les noms géographiques de ce texte. Il publie en appendice la première pièce 
de Kalir, la seconde par extraits (pourquoi pas in extenso 1) et le commen- 
taire d'Eliézer b. Natan, pour lequel il a eu à sa disposition deux manuscrits. 
Il nous semble que sa discussion aurait gagné à être conduite autrement. 
Puisqu'il voulait reconstituer la baraïta, il devait d'abord expliquer, sinon tra- 
duire, les deux compositions de Kalir, en s'aidant du commentaire, dégager 
la source commune, établir le texte de celle-ci en ce qui touche les noms 
propres et, sur cette base, examiner les données géographiques pour conclure 
par les résultais historiques. Ainsi la justesse de la thèse apparaîtrait mieux. 
Mais ce n'est qu'une question de méthode : si l'on se donne la peine de suivre 
l'auteur, on sera tout aussi convaincu. 

Le gros de l'étude est consaeré à l'identification des localités, sur lesquelles 
l'auteur réunit, avec autant de perspicacité que d'érudition, les données 
éparses dans la littérature rabbinique, non sans les confronter avec la littéra- 
ture chrétienne et l'épigraphie ; il parvient même à dater une inscription grecque 
de Tibériade d'après un texte du Yerouschalmi ^p. 61). Beaucoup de ses iden- 
tifications sont toutes neuves; il retrouve 507272 dans Chirbet Mamelia ou 
Mimla, ibniT^J hbmrï) dans Aïteroun, ■pab ,, 3> dans Aïlboun, bfiPT1J> dans 
Louizie. Jolie est l'équation m "IN r\12U = m« ma, précieuse l'identifica- 
tion de *prPU3 avec Asochis. L'auteur réussit à reconstituer des noms géogra- 



294 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

phiques corrompus dans la source ou disparus (m 73 3 "1D!D, etc.). Le résultat 
est remarquable : sur 24 noms, généralement difficiles, 20 sont reconnus. 

Chaque localité identifiée est l'objet d'une étude topographique, géogra- 
phique, voire, s'il y a lieu, historique. La notice sur Sepphoris, suivie d'une 
liste des rabbins de cette ville, est toute une monographie resserrée en vingt 
pages ; on pourra en rapprocher l'étude, faite à un autre point de vue, de 
M. Bùchler (voir plus haut, à ce nom). Tibériade ne figure pas dans notre 
liste, mais tout près de là était situé rP""IN ri73n, résidence de la section de 
!TT3<*}3, ce qui explique que ce dernier nom est donné à Tibériade dans 
les anciens ouvrages massorétiques ; cette explication fait tomber toutes les 
autres. Safed, qui n'est cité qu'une fois dans le Talmud, se retrouve ici. 
On y retrouve aussi des localités connues grâce à Josèphe ou aux Évangiles : 
Jotapata, Cana, Magdala, pour laquelle l'auteur confirme les ingénieuses 
inductions de Graetz. Mais le clou, à cet égard, est Nazareth, oui Nazareth. 
La ville natale de Jésus n'est mentionnée nulle part dans la littérature talmu- 
dique. La mention qui en est faite par Kalir était connue, mais on hochait 
la tête : un paitan du ix e ou x e siècle. . . Il faudra se rendre à l'évidence : la 
source est du n e ou m 9 siècle et le contexte garantit l'authenticité du nom. 
Nous ferons remarquer, à ce propos, que le Ç dans ce nom correspond à un £ 
de l'hébreu (mi£3, comp. i")3£"l3) : l'orthographe grecque aurait-elle subi 
l'influence de nazirl 

Quelques-unes de ces localités (Sepphoris, Safed, etc.) nous transportent 
immédiatement en Galilée; l'examen prouve que toutes les localités de la 
liste y sont situées. Or, il est impossible qu'à l'époque du Temple les prêtres 
demeurassent dans cette partie de la Palestine, si loin du Temple. C'est après 
70, après 135 même, qu'ils se sont établis en Galilée, où ils continuèrent à 
former de véritables communautés, cantonnées de préférence dans certaines 
localités (Sepphoris, Mimla, Maon, Aïthalu, Kaboul, Schihin, Magdala) ; quelques 
passages du Talmud et du Midrasch le donnent clairement à entendre. Ces 
communautés disparurent sans doute au iv e siècle. Notre liste nous reporte 
ainsi à une époque postérieure à la destruction du Temple ; M. Kl. croit 
qu'elle peut provenir d'un registre généalogique tenu par les prêtres. 

Nous avons bien peu d'observations à présenter. L'auteur accepte trop com- 
plaisamment l'explication de D" , 3"-|D73 donnée par Hoffmann et l'application 
de ce nom aux Maccabées (p. 12). Pour ""P3> "Dn, nous préférons l'explication 
de Hoffmann, qui est d'ailleurs généralement admise (« conseil municipal»), à 
la sienne (« communauté », p. 35, n. 9). Sur le Tekoa du Nord (p. 24), voir 
aussi D. Kimhi au commencement du commentaire d'Amos. Que M. K. se 
méfie des explications de noms propres (m^St = ÎTVylE, p. 49; "Qb^ = 
pb "p*, p. 51, n. 4 ; ncirin = NDOn, NDirn, p. 69) . 

L'ouvrage est dédié à M. Berliner, dont il rappelle, au moins par le titre, 
les Beitrâge zur Géographie und Ethnographie Babyloniens. Mais en réa- 
lité, M. Kl. est l'élève du regretté Hirsch Hildesheimer, dont les Beitrâge zur 
Géographie Palâstinas lui ont visiblement servi de modèle : c'est le même 
champ d'application, la même méthode d'argumentation, la même sagacité et 
la même sûreté de vues. Pour l'importance des résultats obtenus, le disciple a 
même dépassé le maître. H. Hildesheimer, détourné par d'autres occupations, 
n'a rien donné de plus ilans cette discipline. Puisse M. Klein poursuivre ses 
travaux avec la même méthode, le même esprit critique et il fera de belles 
découvertes dans un domaine qui n'a été exploré jusqu'ici que superficiel- 
lement. 

Knabenbauer (J.). Commentarius in Proverbia. Cum appendice : De arte 
rythmica Hebraeorum auctore F. Zorell. Paris, Lethielleux, 1910; 



BIBLIOGRAPHIE 295 

in-8° de 270 p. 5 fr. (Cursus Scripturae sacrac auctoribus R. Gornély, 
Knabenbaucr, Fr. de Hummelauer aliisque Soc. Iesu presbyteris. 
Gommentariorum in Vet. Test. Pars II : In Libros didacticos. III : Liber 
Proverbiorum). 

L'auteur de l'appendice (p. 247-270) s'efforce de prouver que les Hébreux 
avaient une poésie « rythmique », dépendant de l'accent des mots, différents 
mètres (du dimètre au décamètre) pouvant entrer dans la composition d'un 
même morceau. 

Knecht (F. J.]. A practical commentary on Holy Scripture for the use of 
those who teach Bible history. Translated and adapted from the 
16th. German édition. Préface by M. F. Glancey. Third English édition 
revised. Fribourg, Herder, 1909 ; in-8° de xxxn -f- 840 p., ill. M. 12,60. 

Knigiit (W.). The golden wisdom of the Apocrypha, with explanatory pré- 
face and an appendix containing some of proverbial wisdom of the 
Talmud. Londres, 1910; in 8° de 68 p. 2 s. 

Kober (H.). DerProphet Jesaia erklàrt. Constance, Christlicher Buchverlag, 
1910 ; in-8° de 154 p. M. 1,60 (Praktische Bibelerklàrungen, herausg. 
von P. Fabianka). 

Koezle (L. F. G.). Ehe und Kindererziehung nach der Heiligen Schrift. 
Chernnitz, Koezle, 1910. M. 1,50. 

Kohler (K.). Wer waren die Zeloten oder Kannaim ? Cincinnati, 1909 ; 
in-8° de 14 p. (Tirage à part de la Festschrifl Harkavy). 

Kohler (K.;. Grundriss einer systernatischen Théologie des Judentums auf 
geschichtlicher Grundlage. Leipzig, G. Fock, 1910 ; in-8° de vm -f- 383 p. 
(Schriften herausgegeben von der Gesellschaft zur Fôrderung der 
Wissenschaft des Judentums. Grundriss der Gesamtwissenschaft des 
Judentums. Bd. 4). 

Un livre très scientifique et très littéraire à la fois, fortement pensé et élé- 
gamment écrit, un livre qui pèche par des détails, mais qui dans l'ensemble 
inspire confiance, qui est solidement documenté sans s'embarrasser dans les 
textes, qui est neuf sans originalité et riche sans confusion ; un livre dont l'esprit 
et les tendances peuvent déplaire, mais qui est franc et sait où il va, dont 
la conception est discutable, mais dont la composition est sûre, où l'on peut 
reprendre la prédominance de telle partie ou l'effacement de telle autre, mais 
où chaque chose est a la place où on a voulu la mettre, dont le style enGn est 
soutenu, coloré, vivant, — bref un livre qu'on peut critiquer, mais qu'il faut 
admirer, c'est celui-ci. 

Après avoir défini la théologie, puis le judaïsme, M. K. propose une nouvelle 
classification des articles de foi, qu'il formule ainsi lui-même avant de les 
développer dans le reste de l'ouvrage. I. Dieu ; 1° la conscience de Dieu et la 
révélation de Dieu : son essence intellectuelle-morale, son unité, sa sainteté et 
sa perfection ; 2° ses rapports avec le monde — création et providence — et avec 
l'humanité — justice, amour et grâce. II. L'homme; 1° ressemblance ou filia- 
tion divine de l'homme ; sa liberté morale, ses aspirations vers Dieu ; péché 
et pénitence ; prière et adoration ; immortalité ; 2° la société humaine dans ses 
membres et dans son ensemble; l'esprit de Dieu dans l'histoire. III. Israël et 
le règne de Dieu; !• la mission sacerdotale d'Israël et 9on martyre; son espé- 



296 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rance messianique ; 2° le règne de Dieu ; les peuples, les classes et les religions 
dans le plan du salut divin. Ajoutons que le dernier chapitre est consacré à la 
synagogue et à ses institutions. — Aucun élément de ce système n'est nouveau ; 
la nouveauté réside dans leur classement et surtout dans l'importance relative 
de quelques-uns d'entre eux. M. K. est un théologien libéral et il ne s'en cache 
pas ; aussi appuie-t-il beaucoup sur la mission spirituelle d'Israël et peu sur 
le contenu positif de la révélation ; l'immortalité y trouve encore son compte, 
mais la résurrection est tout simplement éliminée et le messianisme à peu près 
transformé. C'est une théologie du judaïsme réformé, ce n'est pas une théo- 
logie du judaïsme. Mais M. K. croit que le judaïsme libéral est dans la suite 
de l'histoire et que sa théologie est la résultante logique d'une évolution. Il suit 
chaque idée depuis les origines jusqu'à nos jours. Il consulte la Bible — à la 
lumière de la critique moderne — la littérature rabbinique, la liturgie (ceci 
est excellent), les théologiens du moyen âge et les réformateurs du xix« siècle. 
C'est une bonne méthode, et la seule qui soit scientifique, de dégager la théo- 
logie de l'histoire; mais pourquoi, dans une théologie systématique, faire l'his- 
toire des idées qui ont disparu de la conscience religieuse moderne? que nous 
importe la polémique contre le paganisme polythéiste ? que signifient pour 
nous Satan et les mauvais esprits ? Il ne faut pas confondre l'histoire de la 
théologie avec la théologie historique. 

Quoique l'ouvrage soit d'une excellente tenue scientifique, on pourrait re- 
prendre maint détail d'histoire. Mais un historien aussi personnel que M. K. 
ne peut pas être d'accord avec tout le monde et nul ne s'étonnera qu'il ait 
repris telle de ses idées favorites, sur les Esséniens, par exemple. Son livre est 
peut-être un des meilleurs et en tout cas un des plus beaux qui aient paru 
dans ces derniers temps. 

Kônig (E.). Hebrâischesund aramâisches Wôrterbuch zum Alten Testament. 
Mit Einschaltung und Analyse aller schwer erkennbaren Formen, Deu- 
tung der Eigennamen, sowieder massoretischen Randbemerkungen und 
einem deutsch-hebrâisehen Wortregister. Leipzig, Dietrich, 1900 ; in-8° 
de x -f 665 p. M. il. 

M. K., ayant touché à toutes les questions de grammaire, lexicographie, 
histoire, théologie biblique, devait être tenté de résumer ses opinions dans 
l'ordre alphabétique des mots hébreux. De là ce Dictionnaire. Mais comme un 
dictionnaire ne se fait pas aussi facilement — toutes proportions gardées — 
qu'une brochure de vulgarisation, les travailleurs, auxquels ce dictionnaire est 
destiné, seront choqués constamment par les inégalités et les négligences de 
l'exécution. Pourquoi l'auteur a-t-il fait entrer dans son travail les termes 
massorétiques plutôt que ceux d'autres monuments de l'exégèse juive 
ancienne? Pourquoi, s'il a dépouillé les papyrus d'Assouan pour la partie 
araméenne, n'a-t-il pas dépouillé Sira pour la partie hébraïque? Pourquoi, 
s'il cite si rarement les opinions d'autres auteurs (sauf le Dictionnaire de 
Gesenius, qu'il poursuit comme un concurrent), s'amuse-t-il à discuter assez 
longuement des théories fantaisistes, comme celle du Am ha-Areç de Sulz- 
berger (s. v. D3>) ? Pourquoi séparer les deux Tl-fl et réunir les deux 
1D173 ? Pourquoi introduire un verbe lï^ d'après la Septante sur Psaumes, 
xxii, 17, et omettre tant de vocables restitués plus ou moins légitimement 
par la critique ? Pourquoi les formes anormales d'un verbe ne sont-elle pas 
enregistrées et pourquoi n'y a-t-il pas une seule référence pour 3lTtf ? Nous 
laissons de côté les théories connues de M. K., qui devaient «naturellement 
passer ici : son explication de certains hif'il, ses interprétations sémantiques, 
souvent contestables, ses étymologies de noms propres ou même de noms 



BIBLIOGRAPHIE 297 

communs (HSNn dériré de Î13N, etc.). A moins que l'auteur ne puisse le per- 

T ■• : 

actionner et en faire un véritable instrument de travail, ce Dictionnaire ne 
servira guère que de répertoire des idées de l'auteur. S'agissant de M. Konig, 
c'est beaucoup. 

Kônig (E.). Das alttestamentliche Prophetentum und die moderne Ge- 
sehiehtsforschung. Gùtersloh, C. Bertelsmann, 1910; in-8° de 94 p. 
M. 1 GO. 

Critique des théories récentes (des panbabylonistes et autres) sur le pro- 
phétisme. 

Kortleiner (F. X.). De Hebraeorum ante exsilinm Babylonicum mono- 
theismo. Innsbrnck, Wagner, 1910; in-8° de xxvn -f- 191 p. M. 5. 

Kotelmann (L.). Die Ophtalmologie bei den alten Hebrâern, aus den alt- 
und neutestarnentliehen Schriften tinter Berùcksichtigung des Tal- 
muds dargestellt. Hambourg et Leipzig, L. Voss, 1910 ; in-8° devin -f- 
436 p. M. 15. 

Beaucoup de matériaux, mis en œuvre sans critique. Voir Monatsschrift, 
LV, 364-5. 

Krarup (A. Ghr.). Answahl pseudo-Davidischer Psàlmen . Arabisch und 
Deutsch. Copenhague, G. E. G. Gad, 1909 ; in-8° de 30 + 29 p. 

Krauss (S.). The Mishna treatise Sanhédrin, edited with an introduction, 
notes and glossary. Leyde, Brill, 1909; in-8° de xm -f- 61 p. (Semitic 
study Séries, edited by R. Gottheil and M. Jastrow, N° XI). 

Cette édition du traité Sanhédrin, destinée aux étudiants, comprend une 
introduction, le texte de la Mischna avec variantes, des notes explicatives à 
la suite du texte et un vocabulaire, où les mots sont traduits en anglais et en 
allemand. 

L'introduction commence par une analyse du traité, qui aurait dû être 
complétée par quelques indications sur sa composition et les sutures rédac- 
tionnelles. Du même coup on aurait expliqué l'ordre des deux derniers cha- 
pitres dans le Babli et dans le Yerouschalmi : après que le traité de Maecot 
eut été constitué à part, on rejeta à la fin de Sanhédrin le chapitre dit 
Hélek. — « Même sous sa forme actuelle, dit M. K., il est évident que le 
traité était primitivement une sorte de manuel du juge. » Le contraire nous 
parait évident: à part peut-être quelques parties (interrogatoire des témoins, 
etc.), le traité nous transporte en pleine théorie, à une époque où le droit 
pénal n'était pas appliqué par les Juifs. M. K. le note lui-même pour quelques 
détails (voir sur vm, 1 et 4), mais cela est vrai de l'ensemble. On n'en admi- 
rera pas moins l'esprit de justice qui anime les rabbins, dégagé de toute 
contingence. C'est là qu'est l'importance de ce traité, et non en ce qu'il nous 
renseigne sur le Sanhédrin, la suprême autorité du judaïsme, le tribunal qui 
condamna Jésus (p. vu) : on n'en peut rien tirer de certain pour le Sanhé- 
drin d'avant 70 et c'est tout juste si M. K. trouve à citer Jésus une fois, en 
quatre mots et probablement hors de propos (sur xi, 3V Sur les rapports du 
Sanhédrin des sources rabbiniques avec celui de Josèphe et des Évangiles, il 
se borne à constater l'obscurité de la question et à renvoyer à Schurer et 
autres ^v aussi Aptowitzer dans Hakedem, II, 112). Dans la bibliographie, il 
aurait fallu ajouter le travail critique de I. M. Rabbinowicz, Législation cri- 
minelle du, Talmud (Paris, 1876) et la traduction annotée de D. Hoffmann 



298 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

(Berlin, 1898), et signaler au moins les monographies sur la législation et la 
procédure rabbiniques. 

Le texte — non vocalisé — est basé sur l'édition princeps (Naples, 1492), 
dont M. K. a conservé, quoi qu'il en dise, de simples lapsus, alors que tous 
les autres textes ont la bonne leçon (p. 4, 1X1^ ; p. 7, NSt^aŒ : ce ne peut 
être un infinitif; p. 11, ^p?a; p. 17, *\W12; p. 20, "p^aft ; p. 27, g|8). 
M. K. a ajouté de son cru les signes de ponctuation modernes ; ils manquent 
parfois (p. ex. p. 7). Mais d'où vient la barre verticale par laquelle il marque 
une pause importante dans le corps d'une mischna ? L'apparat critique est 
bon; le choix des variantes est, autant que nous pouvons voir, judicieux et 
assez complet. 

Le commentaire, aussi, est généralement suffisant, bien que sobre. Les 
explications complémentaires tirées de la Tossefta et des deux Talmuds seront 
particulièrement appréciées. Le midrasch de 1, 7 aurait dû être élucidé. 
L'explication de l'expression difficile "»cn"> DN H 0"P na^ (p. 45) ne satisfait 
pas. Dans vu, 6, M. K. croit que patTOm est une glose de C]D372 (p. 45) ; il 
faut plutôt mettre ce mot avant TaaTQÎTI, qui a le sens de « balayer » 
(ajouter dans le lexique). M. K. est plus heureux comme « archéologue » 
(explication de nbl^ "pj, "^n, p. 40) que comme historien (coexistence du 
grand Sanhédrin à Jabné et à Jérusalem, p. 52). Dans u, 3, D^Db pourrait 
signifier, non « calmer le peuple », mais, comme nous dirions, « apaiser les 
mânes du mort ». L'explication des mots "iT a} b^ "IT "PT TiTD fPp73 
(vi, 6) est un contre-sens : pendre par les deux mains rabattues l'une sur 
l'autre, c'est le contraire de mettre en croix. Dans vm, 5, nous traduirions 
plutôt TITO et 013D par « dissiper » et « amasser ». La remarque sur 
Balaam (p. 51) est presque une naïveté ; les personnages bibliques sont faci- 
lement traités par l'Agada comme des Israélites. Il n'est pas possible de faire 
venir, même avec un point d'interrogation, *j^l373 (iv, 1) de £2173 ; le midrasch 
sur a" 1 ") h$ ïliyn Nb (iv, 2) n'indique pas nécessairement une prononciation 
« Rebbe » (?), et E3THÏ1, dans vu, 10, ne signifie pas « layman », mais, comme 
l'indique le lexique, « a private man ». 

On ne voit pas bien à quelle fin et suivant quel plan le lexique a été fait. 
On y trouve des mots bibliques (U3~in, sourd, etc.) et il y manque une foule 
de vocables et d'expressions propres à la langue de la Mischna, tels que p*,D 
(m, 7), my-IT (iv, 5), p-|D (vi, 3), E|m et HTOip (vi, 4), ntfltt et blTO 

(vi, 6), yj>w (vu, 2), nbrt (vu, io), D"»ry ma (vu, il), marn rrnan 

(vm, 2), 3?1£S (rx, 6), abs (x, 4), etc. On reprendra volontiers certaines tra- 
ductions : *po"HN est plus qu'une promesse de mariage, n^^DH signifie 
plutôt dispersion que séparation, 'pSJari by 172T plutôt procéder au vote 
que décider par le vote ; — et certaines étymologies : T12&, estimer, de 
by 112y (l'orthographe "1733' est un palestinianisme), ntfDlTJ, jouissance, de 
ni&W ; — et certaines vocalisations : psn (préféré à pDFt), nbsn (plutôt 

nsan). 

Les fautes d'impression sont assez nombreuses. P. 14, n. 12 6, 1. Romm ; 
p. 45, I. 2, lire 3Dp (l'hypothèse de Geiger n'est pas si sûre) ; p. 49, 1. 3, lire 
naDnïïn. P. 57, s. v. nD17373, lire Pu'al au lieu de Pi'el. P. 61, s. v. nbn, 
1. Gehàngte, etc. Le lexique parait avoir été fait d'après une édition de la 
Mischna où les halachot sont autrement numérotées que dans celle de Naples. 
De là une foule de discordances : s. v. 173N, I. ix, 2 (le substantif 1731IX, 
iv, 5, manque) ; s. v. n^DH, l. vm, 5 ; s. y. Uîaa, 1. ix, 2 ; s. v. NJ3"vip f 
1. ix, 2; s. v. ^b"p, 1. vi, 7; s. v. "^a"), 1. vu, 6, etc. 

Si l'on prend ses précautions, on pourra utiliser cette édition. 



BIBLIOGRAPHIE 299 

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1910 ; in-8° de vm -f 148 p. M. 4. 
Voir à Jabresbericbt (XVII.)- 

Krauss (S.). Talmudische Archaologie Band I. Leipzig, G. Fock, 1909 ; 
in-8° de xm -f- 720 p., ill. M. 20 (Schriften berausgegeben von der 
Gesellscbaftzur Fôrderung der Wissenschaft des Judentums. Grundriss 
der Gesamtwissenschaft des Judentums). 

Nous avons rendu compte de ce volume dans la Revue critique, XLVI, n° 15 
(13 avril 1912). Un collaborateur de la Revue appréciera tout l'ouvrage, qui 
est maintenant complet; le tome II a paru en 1911, le tome III (et provi- 
soirement le dernier) en 1912. 

Krôll (M.). Die Beziehungen des klassischen Altertums zu den heiligen 
Schriften des Alten und Neuen Teslamentes. Fïir die Freunde der 
antiken Literatur ans den Quellen dargestellt. 2« éd. T. IL Bonn, G. 
Georgi, 1910 ; in-8° de xiv -f- 137 p. M. 2. 

Kropat (A.). Die Syntax des Autorsder Ghronik verglichen mit der seiner 
Quellen. Ein Beitrag zur historischen Syntax des Hebraischen. Giessen. 
Tôpelmann, 1909 ; in-8° de vm -f- 94 p. M. 4 (Beihefte zur Zeitschrift 
fur die alttestamentliche Wissenschaft, XVI). 

Voir le compte rendu de M. Lambert, Revue, LX, 149-151. 

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1910; in-8°de 32 p. M. 0,40. 

Lagrange (M. J.). Le messianisme chez les Juifs (150 av. J.-G. à 200 ap. 
J. -G.). Paris, Gabalda, 1909; in-8° de vm + 349 p. 10 fr. (Études bibliques}. 
Voir d'autre part. 

Lamm (L.). Nehemias Jehuda Leib, ein Mârtyrerfùr den Judenleibzoll. Ber- 
lin, Lamm, 1910; in-8° de 19 p. 

Landersdorfer (P. S.). Die Bibel und die sûdarabische Altertumsforschnng. 
Munster, Aschendorfï, 1910; in-8° de 72 p. M. 1 (Biblische Zeitfragen, 
herausg. von J. Nikel und I. Rohr, III, 5-6). 

Lange (G.). Das Buch Kohelet, ûbersetzt und erklart. Francfort-s.-M., 
Hofmann, 1910 ; in-8° de vi -f- 64 p. M. 1,50. 

Lanz-Liebenfels (J.). Die lateinischen Bibelversionen (Itala und Vulgata) 
herausgegeben,mitAnmerkungen unddcutscherUebersetzungversehen. 
Vol. I. : Genesis. Vienne, éditions « Lumen », 1909 ; gr. in-8° de 15 p. -f 
16-175 p. à 2 col. M. 25 (Orbis Antiquitatum. Religions- und Kulturge- 
schichtliche Quellenschriften in Urtext, Umschrift und Uebersetzung, 
unter Mitwirkung hervorragender Fachgelehrten herausgegeben von 
M. Altschûler und J. Lanz-Liebenfels. Pars II. Tom. II. Vol. L). 

Lattes (G.). Dali' EastEnd... al Cantico dei Gantici. Scritti e racconti 
del novellatore israelita. Gasale Monf., Rossi e Lavagno, 1910; in-8° de 
152 p. -j- index. 

Articles de publiciste. 



300 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lawrence (G. E .). The wisdom of the Apocrypha. Londres, John Murray, 
1910 ; in-8° de 1 24 p. 2 s. ( Wisdom of the East Séries). 

Lazarus (M.). Die Erneuerung des Judentnms. Ein Aufruf. Berlin, G. 
Reimer, 1909 ; in-8° de xvi -f 121 p. M. 2. 

Œuvre posthume, éditée par la veuve de l'auteur (Nahida Lazarus). Exhor- 
tation à la réforme religieuse. 

Lazarus (N.). Ein deutscher Professor in der Schweiz. Nach Briefen und 
Dokuinenten im Nachlass ihres Gatten. Berlin, F. Diïmmler, 1910 ; 
in-8° de vu + 201 p., portrait. 

Moritz Lazarus professa quelque temps à l'Université de Berne. 

Leavitt (J. M.). Bible League essays in Bible defence and exposition. New- 
York, Bible League Book Co, 1909 ; in-12° de 235 p. D. 1. 

Lees (H. G.). The joy of Bible study. Londres, Longmans, 1909; in-8° de 
128 p. 1 s. 

Lbhmann (E.). Gesammelte Schriften, herausgegeben von seinen Kindern. 
Dresde, G. Schmidt, [1909] ; in-8° de 318 p., portrait. 

Lehmann (P.). Akabjah. Halle, O. Hendel, 1909; in-8° de 111 p., ill. M. 2,50. 

Leimbach (K. A.). Das Bnch des Propheten Isaias, Kap. 1-39, ùbersetzt 
und kurz erklârt. — Kap 40-66. 2. Auflage. Fulda, Fuldaer Aktiendru- 
ckerei, 1910; 2 vol. in-8° de vm -f 104 et 147 p. M. 1 et 1,20 (Biblische 
Volksbucher. Ausgewâhlte Texte des Alten Testaments, 1,2). 

Leimbach (K. A.). Die Psalmen (1. Tl. : 1-75), iïbersetzt und kurz erklârt. 
Fulda. Fuldaer Aktiendruckerei, 1909 ; in-8° de xvn -(- 208 p. (Biblische 
Volksbucher. Ausgewâhlte Texte des A. T., 5). 

Lémann (A.). Histoire complète de l'idée messianique chez le peuple d'is 
raël (son développement, son altération, ses rajeunissements). Lyon, 
Vitte, 1909 ; in-8° de 471 p., pi. 
Apologétique sans valeur. 

Leszynsky (R.). Die Juden in Arabien zur Zeit Mohammeds. Berlin, Mayer 
et Millier, 1910; in-8° de (i +) 116 p. M. 2. 

M. L. ne décrit pas seulement les Juifs d'Arahie à l'époque de Mahomet ; 
il donne surtout, comme il le dit dans la préface, une histoire d'ensemble des 
Juifs arabes à cette époque et de leurs luttes avec Mahomet. C'est seulement, 
le premier chapitre — après que l'introduction nous a orientés sur les sources 
— qui est consacré au caractère, aux dehors et à la civilisation des Juifs, 
sans distinguer, comme on fait d'habitude, ceux du nord et ceux du sud de 
la péninsule ; quoiqu'il soit obligé de puiser exclusivement à des sources musul- 
manes généralement tardives, l'auteur n'a pas de peine à brosser un tableau 
plus sympathique que celui de certains historiens. Les chapitres suivants 
exposent les rapports de Mahomet avec les Juifs avant la guerre, l'expulsion 
des Juifs de Médine, la guerre de Khaibar (très « fort »), les luttes contre les 
derniers Juifs du Hedjaz, avec une discussion très intéressante du traité octroyé 
par Mahomet aux fils de Hanina de Khaibar et Mekna, et qu'une falsification 
aurait étendu à tous les Juifs de Khaibar. — Le récit est si bien enlevé que 
les discussions de textes n'en affaiblissent pas l'intérêt ; partout l'auteur prend 



BIBLIOGRAPHIE 301 

parti et marche de l'avant. Sur un seul point nous ne le trouvons pas assez 
énergique, c'est quand il examine les sources de la religion de Mahomet. 
Toutes les comhinaisons de Wellhausen autour de ce problème capital d'his- 
toire religieuse viennent se hriser contre ceci : la hase de l'Islam, c'est l'ado- 
ration de Dieu ahsolument unique et immatériel; ce n'est pas la trinité idolà- 
trique du christianisme, telleque devait la voir Mahomet, qui a pu l'inspirer, — 
si ce n'est par réaction. Ici il fallait prendre le taureau par les cornes. M. L. 
a beaucoup d'esprit et il ne s'en défie pas assez. Ainsi Mahomet, en repro- 
chant aux Juifs d'aimer la vie, a été induit en erreur par le souhait de vivre 
« jusqu'à cent vingt ans » (p. 19). Nous doutons qu'Isa, le nom de Jésus dans 
le Coran, vienne d'Esau (p. 40; voir Revue, LIV, 216; LV,316). 

Leszynsky (H.). Die Losung des Antoninusratsels. Berlin, Mayer et Mùller, 
1910 ; in-8° de 64 p. 

Ce travail a été provoqué par celui de M. S. Krauss (voir plus haut à Jahres- 
bericht). M. L. n'a pas de peine à montrer qu'Antoninus ne saurait être identifié 
à Avidius Cassius : ce général ne portait pas le nom d'Antonin et encore 
moins son petit-fils, pas plus qu'il n'était fils d'un Sévère; soncaractère etlacourte 
durée de sa révolte conviennent encore moins au rôle que le savant viennois 
lui fait jouer ; M. K. n'est pas plus heureux en compromettant Artaban dans 
cette histoire. L'échec de M. K. n'a pas découragé notre auteur et il entreprend 
de prouver que l'interlocuteur impérial de Rabbi n'est autre qu'Antonin le 
Pieux, comme le croyaient en toute candeur les chroniqueurs juifs. Le nom et le 
surnom de cet empereur vont à merveille; c'est lui qui a mis fin à la persécution 
d'Adrien, loin d'avoir réprimé une nouvelle révolte des Juifs (dans l'Histoire 
Auguste, il faut lire Quados rebellantes au lieu de Judaeos) ; enfin, il 
parait avoir été en Orient entre 154 et 156, sans préjudice d'un voyage de 
Marc-Aurèle en Syrie en 175-176. Pour montrer que cette solution s'accorde 
avec les textes, M. L. passe ensuite ceux-ci en revue. Il n'a pas la prétention 
d'expliquer toutes les agadot en question, d'autant plus qu'il ne croit pas à 
l'historicité de toutes, mais il estime que ce qu'elles ont d'historique — et 
elles en ont beaucoup d'après lui — se rapporte bien à Antonin le Pieux. 

Sans discuter cette dernière opinion, qui comporte une part d'arbitraire et 
où l'interprétation tient une trop grande place pour des « agadot historiques » 
nous ne sommes pas convaincu de la justesse de la thèse de M. L., non seu- 
lement à cause des difficultés chronologiques — Antonin a régné de 138 à 
161 seulement et un voyage en Syrie est mal attesté — mais à cause d'une 
objection de principe. Etant donné le caractère des agadot en général, le 
critique qui veut les utiliser comme des matériaux d'histoire assume l'obli- 
gation de prouver d'abord la valeur historique — et non seulement la con- 
venance — de chacune. Nous ne voyons pas pourquoi nous ferions plus de 
crédit aux dialogues de Rabbi et d'Antoninus qu'à ceux de R. Josué b. Hanania 
et de « l'empereur », par exemple. Nous concédons volontiers que les aga- 
distes ont pu penser à Antonin le Pieux plutôt qu'à tout autre et il n'est pas 
impossible que le patriarche se soit trouvé en rapports avec cet empereur 
plutôt qu'avec tout autre : c'est tout le « noyau historique », et les agadot, 
toutes les agadot, restent des agadot. 

Lkvi (I.). Le péché originel dans les anciennes sources juives. Deuxième 
édition. Paris, Leroux, 1909 ; in-8° de 32 p. 

L'édition originale a été analysée Revue, LV1, 307-309. Outre quelques 
remaniements, cette 2 e édition se termine par un appendice, où l'auteur réfute 
l'opinion d'A. Geiger, d'après lequel la conception du péché originel, incon- 



302 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nue des anciennes sources, se serait introduite dans le Talmud de Babylone. 
(Geiger partait de là pour réclamer la suppression des prières où il est ques- 
tion du sacrifice d'Isaac, voir ses Ges. Sc/ir., IV, 352.) Sur la curieuse opinion 
de Simlaï dans Nidda, 30 b, cf. Briill, Jahrbiicher, III, 177; il doit y avoir là 
de la « science » gréco-égyptienne. 

Lkvy (J.-L.). En avant ! Sermon prononcé au temple de l'Union libérale 
Israélite de Paris le 7 novembre 1909, précédé d'une allocution de M. le 
rabbin L.-G. Lévy. Paris, Union libérale israélite, 1909 ; in -8° de 22 p. 

Lévy (L.-G.). Trois entretiens : Souvenir et responsabilité. Je pense, donc 
je crois. Sème la tendresse, tu récolteras l'amour. Paris, Union libérale 
[1910]; in-8° de 23 p. 

Levy (M. A.). Biblische Geschichte, nach den Worten der Heiligen Schrift 
der israelitischen Jugend erzàhlt. 14. Auflage, durch Abschnitte ans 
den Propheten vermehrt von B. Badt. Breslau, Jacobsohn, 1910; in-8° 
de xm + 266 p. M. 1,80. 

Lewin (A.). Geschichte der badischen Juden seit der Regierung Karl Fried- 
richs (1738-1909). Karlsruhe, G. Braunsche, 1909 ; in-8° de vi -f- 505 p. 

Lewin (A.). Predigten fur aile Feste des Jahres. Berlin, Poppelauer, 
1909; in-8° de (n -f) 165 p. M. 3. 

Lewin (B.). Prolegomena zueiner neuen Ausgabe vom Sendschreiben des 
R. Scherira Gaon. Francfort, Golde, 1910; in-8 5 de 66 p. (Tirage à part 
du Jakrbuch der Jùdisch-Literarischen Gesellschaft, V). 
Voir Revue, LXI, 302. 

Lewin (L.). Beitrage zur Geschichte der Juden in Kalisch. Kempen, Stein, 
1909; in-8° de 36 p. (Tirage à part de Festschrift zum 70. Geburtstage 
A. Harkavy's). 

Histoire de la communauté, ses rabbins, autres membres connus. 

Lewin (M.). Harfe und Posaune. Festreden gehalten im Gotteshause der 
jùdischen Reformgemeinde in Berlin. Berlin, Poppelauer, 1909 ; in-8° 
de v 4- 112 p. M. 3. 

Levvkowicz (J.). Z filozofji judaizmu. 1. Baruch Spinoza jako krytyk bibli- 
jny. Fryderyk Nietzsche o zydach i judaizmie. Varsovie, 1909; in-8° de 
46 p. 

Lewkowitz (J.). Judentnm und moderne Weltanschauung. Francfort- 

s.-M., J. Kauffmann, 1909; in-8° de vu + 148 p. M. 2. 

Ouvrage d'apologétique. Après avoir défini l'essence de la religion et son 
origine, l'auteur confronte les idées juives et les idées modernes sur l'existence 
de Dieu, la création, la liberté, l'immortalité, la place de l'homme dans l'uni- 
vers, l'origine de la morale et de son évolution, le gouvernement moral de 
l'univers, les rapports de la religion et de la morale. Partout, dit l'auteur, 
les conceptions — bien entendues — du judaïsme se concilient avec les con- 
clusions — légitimes — de la science et de la philosophie, ou du moins il 
n'y a pas collision entre les unes et les autres parce qu'elles ne sont pas du 
même ordre. — Les problèmes sont bien posés et l'exposé est clair. Dans 
cinq notes finales, sont examinées certaines théories philosophiques. 



BIBLIOGRAPHIE 303 

Lirer (M.). La récitation du Schéma et des bénédictions. Paris, librairie 
Durlacher, 1909; in-8° de 54 p. (Tirage à part de la Revue des Études 
juives, LVII-LVIII). 

P. 4, n. 5, dans la référence à Briill, lire II au lieu de IV ; p. 9, n. 7, voir 
J. Wellhausen, "Apxov ëxXaaev dans la Zeilschrift fur neutestamenll. Wis- 
senschaft, 1906, 182 ; Goguel, L'Eucharistie, p. 80-81 ; p. 13, n. 5, les 
Hiddouschim de Meguilla ne sont, en effet, pas de II. Nissim ; ibid., § 11, 
la bonne explication de OTD est déjà donnée par M. Bâcher dans l'article 
Synagogue du Dictionary of tke Bible de Hastings, IV, 641 b ; p. 20, n. 3, 
sur la mention d'Elie dans la 2° bénédiction de la Haftara, voir J. Deren- 
bourg, Revue, II, 290-3; ibid., n 7, sur les bénédictions récitées par le grand- 
prêtre à Kippour, voir le même, dans la Revue, VII, 66-70 ; p. 23, n. 3, dans 
l'Église ancienne on trouve même un lecteur âgé de cinq ans, v. Revue, XII, 
309; p. 28, n. 5, voir le dire plus ancien de R. Josué b. Hanania d'après 
Schoher Tob et Yalkout, sur Ps., i, 2 : tj nb-'in U12V FUÎT "imirQl 
yiD'S ^1"p (cf. Bâcher, Ag. Tan., I 2 , 163, n. 2) ; p. 30, n. 1, voir aussi 
Eschkol, éd. Albeck, p. 61, n. ; p. 35, voir j. Ber., m, 6a, 1. 31 : rO")3 

û'ôdn ■•wir&ri D"Hon mb^m (i. n^bn» ?) "pron ; p. 40, n. 2, lire xxm, 

174; p 42, n. 4, sur la leçon non, v. aussi Z. D. M G., XLV (1891), 501, 
n. 2; p. 46, n. 3, lire 45 pour 33 ; p. 52, n. 1, lire Chwolson ; p. 53, § 34, 
M. Porges me signale, pour le sens de "I"0, Di/cdouké ha-Teamim, 50-53 : 
fÛTIS Nb *pUîb3; il semble que c'est autre chose. — En discutant quelques 
points de ma thèse — pas les points essentiels — M. Blau, Revue, LIX, 188- 
199, me prête des opinions étrangères. « yi2"Q by D11D s'applique... 
d'après M. Liber, aux bénédictions seulement » (p. 199) : j'ai soutenu le 
contraire (p. 8, 15). J'ai également cité l'explication donnée par R. Nissim au 
nom des Gueonim (p. 3), mais je ne l'ai pas retenue, parce que j'y vois une 
explication trouvée après coup. Pour ce qui est de la restitution de la Tossefta 
de Sota (p. 303, 1. 21-25), elle n'est acceptable que sous réserves; j'espère y 
revenir dans un travail sur la récitation liturgique du Hallel. 

I.idzbarski (M.). Ephemeris fur semitische Epigraphik. Dritter Band. 1., 2. 

Heft. Giessen, Tôpelmann, 1909; in -8° de 92 p. 5 tables et 6 grav. dans 

le texte. M. 3. 

La première étude est consacrée à l'inscription araméenne de Zkr (Revue, 
LX, 291); une autre à des inscriptions hébraïques, une aux papyrus araméens. 

Liechtenhahn (R.)- Jeremia. 1-5. Tausend. Tubingue, Mohr, 1909; in-8° de 
48 p. M. 0,50 (Religionsgeschichtliche Volksbiïcher, herausgegeben von 
F. M. Schiele, II, H). 

Lindblom (J.). Senjudiskt fromhetslif enligt Salomos psaltare. Upsal, 
Almqvist et Wicksell, 1909 ; in-8° de ix + 23 + 206 p. Kr. 3. 

Lindelôh (IL). Der Lambeth-Psalter. Ëine altenglische Interlinearversion 
des Psalters in der Hs. 427 der erzbischofï. Lambeth Palace Library, 
zum ersten Maie vollstândig herausgegeben. I. Text und Glossar. 
Helsingfors (Leipzig, Harassowitz), 1909; in-8° de vi + 323 p., 1 pi. 
M. 10 (Acta Societatis Scientiarum Fennicae, XXXV, 1). 

Linksz (I.). m3K ^pns Az atyâk fejezetei. A zsidô csalâdés az ézetetb 
tannlô ifjusâagnak magyarâzza. Nagyvârad, Rubinstein, 1910 ; in-8° de 
xiv + 223 p. 



304 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lipman (Gabrielle). Les Sanédrin, deux actes en prose. Paris, M. Lipschïitz 
(Poligny, imprimerie Jacquin), 1910 ; in-8° de 57 p. 

Pièce moderne « à thèse », contre les faux Israélites et les mariages mixtes. 

Lippl (J.). Das Buch des Propheten Sophonias erklârt. Fribourg, Herder, 
1910 ; in-8° de xvi -\- 140 p. M. 4,40 (Biblische Studien, éd. Bardenhe- 
wer, XV, 3). 

Commentaire précédé d'une introduction. Catholique. 

Lockert (E.). Le prophète Amos. Gahors, imprimerie Goueslant, 1909 ; 
in-8° de ix -f- 175 p. 

Lods (A.). Les découvertes d'Eléphantine et l'Ancien Testament. Montbé- 
liard, Société anonyme d'imprimerie, 1910; in-8° de 22 p. 

Lœwenberg (J.). Aus judischer Seele. Gedichte. Dritte, vermehrte Auflage. 
Hambourg, M. Glogau, s. d. ; in-8° de 108 p. M. 2,50. 

Lœwengard (P.). La splendeur catholique. Du judaïsme à l'Église. Paris, 

Perrin, 1910 ; in-8° de 298 p. 3 fr. 50. 

La conversion d'un « juif satanique, impie, sensuel, fou d'orgueil », racontée 
par lui-même, ainsi qu'il est dit dans la dédicace au convertisseur, l'abbé 
Joseph Lémann. 

Lofthouse (W. F.). The Bible, its origin and authority. Londres, R. Gulley, 
1909 ; in-12 1 de 158 p. 1 s. 6 d. 

Lohmann (P.). Die anonymen Prophetien gegen Babel aus der Zeit des 
Exils. Dissertation. Rostock, 1910; in-8° de 92 p. 

Lôhr (M.). Israels Kulturentvvickelung. Strasbourg, Triibner, 1910 ; in-8° 
de vin -j- 145 p. 

Loisy (A.). La religione dTsraele. Unica versione italina autor. con appo- 
site modificazioni fatti dall' autore. Piacenza, Soc. Editr. libr. Pontre- 
molese, 1910; in-16° de 324 p. L. 5. 

Loisy (A.). The religion of Israël. Londres, Unwin, 4910; in-8° de 320 p. 
5 s. 

Lortsch (D.). Histoire de la Bible en France, suivie de fragments relatifs à 

l'histoire générale de la Bible et d'un aperçu sur le colportage biblique 

en France et en Indo-Chine au xxe siècle. Préface de M. Lelièvre. Paris, 

Agence de la Société biblique britannique et étrangère, 1910 ; in-8° de 

xxviu + 590 p. 7 fr. 50. 

L'étude et les versions de la Bible du moyen âge à nos jours (p. 223-228 : 
versions israélites) ; les versions anciennes de la Bible et les traductions dans 
les diverses langues du monde, etc. Œuvre de propagande biblique, compilée 
avec conscience, mais sans critique. 

Lôschke (G.). Jùdisches und Heidnisches im christlichen Kult. Bonn, 
Marcus und Weber, 1910; in*8 j de 32 p. M. 0,80. 

Lotz (W.). Abraham, Isaak und Jakob. Gr.-Lichterfelde, Runge, 1910: 
in-8» de 50 p. M. 0,60 (Biblische Zeit- und Streitfragen, V, 10). 
Défend l'historicité des trois patriarches. 



nilïLIOGKAPlllE 305 

Lotzin (W.). Hedeutungswande] zweier hebrâischer Wôrter des Alton 
Testaments [dabar Wort und ajin Auge). Programm. Kreuzburg O.-S , 
1909 ; in-8° de 14 p. 

Lovett (ft.). The ppinted English Bible 152^-1885. New édition. Londres, 
Bel. Tract. Society, 1909. 1 s. G d. 

Lôw (I.) Der biblische "ezob. Vienne, Ilôlder, 1909; in-8' de 30 p., 1 table. 
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Wien. Philos.-hist Klasse, t. CLXI, Abh. 3). 

l.owiNGER (Ad.). Der Schatten in Literatur und Folklore der Juden. Vienne, 
1910; in-8' de 2G p. (Tirage à part des Mitleilungen zur jùdischen 
Volkskundé). 

M. L. a réuni, sur l'ombre — le mot et la chose — un assez grand nombre 
de matériaux, qu'il a distribués tant bien que mal sous différentes rubriques. 
La première contient les passages de la Bible qui ont le mot blZ ; il aurait 
fallu creuser ces textes, sinon une concordance suffit. Le chap. n (exégèse et 
étymologie) mêle la lexicographie et la fantaisie, les étymologies de la science 
et les jeux de mots de l'Agada ; parmi les mots araméens figure blUTS, 
pourquoi pas b"iL2-N et "ILDM? Les textes agadiques, réunis dans le chap. III, 
sont plus intéressants ; à noter ceux où les prosélytes s'abritent à l'ombre de 
Dieu. Le chap. iv aurait du être intitulé 4 Mystique » plutôt que « Cabbale ». 
L'auteur ne se donne même pas la peine d'expliquer comment la nature de 
l'ombre a provoqué les superstitions. Très curieuse est la superstition sur 
l'absence de l'ombre à Hoschana-Rabba ou à Simhat-Tora (ajouter ici l'anec- 
dote du S. Hassidhn, citée p. 22). Les textes sont, du reste, mal classés; le 
Schoulhan Arouch n'est pas une souive à citer (p. 16, n. 5). Dans les pas- 
sages balacbiques (cb. vi) l'ombre n'occupe pas, si l'on peut dire, de place 
pour elle-même. Le chap. vil, « folklore », est un des plus courts. Mais M. L. 
se doute-t il de ce que c'est que le folklore et que la plupart des données de 
la « Halacba » et de la « Cabbale » y ressortissent ? Le dernier ebapitre, inti- 
tulé « Liturgie », est consacré aux pioulim. Ce n'est guère que dans ceux de 
Souccot que l'ombre joue un rôle comme métaphore ; ailleurs, sa mention est 
insignifiante et il n'y avait pas de raison pour laisser de côté d'autres genres 
littéraires : l'ombre figure aussi dans certaines spéculations pbilosopbiques 
(comp. Dbl2'!"ï bx). Dans ce chapitre sur la liturgie, l'auteur ne cite qu'en 
passant, à propos du verbe "|PD, la si remarquable expression ^pLSD bâtai 
"l3"PnOP, appliquée aux Israélites (non aux prosélytes) dans la prière du 
soir 13n^D'Crr. 

M. Lowinger a dédié ce travail à M. I. Low, son maître (Meisler) ; il aurait 
bien fait de le lui envoyer en manuscrit. 

Lucas (L.). Zur f.esebichte der Juden im vierten JahrbunderL Berlin, 
Mayer et Muller, 1910; in-8<> de (vi) + 134 p. M. 3,50 (Beitriige zur 
ficschichte der Juden. Teil I). 

Nous ne saurions dire ce qui manque à cet ouvrage pour être excellent, 
peut-être un autre titre seulement. L'auteur s'est proposé de raconter la lutte 
du judaïsme et du christianisme au iv e siècle, d'après les écrits des Pères de 
l'Église. Cette littérature avait été trop peu exploitée à ce point de vue, de 
sotte que l'histoire de cette période était connue sans précision. M. L. a donc 
comblé une lacune aussi bien de l'histoire politique «pie de l'histoire reli- 
gieuse. Dans une première partie, il passe en revue les Pères du iv e siècle 

T. LXIV, n« 128. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans leurs rapports avec les Juifs et le judaïsme, et c'est à savoir les saints 
Basile, Athanase, Chrysostôme, Jérôme, Ambroise et Augustin. Après avoir 
situé les idées de chacun sur cette question dans son système général de 
théologie, il les analyse et en suit la filiation et l'influence. Dans une seconde 
partie, il expose les motifs de la lutte et ses phases : les Juifs sont les ennemis 
du Christ et de l'idéal ascétique, ils doivent être exclus de l'État chrétien ; 
ils continuent -leur propagande religieuse (très intéressant) et leur hostilité 
contre les chrétiens. Cette partie aurait gagné à être mieux ordonnée et que 
l'histoire politique se détachât davantage de l'histoire de la théologie. Enfin, 
M. L. montre pourquoi et comment le judaïsme devait résister et se maintenir 
et que les Juifs avaient encore un rôle religieux et politique. ÎS'ous tenons à 
le répéter : presque tout est neuf dans cet exposé, et nous tenons à l'ajouter : 
presque tout est prouvé. La nature des sources ne nous a pas permis de 
contrôler l'auteur pas à pas, mais ses références et sa méthode inspirent 
confiance et l'ensemble porte le cachet de la vérité et de la justice histo- 
riques. 

Ludwig (A.). Das Hohelied Salomos?! Ein biblisches Liebesràtsel end- 
gùltig gelôst und fur die Poésie zurùckgerettet. Berlin, Eisoldt et 
Rohkrâmer [1909] ; in-8° de 24 p. M. 1. 

Traduction ultra-moderne du Cantique. 

Lustig (K. H.). Die Israeliten sollen aufstehen ! und andere Skizzen. 
Dresde, E. Pierson, 1909; in-8° de vin -f- 73 p. M. 1. 

Luther (H.). Josephns und Justus von Tiberias.Ein Beitrag zur Geschichte 
des jïidischen Aul'standes. Dissertation. Heidelberg, 1910; in-8° de 90. p. 

Lynn (W. T.). Eminent Scripture characters. A séries of biographical stn- 
dies of the Old and New Testament. Londres, 1910; in-12° de 145 p. 6 s. 

Mader (E.). Die Menschenopfer der alten Hebriier und der benaehbarten 
Yolker. Ein Beitrag zur alttestamentlichen Religionsgeschichte. Inau- 
guraldissertation. Fribourg-en-B., Herder, 1909; in-8° de xix -f- 188 p. 
M. 5,60 (Biblisehe Studien, XIV. Band, 5. und 6. Heft). 

Maimon (Salomon). Probe rabbinischer Philosophie. Aus der Berliner 
Monatsschrift 17S9. Anastatischer Neudruck. Berlin, Lamm, 1909; in-8° 
de 9 p. M. 0,75. 

Mainzer (M.). Ueber Jagd, Fischfang und Bienenzucht bei den Juden in 
der tannâischen Zeit. Francfort, J. Kauffmann, 1910 ; in-8° de 78 p. M. 3 
(Tirage à part de la Monatsschrift fur Geschichte und Wissenschaft des 
Judentums, LUI). 

Manassewitscii (B.). Grammatik der hebraischcn Sprachefùr den Selbstun- 
terrieht. Vôllig umgearbeitet von B. Templer. Vienne et Leipzig [1909]; 
in-8° de xvi + 166 p. M. 2 (Die Kunst derPolyglottie, XVIII). 

Mannheimer (S.). Hebrew reader and grammar, with exercices for transla- 
tion. New édition. Londres, 1910; in-8° de 254 p. 6 s. 

Margolis (M. L.). Lehrbuch der aramàischen Sprache des babylonischen 
Talmuds. Grammatik, Ghrestomathie und Wôrterbuch. Deutsche 
Ausgabe. Munich, Beck, 1910 ; in-8° de xvi + 99 et 184* p. M. 10 (Glavis 



BIBLIOGRAPHIE 307 

linguarum semiticarum, éd. H. L. Strack, pars III). — (Édition anglaise : 
A manual of the Ara maie language of the Babylonian Talmud. New- 
York, Stechert et Co; Londres, Nutt). 

Le présent ouvrage comble une véritable lacune, car s'il y avait déjà des 
grammaires plus ou moins détaillées de Paramécn talmudique, il n'y avait 
pas de elnestomathie de cette langue, et ce serait déjà un titre suffisant de 
recommandation pour le livre de M. Margolis. Mais ce travail a encore d'autres 
mérites, dont l'un surtout mérite d'être pleinement apprécié : c'est que l'auteur 
a étudié lui-même les manuscrits du Talmud au lieu de se borner à prendre 
-es matériaux dans les éditions courantes. Il a ainsi pu mettre à l'écart toutes 
les formes étranges qui défigurent les textes ordinaires et qui sont dues à de 
simples fautes de copistes. Nous avons enfin des morceaux choisis donnant 
une idée exacte du langage talmudique. 

La grammaire est exposée avec méthode. Toutefois, il nous semble que 
l'auteur aurait pu retrancher ici et ajouter ailleurs. Les tableaux des formes 
nominales n'apprennent pas graud'ehose à celui qui étudie le Talmud, car il 
est à supposer que celui-là ne commence pas Paraméen par le dialecte de la 
Guemara. Par contre, les explications sur l'adjonction des suffixes nominaux 
laissent à désirer. Un paradigme d'un nom régulier avec suffixes eût été 
nécessaire, et il aurait fallu insister sur la confusion des suffixes des noms 
singuliers et pluriels, particulière au dialecte talmudique. Pour les verbes, on 
ne voit pas comment le verbe KPN donne VP^N, car le tableau ne donne 
pour les cî"d que des exemples de verbes changeant Yalef en vodw. Il eût été 
utile de citer un verbe tel que fcON = 3HN, hifil "H^tf, employé fréquem- 
ment dans le Talmud. 

Nous ajouterons quelques petites critiques de détail : Page 4. La règle 
(§ od) que Yalef remplace le hé sensible aurait dû être appuyée par des cita- 
tions, car on ne sait pas à quoi l'auteur fait allusion. Le renvoi à § 4 ne 
suffit pas, car il est question là d'autre chose. — Ibidem. Il est difficile de 
comprendre ce qu'est la prononciation vulgaire du Talmud et pourquoi le 
vulgaire prononce avec qameç des consonnes qui ont un schewa. — P. 6. L'au- 
teur a-t-il trouvé le mot *T3U vocalisé avec kaf rafél S'il s'est fié à la tra- 
dition orale, celle-ci est sujette à caution, comme l'auteur l'a reconnu (p. 7-8). 

— Ibidem. Lire fc<Dw35 au lieu de Nj"6b. — P. 7. Qu'est-ce qui garantit la 

, r T • t : • , 

lecture "p^2P5 ? Il est naturel de lire "p"D^5, le céré remplaçant le schewa. 

— P. 12. La prononciation p^Tp est étrange, de même (p. 14) NriDT73 (Hre 

Nn;n?p) et, p. 15, ypyb (à lire ïd*?b = *j:_n )*&)• — p. i*, '•èek est à 

lire "<X72N = "'llTJPtf; quant à ">}£73, c'est le participe passif. Dans nrVN l'alef 
... . . ... 

indique la prononciation îtéb, comme en syriaque, au lieu du yeiéb. — 
P. *-2, ND^D existe déjà dans l'assyrien sépu. — P. 47, l'auteur ne donne 
aucun exemple de illaf'al pour les verbes forts. Il en existe, mais on les a 
pris à tort pour des elpaal, p. e. pTHFPNj «être considéré », passif de pTHN. 

— P. 66, il est certain que 53p 53 est pour 52p53 (sans qu'il soit néces- 
saire de le corriger). Pour s'en convaincre, il suffit de comparer 133 = 
5np5 = P73J5 à T323 = 3Ûp bp=tfWy 5D- —P. 82, ^r>"j est un passé 
(comme l'indique le lexique) et non pas un participe passif. — Le lexique 
est très bien ponctué. Néanmoins, dans la partie hébraïque, nous relevons i*n 
et i3T au lieu de "«p "GT; !"P"T3 et n^n"] au lieu de n"")2 et n*3"l. 

- - t— T - T : • T : ' T • : t*: 

Lu somme, l'ouvrage de M. Margolis f sera très utile à celui qui veut aborder 
l'étude scientifique de la Guemara de Babylone. Il serait à souhaiter que le 
même travail fût fait pour le Talmud de Jérusalem. — Mayer Lambert. 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Comptes rendus de J. Bartli, dans la Deulsc/ie Literaturzeitung, 1910, 
n° 23; de Landauer, dans la Theul. Literaturzeitung, 1911, p. 7; de 
W. Bâcher, dans la Jew . Quart. Rev., N. S , I, 265-273 (cf. la réponse de 
l'auteur, p. 274); de L. Low, dans la Orient. Literaturzeitung, 19H, p. 3 ; 
de nous-niême dans la Revue critique, 13 avril 1912. Qu'il nous soit permis 
d'ajouter ici une observation qui a son importance pour l'histoire de l'araméen 
du Bahli. M. Margolis remarque, après d'autres, que l'araméen de quelques 
traités est archaïque, ce qu'il explique par l'antériorité de leur rédaction. 
Croit-il vraiment que ces traités ont été rédigés et mis par écrit avant la clô- 
ture du Talmud (vers 500) ? II serait plus juste de dire que les antres traités 
ont été rédigés plus tard. Or, nous savons que l'un des traités en question, 
celui de Nedarim, a cessé d'être étudié sous le gaon Yehoudaï, vers 750 (voir- 
la note à la fin d'Alfassi). D'autre part, il est fort probable que le Talmud n'a 
été officiellement mis par écrit qu'à l'époque des Gueonim ; ou y trouve encore 
des additions de Yehoudaï ou des Halachot Guedolot. Nous serions donc 
tenté d'admettre que les traités à langue archaïque nous sont parvenus 
sous la forme qu'ils avaient avant le vm e sècle, tandis que la plus grande 
partie du Talmud, qu'on a continué à étudier dans les écoles des Gueonim, 
nous a conservé les formes linguistiques de cette époque. On s'explique ainsi que 
l'araméen — langue vivante — des Gueonim ne soit pas [dus « évolué » que 
celui du Talmud. L'araméen de l'époque talmudique serait plutôt représenté 
par les traités archaïques du Babli, ainsi que par le Targoum Onkelos. 

Marmorste[n (A.). Religionsgeschichtliche Studien. I. Die Bezeichnungen 
fur Ghristen und Gnostikerim Talmud und Midrasch. Skotschau (Silésie 
autrichienne), chez l'auteur, 1910; in-8° de 83 p. M. 3.50. 

Voir le compte rendu de M. Bâcher, dans cette Revue, LXIII, 147 et s. 

Marr (B.). Altjùdische Sprache, Metrik und Lunarlheosophie. Dux, 
Scheithaner, 1909 ; 2 vol. in-8<> de 116 et 180 p. 

Mastermann (E W. G.). Studies in Galilée. With a préface hy G. A. Smith. 
Chicago, University Press, 1909 (Londres, Luzac, 1910) ; in-8° de xv -f 
154 p. D. 1 (4 s. 3 d.). 

Contient notamment un chapitre sur les anciennes synagogues de Galilée. 

Mathle de Janow, dicti magister Parisiensis, regulae Veteris et Novi 
Testamenti primum in lucem edidit VI Kybal. Innsbruck, Wagner, 
1909 ; in-8° de xxiv + 351 p. 

Maurenbrecher (M.). Biblische Geschichten. Beilràge zum geschichtlichen 
Verstàndnis der Religion. Vol. II à VII. Berlin, Buchhandlung Vorvvàrls, 
1909-1910 ; in-8° de 56 + 55 -f 59 + 50 -f 66 4- 48 p. M. 1 chaque. 

Maybaum (S.). Prediglen und Schrifterklarungen. IV : 4. und 5. Buch 
Mosis. V, 1. Hiilfte : Neujahrs-, Versôhnungs- und Laubhuttenfest. 
Berlin, Poppelauer, 1909 ; 2 vol. in-8° de x + 237 et xu + 239 p. 

Me Comb (S.). The making of the English Bible. Londres, Unvvin, 1910 ; 
in-8° de 206 p. 3 s. 6 d. 

[À suivre.) 

M. Liber. 



RIBLIOGRAPIIIE 30'.» 



Laqranoe (M.-J.). Le messianisme chez les Juifs (150 av. J.-C. à 200 ap. 
J.-C.). Paris, Gabalda, 1909; Ln-8° de vin -h 349 p. 10 fr. (Études bibliques). 

L'auteur a entendu son sujet dans un sens très large. Il examine non 
seulement la croyance a l'époque messianique et au Messie, mais encore 
les conceptions sur le règne de Dieu, sur les fins dernières, la résurrec- 
tion, la vie future. Il étudie non seulement les idées eschatologiques en 
elles-mêmes, mais encore leur action dans l'histoire et, sous la rubrique 
du messianisme en action, il trouve le moyen de faire entrer les rapports 
du judaïsme avec le paganisme et le prosélytisme, ses rapports avec le 
christianisme et les discussions entre rabbins et chrétiens. 

Dans cette profusion, il a évité la confusion en ordonnant les matériaux 
d'après les sources et d'après !es sujets. Les deux parties centrales du livre 
sont consacrées Tune au messianisme dans 1 apocalyptique juive, l'autre 
au messianisme d'après « le pharisaïsme rabbinique » [sic); elles sont 
encadrées par une première partie sur le messianisme d'après les écrivains 
hellénistiques et par une quatrième partie sur le messianisme en action. 
Si cette division est basée sur la nature des sources, pourquoi le Livre 
des Juhilés, les Psaumes de Salomon, les apocalypses d'Esdras et de 
Baruch chevauchent-ils sur les deux parties? Si elle est fondée sur l'ori- 
gine et l'aspect des idées, le pharisaïsme a moins marqué le messianisme 
des rabbins que celui de quelques apocryphes, et inversement certaines 
opinions rabbiniques sont nettement des vestiges d'apocalypses (à quoi il 
faudrait prendre garde avant d'ironiser contre les savants qui présentent 
Jésus comme un « pharisien apocalyptique », (p. u). Puis, s'il est juste 
d'étudier a part le messianisme des auteurs hellénistiques, c'est avant 
tout la Sibylle qu'on doit entendre par là, plutôt que Josèphe et Philon, 
qui ne sont guère « messianistes ». Nulle part, du reste, la Diaspora n'est 
distinguée du judaïsme palestinien et la question de la patrie de tel 
pseudépigriphe n'est môme pas posée. 

La première partie, intitulée le messianisme d'après les écrivains juifs 
hellénistiques, porte, on le voit maintenant, un titre décevant. Josèphe 
chap. i) était peu enclin à présenter le messianisme sous son vrai jour et 
il dissimule plutôt qu'il ne montre le messianisme en action dans l'his- 
toire qu'il raconte (d'autant plus, ajouterons-nous, qu'il démarque sou- 
vent des auteurs païens). Philon d'Alexandrie (chap. u) ne fait qu'une 
petite place au messianisme et son Messie ne joue qu'un rôle militaire 
épisodique. 

Le messianisme et l'eschatologie sont tout, au contraire, dans l'apoca- 
lyptique, que l'auteur étudie longuement dans sa deuxième partie (p. 37- 
135), bien qu'il lui attribue une valeur et une influence assez minces 
(chap. i; comp. la Conclusion sur l'apocalyptique, p. 132-135). Il croit 
pouvoir y distinguer une évolution logique et historique. L'eschatologie 
la plus ancienne ne connaît pas encore le Messie (chap. n) ; elle est cos- 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mique et temporelle — le jugement de Dieu dominant tout — dans la 
première partie d'Hénoch (avant 170), avec ses trois tableaux eschatolo- 
giques, dont le dernier est probablement d'un auteur différent (ch. i-v ; 
vi-xi ; xu-xxxvi), cosmique et transcendante — tout se passant dans l'au- 
delà — dans le « livre de la sagesse » d'Hénoch (xci-xciv, moins cxi, 12-17 
et xciu) et dans le livre IV de la Sibylle. — L'essor maccabéen donne 
naissance à l'eschatologie messianique historique (chap. m), qui apparaît 
dans le Livre des Jubilés (probablement sous Jean Hyrcan), dans les Tes- 
taments des Douze patriarches — les textes allégués par Charles pour 
statuer un Messie de Lévi sont des interpolations chrétiennes 1 ; — dans 
l'allégorie des semaines et dans l'allégorie historique d'Hénoch (xcui et 
cxi, 12-17; lxxxv-xc), enfin dans le livre III de la Sibylle. — Après la 
déception hasmonéenne, et pour sauver l'idéal messianique, on le trans- 
porte au ciel : c'est l'eschatologie messianique transcendante (ch. iv), 
représentée par l'Assomption de Moïse, le livre des paraboles d'Hénoch 
(xxxvii-lxxi), dont on ne peut méconnaître la haute spiritual ilé, mais où 
les passages relatifs au Fils de l'homme sont interpolés. — La chute de 
l'Etat juif amena les voyants à concilier le messianisme national et ter- 
restre avec la préoccupation du sort des justes et des réprouvés à la fin 
des temps : c'est l'eschatologie synthétique (ch. v), qui caractérise, outre 
le livre V de la Sibylle, l'apocalypse admirable du ive Esdras et celle 
de Baruch. — Deux idées eschatologiques doivent être distinguées du 
messianisme, celle du règne de Dieu (ch. vi) et celle de la résurrection 
(ch. vu). 

Arrivant dans la troisième partie (p. 137 256) au rabbinisme, l'auteur, 
après une introduction (ch. i), passe en revue les conceptions eschatolo- 
giques dans un ordre inverse, car les rabbins se préoccupent plus des 
idées absolues qui doivent être la règle de la vie que des révolutions 
amenées par l'intervention divine. Le règne (nous dirions plutôt : la 
royauté) de Dieu (ch. h), à certain égard, n'est pas une notion eschatolo- 
gîque : le droit éternel de Dieu à régner est absolu dès maintenant; la 
fidélité des hommes a pour résultat d'affermir le règne, éminemment 
moral, de Dieu. Mais un temps viendra où Dieu sera reconnu de tous les 
hommes; c'est la fusion du présent et de l'avenir. La prière Alénou 
marque bien la continuité du régime et en même temps la gloire des 
temps nouveaux. Le Targoum de Jonathan n'entend rien d'autre par 
la manifestation — et non la révélation — du règne de Dieu. — Et la 
vie future (chap. m), est - elle distincte des temps messianiques? Il 
semble bien que oui. Le monde à venir est celui de la rétribution indi- 
viduelle ; c'est un monde spirituel, d'où le péché est exclu. — La résur- 
rection des morts (ch. iv), elle, suit la période messianique et inaugure 
la période finale. Elle est intimement liée au jugement général et à la 
rétribution finale. Quelques rabbins lient la résurrection à l'avènement 
du Messie, en ce sens que les morts ressusciteront pour le temps du 

1. L'auteur ne connaissait pas encore le texte édité par Schechter. 



BIBLIOGRAPHIE 311 

Messie ; mais l'opinion dominante, et pont-être la seule au temps de 
Jésus, plaçait la résurrection après les temps messianiques. 

Les temps messianiques (ch. v) sont précédés par une crise, dont le 
signe essentiel est la grande misère des temps, tandis qu'on insiste moins 
sur la pénitence. La félicité messianique a pour caractères la transfigura- 
tion de la nature, la gloire d'Israël restauré dans Jérusalem agrandie avec 
le Temple reconstruit, et régnant sur les nations soumises. Cette période 
est considérée comme très longue ou comme courte suivant qu'on l'égale 
à la durée de l'épreuve ou qu'on la mesure à la mesure de Dieu. — Le 
Messie (ch. vi) a pour précurseur Éiie, qui vient pour restaurer Israël, 
pour oindre le Messie (d'après le Dialogue avec Tryphon I) et, suivant 
d'aucuns, pour prendre part à la résurrection des morts. Les noms du 
Messie accusent surtout son caractère royal. Seuls, ceux de « Messie » et 
de « Fils de David » étaient des appellations officielles et comprises de 
tons; mais il était loisible à chacun de trouver dans l'Écriture des noms 
que le contexte suggérait d'appliquer au Messie. Si l'on n'a pas pensé à 
« Emmanuel », « Mon fils », etc., c'est à cause des chrétiens. Le Messie 
est un être humain ; seulement son existence est antérieure à sa mani- 
festation; c'est là sa préexistence, c'est-à-dire une prévoyance spéciale de 
Dieu par rapport à lui. Le verset de Daniel sur le Fils de l'homme était 
appliqué au Messie, mais les rabbins ont résolument rejeté l'exégèse 
chrétienne. On ne voit pas bien comment le Messie devait se manifester; 
mais son règne est, surtout d'après le xvn° des Psaumes de Salomon, 
celui d'un roi pacifique, instrument de Dieu. 

Un dernier chapitre (le vn e ) étudie le Messie souffrant et le Messie fils 
de Joseph. La distinction est nécessaire : le Messie fils de Joseph est un 
Messie tué, non un Messie souffrant. Pour ce qui est des souffrances du 
Messie, il n'y a aucun texte assuré pour les deux premiers siècles qui s'y 
rapporte ; même plus tard le Messie souffre avant d'être Messie et ses 
souffrances n'ont pas de caractère expiatoire. Quant au Messie fils de 
Joseph, c'est une idée tardive, tirée des bénédictions dont Joseph est 
l'objet tant dans l'Exode que dans le Deutéronome. 

Après une comparaison de l'apocalyptique et du rabbinisme (p. 257-265), 
Fauteur étudie le messianisme en action ; c'est l'objet de la quatrième 
partie. Il recherche d'abord comment les opinions des rabbins se sont 
traduites dans la pratique et dans quelle mesure elles ont influé sur la 
direction qu'ils ont donnée au peuple; il étudie, dans ce but, l'attitude 
du judaïsme envers les gentils (chap. 1) et envers les prosélytes, puis l'at- 
titude du rabbinisme envers le christianisme (ch. n) ; ici, il résume les 
« opinions » des rabbins sur Jésus (ce sont généralement des plaisan- 
teries auxquelles les « Juifs cultivés de nos jours » attachent aussi peu 
d'importance que leurs anciens maîtres, soit dit pour répondre à l'auteur, 
p. 290; et montre qu'elles ne reposent sur aucune tradition. Il prend trop 
au sérieux aussi les discussions entre rabbins et chrétiens <Minim) et, 
comme elles ne roulent pas sur le Messie, il se rabat sur Tryphon. Abor- 
dant, enfin, le véritable sujet et reprenant l'histoire au point où l'a 



312 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

laissée Josèphe, il raconte les déceptions messianiques (ch. m), après la 
ruine de Jérusalem, sous Tr.ajan, sous Adrien et même sous Mahomet 

Les Textes publiés en appendice sont les suivants : Testaments des 
Douze patriarches, Lévi, xviu et Juda, xxiv ; Psaumes de Salomon, xvn; 
Chemoné-Esrê, d'après « la » recension palestinienne; Alénou). 

A la longueur de cette analyse, pourtant réduite au minimum, on peut 
mesurer l'étendue qu'exigerait une discussion approfondie. Ne pouvant 
l'aborder ici, nous devons nous borner à apprécier la documentation de 
l'auteur et à caractériser ses tendances, en nous attachant a la partie qui 
porte sur le messianisme d'après la littérature rabbinique. 

Il est visible que le P. Lagrange n'a pas dépouillé cette littérature pour 
son compte ; s'il a souvent vérifié les citations d'après les originaux, il 
ne s'ensuit pas que son étude soit puisée aux sources. On ne devra pas 
chercher chez lui des textes inconnus de ses prédécesseurs. S'il a ci lé la 
prière Alénou dans le chapitre sur le règne de Dieu, et non la prière pai 
^iriD fn, qui est au moins aussi ancienne et aussi importante, c'est qu'il 
a trouvé la première chez Dalman et pas l'autre. Outre Dahnan, son prin- 
cipal informateur est M. Bâcher; mais VAgada der Tannaiten n a recueilli 
que les agadot rapportées au nom de leurs auteurs ; elle laisse de côté 
les opinions anonymes. Aussi n'avons-nous trouvé, dans le chapitre sur 
la vie future, ni les mischnas bien connues de Sanhédrin, ni la première 
mischna de Péa, pas plus que les belles paroles attribuées à Monobaze. 
Même quand il cite de l'hébreu, on n'est pas sur qu'il l'ait pris a la 
source (v. par ex. p. 178, n. 1 et 2). Bien des fois, il a cherché les textes 
cités, mais il ne les a pas toujours trouvés; ainsi, p. 16i, deux textes 
à'Abot sont cités l'un d'après le traité de la Mischna, l'autre d'après 
Bâcher (nous ne savons pas du reste quelle édition de ce traité a été uti- 
lisée, car toutes les références que nous avons vérifiées sont inexactes). 
Ce qui nous a surtout mis en défiance, c'est de constater qu'il n'a pas 
toujours cherché, ou réussi à retrouver, dans les originaux les textes 
cités par Raymond Martin, un autre de ses garants, un dominicain, il est 
vrai, qui est surtout mis en avant — on devine pourquoi — dans le cha- 
pitre sur le Messie souffrant, et c'est là qu'il a trouvé le I». Kakhmon 
(p. 246, n. 4), qu'il n'a pas inséré — et pour cause — dans sa table des 
rabbins cités. Il reconnaît, du reste, que certain texte du Pugio fidei est 
altéré, « peut-être par un copiste devenu chrétien » (p. 245), entendez : un 
apostat faussaire. 

Comme le choix des textes, leur traduction laisse souvent à désirer. 
L'abréviation "■""> est traduite la (passim), les mots ijpbô n£8 par « la 
confiance de nos rois » (p. 154) et tfrrana par « je suis étonné » (p. 297). 
Quand on fait de ces bévues, on devrait hésiter à dire (ou a répéter) ' 
que les rabbins ont « forgé un nom barbare, malkiyoth » (p. 157) : 
malkhouyoth ;c'est ainsi qu'il faut ponctuer) est un pluriel régulier de 
malkhouth et le sens de « proclamations de la royauté de Dieu » n'a rien 
que d'obvié. D'autres fautes de traduction sont plus graves, parce qu'elles 



BinUOGRAPlllE 313 

faussent l'idée; ainsi les mots msb» yo9 baptti ma*n i» ©me N£tt3 
Droï5sonl rendus par «qui se tient éloigné du péché doit en môme temps 
reconnaître le règne du ciel » (p. 152). La traduction de nvsbn ma^c 
pur» servitude des royaumes » est. un vieux contre-sens qui est répété 
ici deux fois (p. 20i et p. 287). Si des phrases isolées sont, mal comprises, 
i[ue sera-ce de tout un contexte? La Guemara, où le rédacteur relie les 
textes sans prévenir comment, est bien déconcertante, (pie ce soit dans 
le Babli, où l'enchaînement dialectique n'est pas compris p. 186-t87),ou 
bien dans le Yerouschalmi, où un passage (mal traduit) est. attribué à 
II. Youdan, alors que le début seul est de lui (p. 220-221). 

Même quand les textes sont bien traduits et bien expliqués, il reste 
à en apprécier la valeur et la portée. Bien que notre auteur connaisse 
la différence entre la Halacha et l'Agada, il traite continuellement les 
agadot comme des hulachoi : il parle de doctrine, de théorie, la où il 
n'y a que des opinions individuelles ou des fragments d'opinions, ou 
seulement des jeux exégétiques. Un exemple suffira il est caractéris- 
tique. La « sentence » de 11. Ilelbo sur les prosélytes (« qualifiée de 
baraïta dans Kalla rabbali ! ») est reproduite quatre fois dans le Babli. 
« M. Lévi essaie assez ingénieusement de prouver que le Talmud, en 
reproduisant la formule, ne la fait pas sienne. 11 ne la rejette pas non 
plus! » (p. 271 et n. 2) C"est qu'une agada se cite, ruais ne se discute 
pas, et puis il ne faut pas confondre le dire d'un agadiste palestinien 
avec le sentiment du rédacteur du Babli. On ne le dira jamais assez : une 
mosaïque d'agadot ne constitue pas une « théologie » rabbinique. Les 
conceptions eschatologiques sont encore plus vagues et plus variables 
que les autres, parce que ce sont des espérances d'avenir indéfinies. C'est 
seulement dans le christianisme qu'elles se sont cristallisées, parce que, 
le Messie ressuscité appartenant au passé, le messianisme et la résurrec- 
tion ont pris la précision de faits accomplis et convertis en dogmes. 

C'est en théologien chrétien que le P. Lagrange a étudié le messia- 
nisme chez les Juifs et son ouvrage paraît dirigé, au fond, contre M. Loisy 
et son interprétation « eschatologiste » de l'Evangile. Nous ne pourrions 
discuter sa thèse à ce point de vue que s'il traitait le Nouveau Testament 
avec la même liberté de critique que les Apocryphes et la littérature rab- 
binique. Mais puisqu « on a toujours estimé à l'école de Jérusalem que 
la méthode comparative ne donne tous ses résultats que lorsque chaque 
mouvement d'idées est étudié en lui-même » (p. m), nous admettons 
cette méthode; nous demandons seulement que ce point de vue ne 
fausse pas le jugement. C'est déjà pousser loin l'esprit de contradiction 
que de soutenir que l'apocalyptique, loin d'avoir l'ait un pas utile, n'a 
même pas montré la voie au christianisme (p. 52). Avec le rabbinisme on 
garde encore plus les distances. Comme notre auteur connaît les travaux 
de quelques savants juifs et que. plus honnête que Schûrer, il les meta 
profit, comme il admire parfois les sentences rabbiniques, surtout celles 
qui ont un air « évangélique » (p. 1"9, 23G, 268, etc.). il faut croire qu'il 
est des préjuges indéracinables. Tout en reconnaissant que les rabbins 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ne sont pas coupables d'avoir préféré la loi orale à la loi écrite (p. 143), 
ni d'avoir édicté des dispositions de charité « pour le bien de la paix » 
(p. 144, lire aib'J "OTï ^D», non "nm), il maintient contre eux, sans 
parler de leur « nationalisme ardent » (p. 145 et ailleurs) et de leur 
« immense orgueil » (p. 195), l'accusation autrement grave d'hypocrisie 
et de dissimulation. Et savez-vous pourquoi? « Les rabbins ont toujours 
été irréprochables aux yeux des Juifs fidèles; or, comme ils ne peuvent 
pas avoir été si constamment au-dessus de l'humaine nature, ils ont donc 
pris un masque » ! (p. 145) Aucun savant juif qui se respecte ne se serait 
permis d'en dire autant des Apôtres ou des Pères de l'Église. C'est bien 
la christologie qui inspire — si l'on peut dire — ici le P. Lagrange et, 
pour s'en assurer, il suffit de lire attentivement son chapitre sur l'atti- 
tude du rabbinisme envers le christianisme (p. 288-300). Les rabbins ont 
fait autour du christianisme « la conspiration du silence » ; ils « ont 
délibérément tu plusieurs traits des idées messianiques qu'il nous serait 
utile de connaître » ; ils « dissimulent ce qu'ils ne veulent pas paraître 
savoir ». Et c'est le P. Lagrange qui est en mesure de les démasquer ! Si 
les faits en question étaient prouvés, un historien impartial en conclu- 
rait que, par réaction contre le christianisme, les rabbins ont, tout natu- 
rellement, refoulé ou laissé tomber certaines conceptions. Voyez encore 
le chapitre du Messie souffrant (p. 236-251). Ne pouvant tirer un parti 
suffisant des textes apocryphes ou altérés du Pugio fidei, l'auteur conclut 
que « les écoles rabbiniques ont éprouvé une extrême répugnance à 
parler des souffrances du Messie » ; elles ont « affecté d'ignorer » le 
texte si « irritant » du Serviteur de Dieu dans Isaïe. Le Targoum s'est 
« dérobé » à l'esprit du texte ; il a « résolument interprété à rebours 
tous les endroits » qui le gênaient, au risque de se contredire ; un moyen 
plus simple d'échapper à « l'évidence », c'était, « au lieu des contre- 
sens de détail, un contre-sens général », qui ne laissât voir dans le Ser- 
viteur qu'un groupe de justes ou le peuple d'Israël tout entier. Or, il se 
trouve que des exégètos critiques très autorisés font aujourd'hui le 
contre-sens en question. Ne serait-il pas juste de reconnaître que celte 
explication peut être soutenue de bonne foi et que le Targoum, se refu- 
sant à concevoir un Messie qui ne fût pas glorieux, a interprété autre- 
ment les versets qui parlent de souffrances? Pour le reconnaître, il 
faudrait se défaire de la prévention théologique qui vicie l'exégèse catho- 
lique la plus libre, à savoir que « la véritable intelligence religieuse des 
prophéties a dépendu de la révélation de Jésus » (p. 28 ; cf. p. 195). Avec 
ce système on peut soutenir que les prophètes connaissaient un Messie 
transcendant, un enfant-Dieu (p. 84), alors que le nom même du Messie 
(oint de Dieu) exclut toute idée de ce genre. 

Le P. Lagrange a bien marqué, en revanche, l'opposition qui sépare sur 
certains points le messianisme juif et le messianisme chrétien, s'il n'a 
pas su apprécier l'esprit positif, tout d'optimisme et de justice, qui anime 
le premier, non plus que la liberté d'allures et l'aisance des rabbins dans 
ce domaine. Quand il est sur la bonne voie, il trouve la formule juste et 



BIBLIOGRAPHIE 315 

souvent la formule forte. Sur bien des points, son livre apporte des pré- 
cisions, mais il constitue plutôt une mise au point vigoureuse des recher- 
ches .intérieures qu'un progrès sensible. Il aurait fallu, pour renouveler 
le sujet, une connaissance plus étendue et plus directe des sources, et 
pour le traiter définitivement, plus d'impartialité et de justice, c'est-à-dire 

plus de liberté. 

M. Libkh. 



D'V:^"|-pl fVX rQTTN "IDD Variantcn und Erg&nzungen des Textes des Jerusa- 
lemischen Talmuds... von B. Ratner. ïraktat Megilla. Wilna, 1912; in-S" de 
110 p. ». 

Avec un zèle que rien ne rebute, B. Ratner poursuit son travail aussi 
utile que considérable sur le Yerouschalmi. Le dernier volume est 
consacré au traité de Meguilla et s'étend sur 25 colonnes de l'édition 
(69of-75rf). A la fin (p. 104-107) l'auteur réunit des citations anciennes de 
ce traité qui ne se trouvent pas dans les éditions; il en indique aussi 
quelques-unes à l'occasion dans le corps du volume. 

Des variantes qui complètent le texte des éditions sont signalées aux 
passages suivants : col. 69 d, 1. 70 (p. 2); col. 70a, 1. 6 (p. 2); 706, 1. 55 
(p. 9) ; 706, 1. 67 (p. 12) ; 71 c, 1. 20 (p. 24) ; 726, 1. 28 (p. 43) ; 73a, 1. 40 
(p. 49) ; 73 6, 1. 37 (p. 55) ; 73 6, 1. 62 (p. 57) ; 73 6, 1. 63 (p. 58) : H. Yona, 
père de R. Mana, lisait le rouleau d'Esther aux femmes de sa maison ; — 
74 6, 1. 19 (p. 72) ; 74 6, 1. 38 (p. 73) : indication complète du nom de l'au- 
teur de l'opinion : « R. Josué de Sichnin au nom de H. Lévi », d'après le 
Yalkout Schimeoni sur ïsaïe, § 475; mais il aurait fallu citer comme 
source la Pesikta, éd. Buber, p. 144 6 (v. Die Agada derpalast. Amoraer, 
II, 377, n. 2) ; — 74 6, 1. 62 (p. 75) ; 74 6, 1. 75 (p. 77) ; 74 6, 1. 76 (p. 77) : 
d'après cette addition, il faut comprendre que H. Berechya a rapporté au 
nom de R. Helbo et celui-ci au nom de R. Samuel b. Nahman que H. 
Jonathan [b. Eléazar] faisait suivre la mention du nom de Nabuchodo- 
nosor dans Esther, n, 6, de la formule de malédiction m»S3> p^rra ; 
R. Yirmeya au nom de R. Hiyya [b. Abba] rapportait le même fait de 
R. Yohanan. Corriger en ce sens Ag. d. pal. Amor., I, 82, n. 2. 

Sur les passages suivants Ratner présente des corrections au texte, 
généralement d'après les sources : col. 70 6, 1. 30 (p. 8); 70 6, 1. 36 (p. 9) : 
bonne correction de R. : n^-pd:» ^ctt dd: «b, au lieu de "ib^DN 303 fitb 
irnijjb ; — 71 6, 1. 62 (p. 22) ; 72 c, 1. 5 (p. 45); 72 c, 1. 72 (p. 46), sur 
j. Ketonbot, 34 6, 1. 18; 73 a, 1. 39 (p. 49); 73 a, 1. 54 (p. 50) ; 73 6, 1. 25 
(p. 55), sur j. Guittin, 43 c, 1. 18 ; 73 d, 1. 33 (p. 55) : R. corrige bw en 
-b^7j; 73 a", 1. 43 (p. 56) ; 74 d , 1. 11 (p. 81); 75 c, 1. 23 (p. 99): R. corrige 
Kta^UJi «ia en Bar na ; celui-ci est désigné comme fils de Hinena, ce qui 

1. Voir Revice, LXII, 157, où Ion trouvera aussi les références aux comptes rendus 
des volumes précédents. 



316 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

concorde bien avec ce qui est rapporté de lui ici (1. 25) : 273U3 Nb*7 'pbtt 
n::T! 'i D^a rai nna p -i»a mn "na« p. 

Voici maintenant quelques observations sur ce nouveau volume. 

P. 4, 1. 12. R. remarque qu'il y a eu un amora postérieur du nom de 
mp p p"n 'i et il cite à ce propos Ekha vabbnli sur îv, 2. Mais là 
l'amora qui rapporte un enseignement au nom de Samuel b. Nahman 
s'appelle tnp tt" 1 ""!! '~i ; c'est seulement dans le passage parallèle du 
Yerouschalmi, Soucca, 54 d, 1. 12, qu'on lit à la place de ce nom rttT 'n 

mpb p. 

//>., 1. 14, T mi», lire D nmo, — 76., 1. 34 et 37, lire Krr« au lieu de 
n"« • 

P. 6. R. Helbo rapporte souvent des enseignements de l'amora babylo- 
nien R. Houna, dont il était un des élèves les plus zélés (b. Yebamot, 
64 b) ; v. Die Agada der pal. Amor., III, 54. 

P. 15, 1. 20. La remarque de l'auteur sur rfirbtta p *c"n -)»« est hors 
de place, car il est question ici non de Simon b. Gamliel I, mais de 
Simon b. Gamliel II. 

P. 19, 1. 2. La variante "p-iEai V 21 " 11 Tin (au lieu de TTC8, 70 d, 1. 58), 
mérite à peine considération. 

P. 47, 1. 3 d'en bas. Nahman b. Adda rapporte dans le Talmud de Baby- 
lone des enseignements de Samuel, Eroubin, 34 b et 81 a ; même l'ensei- 
gnement cité comme le sien propre dans Eroubin, 102 a, est rapporté par 
lui, d'après la leçon du manuscrit de Munich, au nom de Samuel. 

P. 59, 1. 4 d'en bas. R. Nahman figure souvent comme rapporteur d'en- 
seignements de Mana dans le Talmud de Palestine, une fois aussi dans la 
Pesikta, éd. Buber, 62 6. 

P. 64, 1. 8 d'en bas. Dans j. Meguilla, 13 d, 1. 65, on raconte que 
R. Yirmeya a posé une question à II. Ammi ("^tf 'nb b-fito sr»). Comme 
on trouve une variante "TWJ '1 pour "^tf '"), R. tient pour établi qu'il y 
a eu un amora du nom de R. Méir. Mais "vcoa n'est qu'une corruption de 
^TO^H. R. Yirmeya demeurait dans la maison de R. Ammi comme maître 
de son fils, v. j. Béca, 63 a] 1. 53 ; v. aussi b. Guitlin, 44 a. Dans les deux 
autres passages cités par R., "PKîa est également une faute pour "•WN ou 
pour N573. 

P. 78, 1. 26. La variante TaiWD ^£"H niD pour -ifcl» Kino ^£3 (74 c, 
I. 8) ne doit pas être prise au sérieux, parce que dépourvue de sens. La 
leçon ordinaire est confirmée par la phrase correspondante qui précède 
(1. 5 : n?j*N sinus ^tzd nabn}. 

P. 93, 1. 25. L'identification du STùS 'pJHO '"i, qui ne figure qu'ici, 
avec le nOTlbia JUraTS 'n, qui ne paraît, lui aussi, qu'une fois (j. Pesa- 
him, 30 c, 1. 66. et, parallèlement, j. Taanit, 67 d, 1. 68), n'est pas plau- 
sible, pas plus que celle avec (snsoioi) snDDim yuM 'n. 

P. 94, 1. 23. La conjecture sur le titre dnt 2S 'c, donné par Juda Ibn 
Koreïsch a son ouvrage, est au moins superflue. Ce titre ne désigne pré- 
cisément que. la troisième partie (la partie hébréo-arabe) du liisâlê et est 
emprunté aux premiers mots de cette partie. 



BIBLIOGRAPHIE 317 

P. 00, 1. 3 d'en bas. Pour l'indication "pnv 'n Û1Z33 fcON &W1K 'n de 

j. Sabbat, 6a, 1. 7, une leçon correcte donne NSH 13 *D N2N (KnK ,m \) 
v 'n D©3. L'autre indication n:\n «na nn ap^ 'n de j. Kilayim, 21c, 1. 58, 
n'est pas citée complètement ; la voici en entier : N3N nhn "D npsn n 
m Diaa sr^n na. 11 est probable qu'il faut corriger ar-ri nm xna, en N3N 
ton "in. Abba (Rabba) b. Hana. rapporteur d'un enseignement de liai», 
ligure dans j. Berachot, \2c, 1. 39 (et dans les passages parallèles de 
Soucca, 54 c, 1. 7 ; Mcguilla, 12 a, 1. 15). 

P. 100. 1. 1. Dans l'indication p 173N K? N3K N:rn 'n DP3 NnK '"I de 
j. Eroubin, vu, ï. f. (24tf, 1. 5), il faut peut-être lire mieux : n^ Nn« fm \ 
...N3N h?:N] n::ti. H. Hanina, père de H. Aha b. Hanina (v. Ag.d. 
pal. Am., 111, 540, n. 4) est cité dans le Tanhouma, Nassô, in., et Sche- 
lah, i. f. 

Budapest. W. Bâcher. 



Perles (D r Félix). Judische Skizzen, Leipzig, Engel, 1912, in-8° de 313 p. 

M. Félix Perles, qui s'est déjà fait un nom dans la science par d'excel- 
lents travaux de philologie sémitique et de critique religieuse, a réuni 
dans le présent volume, sous le titre d' « Esquisses juives », la plupart 
des conférences, articles et comptes rendus qu'il a publiés depuis une 
dizaine d'années dans divers journaux et revues, en y joignant quelques 
morceaux inédits. 

Ces sortes de recueils, qui juxtaposent à des études fouillées des pages 
fugitives, appartiennent d'ordinaire à la fin d'une carrière scientifique. 
Tel n'est pas le cas ici : l'auteur est, Dieu merci, un savant plein de vie 
et d'avenir qui n'a pas atteint la quarantaine, et on a le droit d'espérer 
de lui de nombreux et d'importants travaux. Si M. Perles a cru devoir 
rééditer jusqu'à de courtes notes, c'est qu'elles renfermaient des idées 
qui lui tiennent à cœur, que les périodiques où elles ont antérieurement 
paru sont peu accessibles au public, et que le livre peut leur donner plus 
de retentissement et de portée que le journal. Le groupement bien 
ordonné de ces textes diminue d'ailleurs pour le lecteur l'impression de 
décousu et de factice que produisent trop facilement ces gerbes de glanes. 

Mais il y a plus et mieux que des glanes. La première partie du livre 
contient quatre amples monographies consacrées à des personnalités mar- 
quantes, avant fait plus ou moins date dans le judaïsme tant ancien que 
moderne, Maïmonide, Zacharias Frankel, Abraham Geiger,Max Griinbaum. 
Les caractéristiques sont bien dégagées, les portraits clairs et vivants. 
Dans la seconde partie, « la science du judaïsme », l'auteur plaide une 
cause qui n'est pas encore gagnée en Allemagne, celle de l'admission, 
déjà réclamée jadis parl'éminent Zunz, de l'étude scientifique du judaïsme 
dans les programmes et les chaires des universités. 



318 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La troisième partie groupe des articles sur la Bible, le Talmud et 
le Midrasch. Là encore, l'auteur déplore une fâcheuse infériorité du 
judaïsme, mais dont il est lui-même responsable. Depuis les recherches 
si pénétrantes d'Abraham Geiger, il a eu le tort de se laisser distancer et 
supplanter par l'exégèse protestante sur le domaine des études critiques 
concernant la Bible. M. Perles estime qu'il convient de rattraper le temps 
perdu, et le premier commentaire scientifique en hébreu de la Bible, 
entrepris par M. Kahana, lui apparaît comme une heureuse initiative et 
le prélude d'une ère nouvelle. 

Les quatrième et cinquième parties, qui intéressent l'histoire religieuse 
et l'histoire littéraire du judaïsme, rentrent plus particulièrement dans le 
dessein général de tout l'ouvrage, qui est de contribuer à répandre la 
connaissance du judaïsme par une vulgarisation sobrement, mais exacte- 
ment documentée, de ses idées maîtresses, de ses tendances essentielles 
et de son évolution historique. 

M. Perles pense que le judaïsme est la victime non pas seulement de ses 
détracteurs, mais de ses apologistes. L'incompétence naïve ou présomp- 
tueuse lui font bien autant de tort que la mauvaise foi systématique. 
Quant aux écrivains qui se gardent de l'esprit de parti, ils pochent sou- 
vent tantôt par un abus d'érudition qui met en fuite le lecteur à ins- 
truire, tantôt par le peu de consistance de leurs dissertations vulgarisa- 
trices. Que d'écueils à éviter pour qui se propose de répandre d'utiles 
vérités! M. Perles est conscient des difficultés de sa tâche, c'est un 
premier mérite, et comme il joint la sûreté du savoir à un réel talent 
d'exposition, ses conférences peuvent passer pour d'excellents exemples 
de ces leçons instructives et agréablement présentées dont le public 
moyen a besoin pour s'éclairer. Citons, par exemple, les études sur la 
genèse et la signification du Talmud, sur la justice sociale dans l'ancien 
Judaïsme, sur la poésie juive au moyen âge, sur le Judaïsme et V Hellé- 
nisme dans leurs rapports mutuels, dont nous avons donné ailleurs une 
analyse et des extraits (Univers Israélite, n os du 1 er et du 9 août 19 J 2). 

L'ouvrage s'adresse surtout au grand public, mais étudiants et savants 
de profession ne le liront pas sans profit. L'auteur a le goût des idées 
générales, mais dédaigne la phraséologie creuse : sa plume est sûre et 
son style clair. On pourra lui reprocher sans doute, comme à tout apolo- 
giste, d'être trop de son avis et d'avoir trop aisément raison de l'adver- 
saire. Mais sa sympathie pour les personnes et les choses dont il parle 
n'obscurcit pas son jugement, et une documentation sincère (mise heu- 
reusement à la fin des morceaux) permet au lecteur de le contrôler. 

Il faut souhaiter que l'activité scientifique et pédagogique du D r Perles 

nous procure bientôt de nouveaux volumes aussi attrayants et instructifs 

que le présent recueil. 

Julien Weill. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIÈRES 



REVUE 



ARTICLES DE FOND. 

Epstein (I. N.). Le commentaire de Scherira sur « Baba Batra » 210 

Galante (Abraham). Nouveaux documents sur Joseph Nassy, duc de 

Naxos 236 

Ginsburger (M.). Les troubles contre les Juifs d'Alsace en 18i8 109 

Goldmann (Félix). La figue en Palestine à l'époque de la Mischna 

(suite el fin) 1 85 

Lévi ^Israël). Le sacrifice d'Isaac et la mort de Jésus 1 r» 1 

Liber (M.). Les Juifs et la convocation des États Généraux (1789). 89 et 244 

Marmorstein (A.). L'opposition contre le patriarche H. Juda II 59 

Psichari (Jean). Lamed et lambda 1 

Régné (Jean). Catalogue des actes de Jaime I er , Pedro III et Alfonso III, 

rois d'Aragon, concernant les Juifs (1213-1291) (suite). 67 et 215 
Schwab (Moïse). Les manuscrits du Consistoire israélitc de Paris 

provenant de la Gueniza du Caire (fin) 118 

Vexler (M.). Spinoza et l'autorité de la Bible 30 



NOTES ET MÉLANGES. 

Danon (A.). Notice sur la littérature gréco-caraïte 147 

Debré (S.). Hernie inguinale-Fromele. 278 

Lévi (Israël). I. La racine EprS|3n et sa traduction dans la Septante. 142 
II. Le mot « intelligence » traduit par « foi » dans les anciennes 

versions de la Bible 1 46 

Schwab (Moïse). Manuscrits hébreux de la Bibliothèque Nationale, 

nouveau supplément 153 et 280 

Wellesz (J.). Notes et mélanges i:;i 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



BIBLIOGRAPHIE. 

Baguer W. . û^bci-pi ]V£ ParsN *IB0 Varianten und Ergânzungen 

des Textes des Jcrusalcmiscben Talmuds... von B. Rainer. 315 

Liber (M.). I. Revue bibliographique : 282 

II. Le messianisme chez les Juifs (150 av. J.-C. à 200 ap. J.-G .), 

par M.-J. Lagrange 309 

Weill (Julien). I. Histoire de la littérature judéo-allemande, avec 

une préface de M. Charles Andler, par M. Pinès 157 

II. Jiidiselie Skizzcn, par Félix Perles 317 

Additions et rectifications 160 

Table des matières 319 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, i. ( J, RUE DUPLESSI&. 



DS Revue des études juives; 
101 historia judaica 

t. 64 



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